Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec CNews le 1er février 2019, sur la loi alimentation, la viande avariée en provenance de Pologne, la peste porcine et sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec CNews le 1er février 2019, sur la loi alimentation, la viande avariée en provenance de Pologne, la peste porcine et sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

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CLELIE MATHIAS
C'est l'heure de « L'interview politique » de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin le ministre de l'agriculture et de l'Alimentation Didier GUILLAUME. Il va bien sûr être question de cette Loi alimentation qui entre en vigueur aujourd'hui et qui a des répercussions sur les prix dans vos super et hypermarchés. Il va être question aussi de la peste porcine. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le souci constant des Français, c'est leur pouvoir d'achat. Ce vendredi, le premier jour de la Loi alimentation, bienvenue Didier GUILLAUME, bonjour, merci d'être avec nous.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous l'avez entendu, les familles redoutent ce week-end de mauvaises surprises. Votre loi aboutirait, on l'entend dire par les gens de la grande distribution, par les associations de consommateurs, votre loi aboutirait à une augmentation des prix des produits alimentaires. Pourquoi ?

DIDIER GUILLAUME
Non. Non, c'est faux. C'est faux, c'est faux. La loi a été faite après 18 mois de concertation. Tout le monde a été autour de la table, les agriculteurs, les transformateurs, les industriels, la grande distribution. Il a été mis d'accord pour se dire : il n'est plus possible que les agriculteurs soient étranglés à ce point lorsqu'ils vendent leurs produits.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça c'est des promesses en l'air.

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous citer deux exemples. Un producteur de lait, qui vend son litre de lait, qui le vend à 30, 32, 33 centimes, alors que le litre de lait lui revient à 39 centimes, son coût, et qu'on le trouve dans un magasin à plus de 1 €, trois fois plus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui en profite ?

DIDIER GUILLAUME
Laissez-moi finir, trois fois plus. La viande, le kilo de viande qui lui revient 5 €, il le vend 3,50 €, et le boeuf on le trouve à 19 € dans les grandes surfaces.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui en profite ?

DIDIER GUILLAUME
En bien, qui en profite, tous les autres, toute la chaîne alimentaire, les consommateurs, les distributeurs, sauf l'agriculteur. Et ce qui a été décidé justement, c'est de faire en sorte qu'on mette en place un seuil de revente à perte, pour que tout le monde, il y ait un ruissellement et que les agriculteurs puissent vendre leurs produits plus chers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est sur le papier !

DIDIER GUILLAUME
Non !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est parfait sur le papier, mais dans la réalité…

DIDIER GUILLAUME
Je vous l'explique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ores et déjà il y a des inquiétudes.

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est normal qu'il y ait des inquiétudes, c'est le premier jour. Vous êtes le premier à qui j'en parle, le jour où la loi se met en place, Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est normal, c'est ici…

DIDIER GUILLAUME
Et donc qu'est ce qui se passe ? Il y a 5 % des produits dans les grandes surfaces qui vont augmenter – le Ricard, Nutella, le Coca-Cola, les Granola – mais les produits de l'agriculture sur lesquels il y avait beaucoup de marges, vont pouvoir baisser ou ne pas augmenter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vous-même, Didier GUILLAUME, qui le reconnaissez, que dans les supermarchés il y a 500 produits sur 13 000 et dans les hypermarchés 800 produits sur 20 000…

DIDIER GUILLAUME
Oui, c'est cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… avec la crainte de voir les produits de grande consommation augmenter de 5 à 6 %.

DIDIER GUILLAUME
C'est-à-dire 5 %. Et qu'est ce qui se passe ? C'est que jusqu'à maintenant les grandes surfaces avaient des produits d'appel, ceux que je viens de citer, où ils se tiraient la bourre, et au bout du compte c'est des produits d'appel qui étaient toujours vendus très très bas, au détriment, il n'y avait pas de marge là-dessus, au détriment de marges sur les produits agricoles. Donc cette prise de conscience elle a eu lieu, moi je veux remercier les grandes surfaces, la grande distribution, aujourd'hui beaucoup de contrats ont déjà été signés avec l'agriculture. Nous sommes à l'étape 1 et d'ores et déjà, d'ores et déjà avec les nouveaux contrats signés, notamment dans la filière laitière, les producteurs ont des revenus supérieurs aujourd'hui. Et moi je joue sur l'intelligence des consommateurs, je ne veux pas que nous prenions en otage les consommateurs au détriment des agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, mais ça n'empêche pas…

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, il y a pas un suicide d'agriculteurs sur deux, un suicide d'agriculteurs tous les 2 jours, il y a des exploitations qui ferment. Pourquoi ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils en souffrent.

DIDIER GUILLAUME
Ils en souffrent et je pense…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… jusqu'à la tragédie du suicide.

DIDIER GUILLAUME
Et je pense que les Français peuvent comprendre, peuvent comprendre qu'il faut qu'il y ait une différenciation entre les produits, qu'il faut que les revenus de l'agriculture…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous n'empêchez pas, Didier GUILLAUME, vous n'empêchez pas que beaucoup de ménages sont aujourd'hui persuadés que dès aujourd'hui leur caddy va coûter plus cher, qu'ils vont acheter et manger de la même manière et qu'ils vont payer et que ça va leur coûter plus cher, pour les mêmes produits.

DIDIER GUILLAUME
Oui, ça va leur couter plus cher. Oui, je ne peux pas vous dire l'inverse, ça va leur coûter plus cher. Si dans le caddy il n'y a que du Coca-Cola, que du Nutella, que ce genre de produits…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi vous répétez sans arrêt ces produits ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien parce que ce sont les produits d'appel qui vont augmenter, alors que les autres ne vont pas augmenter. Alors que la viande, alors que le poisson, alors que les fromages, alors que les légumes, ils ne vont pas augmenter et ça va permettre d'avoir des meilleurs prix pour les agriculteurs. C'est la raison pour laquelle le panier moyen des Français va augmenter, alors on estime aux alentours de 50 centimes, 3 € par mois, je ne sais pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quoi, 3 € par mois ?

DIDIER GUILLAUME
3 € par mois ou 3,50 €.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? 36, 40 € dans l'année ?

DIDIER GUILLAUME
Les mêmes courses qui seront faites demain et qui étaient faites la semaine dernière, elles vont coûter plus cher. Mais l'intérêt c'est de faire en sorte que les agriculteurs s'y retrouvent. Si l'on mange des bons produits, l'Europe entière, le monde entier envie notre agriculture, il faut qu'elle mute, il faut qu'il y a ait moins de pesticides, etc.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus de bio, etc.

DIDIER GUILLAUME
Oui, évidemment, elle nous envie, mais la sécurité sanitaire des aliments dans notre pays, elle est forte et il faut aller dans cette direction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir. Mais en même temps il y a des produits que vous citez etc., vous vous défendez ou vous prétendez défendre l'alimentation saine. Qu'est-ce que c'est, c'est qui qui n'est pas sain, si je puis dire ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais l'alimentation saine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est qui ?

DIDIER GUILLAUME
Des produits issus de l'agriculture française. Notre alimentation elle est très bonne en France, elle est sécurisée…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les produits qui vont augmenter, dont vous avez parlé tout à l'heure, c'est sain ça ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais je n'ai pas à… ça ne me regarde pas. Sur les produits d'appel, ce sont là-dessus que les grandes surfaces faisaient de la concurrence entre elles et attiraient le client sur des prix bas pour l'alcool, pour les pâtes à tartiner, etc.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne dites pas que la guerre des prix va être arrêtée. Vous le voudriez.

DIDIER GUILLAUME
Non, je dis qu'on ne peut pas continuer comme on faisait jusqu'à maintenant, d'ailleurs les patrons de la grande distribution que je vois régulièrement, pensent la même chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon, eh bien il y en a un justement, le classique Michel-Edouard LECLERC, il prévient : cela va faire perdre d'au moins un milliard d'euros par an à tous les consommateurs, et pour lui c'est une réforme qui va se faire, on l'écoute, sur le dos des consommateurs et les poches des consommateurs.

MICHEL-EDOUARD LECLERC, PDG DE L'ENSEIGNE DE GRANDE DISTRIBUTION LECLERC – DOCUMENT FRANCE INFO
Imaginez des caissières, des chefs de rayons, qui vont devoir répondre à des consommateurs : « Ouais, la hausse du prix du Ricard, 1,5 €, c'est pour aider les agriculteurs », mais tout le monde va croire que c'est de l'enfumage. Honnêtement, personne ne comprend, personne n'est capable d'expliquer par quel mécanisme de ruissellement cet argent, supposé gagner par les distributeurs, ira chez les éleveurs de lait !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, c'est de l'hypocrisie, du chantage ou du bon sens ce qu'il dit ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais il vient de dire : « Personne ne peut expliquer pourquoi ça va à l'éleveur de lait », eh bien moi je vais lui répondre à monsieur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien répondez-lui, oui.

DIDIER GUILLAUME
A l'instant, lui dire que la guerre des prix qu'il faisait sur les produits d'appel, faisait qu'il faisait 30 à 40 % de marge, 30 à 40 % de marges sur les produits agricoles. Eh bien je demande à Michel-Edouard LECLERC de ne plus faire 40 % de marges sur les produits agricoles, de faire baisser ses marges sur les produits agricoles, et de fait, ça reviendra, le ruissellement ira chez les agriculteurs. On est bien d'accord, ce n'est pas l'augmentation du prix de l'alcool, de la pâte à tartiner, qui va faire le ruissellement chez les agriculteurs, mais c'est les marges.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il passe pour quelqu'un de généreux, vous pensez que les stars de la grande distribution en font trop, comme lui ?

DIDIER GUILLAUME
Non non mais il n'y a pas de problème, moi je ne vais pas opposer les agriculteurs, les producteurs et les consommateurs. Il y a un problème de pouvoir d'achat, ce que fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous voulez dire qu'il exagère.

DIDIER GUILLAUME
Ah mais oui, je réponds que ce qu'il dit là ce n'est pas vrai.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'a pas à jouer les donneurs de leçons.

DIDIER GUILLAUME
Je n'ai pas à donner de leçon moi-même.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il défend son job lui aussi ?

DIDIER GUILLAUME
Quand il me dit : « Je ne vois pas comment le ruissellement peut se faire », je lui dis : « A partir du moment où l'alcool et les pâtes à tartiner vont augmenter, que les produits d'appel ne seront plus comme avant, baissez vos marges sur les produits agricoles, et ça ira dans la cour des fermes ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est intéressant, parce que je vois que vous haussez le ton, vous faites le méchant, mais vous ne serez pas suivi, vous risquez de ne pas être suivi par les professionnel profiteurs.

DIDIER GUILLAUME
Si si, la semaine prochaine avec Bruno LE MAIRE, nous réunissons le comité de suivi des négociations commerciales, ça va être très important, tous les patrons de la grande distribution, les industriels et les agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est là que sont fixés les prix pour toute l'année.

DIDIER GUILLAUME
Voilà. Dès lundi, le médiateur des relations commerciales va regarder comment se sont passées les négociations, et dès la semaine prochaine, la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes va envoyer ses équipes dans les magasins, pour regarder tout ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc tout ce milieu va vivre sous surveillance.

DIDIER GUILLAUME
Evidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si la loi n'est pas respectée ?

DIDIER GUILLAUME
Dans le cadre du libéralisme économique et de la concurrence, moi je n'ai pas de problème…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Après les bons sentiments, quand ils sont oubliés, qu'est-ce qui va se passer, je veux dire si la loi n'est pas respectée ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien des sanctions. Le médiateur des relations commerciales produira des sanctions. Mais vous savez, on n'en est pas là, je reste persuadé, c'est normal que Michel-Edouard LECLERC ou ses confrères sont là pour défendre leurs entreprises, comme il le dit il y a des chefs de rayon, des caissières, des salariés, il y a des centaines de milliers…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut défendre les consommateurs, que ça ne soit pas trop à leur détriment.

DIDIER GUILLAUME
Deuxièmement, il a raison de défendre les consommateurs, les grandes surfaces permettent d'acheter des produits moins chers. Mais troisièmement, cela ne peut pas se faire sur le dos des agriculteurs, et je veux moi qu'il y ait moins de suicides d'agriculteur. Donc il faut qu'ils aient plus de retours et plus de ruissellement, et je pense que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les eux à défendre, les agriculteurs producteurs et les consommateurs.

DIDIER GUILLAUME
Et je veux vous le dire, Jean-Pierre ELKABBACH, cette année, toutes les grandes surfaces, y compris d'ailleurs Michel-Edouard LECLERC, a déjà signé des contrats supérieurs à ceux de l'année dernière, qui sont meilleurs et qui vont dans le bon sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, là il y a… On vient de découvrir une fraude qui a des conséquences dangereuses pour la santé publique. Vous venez de découvrir l'entrée en France – vous me confirmez si c'est vrai – c'est ce que j'ai un peu appris, de 800 kg de viande avariée provenant d'un abattoir indigne de Pologne. 800 kg ont donc été livrés à leurs clients, une dizaine d'entreprises françaises. De quelles régions ?

DIDIER GUILLAUME
Alors c'est 9 entreprises, 795 kg, c'est une fraude terrible, une fraude économique, une fraude sanitaire d'un abattoir polonais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la première fois ou ça se produit…

DIDIER GUILLAUME
Oh, c'est la première fois que je le vois mais enfin, ça a dû déjà se produire à plusieurs reprises, les services vétérinaires de contrôle du ministère de l'Agriculture sont très performants. Nous avons appris ça avant-hier soir, nous avons mis toutes nos équipes de la DGAL, Direction Générale de l'Alimentation sur le coup, ils ont déjà repéré les 9 entreprises, parce qu'on…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elles sont des entreprises fraudeuses ou dupées ?

DIDIER GUILLAUME
Ah non non, pas du tout, dupées ! Dupées, dupées, elles achètent de la viande et puis elles ne peuvent pas savoir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors vous avez récupéré, vous savez, 800 kg c'est incroyable.

DIDIER GUILLAUME
On a déjà, en moins de 24 heures, 150 kg qui ont déjà été récupérés, et je pense que dans la journée on saura où ça en est. Aujourd'hui la traçabilité des produits lorsqu'ils arrivent en France, jusqu'à la fin, marche plutôt bien, et notre Direction générale de contrôle est en train de les surveiller.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a 650 kg de viande avariée qui se promènent et que les consommateurs peuvent acheter, donc il faut dire : halte-là, alerte !

DIDIER GUILLAUME
Non, mais, on a dit halte-là, alerte ! Ne plus vendre du tout, on ne sait pas si c'est parti dans le commerce, ça a pu être resté encore dans des frigos etc. Dans la journée je pense que nous saurons où nous en sommes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on pourra dire que d'ici au week-end… Mais l'Europe de Bruxelles n'a aucun moyen de sanctionner par exemple les Polonais ?

DIDIER GUILLAUME
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une fraude de la Pologne.

DIDIER GUILLAUME
Ah, pas de la Pologne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, de…

DIDIER GUILLAUME
C'est une fraude de cet abatteur, de cet abattoir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous demandez aux Polonais de voir, et à tous les européens de voir leurs abattoirs et de faire les efforts difficiles qui sont faits en France.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a autre chose, il y a autre chose, il faut éviter que se propage aussi la peste porcine d'origine africaine, qui a été détectée sur, si j'ai bien compris, des sangliers en Belgique. L'armée elle-même devrait intervenir pendant le week-end, j'ai vu ça, de nuit, pour les empêcher de passer en France. Il y a près de 600 bêtes qui vont être abattues. C'est sans précédent ça.

DIDIER GUILLAUME
C'est sans précédent, La peste porcine africaine vient des pays de l'Est, d'Afrique, mais bien des sangliers propagés par les pays de l'Est, elle n'est pas transmissible à l'homme, sous aucune façon, donc je veux rassurer vos téléspectateurs, par contre est transmissible au porc, et la filière porcine dans notre pays est très importante. Nous avons donc pris la décision, en travaillant avec les Belges, les Belges ont construit deux barrières pour empêcher les sangliers infectés, de Belgique, de venir chez nous. La France est indemne, mais il y a beaucoup de sangliers dans les Ardennes, dans les Ardennes belges, et pour faire en sorte, prévenir tout cela, nous faisons un vide sanitaire et il va falloir, ça a déjà commencé, éradiquer 600 sangliers en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a la biodiversité à respecter etc., mais en même temps il y a un problème économique terrible…

DIDIER GUILLAUME
Non, il n'y a pas de problème de biodiversité avec les sangliers, il y en a de partout, il y a un problème économique terrible, terrible pour la filière porcine, ça veut dire que si nous trouvions un sanglier infecté en France, il ne peut plus y avoir un kilo de porc exporté par exemple en Chine ou au Japon, c'est quasiment 50 % de la production. Donc l'armée est en place, les chasseurs, l'Office national de la chasse et de la Forêt. Vous savez, c'est une crise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une crise, c'est le ministre de l'Agriculture…

DIDIER GUILLAUME
Oui, c'est un ministère de crise. C'est une crise terrible celle-là mais tous les services de l'Etat sont en place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va parler un peu politique. Le Grand débat, vous savez ce que c'est, puisque vous avez organisé la semaine dernière la grande réunion qui a duré 6 heures, entre le président de la République, le maire, les élus de la Drôme, et puis le rendez-vous qui pour nous était inattendu, mais que vous aviez probablement préparé, le rendez-vous du soir. Quand Laurent WAUQUIEZ demandait au président de la République d'aller sur le terrain, d'aller au contact, vous, vous saviez déjà qu'il allait y avoir cette rencontre ?

DIDIER GUILLAUME
Le président de la République a décidé d'abord d'aller voir des régions et puis les maires, et puis après il fallait qu'il aille voir les citoyens, et c'est la raison pour laquelle moi j'avais organisé un débat, un grand débat dans ma ville, où évidemment nous n'avions pas annoncé la venue du président de la République, d'abord parce qu'elle n'était pas prévue, quand nous l'avons organisée, parce que ça change la nature, et le président de la République dans la journée il a dit : j'y vais !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça s'est décidé dans la journée.

DIDIER GUILLAUME
Dans la journée, oui, le matin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et j'ai noté qu'à cause de son passage à Valence, en tout cas c'est le prétexte, les Gilets jaunes vont manifester demain…

DIDIER GUILLAUME
Non !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A Valence, le maire est en train de dire, et les habitants : attention à la casse dans notre ville.

DIDIER GUILLAUME
Le maire essaie de faire un peu de récupération politique, parce que peut-être n'a-t-il pas apprécié ce qui s'était passé avec la venue du président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah bon ? Pourquoi ? Quelle étiquette il a, lui, le maire ?

DIDIER GUILLAUME
Je n'en sais rien, peu importe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle étiquette ?

DIDIER GUILLAUME
Les Républicains. Mais l'annonce de la manifestation elle est faite depuis un mois à Valence, il l'avait annoncé à Bourges, elle est annoncée à Valence, il n'y a aucun problème, et je fais confiance aux autorités et au préfet pour faire en sorte que ça se passe bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Prolongeons sur le Grand débat. Emmanuel MACRON aime ces exercices et d'ailleurs il y excelle, mais vous savez ce qu'on dit le plus souvent ? Ce n'est que de la com.

DIDIER GUILLAUME
Mais qui « on » ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Madame JOUANNO, certains des garants ici même, Pascal PERRINEAU, attention c'est de la com, ce n'est pas encore le Grand débat. Et alors ?

DIDIER GUILLAUME
Ouais. Mais il y a toujours des gens dans ce pays, vous savez, que j'aime bien moi, il y a toujours des gens qui critiqueront tout, toute leur vie et tout. La com, les deux dont vous me parlez doivent savoir ce que c'est la communication, aujourd'hui nous ne sont pas dans la communication Jean-Pierre ELKABBACH. Ce qui se passe depuis le mois d'octobre c'est dramatique dans ce pays. Moi j'ai rencontré lors du Grand débat dans ma commune à Bourg-de-Péage, une personne qui me dit : on travaille tous les deux avec ma femme, on a deux enfants, on vient de vendre notre maison pour avoir de l'argent pour payer les études de nos enfants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous l'avez découvert parce qu'il y a eu des ronds-points avec des Gilets jaunes ?

DIDIER GUILLAUME
Non, pas du tout. Je vais vous dire une chose, je vais vous dire qu'aujourd'hui il faut régler le problème des classes moyennes en France, et que cette ces manifestations, ce mouvement, nous a aidé, a aidé un certain nombre de personnes à prendre conscience de cela, de la souffrance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec quel type de mesures ? Surtout la fiscalité ?

DIDIER GUILLAUME
Et si vous me dites que c'est de la com, eh bien nous verrons bien dans 2 mois, mais le président de la République, dans 2 mois, quand il va annoncer des mesures, quand il va dire dans quelle direction nous devons aller pour répondre à nos concitoyens, puisque vous savez, la différence entre le populisme et une réponse populaire, le populisme c'est aller dans la démagogie, aller dans le peurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien très bien.

DIDIER GUILLAUME
… essayer d'être populaire et écouter le bon score populaire, c'est écouter les propositions qui seront faites.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais hier vous avez lu les confidences que le président de la République a fait à quelques journalistes, d'ailleurs il commence à reprendre les contacts ou à prendre des contacts avec des journalistes…

DIDIER GUILLAUME
Ah les journalistes étaient … de ne plus le voir, c'était…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour lui, et peut-être qu'il les méprisait ou qu'il les voyait de trop. En tout cas pour lui, et je cite : la leçon des Gilets jaunes n'est pas de changer de politique, mais de méthode et de rythme. Il dit : il y a urgence, il faut changer l'Etat. Et puis il soutient et il retient qu'il y a une double tentation contradictoire, il dit : le fait que tout se vaut, la parole d'un Gilet jaune vaut celle d'un ministre, d'un président de la République, d'un élu, ça on l'avait connu avec François HOLLANDE, et moi j'appelle ça la Leonardisation des institutions françaises. Bon, et le deuxième, l'autoritarisme, le besoin de commandement. Est-ce que c'est ça son nouveau programme ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais ce n'est pas son programme, mais ça c'est une analyse qu'il fait, c'est exactement ça, c'est-à-dire qu'avec les réseaux sociaux, chaque citoyen français veut diriger le pays, et en même temps il faut de l'autoritarisme, et en même temps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De l'autorité plutôt que de l'autoritarisme.

DIDIER GUILLAUME
De l'autorité, ça dépend…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De l'autorité, ça va, mais pas de l'autoritarisme.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais ça, c'est votre sentiment mais ce n'est pas forcément ce que pensent un certain nombre de Français. Mais ce n'est pas le sujet, donc ce qu'il faut aujourd'hui, c'est que nous sortions de cette crise des Gilets jaunes, différemment de laquelle nous en sommes entrés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce que vous appelez le grand chamboule-tout.

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas s'il faut un chamboule-tout, mais faut changer beaucoup de choses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais j'ajoute, le président a répondu, a prévenu hier les journalistes qu'après le 15 mars il n'y aura pas de nouvelles mesures financières et sociales, il ne reviendra pas sur ce qui a été fait depuis 18 mois, il n'y aura pas de Grenelle, c'est trop classique, pas de dissolution de l'Assemblée, pas de changement de gouvernement ni de Premier ministre, ça va très bien entre eux, finalement il a conclu le grand débat. C'est fini.

DIDIER GUILLAUME
Mais pas du tout, parce que vous vous ne parlez que de la forme, pas du fond, que de la forme. Qu'est-ce qu'on se fiche du changement de gouvernement, qu'est-ce qu'on se fiche de savoir ceci ou cela…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ben oui, vous êtes ministre.

DIDIER GUILLAUME
Mais ce n'est pas le problème, les Français ils se fichent de savoir qui est ministre de l'Agriculture, s'il y en a un autre demain, ça ne leur changera pas leur quotidien. Bon, la seule chose c'est : qu'est-ce que nous allons faire pour que les Français s'aperçoivent de deux choses : que leur vie va mieux et deuxièmement que les élus, les responsables politiques, prennent soin d'eux et s'occupent d'eux. Aujourd'hui les Françaises et des Français pensent que l'on ne s'occupe que de nous-mêmes, et pas d'eux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, et ils ne se contenteront pas de peu les Français, dans l'état de nervosité et d'agressivité dans lequel…

DIDIER GUILLAUME
Mais pourquoi vous dites « peu » ? Vous ne savez pas ce que va annoncer le président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous, vous le savez ?

DIDIER GUILLAUME
Ah pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah bon.

DIDIER GUILLAUME
Mais ce que je demande, c'est que ce ne soit pas « peu », mais que ce soit beaucoup, fort et large.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« Beaucoup, fort et large », et pas seulement dans les institutions ou les… sur d'abord le pouvoir d'achat, l'avenir et puis en même temps la vision de ce que va être la France dans l'Europe et dans le monde.

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais la France dans l'Europe et dans le monde elle est très important, comme l'avait dit le président de la République il y a pas longtemps, il faut s'occuper de la fin du monde et de la fin du mois, donc les Français veulent à la fois ça. Les revendications climatiques, on a vu la manifestation de la semaine dernière, il y a eu quand même du monde, donc il faut s'occuper du réchauffement de la planète, il faut s'occuper du pouvoir d'achat, il faut être capable de démontrer et de changer s'il le faut, que les Français ont plus voix au chapitre que ce qu'ils ne l'ont eu ces 10 dernières années, il faut bien le reconnaître, que les institutions sont puissantes, mais elles ne sont pas toutes puissantes, que la démocratie représentative c'est la clef de notre vie politique et qu'il n'est pas question de supprimer ou de tirer au sort des parlementaires ou je ne sais trop, les élections ce sont les élections, mais il faut peut-être infléchir au niveau institution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà des pistes pour l'avenir et on suivra le Grand débat s'il continue à avoir lu avec autant de d'intérêt de la part des Français, puisque ça marche bien. Merci d'être venu…

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et d'avoir révélé tant de choses, à la fois sur la Loi alimentation, la menace porcine et d'autre part cette viande avariée dont vous espérez trouver les 650 kg qui manquent et qui se promènent encore quelque part dans les entreprises.

DIDIER GUILLAUME
Les services y travaillent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci beaucoup.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2019

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