Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, à Europe 1 le 1er février 2019, sur le grand débat national et les collectivités d'Outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, à Europe 1 le 1er février 2019, sur le grand débat national et les collectivités d'Outre-mer.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre des Outre-mer;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Annick GIRARDIN.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Tout à l'heure, Emmanuel MACRON et vous recevrez une centaine d'élus d'Outre-mer à l'Elysée dans le cadre du Grand débat, mais en 2017 vous aviez déjà organisé une grande consultation en Outre-mer, à laquelle 26 000 personnes ont participé. C'est parce que vous vous n'aviez pas bien écouté ce qu'ils ont dit à l'époque vous les invités à nouveau ?

ANNICK GIRARDIN
Alors merci de parler des assises des Outre-mer, qui ont été un très très grand moment pour les Outre-mer, et j'ai envie de dire tout simplement que le Grand débat c'est à l'image des assises des Outre-mer de donner la parole aux Français. Les Assises des Outre-mer c'est donc 25 000, 26 000 personnes qui ont participé, 2 000 projets, des tas de réunions qui ont construit la trajectoire du gouvernement, pour les territoires d'Outre-mer.

AUDREY CRESPO-MARA
Et pourquoi le refaire alors, un an après ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, l'idée c'est aussi de dire que les territoires d'Outre-mer ont participé aux assises, que là il y a un événement national, je rappelle qu'il y a des Français qui vivent dans l'Océan Indien, qui vivent dans l'Atlantique, qui vivent dans le Pacifique et c'est bien là aussi qu'ils puissent s'exprimer sur des décisions ou des programmes plus nationaux, c'est important et puis la vie chère dans les territoires d'Outre-mer, c'est vraiment le grand sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, certains élus ne viendront pas tout à l'heure, estimant que rien ne change, ils prennent en exemple votre déplacement en urgence en novembre à la Réunion parce que le mouvement des Gilets jaunes bloquait l'île. Vous aviez alors promis que les allocations pour les personnes âgées, handicapées, passeraient à 903 € par mois dès le 1er janvier, pourquoi ne pas avoir tenu cette promesse ?

ANNICK GIRARDIN
Alors tout simplement, vous savez, je suis à la Réunion pour 4 jours, je rencontre tous les Réunionnaises, les Réunionnais qui ont souhaité porter le gilet jaune, parce qu'ils avaient eux aussi une colère, peut-être dire à ceux qui nous écoutent que si on parle de taux de pauvreté, eh bien on est 4 fois plus élevé à La Réunion, que si on parle du taux de chômage on est 2 à 3 fois plus de chômeurs à la Réunion notamment qu'en métropole. Donc on voit bien que la colère est encore plus profonde, et c'est normal.

AUDREY CRESPO-MARA
Et on leur dit : mesures applicables dès le 1er janvier, ce n'est pas appliqué.

ANNICK GIRARDIN
Et on leur dit, sur trois discours, l'ensemble des engagements que j'allais prendre. Et j'ai dit que la totalité du minimum vieillesse, c'est-à-dire le 903 € comme d'ailleurs l'AAH, qui sera de 900 € puisque toutes ces mesures connaissent des augmentations, 2018, 2019, 2020, eh bien je donne le total de 2020 et je dis effectivement dès, au lieu de dire à compter de, donc ça provoque tout de suite une polémique.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ce n'est pas janvier 2019, mais c'est janvier 2020, il faut attendre un an, c'est ça ?

ANNICK GIRARDIN
Si les élus voulaient construire une réponse avec moi pour les Réunionnais, pour les Martiniquais, pour les Guadeloupéens, pour Mayotte, pour l'ensemble des territoires d'Outre-mer, eh bien travaillons ensemble au lieu de jouer sur une erreur de mots, que j'ai rectifiée dès le lendemain…

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, ça fait attendre un an disons.

ANNICK GIRARDIN
… et puis dès le lendemain sur le site internet de la préfecture, parce que ma méthode c'est aussi la transparence, eh bien c'était en ligne.

AUDREY CRESPO-MARA
Dans le cadre du Grand débat, Annick GIRARDIN, le président s'est rendu dans l'Eure, dans la Drôme, lundi il se rendra en banlieue parisienne, il n'a pas prévu de déplacements en Outre-mer dans le cadre de ce débat ?

ANNICK GIRARDIN
Vous savez, jamais un gouvernement, un président de la République, un Premier ministre ne se sont déplacés autant dans les 20 premiers mois dans les territoires d'Outre-mer.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais est-ce que dans le cadre de ce débat il se déplacera ?

ANNICK GIRARDIN
Le président est déjà allé 4 fois en 20 mois dans les territoires d'Outre-mer, le Premier ministre également et puis les ministres sont allés sur tous les territoires d'Outre-mer, il n'y a pas un territoire d'Outre-mer qui n'a pas eu la visite d'un ministre. Et oui le président de la République continuera à visiter les territoires d'Outre-mer et très certainement qu'avant l'été il se rendra à la Réunion mais il l'annoncera lui-même en ce qui concerne les dates.

AUDREY CRESPO-MARA
Avant l'été, donc. Annick GIRARDIN, cette semaine vous avez reçu Priscillia LUDOSKY, une des fondatrices des Gilets jaunes, à votre ministère, elle est originaire de la Martinique, elle entend aussi porter la cause de l'Outre-mer, votre encontre était diffusée en Facebook Live, on a entendu que ça parlait beaucoup de pouvoir d'achat. Alors pourquoi voter une loi qui entraîne une hausse de 4 à 10 % des produits alimentaires de base ?

ANNICK GIRARDIN
Alors d'abord, le souhait de rencontrer effectivement des Gilets jaunes qui faisaient partir leur manifestation du ministère des Outre-mer, pour dire : il faut entendre davantage des problématiques des territoires d'Outre-mer, eh bien je dis oui, parce que c'est vrai, on ne parle que des territoires d'Outre-mer que quand il y a une crise sociale ou quand il y a malheureusement des dégâts liés au dérèglement climatique et aux conditions climatiques que connaissent les territoires d'Outre-mer. Donc oui. Ensuite il était important effectivement pour moi d'aller rencontrer les gens, tout simplement. Vous savez moi je rencontre tout le monde, il n'y a pas des bons Français, des mauvais Français, je parle avec tout le monde, après je défends les valeurs, je défends les combats qui sont les miens, et je ne suis pas toujours d'accord.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais face à la cherté de la vie on adopte une loi qui va encore augmenter les produits de base, les produits alimentaires de base.

ANNICK GIRARDIN
Alors, c'est l'analyse que vous faites aujourd'hui. L'important…

AUDREY CRESPO-MARA
Eh bien c'est le cas.

ANNICK GIRARDIN
… là dans ce dossier, mais c'est pareil en Outre-mer, c'est comment effectivement on peut s développer chez nous des productions locales, comment les agriculteurs sont mieux rémunérés pour leur travail et on sait combien effectivement ils connaissent des difficultés ? Ensuite on verra si cet outil il est efficace ou pas et on verra qui joue le jeu ou ne joue pas le jeu. Sur celui-ci comme sur tous les outils des territoires d'Outre-mer. Vous savez moi je l'ai dit à La Réunion, il faut davantage dialoguer avec les citoyens, il faut davantage faire l'évaluation de nos dispositifs, et puis quand un dispositif ne marche pas, eh bien il faut savoir revenir sur effectivement ce dispositif, et en trouver un plus pertinent.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc éventuellement revenir sur cette loi alimentation.

ANNICK GIRARDIN
Vous ne me faites pas parler à la place du ministre de l'Agriculture, s'il vous plaît…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais c'est un peu ce que vous sous-entendez.

ANNICK GIRARDIN
Non, ce que je dis c'est que globalement il ne faut jamais avoir peur de remettre en question ce qu'on met en place, quand ça ne marche pas, mais ne nous demandez pas au bout de 3 jours de remettre en place quelque chose. Laissons le dispositif se mettre en place, estimons qu'il n'y a pas toujours des loups partout et que tout le monde a envie que les Français se portent mieux, que la question de la vie chère est au centre effectivement du combat de ce gouvernement, comme le travail qui est une priorité, et puis ensuite nous verrons.

AUDREY CRESPO-MARA
Annick GIRARDIN, hier en en discutant avec des journalistes, Emmanuel MACRON a dit : « Si être Gilet jaune c'est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis Gilet jaune ». Et vous Annick GIRARDIN, est-ce que vous aussi vous êtes Gilet jaune ?

ANNICK GIRARDIN
Ecoutez, moi je comprends les problématiques que peuvent aujourd'hui exprimer les Français, qu'ils soient effectivement dans l'Hexagone, dans les territoires d'Outre-mer ou en Corse, et je crois que c'est important qu'on puisse se dire qu'il nous faut apporter des réponses, des réponses pertinentes, c'est ce que j'ai fait dans les territoires d'Outre-mer…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous ne diriez pas « moi aussi je suis Gilets jaunes ».

ANNICK GIRARDIN
Eh bien écoutez, chacun de ses expressions, ce n'est pas la mienne. Vous savez on a chacun nos méthodes, chacun notre caractère, notre manière de faire, je suis une femme de terrain, je suis pragmatique, j'aime apporter des résultats aux gens qui sont en face de moi, ça prend toujours trop de temps, je suis toujours aussi fâchée que les Français, que ça n'aille pas plus vite, mais c'est comme ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Ah, un petit côté Gilet jaune quand même.

ANNICK GIRARDIN
C'est c'est comme ça. Alors on peut avoir un côté ou pas, ce qui est important c'est qu'on soit là où on est le plus utile et c'est ce que j'espère que je fais.

AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON a dit aussi hier qu'il ne croyait pas aux sondages selon lesquels la moitié des Français soutient encore les Gilets jaunes. Vous, vous y croyez ?

ANNICK GIRARDIN
C'est toujours très compliqué, voyez, regardez l'ensemble de ce qui circule sur les réseaux sociaux, comment c'est facile de dire : j'aime, je soutiens etc. donc c'est vrai que c'est toujours compliqué de se dire qui il y a vraiment derrière ce chiffre, quel est le soutien…

AUDREY CRESPO-MARA
Les sondages seraient faussés un peu ?

ANNICK GIRARDIN
Non non, c'est, l'idée c'est quel est le soutien, à quel moment, pourquoi ? Mais franchement le plus important c'est quoi ? C'est de savoir que les Français vont mieux, c'est de savoir que sur la question du coût de la vie dans les territoires d'Outre-mer on a pu grâce à une transparence totale sur les prix, d'abord donner l'information et puis corriger, quand il y a effectivement soit des monopoles, soit de l'exagération, et je crois que ça c'est important, qu'on lutte pour le travail dans les territoires d'Outre-mer, que chacun puisse vivre de son travail et de manière correcte, et ça c'est des définitions qu'il faut effectivement qu'on puisse préciser, et des réponses qu'on doit apporter. Moi c'est ça qui m'importe. Je ne suis pas venue pour être plus connue, parce que malheureusement les Outre-mer n'intéressent que très peu de médias, je suis venue pour apporter des réponses…

AUDREY CRESPO-MARA
Eh bien vous êtes là ce matin.

ANNICK GIRARDIN
… aux territoires d'Outre-mer, je suis aussi une ultramarine.

AUDREY CRESPO-MARA
Annick GIRARDIN, Mediapart a publié hier des enregistrements de conversations entre Alexandre BENALLA et son ami Vincent CRASE qui était avec lui place de la Contrescarpe au début de l'affaire. Alexandre BENALLA se vante d'avoir gardé le contact avec Emmanuel MACRON et de bénéficié de son soutien. Vous croyez qu'il est mythomane ?

ANNICK GIRARDIN
Je ne sais pas, ça ne m'intéresse pas.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est une affaire, non ?

ANNICK GIRARDIN
C'est une affaire grave, chacun le sait, elle est aujourd'hui traitée par des commissions d'enquêtes parlementaires, elle est aujourd'hui aussi suivie par la justice, je crois qu'il faut éviter de parler de ce type d'affaires, qui est grave et qui doit être réglée. Mais enfin franchement, ce n'est pas ce que les Français attendent de ma part, un commentaire sur ce sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous êtes agacée par cette affaire sans enfin manifestement.

ANNICK GIRARDIN
Oui, ça m'agace, mais comme d'autres sujets.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Annick GIRARDIN.

ANNICK GIRARDIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2019

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