Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 5 février 2019, sur le Grand débat national, la loi anticasseurs et sur l'économie circulaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 5 février 2019, sur le Grand débat national, la loi anticasseurs et sur l'économie circulaire.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

GUILLAUME DURAND
Brune POIRSON, bonjour.

BRUNE POIRSON
Bonjour Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
Les sujets ne manquent pas ce matin, concernant évidemment la politique générale, et évidemment votre domaine d'activité qui est la transition écologique. Concernant le référendum, par exemple, et les élections européennes, est-ce que vous êtes favorable, à titre personnel et comme ministre, est-ce que vous êtes favorable à la jonction des deux ?

BRUNE POIRSON
Moi, surtout, je crois – je vais répondre à votre question – mais je crois surtout que là on est en train d'avoir un débat sur une question de forme, je ne vous dis pas qu'elle n'est pas importante, je vous dis simplement qu'aujourd'hui on est vraiment dans le temps du débat. Je crois que les Français montrent qu'ils ont envie de débattre, je crois aussi qu'ils ont un président de la République, et ça c'est totalement inédit, qui est à l'écoute, qui est disposé, qui répond aux questions, qui les écoute, et ça, comme je le disais, c'est historique. Et donc, ne gâchons pas ce moment-là, profitons….

GUILLAUME DURAND
… il est normal qu'on les sonde, puisque ça nous concerne directement.

BRUNE POIRSON
Attendez Guillaume DURAND, profitons de ce moment-là pour vraiment débattre, sinon on va s'arc-bouter sur des questions de forme, des questions de sortie de ce débat. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas essentielles, mais je dis que le président de la République, et le Premier ministre, le gouvernement, s'engagent en tout cas à prendre en compte une grande partie de ce qui va ressortir du débat, ça nous le disons depuis le début, il y a un processus, en plus de ça les remontées d'informations et des contributions, qui est garanti, si je puis dire, par des garants, et donc les conditions sont en plus pour que soit intégrée, dans les politiques publiques à venir, une grande partie des résultats.

GUILLAUME DURAND
Mais alors, on fait la jonction ou ne fait pas la jonction ?

BRUNE POIRSON
La jonction c'est une autre question, encore une fois je vais y répondre rapidement pour pas qu'on y passe longtemps. Effectivement il y a un…

GUILLAUME DURAND
Parce que la ministre des Affaires…

BRUNE POIRSON
Pardon Guillaume DURAND, je vous interromps, mais il ne faut peut-être pas mélanger les deux, effectivement. Il y a un temps pour l'Europe, pour les élections européennes, et puis il y a un temps, aussi, pour les remontées du grand débat.

GUILLAUME DURAND
Question. Est-ce que ça vous intéresse d'être tête de liste aux européennes ? On en a parlé, ça a été écrit.

BRUNE POIRSON
C'est qui « on » ?

GUILLAUME DURAND
Dans les journaux.

BRUNE POIRSON
Ecoutez, oui, mais enfin ça ce sont des « on », des « on-dit »…

GUILLAUME DURAND
Non, mais je vous pose la question.

BRUNE POIRSON
La réponse à votre question elle est très simple, Guillaume DURAND, elle est que je suis secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, je suis tout à ma tâche…

GUILLAUME DURAND
Mais ça vous intéresse ?

BRUNE POIRSON
Je travaille sur une loi sur l'économie circulaire, qui va être portée d'ici à l'été, je travaille aussi sur le G7 en France, que la France va accueillir, et en particulier le sommet, le One Planet Summit, porté par le président de la République, donc je suis tout à ma tâche aujourd'hui. Les minutes d'antenne sur votre écran sont chères, rares et précieuses, et donc je crois qu'on ferait mieux de parler d'autre chose.

GUILLAUME DURAND
Ça vous intéresse ou pas ?

BRUNE POIRSON
Je vais vous faire la même réponse 100 fois Guillaume DURAND ?

GUILLAUME DURAND
Vous ne voulez pas répondre ?

BRUNE POIRSON
Je vous ai répondu, je suis secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire.

GUILLAUME DURAND
Non mais j'ai compris, mais ce que je veux dire que c'est une interrogation, comme il y a eu des interrogations pour toutes les autres têtes de liste concernant tous les partis.

BRUNE POIRSON
Oui, c'est pour ça, il y a tellement d'interrogations, ne perdons pas notre temps.

GUILLAUME DURAND
Concernant justement ce grand débat, ce matin à la Une de l'Opinion il y a toute une réflexion menée autour des deux grands ministères de Bercy, c'est-à-dire le Budget et le ministère de l'Economie et des finances, sur les niches fiscales qui, semble-t-il, ont été, ou sont étudiées de près par les deux ministres. Est-ce que ça pourrait concerner par exemple les niches fiscales qui sont directement liées à la transition écologique, ou est-ce qu'elles seront mises de côté ?

BRUNE POIRSON
Alors, un, c'est déjà le temps du débat, donc on verra, on ne va pas prendre des décisions maintenant alors qu'on est en train de discuter, ça je crois que c'est un point de méthode qui est important à rappeler, premièrement, et puis ensuite je ne suis pas non plus ministre de l'Action et des Comptes publics, comme l'est Gérald DARMANIN, ce n'est pas moi qui vais vous répondre sur cette question-là.

GUILLAUME DURAND
Mais vous pourriez mettre un veto, puisque ça vous concerne directement, s'il n'y a plus d'aides pour un certain nombre de….

BRUNE POIRSON
Ce ne sera pas le cas, il n'y aura jamais plus d'aides pour la transition écologique et en particulier pour les plus modestes, mais il ne faut pas oublier une chose, c'est que les niches fiscales elles bénéficient en grande partie aux riches. Je crois que Gérald DARMANIN l'a rappelé, il y a, en gros, 9 % des plus riches qui captent 7 milliards sur les 14 milliards que représentent les niches fiscales, c'est-à-dire que 9 % des Français captent la moitié du bénéfice des niches fiscales, et ça on voit bien que….

GUILLAUME DURAND
C'est ce que l'Opinion appelle « la chasse aux riches. »

BRUNE POIRSON
C'est un peu une anomalie. On parle de justice fiscale. Alors, en France, et moi je peux vous le dire, j'ai habité à l'étranger, il y a un vrai souci et il y a, dans les faits, une justice fiscale, il n'y a que 45 % des Français les plus riches, par exemple, qui paient l'impôt sur le revenu. En revanche, bien sûr, il reste ce qu'on appelle des « points », et notamment… d'ailleurs ça ne s'appelle pas « niches » pour rien, il reste bien évidemment des endroits, encore, où il y a des anomalies. Et je crois que quand on veut lutter contre les inégalités sociales, quand on veut vraiment faire de la justice sociale un axe clé d'une politique publique, eh bien on va dans le détail, on va chercher, on évalue, on analyse, et c'est exactement ce qu'on est en train de faire.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez que la loi anticasseurs va être votée par une grande partie de la majorité des députés de La République en marche, vous avez été députée de La République en marche ?

BRUNE POIRSON
Oui, mais maintenant je suis au gouvernement, donc en tant que membre de l'exécutif ce n'est pas à moi de dire, ni de faire des supputations sur ce que pourraient voter les députés. Je sais que c'est une loi qui ne fait pas tout à fait l'unanimité, même dans nos rangs…

GUILLAUME DURAND
Oui, Aurélien TACHE ne veut pas la voter.

BRUNE POIRSON
Oui, d'accord, mais enfin il y en a quand même beaucoup, beaucoup, qui veulent la voter, ce sera une loi qui sera votée.

GUILLAUME DURAND
Non, mais le problème que ça pose, vous vous souvenez du film de SPIELBERG « Minority Report », définir de quelqu'un – enfin peut-être vous souvenez-vous de ce film – définir de quelqu'un – je me fais l'avocat évidemment du Diable – qu'il va être un délinquant avant même qu'il ne soit délinquant, ça pose un problème que les avocats dénoncent par exemple, même si toute forme d'engagement politique…

BRUNE POIRSON
Attendez, vous partez du principe et du postulat que, soit le gouvernement, soit la justice, ou en l'occurrence, là, le préfet, va décider par avance si un individu est un délinquant ou pas, ça sera fondé sur des faits.

GUILLAUME DURAND
Non c'est une question de…

BRUNE POIRSON
Pour répondre à votre question plus largement. Est-ce que je pense que ça aurait été mieux de se passer d'une telle loi ? Oui. Est-ce que dans le contexte actuel et la demande forte des Français d'ordre public, et face aux violences absolument terribles et inédites depuis des décennies, qu'on a vues en France, une telle loi était nécessaire ? Je le pense.

GUILLAUME DURAND
La loi sur l'économie circulaire, il s'agit éventuellement, et même certainement des déchets, pour parler de manière plus concrète, ça vous concerne plus que directement. C'est avant l'été, le calendrier ?

BRUNE POIRSON
D'ici à l'été, d'ici à l'été. Il y a une loi sur l'économie circulaire, que je vais porter, c'est une loi qui vise, en gros et en particulier à lutter contre le gaspillage, à faire en sorte que les déchets deviennent des ressources, et à faire en sorte aussi que les Français en aient plus pour leur argent, c'est-à-dire que ça bénéficie à leur pouvoir d'achat, mais aussi à la préservation de la planète. On est dans un calendrier qui est serré, mais moi, en accord avec le président de la République et le Premier ministre, je crois que c'est important, en cette période de débats, que d'intégrer et d'enrichir le texte des résultats des débats. Moi, vous savez, une des choses que je constate, quand je participe à des débats, et surtout ce que partagent avec moi certains de mes collègues au gouvernement, ou encore députés ou autres, me disent que les questions de recyclage, que les questions liées à la lutte contre l'obsolescence programmée, sur le tri des déchets, eh bien tout ça ce sont des questions qui remontent beaucoup et souvent. Et donc je pense qu'il peut être tout à fait utile et nécessaire de l'enrichir. Pourquoi, par exemple, on s'interdirait de mettre des dispositions sur l'établissement d'une consigne sur les emballages et les plastiques en France ?

GUILLAUME DURAND
Donc ça concerne par exemple beaucoup la restauration rapide, les McDO et les autres.

BRUNE POIRSON
Absolument, en particulier, mais vous savez, déjà ils ont des obligations…

GUILLAUME DURAND
Parce que quand on va justement dans un McDO, dans un restaurant de restauration rapide, on a son fameux plateau, le plateau il est déposé dans une poubelle, et ce qui est dans la poubelle on ne sait pas très bien où ça va.

BRUNE POIRSON
Absolument, et c'est d'ailleurs un des gros problèmes, c'est que normalement les chaînes de restauration rapide sont obligées de permettre, et de trier leurs déchets en cinq catégories différentes…

GUILLAUME DURAND
Et ce n'est pas le cas.

BRUNE POIRSON
Non, ce n'est pas le cas. Donc moi je les ai convoquées au ministère de la Transition écologique et solidaire la semaine dernière, et je leur ai demandé de respecter la loi, tout simplement, parce que maintenant…

GUILLAUME DURAND
Ils ne le font pas, donc c'est un avertissement, ce matin, que vous leur lancez.

BRUNE POIRSON
C'est un avertissement, j'ai été très claire, ils ont jusqu'à la fin du mois de mars pour le présenter un plan de mise en conformité, j'étudierai ce plan dans le courant du mois d'avril, ensuite ils le mettront en oeuvre, et après l'été je me réserve le droit de mener encore des contrôles, des contrôles pour aller vérifier qu'ils respectent bien l'environnement. Vous savez, toutes les questions de respect de l'hygiène, et notamment pour des raisons sanitaires, est très respecté par les restaurants et notamment les restaurants de restauration rapide, ce n'est pas le cas pour le tri, mais le tri c'est l'hygiène environnementale.

GUILLAUME DURAND
Question concernant deux personnages qui sont un peu les ombres du domaine dans lequel vous travaillez, c'est-à-dire Nicolas HULOT et Jean-Louis BORLOO, qui ont joué, chacun dans leur genre, des rôles importants. Il y a un grand papier dans Le Figaro ce matin qui montre, ou qui laisse entendre que Jean-Louis BORLOO, après avoir été, disons d'une certaine manière répudié par le président de la République, on essaierait de l'appeler du côté du gouvernement pour une certaine forme de réconciliation. Est-ce que ça vous paraît, dans le cadre du grand débat, puisque visiblement vous le suivez avec attention, une bonne chose ?

BRUNE POIRSON
Mais moi je suis assez étonnée d'entendre parler de mot comme celui-là, celui que vous venez d'utiliser, « répudiation », je crois que c'est très…

GUILLAUME DURAND
Le Figaro raconte qu'un soir, la veille de la présentation de son plan, le président de la République l'a appelé pendant 1 heure, en lui disant « je prends tout », etc., et le matin – c'est pour ça que le mystère est entier – le matin il ne prend rien, donc les gens se demandent ce qui s'est passé pendant la nuit, c'est normal, ça a marqué les gens.

BRUNE POIRSON
Déjà, premièrement, ça c'est ce qui est dit dans un article de journal, attention, ce n'est peut-être pas la réalité, premièrement. Et deuxièmement, ce n'est pas parce qu'il y a un rapport qui est présenté, que l'intégralité du rapport n'est pas reprise, qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain, y compris l'auteur du rapport. Je crois que ce n'est pas le cas, je crois que ce serait trop en dire que de voir un désaccord presque personnel entre le président de la République et Jean-Louis BORLOO, moi je crois que Jean-Louis BORLOO a contribué au débat, continuera probablement de le faire, et que le président de la République, et notamment les membres du gouvernement, et je pense par exemple à Julien DENORMANDIE, ont fait de la politique de la ville une véritable priorité et qu'ils continuent à mettre en oeuvre les politiques publiques en faveur des quartiers. Mais maintenant que, du jour au lendemain, d'un coup de baguette magique on se dise qu'on puisse régler les problèmes dans ces quartiers prioritaires de la ville, c'est faux, on sait que ça fait aussi des années.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup.

BRUNE POIRSON
Merci à vous.

GUILLAUME DURAND
Brune POIRSON était l'invitée politique de la matinale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2019

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