Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Inter le 4 février 2019, sur le Venezuela, le retour de jihadistes français, le Brexit, les élections européennes et sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Inter le 4 février 2019, sur le Venezuela, le retour de jihadistes français, le Brexit, les élections européennes et sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

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NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME nous recevons ce matin dans « Le grand entretien du 7-9 » le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Vos questions dans 10 minutes au 01.45.24.7000, sur les réseaux sociaux et via l'application mobile France Inter. Jean-Yves LE DRIAN, bonjour.

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin, merci d'être au micro de France Inter. On va commencer dans le sillage de l'édito de Pierre HASKI, par l'ultimatum au Venezuela, qui est donc arrivé à son terme, plusieurs pays européens dont la France exigeaient de Nicolas MADURO qu'il convoque une nouvelle présidentielle afin de sortir par les urnes de la crise qui déchire son pays. L'ultimatum a expiré, fin de non-recevoir, absence de réponse, de la part de MADURO ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Un peu de cynisme aussi. Il faut bien voir que ce pays est aujourd'hui exsangue, il y a de très nombreux réfugiés, il y a une oppression, il y a une inflation épouvantable, le peuple est dans la rue, le peuple veut le changement, et nous pensons qu'il faut éviter qu'il y ait des germes de guerre civile et des affrontements qui puissent se dérouler. Et puis vous avez un président dont l'élection, en mai dernier, avait été très contestée, y compris par les pays européens, et puis vous avez un président de l'Assemblée nationale dont l'élection, elle, n'a pas été contestée, elle remonte à 2015. Et, précisément, le président MADURO estime nécessaire de renouveler, d'aller aux urnes pour renouveler cette Assemblée-là, qui elle est reconnue, alors qu'il apparaît très clairement, pour tout le monde, y compris pour tous les Européens, qu'il est nécessaire de sortir de cette crise par une élection qui soit complètement légitime et qui soit complètement vérifiée, une élection présidentielle, parce que c'est un régime présidentiel. C'est ce que nous avons demandé et nous allons maintenant prendre les dispositions nécessaires, puisqu'il y a ce refus, de la part du président MADURO, pour faire en sorte que la crise vénézuélienne puisse se régler le plus possible dans la sérénité.

LEA SALAME
Donc ce matin, à 8h23, depuis le studio de France Inter, vous nous dites ce matin, Jean-Yves LE DRIAN, que la France reconnaît Juan GUAIDO seul chef légitime et président du Venezuela ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Nous allons nous consulter avec nos amis européens aujourd'hui, nous considérons que, aujourd'hui, le président de l'Assemblée nationale, Monsieur GUAIDO, dont la légitimité est parfaitement reconnue, qu'il est habilité à provoquer des élections présidentielles, c'est cela le sujet, et qu'il est donc, du coup…

LEA SALAME
Et qu'il est président par intérim…

JEAN-YVES LE DRIAN
Par intérim pour provoquer des élections présidentielles…

LEA SALAME
D'accord, mais qu'il est, selon la France, président par intérim du Venezuela.

JEAN-YVES LE DRIAN
Nous allons nous mettre en relation aujourd'hui avec nos collègues européens pour reformuler cette demande, et faire en sorte aussi qu'un groupe de contact, que nous nous proposons de créer, pour accompagner la transition, non pas pour être neutres, mais pour accompagner la transition, puisse se mettre en oeuvre avec les pays européens qui voudront bien s'y joindre.

NICOLAS DEMORAND
Mais n'est-ce pas, au sens strict Jean-Yves LE DRIAN, de l'ingérence ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est une tentative, de notre part, de faire en sorte que la crise vénézuélienne se règle dans le calme, et éviter qu'il y ait des confrontations et de la violence, y compris l'utilisation de l'armée.

NICOLAS DEMORAND
Mais de l'ingérence, vous refusez le terme ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'est pas de l'ingérence, à partir du moment où il y a une crise dans un pays, qu'il y a un appel de la part du président GUAIDO, à le soutenir pour rétablir la démocratie, nous pensons qu'il faut qu'il y ait des élections qui valident les choix des Vénézuéliens. C'est une demande démocratique, pas autre chose.

LEA SALAME
Comment ça va se faire, Monsieur le ministre, est-ce que la France va annoncer tout à l'heure, seule, qu'elle reconnaît GUAIDO, est-ce que vous allez le faire dans un communiqué commun à toute l'Union européenne, on sait qu'il y a certains pays, l'Italie, la Grèce, qui ne veulent pas le signer ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, il y a des difficultés d'ordre un peu juridique puisque l'Union européenne, en tant que tel, ne reconnaît pas les gouvernements, ne reconnaît pas non plus les Etats, et puis un certain nombre d'autres pays, juridiquement, ne reconnaissent pas des gouvernements mais reconnaissent des Etats, ce que notre cas. Donc, notre point de vue c'est de dire, nous constatons le refus du président MADURO d'organiser des élections présidentielles, qui seraient de nature à simplifier, clarifier, « séréniser » la situation au Venezuela, et nous considérons que Monsieur GUAIDO a la capacité, la légitimité, à organiser ces élections, et seules des élections libres pourront permettre d'avoir une autorité, une démocratie retrouvée.

NICOLAS DEMORAND
Autre dossier Jean-Yves LE DRIAN, on a parlé de 130 jihadistes français qui pourraient revenir en France dans les prochaines semaines, suite au retrait américain de Syrie. Pour commencer, avant de voir les choses sur le fond, pouvez-vous nous dire de combien de personnes on parle exactement. Sur ces 130, déjà, est-ce que vous confirmez le chiffre de 130 Français et si oui, on parle de combien d'hommes combattants, de combien de femmes, de combien d'enfants ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne répondrai pas à cette question…

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi non ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je trouve étonnant que des chiffres, comme ça, sortent, peut-être qu'il y a des témoins que je ne connais pas dans ces zones, mais ce que je peux vous dire c'est qu'on n'en a pas fini avec le terrorisme, qu'on n'en a pas fini avec les jihadistes, parce que, on annonce ce chiffre…

NICOLAS DEMORAND
Mais il est vrai ou il est faux ?

JEAN-YVES LE DRIAN
De plus d'une centaine de personnes, qui disent…

LEA SALAME
Pardon, c'est Christophe CASTANER qui l'a annoncé, ce n'est pas la presse.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé, enfin peu importe ; en tout cas il y a, dans cette partie-là de la Syrie, un certain nombre de combattants, de femmes et d'enfants, qui sont dans des camps, dans une zone de guerre, et puis vous avez d'autres jihadistes français qui combattent, en nombre significatif. Ils combattent, soit dans la zone que l'on appelle la zone d'Hadjin, qui est à la frontière entre la Syrie et l'Irak, où les combats ne sont pas finis, Daesh est toujours là, et il y a des combattants français, étrangers, belges, tunisiens, bref toute une série de combattants étrangers qui combattent sous la bannière de Daesh, et ce n'est pas fini, et puis vous avez une bombe à retardement, dont on parle peu, qui est la zone d'Idlib, plus à l'ouest de la Syrie, où se retrouvent, au milieu d'une population de plus de 3 millions de personnes, dans laquelle il y a beaucoup de réfugiés, au milieu de tout cela vous avez 30, 40.000 combattants, certains dans des groupes terroristes, d'autres non, où il y a aussi des Français. Donc, on n'en n'a pas fini, ni avec le djihadisme, ni avec les Français qui combattent contre la France, parce qu'ils combattent contre la France, ce sont nos ennemis, ils sont français, mais ce sont nos ennemis en Syrie, ce qui montre la nécessité d'accélérer un processus politique, qui aujourd'hui n'embraye pas vraiment beaucoup.

NICOLAS DEMORAND
Donc c'est encore pire que ce qu'on dit, c'est-à-dire qu'il y en a qui sont actifs et il y en a d'autres qui reviennent ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vous dis simplement qu'on n'en n'a pas… je vois la focalisation sur un peu plus d'une centaine de personnes, qui sont aujourd'hui dans des camps en nord Syrie dans une zone de guerre, et on oublie qu'il y en a d'autres qui combattent ailleurs, et je vous dis, sans vouloir inquiéter de trop nos auditeurs, nous n'avons pas fini avec ces terroristes, avec ce djihadisme-là, qui a tué dans notre pays et sur lequel il faut se prémunir et être très vigilant. Mon principal souci, dans cette affaire, et le principal souci du président de la République, c'est la sécurité des Français, c'est la sécurité de la France.

LEA SALAME
Justement.

JEAN-YVES LE DRIAN
Alors, pour revenir à votre débat…

LEA SALAME
Justement, du point de vue des Français qui apprennent - alors vous dites « le chiffre de 130 jours je refuse de le confirmer », mais Nicole BELLOUBET a confirmé, elle, en disant il y a 75 % d'enfants de moins de 7 ans dans ces 130 personnes…

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a beaucoup d'enfants, oui.

LEA SALAME
Il y a beaucoup d'enfants, mais c'est vrai que… pourquoi est-ce que vous ne donnez pas le chiffre, vous, alors que d'autres de vos collègues l'ont donné ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce que ce chiffre est aléatoire et parce que, bon, moi je veux bien qu'on dise un peu plus de cent, mais en tout cas le sujet n'est pas là, le sujet c'est de savoir qu'est-ce qu'on fait.

LEA SALAME
Et qu'est-ce qu'on fait avec eux, parce que les Français apprennent qu'ils vont arriver en France ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La position n'a pas changé, pour nous, c'est-à-dire que lorsque des jihadistes, des terroristes, sont faits prisonniers sur les zones de guerre, ils doivent être jugés là où ils ont commis leurs crimes, c'est ce qui se passe en Irak, certains terroristes ont été jugés par la justice irakienne, parce que c'est là qu'ils ont frappé, et c'est là qu'ils ont commis des meurtres à l'égard des populations irakiennes. Mais, en Syrie, il n'y a pas vraiment d'Etat, et il n'y a pas vraiment d'autorités judiciaires, et dans ce cas-là nous considérons que toutes les hypothèses doivent être ouvertes, d'autant plus que dans cette zone du Nord-est les Etats Unis nous ont fait savoir qu'ils envisageaient de se retirer, et donc le risque majeur, là, c'est la dispersion. Et donc il faut éviter cette dispersion…

NICOLAS DEMORAND
Et donc les faire revenir en France.

JEAN-YVES LE DRIAN
On va voir ce que l'on va faire, mais en tout cas nous évoquons toutes les hypothèses pour le faire.

NICOLAS DEMORAND
Il y a des alternatives au retour en France ?

JEAN-YVES LE DRIAN
L'autre alternative c'est le maintien de la situation, puisque nous sommes dans une zone de guerre. L'alternative d'une expulsion potentielle existe, on verra si elle est prise par les autorités locales, en tout cas nous devons, nous, nous préparer à tout, pour éviter la dispersion, la dispersion c'est ce qu'il y a de pire.

LEA SALAME
C'est ce qu'il y a de pire parce qu'ils peuvent commettre des actes…

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce qu'ils peuvent revenir, parce qu'ils peuvent traverser, mais cette question se posera aussi dans la zone d'Idlib, puisque, à partir du moment où, à un moment donné, si d'aventure le régime de Bachar EL-ASSAD décidait de pénétrer dans la zone d'Idlib, il y aurait à ce moment-là des masses de réfugiés vers la Turquie, et une forme de dispersion, aussi, des terroristes qui sont sur place. Donc il faut être très vigilant. Une sécurité, pour la France, qui doit être regardée de très très près, en permanence, c'est une partie de mon travail.

LEA SALAME
Il y a une alternative que défend une partie de la droite et du Rassemblement national, c'est la déchéance de nationalité. Qu'est-ce que vous en pensez Jean-Yves LE DRIAN, vous, à l'époque du grand débat ? Sous François HOLLANDE et Manuel VALLS vous y était favorable, et vous aviez dit cette phrase-là : « au nom de quoi on préserverait la nationalité française à des assassins de ce type. » Vous avez changé d'avis ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, mais le débat a été clos, donc aujourd'hui je suis obligé d'agir en fonction de la réalité telle qu'elle est, et la réalité telle qu'elle est c'est qu'il y a des groupes de terroristes qui sont aujourd'hui, soit en prison, soit en action, dans cette zone, et qu'il faut s'en prémunir de manière extrêmement stricte. C'est aussi l'objet d'une réunion qui se tiendra après-demain à Washington, où l'ensemble des pays de la coalition va s'interroger sur le sujet et essayer d'avoir une position commune, parce qu'il n'y a pas que la position de la France, vous avez aussi la position de la Belgique, vous avez aussi la position d'autres pays européens qui fournissent, si je peux utiliser le terme, quelques unités terroristes à l'extérieur, mais vous avez aussi des pays comme la Tunisie, d'autres, qui sont aussi soumis à la même difficulté.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que la France va maintenir des hommes dans la région après le retrait américain de Syrie, et si oui pour quoi faire, combien et pour quoi faire ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Nous avons très peu de personnel militaire en Syrie, parce qu'on a parfois tendance à confondre deux guerres. Il y a la guerre contre Daesh, celle dans laquelle nous sommes engagés, qui, sans doute, va trouver une fin bientôt, mais ce n'est pas fini, il y a encore des zones de combats et puis il y a aussi des risques d'actions clandestines de Daesh, et nous avons contribué, dans le cadre de la coalition, à faire en sorte que le territoire occupé par Daesh soit aujourd'hui libéré, c'est le cas en Irak, et ça devient le cas dans la partie Est de la Syrie, ça c'est la guerre contre Daesh. Dans ce conflit-là nous resterons en Irak pour contribuer au renouvellement et au renforcement des forces irakiennes, je suis allé le dire il y a peu de jours au Président et au Premier ministre irakiens. Et en ce qui concerne la Syrie nous avons très peu de présence, c'est surtout une présence américaine.

LEA SALAME
Jean-Yves LE DRIAN, votre casquette de ministre de l'Europe maintenant. Sur le Brexit, Theresa MAY a demandé un nouveau round de négociations à l'Union européenne, l'Union européenne a dit « niet, c'est fini, on a négocié », est-ce qu'on va désormais vers une sortie sèche de l'Union ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Vous savez, en Grande-Bretagne il y a une double impasse concernant le Brexit. Vous n'avez pas de majorité à la Chambre des communes, loin de là, pour se mettre d'accord sur l'accord de retrait, qui a été discuté entre Michel BARNIER, pour l'Union européenne, qui représentait l'Union européenne et qui avait un mandat de l'ensemble des 27, et la Grande-Bretagne. Ils ont signé un accord, cet accord de retrait, c'est-à-dire le constat du divorce et les conditions du divorce, n'a pas été validé par la Chambre des communes, bon ! Et puis d'un autre côté il n'y a pas non plus d'accord de la Chambre des communes pour un non-retrait, donc il y a une double impasse.

LEA SALAME
Et donc on fait quoi ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est plutôt aux Britanniques qu'il faut le demander. Madame MAY a annoncé l'autre jour qu'elle voulait avoir des aménagements alternatifs sur l'accord de retrait, on ne sait pas lesquels, et le temps presse puisque le 29 mars vient vite. Nous sommes très disposés à discuter avec la Grande-Bretagne sur les relations futures, mais sur l'acte de divorce non, parce que je ne vois pas comment en deux semaines on peut rattraper, faire des modifications, que nous n'avons pas pu obtenir en 2 ans de négociations sur l'accord de retrait. La question principale c'est la question irlandaise, et là il faut trouver une sortie, qui n'est pas facile, on voit bien la difficulté, si on établit une frontière dure, on remet en cause tout le passé d'une forme de pacification en Irlande, qui a d'ailleurs été obtenue par l'Union européenne, et on engendre des difficultés qui pourraient aboutir à des renaissances conflictuelles, donc ça ce n'est pas possible. Et d'un autre côté, si vous ne mettez pas de frontières du tout, vous faites en sorte que les grands principes de l'Union européenne, l'unité de l'Union européenne, est remise en cause, parce qu'à ce moment-là il n'y a pas vraiment une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Donc il faut trouver une voie médiane…

NICOLAS DEMORAND
Un nouveau référendum pour trancher l'épineuse question, selon vous Jean-Yves LE DRIAN ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut la poser aux Britanniques, nous n'avons pas cette responsabilité. Les Britanniques ont décidé de sortir, nous le regrettons, mais nous le constatons, il y a une proposition d'accord de retrait qui a été convenue avec les autorités britanniques, le Parlement l'a refusée, le Parlement refuse aussi la sortie sèche, donc qu'il nous fasse des propositions, mais en tout cas sur l'accord de retrait il n'est pas question de revenir.

LEA SALAME
Jean-Yves LE DRIAN, on connaît à peu près toutes les têtes de liste pour les prochaines élections européennes dans 4 mois, sauf La République en marche, le parti majoritaire n'a toujours pas tête de liste. Alors, on entend qu'il faut un profil d'expérience, rassembleur, proche des territoires tout en ayant une passion de l'Europe, et du coup, avec Nicolas DEMORAND on a réfléchi, on a dit « mais c'est lui. »

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien non ce n'est pas moi.

NICOLAS DEMORAND
Et si c'était lui, comme on dit dans les hebdos.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je suis ministre de l'Europe et des relations internationales, donc je vais évidemment m'investir dans cette campagne, parce que c'est un sujet qui me tient beaucoup à coeur, et puis je pense qu'il faut qu'il y ait un fort rebond des Français pour dire « il faut changer l'Europe, mais l'Europe est indispensable à notre destin », pour cela il y aura une liste, assez large, assez ouverte, et qui aura certainement une tête de liste compétente.

LEA SALAME
Et pourquoi pas vous ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce que je suis centré sur ma mission qui m'a été donnée par le président de la République, j'ai beaucoup à faire.

LEA SALAME
Mais vous n'en n'avez pas envie ? On avait parlé une fois de la tentation de la Bretagne, avec vous à ce micro, vous n'avez pas la tentation de Bruxelles ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, j'ai la volonté de poursuivre le travail qui m'a été confié, j'espère le faire le mieux possible, je serai partie prenante totalement dans cette campagne, mais je pense qu'il faut qu'il y ait une liste très ouverte, très mobilisatrice, avec certainement une tête de liste compétente.

NICOLAS DEMORAND
Quelques questions concernant la France avant d'aller au standard. Le grand débat se poursuit ici, Jean-Yves LE DRIAN, parmi les différentes pistes pour en sortir, sortir par le haut, pourrait se profiler un référendum à choix multiples. Y seriez-vous favorable ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense qu'il y a une demande de participation, qui est révélée par cette crise, il y a une volonté de respiration démocratique, qui a été affichée et qui s'affiche régulièrement. Le temps de l'élection représentative est trop long, les 5 ans, il faut qu'entre temps il puisse y avoir des consultations sous différentes formes, le référendum en fait partie, ce n'est pas la seule option, ça fait partie de ces réponses possibles.

NICOLAS DEMORAND
Ça serait quoi comme questions ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On verra bien, le grand débat n'est pas achevé, le grand débat va s'achever le 15 mars, j'observe d'ailleurs qu'il se passe bien, contrairement à des prophètes de mauvais augures qui indiquaient que ça allait être un bide, non, ça marche bien, il y a de nombreux débats partout, des milliers de contributions qui se mobilisent, et donc cela montre que le choix qui a été fait par le président de la République, d'organiser ce grand débat, était tout à fait opportun. Maintenant on va jusqu'au 15 mars, ensuite les cinq Sages vont récapituler l'ensemble des propositions qui seront faites et le président de la République, et le gouvernement, seront amenés à prendre des initiatives. Le président de la République a annoncé des initiatives fortes, le référendum peut en faire partie, mais…

LEA SALAME
Est-ce qu'il faut qu'il ait lieu le jour de l'élection européenne ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je suis moins sûr de ça. Profondément, à titre personnel, j'ai vu que chez certaines de vos confrères on indiquait qu'il pouvait y avoir un référendum le jour même des européennes, l'enjeu européen est suffisamment fort pour en faire un enjeu européen. Le référendum c'est autre chose, c'est un enjeu national, je ne pense pas qu'il faille mélanger les deux, c'est mon avis personnel.

LEA SALAME
Donc à titre personnel vous ne voulez pas…

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense que ce n'est pas souhaitable.

LEA SALAME
Un référendum, pourquoi pas, mais pas le jour du vote des européennes. Le RIC, le Référendum d'Initiative Citoyenne, qui est une des revendications premières des gilets jaunes, beaucoup le craignent, estimant que ça peut être un danger pour la démocratie représentative. Est-ce que vous…

JEAN-YVES LE DRIAN
Chacun sort son RIC et on ne sait pas vraiment comment le RIC peut fonctionner. Je disais tout à l'heure qu'il fallait trouver des formes de consultations intermédiaires entre les élections, pour qu'il y ait une participation citoyenne, c'est tout à fait indispensable, cette forme-là doit être étudiée pour qu'elle n'amène pas toutes sortes de dérives et de remises en cause permanentes, et, du coup, un non-fonctionnement de l'Etat et un non-fonctionnement des collectivités. Mais qu'il y ait des formes de participation à innover, et que le grand débat puisse permettre d'identifier ces formes de participation, je suis favorable.

NICOLAS DEMORAND
Le Premier ministre a confirmé sur France Inter que la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires restait un objectif pour le gouvernement, mais n'était pas un totem. Pensez-vous, Jean-Yves LE DRIAN, qu'il faille faire une pause sur cette question-là ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Vous faites sans doute référence à des propos que j'ai tenus sur la fonction publique, je considère qu'il faut que le grand débat s'achève pour que l'on puisse identifier les choix qui s'imposent à la France, et donc anticiper sur les conclusions, avant même qu'il n'ait eu lieu, n'était pas une bonne sortie.

LEA SALAME
Le cumul des mandats, certains, dans la majorité, veulent le rétablir pour les maires de petites villes, est-ce que vous y êtes favorable ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est une option, mais là aussi ça dépendra du grand débat, ça peut être une forme de plus grande présence sur le territoire des parlementaires, en particulier ceux qui ont un mandat de maire d'une petite commune, moi je ne suis pas bloqué sur ce sujet.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2019

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