Extraits d'un entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RTL le 3 février 2019, sur les questions européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'un entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RTL le 3 février 2019, sur les questions européennes.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

ti :

Q - Bonjour à tous, bienvenue dans ce Grand jury, bonjour Nathalie Loiseau.

R - Bonjour.

(...)

Q - Techniquement, d'un point de vue d'organisation des élections européennes, c'est jouable de faire le même jour un référendum et des élections, on y arrive ?

R - Demandez au ministre de l'intérieur, mais à partir du moment où vous convoquez les Français pour une échéance électorale un jour, vous pouvez, évidemment, ouvrir à d'autres questions.

Q - Y compris en posant plusieurs questions au référendum ?

R - Ce serait une première en France mais j'ai aussi confiance dans nos institutions et dans leurs capacités à s'adapter. Mais je redis ce qui est ma conviction personnelle, le 26 mai commençons à parler d'Europe, parce que c'est ce que nous avons à faire, c'est ce que nous devons faire et ce que nos adversaires ne veulent pas que nous fassions.

(...)

Q - Est-ce que l'Europe, une fois de plus, il y a eu cette semaine la viande avariée qui venait de Pologne, on voit que sur les GAFA par exemple on a du mal aussi à trouver un accord en Europe pour taxer les grands groupes de l'Internet. Est-ce qu'au fond, semaine après semaine, l'Europe ne montre pas qu'elle est impuissante ?

R - Ne mélangeons pas tout. Ce qui s'est passé sur la viande polonaise, c'est un scandale polonais. C'est la presse polonaise d'opposition libre, il en reste et c'est une bonne raison de se préoccuper de savoir ce qui se passe dans la presse...

Q - Mais c'est un scandale européen aussi, Nathalie Loiseau, puisque cette viande vient d'un autre pays. Comment se fait-il, il y a des normes, on nous dit qu'il y a toujours beaucoup de normes européennes pour nous protéger et là elles ne protègent pas les consommateurs.

R - Ce qui s'est passé, c'est que c'est le commissaire européen qui a appelé les autorités polonaises pour s'étonner d'apprendre dans un journal qu'il y avait un problème avec un abattoir polonais. C'est donc un scandale polonais...

Q - Mais c'est aussi un scandale européen. Parce que les autorités sanitaires européennes ne sont pas capables d'empêcher ce type de scandale. Il faut que la presse le révèle.

R - Et là, vous avez raison. C'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas assez d'Europe. Aujourd'hui ce sont les autorités sanitaires nationales qui ont pour responsabilité de lutter contre les fraudes. Ca nous est arrivé en France. Souvenez-vous des lasagnes au cheval, ce n'était pas si longtemps que cela. Cela arrive en Pologne avec des autorités sanitaires dont on dit qu'elles avaient sonné l'alerte et qu'elles n'ont pas été entendues, je l'ignore, c'est une raison de plus pour vouloir une Europe plus efficace. Nous, ce que nous demandons, et nous le demandons depuis déjà assez longtemps c'est une force européenne d'inspection sanitaire. Les Français, les Européens ont le droit de savoir ce qu'il y a dans leur assiette, ont le droit de savoir quelle est la qualité de l'air qu'ils respirent, quelle est la qualité de l'eau dans laquelle ils se baignent ou qu'ils boivent et pour ça, parce qu'en effet les produits circulent, il faut donner à l'Union européenne une responsabilité qu'elle n'a pas encore aujourd'hui.

Q - Est-ce que derrière cette affaire, il n'y a pas un sujet qui se dessine et qui peut être au coeur de l'élection européenne, c'est la capacité ou non de l'Europe à protéger les peuples et les Français. Le président de la République lui-même en parle. Sur cette affaire sanitaire, sur les affaires effectivement de GAFA dont on parlait à l'instant, sur l'immigration, est-ce que l'Europe protège, est-ce que ça va être un des sujets des européennes ?

R - C'est très exactement le sujet des européennes. Nous avons depuis la campagne présidentielle et depuis que le président est en fonction, depuis que je travaille sur les questions européennes, notre mot d'ordre c'est une Europe qui protège et pour que l'Europe protège mieux les Européens, il y a des décisions à prendre mais ce n'est pas en essayant de la détricoter, comme le demande madame Le Pen que l'Europe protégera mieux les Européens. J'ai entendu la tête de liste du Rassemblement National aux européennes affoler les Français en disant que c'était de la viande avariée et pardon, vous l'avez dit vous-même, c'est de la viande qui n'a pas été contrôlée par des vétérinaires. Toute la viande que nous avons récupérée est détruite...

Q - Elle est avariée quand même.

R - C'est de la viande qui n'a pas été contrôlée, ça ne permet pas de dire qu'elle est avariée.

Q - On n'est pas sûr qu'elle ne soit pas avariée ?

R - Ce n'est pas la même chose. C'est simplement qu'elle n'a pas subi les contrôles. Donc M. Bardella a fait ce que fait toujours le Rassemblement National, c'est-à-dire qu'il a agité la peur alors même que nous avons identifié tous les lots de viande qui ont circulé en France. Mais en même temps, il n'est pas capable de dire : il faut plus d'Europe, il est totalement incohérent.

Q - Un autre exemple très concret : mardi peut-être l'Europe va interdire la constitution d'un géant ferroviaire avec fusion Alstom Siemens est-ce que ce n'est pas aberrant que l'Europe interdise, qu'on se dote de champions européens ?

R - Je ne critique pas la commission pour appliquer les règles. Parce que la commission si elle n'appliquait pas les règles elle ne serait pas dans son rôle mais ces règles, elles sont absurdes. Ces règles elles ont été édictées au vingtième siècle et nous sommes en 2019. Aujourd'hui, en Europe, il faut construire des champions européens...

Q - Donc vous êtes pour une fusion Alstom Siemens

R - Evidemment que je suis pour une fusion Alstom-Siemens.

Q - Mais l'Europe ne l'est pas. Comment se fait-il que la France y soit favorable et l'Europe s'apprête à dire non ?

R - Parce que les règles qu'applique la commission sont devenues absurdes et notre volonté, ce pour quoi nous allons nous battre et aussi ce pour quoi nous allons défendre nos idées au moment des élections européennes est pour changer ces règles de...

Q - Cela veut dire que les adversaires de l'Europe vont pouvoir dire vous voyez l'Europe ne protège pas d'un point de vue sanitaire, joue contre l'emploi et la croissance sur les champions industriels, ils ne protègent pas de l'immigration, donc c'est quand même un sujet.

R - Mais qu'est-ce qu'ils proposent ? Encore moins d'Europe, des pays encore plus faibles face à une concurrence chinoise, américaine, face à des géants qui sont, soit les GAFA, qui sont des géants des multinationales. Imaginons que demain on défasse l'Europe comme c'est le projet de madame Le Pen. Si nous étions seuls face à Google, Amazon, Facebook, Apple, quand nous fixons une amende à Google parce que nous considérons qu'elle n'a pas respecté le règlement sur la protection des données. Quand la CNIL française fixe une amende...

Q - Commission Nationale Informatique et des Libertés.

R - ...de 50 millions d'euros. Quand l'Europe, quand madame Vestager fixe une amende aux GAFA c'est 13 milliards d'euros. Est-ce qu'on n'est pas plus puissant, est-ce qu'on n'est pas plus crédible au niveau européen qu'au niveau national ?

Q - Sur la taxation des GAFA, l'Europe n'arrive pas à se mettre d'accord.

R - La taxation des GAFA, je suis optimiste. D'ici mars, nous aurons une taxe. Elle ne sera, de mon point de vue, pas suffisante. C'est la raison pour laquelle la France a pris l'engagement de fixer une taxe au niveau national, mais pas seulement la France, l'Autriche, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie sont en train de faire de même, nous sommes leader sur ce sujet, c'est un sujet qui avance en Europe, c'est même un sujet qui avance dans l'OCDE. Aujourd'hui, il y a 127 pays qui sont d'accord avec nous, les choses bougent.

Q - Oui, mais il y a des pays qui en Europe ne veulent pas. Alstom Siemens, quand même, qu'est-ce que vous allez faire ? Qu'est-ce que la France va faire ? Est-ce que vous allez essayer de faire en sorte que l'Europe autorise cette fusion ou est-ce que c'est perdu d'avance ? C'est pour mardi si je comprends bien.

R - D'une part, nous avons expliqué à la Commission européenne pourquoi nous pensions qu'il fallait aujourd'hui une fusion entre Alstom et Siemens pour se confronter à des géants et en particulier à un géant chinois qui, il y a dix ans, était peu de chose et qui aujourd'hui travaille à l'échelle de la Chine, c'est-à-dire qu'il y a 100 fois plus de TGV en Chine qu'il y en a en France et en Allemagne réunies, 100 fois plus de lignes de TGV en Chine qu'il y en a en France et en Allemagne réunies et que les conditions de concurrence aujourd'hui doivent être revues. Nous allons essayer de convaincre et en tout état de cause, qu'il s'agisse d'Alstom Siemens ou d'autres sujets aujourd'hui, nous devons construire des champions européens. La politique de la concurrence en Europe, on a pensé exclusivement aux consommateurs et on a oublié de penser à la nécessité d'avoir des entreprises fortes. Aujourd'hui, je ne sais pas si on serait capable de faire Airbus en Europe.

Q - Autre sujet d'actualité européen pour le moins épineux, c'est bien sûr le Brexit, un feuilleton sans fin. Est-ce que, Nathalie Loiseau, parce que ce qui se dessine, ce qui est le plus probable c'est un no deal, c'est-à-dire une sortie de l'Union européenne sans accord.

R - D'abord, je voudrais récapituler pour nos auditeurs, pour les téléspectateurs, ce qui est en jeu parce que ce n'est pas simple...

Q - Essayez de nous expliquer parce qu'on n'a pas tout compris. Très rapidement parce qu'on arrive au terme de cette première partie, Nathalie Loiseau.

R - Les Britanniques ont décidé il y a deux ans de quitter l'Union européenne, c'est leur décision, nous la regrettons mais nous la respectons. Cela fait deux ans que nous essayons de respecter cette décision et d'organiser notre séparation. Quand on se sépare dans un couple comme entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, il y a deux possibilités. On se sépare à l'amiable ou on se sépare brutalement. Si on veut se séparer à l'amiable, il y a un accord de retrait qui a été négocié pendant dix-huit mois par Michel Barnier qui a fait un travail formidable et qui a été accepté par les Britannique. Cet accord est sur la table. C'est aux Britanniques de choisir. Soit ils acceptent cet accord, soit c'est une séparation brutale...

Q - Est-ce qu'on peut repousser la date quand même ? Est-ce qu'on peut repousser la date du 29 mars ?

R - Pour quoi faire ?

Q - Pour renégocier, pour donner de l'air à Theresa May ou est-ce qu'elle est dans un déni de réalité ? C'est le gouvernement qui a accepté mais les parlementaires ne veulent pas, parce qu'ils disent que les conditions ne sont pas bonnes. Alors, Nathalie Loiseau ?

R - Dans cette affaire du Brexit j'ai une préoccupation et une seule c'est de protéger les intérêts des Français, des entreprises françaises au moment du Brexit.

Q - Mais ce n'est pas leur intérêt un no deal. Un divorce comme vous le dites sans accord.

R - L'intérêt des entreprises et des citoyens français c'est d'abord l'accord de retrait tel que nous l'avons conclu.

Q - Mais si les Anglais n'en veulent pas, il y aura le no deal.

R - Mais les propositions que nous ont déjà faites les Britanniques et que nous avons déjà refusées c'est-à-dire oublier qu'il y a une question à traiter sur l'Irlande, ce n'est pas l'intérêt des Français, ce n'est pas l'intérêt des entreprises parce que ce serait laisser entrer dans le marché européen des produits, éventuellement dérégulés, des services qui porteraient concurrence aux Européens. Moi, mon souci c'est de protéger les Européens. Un mauvais accord serait beaucoup plus dommageable aux Européens qu'une absence d'accord.

Q - On va y revenir dans la deuxième partie mais c'est l'heure de la question en plus.

Q - (la question en plus) Cécile Duflot directrice générale d'Oxfam France - Madame la Ministre, deux ans après l'accord migratoire entre l'Italie et la Libye, plus de 5.300 femmes, enfants et hommes ont trouvé la mort en Méditerranée. De nombreux milliers d'autres sont aussi renvoyés en Libye qui est un théâtre répété de violation des droits humains. Face à ce qui est une véritable tragédie humaine, allez-vous accepter de soutenir des procédures pour assurer les débarquements et la répartition des personnes secourues entre les membres de l'UE ? Mettre fin à ces renvois criminels vers la Libye ? Ou resterez-vous complices ?

R - Je me demande pourquoi Cécile Duflot me pose la question à moi et pas à Matteo Salvini ministre de l'intérieur italien et à Luigi di Maio. Parce que, à chaque fois que des naufragés ont été secourus en mer par des ONG ou par des bateaux qui ont rempli leurs devoirs d'humanité, à chaque fois nous avons répondu présent, à chaque fois nous avons organisé la répartition de ces naufragés entre pays européens de bonne volonté, à un moment où l'Italie n'acceptait plus les règles du droit de la mer et les règles de l'humanité qui étaient de débarquer ces passagers dans les ports les plus proches. À chaque fois nous avons répondu présent, la semaine dernière encore, les Italiens le reconnaissent. Ils nous parlent d'axe Rome-Varsovie ou d'axe Rome-Vienne ou que sais-je. Quand ils ont besoin d'amis pour recueillir des naufragés, ces naufragés ne sont pas recueillis en Pologne, ils ne sont pas recueillis en Hongrie, ils ne sont pas recueillis en Autriche, c'est la France qui est présente.

Q - Avant d'en revenir aux élections européennes, Nathalie Loiseau, parlons un instant du Venezuela, parce qu'il y a des manifestations d'ampleur et c'est aujourd'hui qu'arrive la fin de l'ultimatum posé par l'Union européenne à Maduro, le président actuel. L'Union européenne lui demande d'organiser des élections présidentielles, sinon c'est son opposant Juan Guaido qui sera reconnu comme président du Venezuela. Est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui quelle est la position de l'Union européenne et de la France ? Est-ce que l'ultimatum arrivant à échéance, le président Maduro n'ayant pas accepté la condition que vous avez émise, est-ce que vous reconnaissez Juan Guaido comme nouveau président du Venezuela ?

R - D'abord, je voudrais revenir sur ce qu'est la tragédie vénézuélienne. J'ai passé une grande partie de ma journée hier avec une artiste vénézuélienne qui a longtemps soutenu le régime Chavez à l'époque et elle était désespérée par une tragédie. Un pays où il y a un million de pour cent d'inflation, où vous avez des personnes âgées qui se nourrissent dans les poubelles, où vous n'avez plus de médicaments. Vous avez plus de trois millions de Vénézuéliens qui ont fui le pays. Elle m'expliquait qu'elle était en train de faire partir toute sa famille. Et ce sont des gens qui ont cru dans leur pays, un pays où on tire à balles réelles sur la foule. C'est de cela dont nous parlons, c'est pour cela que nous en parlons. Avec une population qui aujourd'hui manifeste largement, courageusement, pour demander des élections présidentielles libres. Parce que l'élection de M. Maduro en mai dernier, c'était une farce, c'était une fiction d'élection.

Ce que répond jusqu'à présent M. Maduro, c'est "je vais organiser des élections législatives", sous-entendu "je veux me débarrasser du président du parlement, M. Guaido" qui est justement soutenu par les manifestants. Là encore, cette réponse est une farce, une farce tragique.

L'ultimatum se termine ce soir. Si, d'ici ce soir, M. Maduro ne s'engage pas à organiser des élections présidentielles, nous considérerons que M. Guaido est légitime pour les organiser à sa place.

Q - Pour organiser les élections à sa place, mais pas pour être président à sa place ?

R - Et nous le considérerons comme le président par intérim jusqu'à des élections légitimes du Venezuela.

Q - Les conditions de l'ultimatum seront remplies ce soir ?

R - Ce soir.

Q - Revenons aux élections européennes. Vous êtes une fervente défenseuse de l'Union européenne. Certains vous imaginent comme tête de liste d'En Marche. Il y a, dans cette salle, Stéphane Séjourné, directeur de la campagne de la République en marche. Il a été désigné par le président Macron, il a quitté ses fonctions à l'Elysée pour s'y consacrer. Est-ce un signe ? Nathalie Loiseau, serez-vous tête de liste d'En marche en mai prochain ?

R - C'est un signe de mon engagement pour une Union européenne différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Vous l'avez entendu dans la première partie de l'émission, nous ne sommes pas des eurobéats, nous sommes des euroexigeants.

Q - Cela veut dire oui ?

R - Je suis là où je suis utile. J'aime me sentir utile. Aujourd'hui, j'espère être utile dans ce que je fais. Et demain j'irai là où je serai utile.

Q - Si on vous le demande ? Si le président de la République vous le demande ?

R - Je n'ai jamais réfléchi sur des "si" et je n'ai jamais pensé à moi. Je pense à faire ce que j'espère être utile, je fais de la politique pour changer les choses là où je suis.

Q - Mais vous ne dite pas non, Nathalie Loiseau ?

R - Je ne vous réponds pas, cela ne vous a pas échappé.

Q - Est-ce que vous en avez envie ?

R - Je participerai avec beaucoup d'enthousiasme et beaucoup de vigueur à une campagne que je pense indispensable. Parce que si je suis entrée en politique, c'est à cause d'une inquiétude forte et d'une envie forte. Une inquiétude forte de laisser le pouvoir en France et en Europe à des extrémistes qui sont dangereux pour notre pays, qui sont dangereux pour notre avenir. Une espérance forte, l'espérance de pouvoir construire une Europe à la hauteur de ces défis qu'elle rencontre, à la hauteur des attentes des Français par rapport à elle, à la hauteur du moment historique que nous traversons.

Q - Est-ce que vous excluez totalement d'être cette tête de liste, Nathalie Loiseau ?

R - Je vous dis que je serai là où je serai utile.

Q - Donc, si le président vous dit "vous serez utile là, Nathalie"...

R - Et s'il le dit à quelqu'un d'autre, et si... et si... Avec des "si" on mettrait Paris dans une bouteille. Aujourd'hui je suis pleinement occupée.

Q - La politique, c'est l'anticipation...

R - La politique, c'est être pleinement à ce que l'on fait, c'est ce que l'on doit à nos concitoyens. Aujourd'hui, je suis pleinement à faire en sorte qu'il n'y ait plus de scandale sanitaire en Europe, je suis pleinement à faire en sorte que le Brexit se déroule en protégeant les Français. C'est mon travail, c'est ma mission. Et si j'étais en train de penser à ma personne, je trahirais les Français.

Q - Qui a dit "il faut changer l'Europe pour préserver l'âme des peuples et leur identité. Il faut que les Français reprennent le contrôle de leur destin" ?

R - Je ne sais pas.

Q - Emmanuel Macron.

R - Cela ne me surprend pas.

Q - Cela aurait pu être les propos de ceux que vous appelez les populistes, non ? "Reprendre leur destin, préserver l'âme des peuples et leur identité", on a l'impression, au fond, vous l'avez dit tout à l'heure, qu'il faut changer l'Europe. Finalement, les discours sont rapprochés ; Marine Le Pen, elle, ne veut plus sortir ni de l'euro ni de l'Europe. Est-ce que vous ne dites pas un peu la même chose en ce moment ?

R - Non. Ce que vous soulignez à juste titre, c'est que Marine Le Pen change d'avis comme elle change de collaborateurs. Quand Mme Le Pen était assistée de M. Philippot, elle voulait sortir de l'Europe, elle voulait sortir de l'euro. Aujourd'hui, M. Philippot est parti, elle a changé d'avis. Elle a surtout vu, comme beaucoup de populistes en Europe, que les Européens ne veulent pas détruire l'Europe. Et donc, elle nous dit "je ne veux pas la détruire puisque, apparemment, je n'ai pas de succès quand je dis ça", mais elle ne nous dit pas ce qu'elle veut en faire. Et quand vous essayez de comprendre, et parfois c'est compliqué, ce qu'elle veut faire de l'Europe, puisque finalement son sujet c'est d'être anti-Macron du début à la fin, elle n'a aucun projet, elle ne construit rien. Et quand elle dit "on arrive", là c'est vraiment se moquer des Français. Cela fait cinq ans que le Rassemblement national est le premier parti de France au Parlement européen.

Q - Quel bilan sortant pour vous ?

R - Pas pour moi. Ce sont des sortants tout court.

Q - On a quand même le sentiment - finalement c'est le logiciel de campagne qui semblait se dessiner : la bataille des progressistes, vous, contre les nationalistes, les populistes, les autres - que ce logiciel-là finalement n'est plus aujourd'hui le bon ? Puisque, quand on dit "il faut préserver l'âme des peuples", on n'est plus dans la bataille des progressistes contre les nationalistes ?

R - Vous êtes déformé par vos fonctions. Vous pensez que la confrontation entre les populistes et les progressistes, c'est un logiciel de campagne. Moi, je vais vous dire, c'est ma vie quotidienne, c'est ce que je vis, quand autour de la table du Conseil des ministres européens, des gens m'expliquaient qu'il fallait déporter les demandeurs d'asile en dehors de l'Union européenne. Il a fallu leur dire que c'était de la déportation d'êtres humains et que nous ne le ferions jamais. Ce n'est pas un logiciel de campagne, quand j'ai en face de moi des gens qui veulent porter atteinte ou qui portent atteinte à l'indépendance de la justice dans leurs pays.

Q - La campagne sera donc celle des progressistes contre les populistes.

R - Mais ce n'est pas une campagne, c'est notre vie et c'est notre lutte.

Q - Il faut bien un thème de campagne pour les élections européennes !

R - Non, il ne faut pas un thème de campagne, il faut un projet. Nous avons un projet qui est une Europe en maîtrise de son destin.

Q - L'âme des peuples et leur identité, c'est un projet, c'est un slogan de campagne que ne désavoueraient pas certains populistes en Europe !

R - Parce que les populistes sont prêts à prendre tout ce qui passe et à essayer de vous dire que cela peut faire un projet, mais déjà, les populistes européens ne sont d'accord en rien, les uns avec les autres.

Q - Mais je vous parle de vous !

R - Non vous me parlez des populistes et donc je vous réponds : parlons de l'identité européenne.

Q - Mais le président parle de l'identité française.

R - Au Parlement européen, en ce moment, nous sommes en train de nous battre pour que les auteurs, les créateurs européens puissent voir leurs droits reconnus par les plateformes numériques. C'est un vrai combat identitaire et culturel, faire en sorte que les créateurs en Europe, les créateurs français, allemands, autrichiens, italiens ou que sais-je, puissent voir leurs droits reconnus. Croyez-vous que Mme Le Pen soit présente dans ce combat ? Elle n'est jamais présente sur ces combats-là.

Q - C'est Jordan Bardella par exemple, il est jeune, nouveau et en quoi il va reprendre les thèses de Marine Le Pen in extenso ?

R - Je vous parle des députés européens français les plus nombreux, ceux qui auraient pu, depuis cinq ans, faire une différence au parlement européen en portant à Strasbourg le discours qu'ils portent à Paris. En réalité, ils ont toujours fait le contraire, ils ont terrorisé les Français sur le terrorisme et quand il y a eu la première loi permettant de lutter contre le terrorisme, ils ont voté contre. À la présidentielle, ils ont fait campagne contre le travail détaché, et quand nous sommes arrivés avec une mobilisation exceptionnelle à pouvoir enfin réglementer le travail détaché de manière satisfaisante, ils ont voté contre. Ils se moquent des Français. Le seul souvenir que les parlementaires européens gardent des parlementaires Front national, ce sont des mises en examen pour détournement de fonds publics et pour les emplois fictifs.

(...)

Q - Alors que le traité européen a été rejeté par référendum en 2005, pensez-vous que nous avons eu tort de le reprendre, grosso modo à l'identique en 2007 ?

R - Je pense profondément que nous avons eu tort.

(...)

Q - Arnaud Danjean dit que la France se retrouve isolée dans une Europe qu'elle a contribué à diviser, parce qu'elle a stigmatisé tous ces pays qui ne seraient pas progressistes. Vous retrouvez-vous dans cette analyse ? A-t-on divisé l'Europe en disant qu'il y a d'un côté les progressistes et de l'autre les populistes ?

R - Je reviens de Pologne ce qui n'est pas le cas de M. Danjean et je prépare le voyage du président de la République. Là encore, s'il s'informait davantage, M. Danjean saurait que nous parlons à tout le monde.

Q - Il dit seulement que l'on donne trop de leçons aux uns et aux autres.

R - C'est vrai que depuis huit ans, les Républicains ont décidé de fermer leurs yeux et leurs oreilles aux violations de l'Etat de droit dans l'Union européenne. Ils disent que Viktor Orban qui étouffe le pluralisme de la presse dans son pays et qui étouffe l'indépendance de la justice, c'est l'enfant terrible de la famille. Ils ont choisi de minimiser, en pensant que si on ne disait rien, le populisme allait diminuer. C'est en se taisant par lâcheté que le populisme a grandi. Nous avons décidé d'être courageux et de ne pas nous taire.

Cela nous empêche-t-il de travailler avec ces pays-là ? Absolument pas. Quand nous avons des points de convergence nous les faisons progresser. Convaincre les populistes chaque fois que l'on peut, les combattre chaque fois que l'on doit, voilà mon éthique dans l'Union européenne.

Q - Une autre question qui se pose concernant l'élargissement de l'Union européenne, Laurent Wauquiez a encore dit qu'il y était opposé, la question de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne est-elle toujours d'actualité ou la porte est-elle définitivement close ?

R - Laurent Wauquiez change lui aussi beaucoup d'avis car il a été ministre des affaires étrangères et il a ouvert l'élargissement au Monténégro. Dans mon poste, à ma responsabilité, je me suis opposée l'an dernier à débuter les négociations d'adhésion avec l'Albanie et avec la Macédoine, simplement parce que l'Union européenne n'est pas prête, et ces pays ne sont pas prêts non plus. Concernant la Turquie, Emmanuel Macron est le premier chef d'Etat européen à avoir assumé sa responsabilité, à avoir dit aux Turcs et à l'Union européenne que la Turquie avait fait le choix de s'éloigner des valeurs européennes, et qu'à cause de ce choix, il n'était pas possible de poursuivre les négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Q - Pour l'instant !

R - Si demain les Turcs faisaient un choix démocratique, pro-européen, nous en reparlerions. Aujourd'hui, il est hors de question de négocier avec le régime de M. Erdogan et les choix qu'il a faits.

(...)

Q - Il y a une question qui se pose : Laurent Wauquiez reste opposé au retour des djihadistes français au nom de la sécurité des Français, ils sont une trentaine à devoir revenir de Syrie. Confirmez-vous qu'ils rentreront en France ?

R - Le gouvernement a une priorité, c'est la sécurité des Français et le gouvernement a une conviction, c'est que tous ceux qui ont agi en commettant des délits ou des crimes doivent être traduits en justice. Quand ils peuvent être traduits en justice en Irak, qu'ils le soient et ils le sont. Si, parce que la situation en Syrie évolue et qu'il y a un risque que ces personnes soient dispersées et ne soient jamais traduites devant la justice et qu'il faut les rapatrier en France, faisons-le.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 février 2019

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