Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat chargé des collectivités territoriales, avec Europe 1 le 6 février 2019, sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat chargé des collectivités territoriales, avec Europe 1 le 6 février 2019, sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Audrey CRESPO-MARA.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors c'est tombé il y a quelques minutes, Bruno LE MAIRE confirme que Bruxelles s'oppose au projet de fusion ALSTOM/ SIEMENS, à quoi sert l'Europe si elle empêche la création d'un géant européen capable de rivaliser avec la Chine ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est en effet un non-sens et c'est même une faute politique, et moi je partage la colère de Bruno LE MAIRE ce matin. Il faut non seulement se battre pour changer ces règles-là, l'application des règles d'application de la concurrence, à l'échelle de la Commission européenne, là, sont appliquées avec des critères qui sont complètement dépassées selon nous, et donc le gouvernement, Bruno LE MAIRE, le Premier ministre, soutiendront, si les deux entreprises décident de faire un recours, ce recours. Il faut continuer à se battre pour faire émerger des grands leaders industriels mondiaux, et aussi pour faire changer l'Europe, parce que ce n'est plus possible.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, parce qu'à 4 mois des européennes, beaucoup de Français s'interrogent sur le rôle de l'Europe et se demandent à quoi sert l'Europe.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien voilà, c'est l'occasion d'avoir un bel exemple d'un objet que l'on peut changer, l'application des règles de la concurrence, ne regardons pas que le marché européen, regardons le marché mondial, lorsque l'on prend ce genre de décision, pour ce genre de décision industrielle.

AUDREY CRESPO-MARA
Après avoir animé cinq débats avec Emmanuel MACRON, bientôt six, est-ce que vous avez enfin compris ce que réclament les Français ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est riche, ce que réclament les Français, et puis vous savez, le grand débat il est encore devant nous. 4000 réunions publiques en tout…

AUDREY CRESPO-MARA
Encore un demain.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, le grand débat ce n'est pas que les relations et les questions/ réponses entre le président de la République et des Français, demain, effectivement, on sera de nouveau en Saône-et-Loire, où le président de la République rencontrera des jeunes, la jeunesse de ce département, notamment en visitant et en déjeunant dans un EPIDE. Après, le grand débat, c'est avant tout des réunions, menées par les Français, organisées par des Français pour les Français. 4000 réunions publiques en tout. Juste un chiffre, que je n'ai jamais donné…

AUDREY CRESPO-MARA
Plus de 500.000 contributions sur le site du gouvernement.

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Un chiffre que je n'ai jamais donné, qui peut quand même vous intéresser, sur 4000 réunions publiques en tout, 1000 sont passées, 3000 sont devant nous, donc c'est pour vous dire si véritablement le débat il se déploie en ce moment même.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, 4000 réunions publiques, plus de 500.000 contributions sur le site du gouvernement…

SEBASTIEN LECORNU
Sept cent mille.

AUDREY CRESPO-MARA
Sept cent mille, donc ça a encore monté…

SEBASTIEN LECORNU
Sept cent mille contributions, et 9000 cahiers citoyens installés dans les mairies, voilà, c'est les trois chiffres à retenir sur le débat ce matin.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, au final c'est le gouvernement qui choisira les propositions à mettre en oeuvre. Est-ce que vous avez prévu d'organiser un référendum pour faire valider votre choix par les Français ?

SEBASTIEN LECORNU
Le référendum c'est un outil, ce n'est pas une fin en soi. Je vois bien que depuis trois, quatre jours on en parle beaucoup comment étant l'alpha et l'oméga de tout. C'est la capacité, pour le président de la République, de faire trancher une question par le peuple, bon ! Tout est sur la table, le président de la République l'a dit, il n'y aura pas de tabou. Mais, une fois de plus, on va attendre la fin du débat, deuxièmement, c'est une décision présidentielle, le recours au référendum, et pardon, enfin moi le retour au peuple me plaît bien parce que je suis gaulliste, mais, fondamentalement la question c'est précisément la question du référendum, ce n'est pas le principe du référendum en tant que tel, donc ce n'est pas l'alpha et l'oméga. Il y a beaucoup de choses qui se disent dans le débat, il faudra prendre le temps de regarder tout ça avec beaucoup d'attention à partir du 15 mars.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais on parle d'un référendum organisé en même temps que les européennes, vous qui passez vos journées avec le président…

SEBASTIEN LECORNU
C'est vous qui parlez de ça, jamais le président de la République, le Premier ministre, n'ont parlé de ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que vous savez si sa décision est prise ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, sa décision n'est pas prise, et je sais qu'il regardera tout ça avec beaucoup d'attention à la fin du débat. Je le redis, 4000 réunions publiques, 3000 sont devant nous, laissons le temps du débat. Je sais l'impatience, parfois, des médias, ou des hommes politiques a peut-être…

AUDREY CRESPO-MARA
Ou des Français.

SEBASTIEN LECORNU
Non, je pense que les Français ils ont envie de débattre justement, ils n'ont pas envie qu'on fasse la fin du débat et qu'on donne les résultats avant la fin, ça j'en suis persuadé.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, autre idée née de la crise des gilets jaunes. Gérald DARMANIN propose de plafonner les niches fiscales des ménages aisées, c'est un ballon d'essai ou c'est sérieusement envisagé ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais déjà le grand débat national permet aussi justement de remettre ces sujets sur la table. 474 je crois, en tout cas plus de 470 niches fiscales pour 100 milliards d'euros, très franchement, se poser la question de savoir si elles sont toutes efficaces et utiles, n'est pas un mauvais débat. Evidemment on ne parle pas des chèques Emploi Service pour les services à la personne, comme j'ai pu le lire ici ou là, on sait déjà que c'est très efficace, que ça permet de lutter contre le travail au noir et que c'est très efficace pour les Françaises et les Français, très utile, et que ça crée de l'emploi, donc sortons cela de l'équation. Après, que d'autres niches peuvent être interrogées, dans leur efficacité ou leur fonctionnement, c'est, à mon avis, une bonne chose que de poser la question. Je rappelle quand même que notre impôt est compliqué, que le prélèvement à la source, réussi, d'ailleurs, par Gérald DARMANIN, permet de le simplifier, si demain on peut simplifier encore plus les choses en ayant des réflexions sur les niches fiscales, c'est une bonne chose, en tout cas ouvrons le débat, pas de tabou.

AUDREY CRESPO-MARA
Et puis, Sébastien LECORNU, Edouard PHILIPPE envisage d'assouplir la loi sur le cumul des mandats. Si vous envisagez que les élus puissent à nouveau cumuler, un mandat de député, un mandat de maire, c'est parce que, dans l'Assemblée actuelle, la majorité des députés sont complètement déconnectés du terrain ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, déjà le Premier ministre n'a pas pris formellement la parole sur le sujet, enfin là aussi le propos est un peu rapide… le débat le dira. C'est aux Français de dire si leurs élus peuvent cumuler ou pas…

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas exclu en tout cas.

SEBASTIEN LECORNU
Moi j'ai déjà indiqué que, pour avoir été maire et président de conseil départemental, aujourd'hui je ne saurais pas être ministre et président de département en même temps, donc je pense quand même qu'il y a des vertus au non-cumul et que le fait d'être enraciné dans son territoire c'est aussi la pratique de son mandat, on peut être député et sénateur, et passer un temps fou sur son terrain avec ses concitoyens pour être complètement enraciné. Donc là aussi je pense que… à mon avis il y a d'autres urgences que de rétablir le cumul des mandats dans le pays, si vous voulez mon avis.

AUDREY CRESPO-MARA
Sébastien LECORNU, hier 50 députés de la majorité ont refusé de voter la loi anticasseurs, alors ça y est, Emmanuel MACRON, comme François HOLLANDE, a ses frondeurs à l'Assemblée ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, là vous allez vite en besogne…

AUDREY CRESPO-MARA
Enfin 50, c'est même pire que sous François HOLLANDE, aux grandes heures des frondeurs il y avait eu 40 abstentions.

SEBASTIEN LECORNU
Et comme vous êtes précise, Audrey CRESPO-MARA, voilà, vous avez enfin dit le mot…

AUDREY CRESPO-MARA
Et il y en a eu 50 hier.

SEBASTIEN LECORNU
Ce sont des abstentions, et pas des votes contre. Juste un point parce que, de quoi parle-t-on ? cette loi anticasseurs, qui vient du Sénat, il y a des choses qui font consensus dedans, en tout cas moi que j'attendais depuis longtemps, en tant que réserviste de la gendarmerie, d'ailleurs notamment la question bien évidemment de la dissimulation du visage, quand vous allez manifester, très franchement, vous ne mettez pas un cagoule, le fait de pouvoir confisquer boules de pétanque et autre marteau dans vos sacs lorsque vous allez manifester, autant de choses plein de bon sens qu'il fallait faire. Il y a un débat, après – d'ailleurs qui n'est pas un débat qu'à l'Assemblée nationale, regardez l'interview de François SUREAU dans Le Monde il y a maintenant 48 heures – un débat sur les interdictions individuelles de manifester, bon ! Qu'il y ait un débat…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais sur ces abstentions dans votre majorité ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, je vois bien que vous voulez aller sur la politique politicienne, mais…

AUDREY CRESPO-MARA
Non, non, pas la politique politicienne, c'est en tant que ministre du grand débat…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, je suis en train de vous répondre.

AUDREY CRESPO-MARA
On peut écouter 50 députés qui s'abstiennent.

SEBASTIEN LECORNU
Depuis que la République existe, et dans toutes les démocraties, il y a des grands débats sur la question des libertés, et donc là vous avez la liberté de manifester, qui d'un côté est empêchée par les casseurs, et de l'autre côté il faut effectivement qu'on arrive à mieux l'encadrer pour faire en sorte que ces casseurs ne prennent pas en otages les vrais manifestants, si j'ose dire, qui viennent déclarer leur colère, ou leurs propositions le cas échéant. Et donc cette proposition, ce texte…

AUDREY CRESPO-MARA
Ces abstentions ne vous interrogent pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Non attendez ; ce texte est un texte, pour moi, d'équilibre, il y avait des choses, dans la proposition sénatoriale, qui étaient, à mon avis, caricaturale, et que moi-même je n'aurais pas votées, et le travail parlementaire, notamment par les députés de la République en marche, et du MoDem, a permis de trouver un équilibre. Après, qu'il y ait 50 députés qui s'abstiennent, pour envoyer peut-être aussi d'ailleurs un signal à la majorité sénatoriale, parce que la navette continue, là vous parlez du texte comme s'il était définitivement adopté, non, ce n'est jamais qu'une étape…

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a une deuxième lecture, donc vous allez prendre compte de ces abstentions.

SEBASTIEN LECORNU
Et donc moi je pense qu'il faut aussi regarder le vote final de cette loi, mais il est normal aussi, que dans le jeu démocratique, entre les deux Chambres, 50 députés puissent envoyer cette abstention. En tout cas moi, si j'avais été député, je l'aurais votée parce que je pense que c'est une bonne loi, elle va dans le bon sens.

AUDREY CRESPO-MARA
Sébastien LECORNU, Maxime NICOLLE, qui est l'une des figues des gilets jaunes, affirme que c'est une erreur de vous avoir confié l'organisation du débat car vous avez bien connu Alexandre BENALLA dans sa jeunesse. Alors, en fait, gendarme de réserve, vous avez été le commandant de son peloton, avez-vous vraiment été proche de lui ?

SEBASTIEN LECORNU
J'étais son officier supérieur, donc quiconque ayant fait son service militaire, ou ayant servi dans les Armées ou chez les pompiers, savent ce que ça veut dire, voilà. Il était première classe et j'étais sous-lieutenant, puis lieutenant, je l'ai commandé comme j'ai commandé pratiquement une centaine de militaires, donc j'aimerais bien que Monsieur NICOLLE lui aussi s'engage, il n'a qu'à faire réserviste dans la gendarmerie, ça sera peut-être plus utile.

AUDREY CRESPO-MARA
L'an dernier Nicole BELLOUBET, la garde des Sceaux, avait proposé trois candidats pour le poste de procureur de Paris, finalement Emmanuel MACRON a rejeté les trois candidats pour nommer Rémy HEITZ. Alors, quand Rémy HEITZ décide de perquisitionner Mediapart, comprenez-vous les doutes sur l'indépendance de la justice ?

SEBASTIEN LECORNU
Et donc là il faut rappeler aussi que depuis maintenant plus de 10 ans les gardes des Sceaux ne peuvent plus donner des instructions au Procureur de la République, en tout cas plus d'instructions individuelles. Donc, quand un procureur fait quelque chose, il le fait de manière indépendante, désormais.

AUDREY CRESPO-MARA
Ces perquisitions ne mettent pas à mal la liberté de la presse ?

SEBASTIEN LECORNU
Je suis désolé de dire que moi je respecte la séparation des pouvoirs, j'aime Montesquieu, j'appartiens au pouvoir exécutif, je ne parle donc pas du pouvoir judiciaire, et c'est très bien comme ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 février 2019

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