Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 9 mai 2019, sur la réforme de la Fonction publique et sur les élections européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 9 mai 2019, sur la réforme de la Fonction publique et sur les élections européennes.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics;

ti :
ROMAIN DESARBRES
08h15, c'est le nouvel horaire, vous le savez, depuis le début de la semaine, pour l'Interview de Jean-Pierre ELKABBACH, qui reçoit ce matin le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Olivier DUSSOPT, alors que la Fonction publique fait grève aujourd'hui. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Evidemment, je vous souhaite la bienvenue, Olivier DUSSOPT, surtout aujourd'hui, et bonjour.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les fonctionnaires sont donc en grève aujourd'hui, ils vont être dans la rue cet après midi. A la demande de leurs neuf syndicats, ils protestent contre votre réforme de la Fonction publique, en un mot ils n'en veulent pas.

OLIVIER DUSSOPT
C'est vrai, ils manifestent. Je pense que cette manifestation est un peu à contretemps. A contretemps parce que le projet de loi a été présenté au Conseil des ministres il y a maintenant six semaines, après plus d'une année de concertations. La Commission des lois de l'Assemblée nationale l'a examiné, l'a précisé, a apporté des améliorations…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais à contretemps, mais ils ont quand même le droit de la faire.

OLIVIER DUSSOPT
Evidemment, c'est une légitimité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous vous attendez à une manif monstre cet après midi ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas à moi de juger de la mobilisation des agents publics. Ce que je sais, c'est que pendant ces 15 mois, je suis allé à toutes les semaines sur le terrain, j'ai rencontré des agents, de tous les niveaux, de toutes les catégories hiérarchiques, des trois versants de la Fonction publique. Sur la seule base du volontariat, et cette réforme elle est attendue par les agents, elle est attendue par les agents qui veulent de la mobilité, qui veulent accéder à la formation, qui veulent maîtriser leur carrière aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, elle est attendue par les agents, mais elle n'est pas attendue par les syndicats.

OLIVIER DUSSOPT
C'est peut-être une situation qu'on rencontre souvent, effectivement, et cela n'empêche pas aux syndicats représentatifs de faire leur travail. Et nous avons eu ces négociations, j'ai moi-même intégré dans le projet de loi beaucoup des mesures qu'ils m'ont demandées pendant les 15 mois de concertation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils disent le contraire, entre nous.

OLIVIER DUSSOPT
Je vous invite et je les invite à relire le projet de loi. Beaucoup de choses ont été adoptées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Michel BLANQUER dit que dans son secteur il y aura entre 15 et 20 % de grévistes.

OLIVIER DUSSOPT
C'est une estimation qui a été faite pour le ministère de l'Education nationale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, globalement…

OLIVIER DUSSOPT
A midi nous aurons les chiffres de l'ensemble de la Fonction publique. Il faut avoir en tête que la dernière fois qu'il eu un mouvement de grève sur des sujets à peu près identiques, pour la Fonction publique d'Etat le taux de grévistes était autour de 11 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On verra.

OLIVIER DUSSOPT
On verra.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous le dites pas que ça va être énorme. Mais enfin, vous le gouvernement vous dites que vous voulez une Fonction publique plus moderne, plus souple, plus proche des gens, plus efficace, ils la refusent, alors est-ce qu'ils sont accrochés à un statu quo qui vous semble impossible ou c'est vous qui réformez trop vite et trop mal ?

OLIVIER DUSSOPT
Peut-être qu'à la différence c'est qu'il y a une forme d'attachement à un statu quo, et nous, nous avons un attachement au statut de la Fonction publique. Ce statut il est protecteur, il a des valeurs et nous le protégeons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, mais vous le faites évoluer.

OLIVIER DUSSOPT
Nous le faisons évoluer, d'ailleurs il a évolué plusieurs dizaines de fois depuis 1983, date d'adoption du statut. Nous, ce que nous voulons, c'est faire en sorte, un de répondre aux attentes des agents, de la mobilité, de la formation, de l'autonomie et de la confiance, et puis répondre aux usagers aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on va voir, comment, on va détailler ces mesures qui sont très attendues par à la fois les grévistes et les usagers. Mais ils vous ont prévenu, le 9 mai ça ne peut être qu'une étape dans un processus qui peut se renouveler, il y a d'autres grèves. Est-ce que vous pourriez renoncer à votre réforme ?

OLIVIER DUSSOPT
La réponse est non. La réponse est non, car nous avons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pouvez la reporter ?

OLIVIER DUSSOPT
La réponse est non aussi, pour une seule raison : nous avons eu 15 mois de concertation, nous avons eu ensuite 6 semaines de consultations officielles. J'ai accepté beaucoup d'amendements présentés par les deux syndicats qui ont joué le jeu des amendements, la CFDT l'UNSA, et la Commission des lois de l'Assemblée s'est saisie du texte qui sera examiné lundi en séance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais justement, dans quatre jours, lundi, votre projet de loi va aller à l'Assemblée…

OLIVIER DUSSOPT
C'est ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les députés vont en débattre. Si elle est adoptée cette réforme, elle est appliquée quand ?

OLIVIER DUSSOPT
Le 1er janvier 2020, pour l'essentiel des mesures, parce que c'est un impératif, une urgence, et que nous devons en plus des souplesses que nous avons évoquées, nous y reviendrons, apporter de nouveaux droits aux agents publics. Il y a des choses qui existent dans le secteur privé, dont les agents publics ne bénéficient pas : la portabilité du CDI, la portabilité et ce qu'on appelle la conversion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La portabilité ?

OLIVIER DUSSOPT
La portabilité du CDI c'est un exemple tout bête, aujourd'hui lorsque vous êtes un CDI dans la Fonction publique, dans une commune, si vous changez de commune, vous le gardez, si vous passez d'une commune à la préfecture, donc l'Etat, vous le perdez. Au nom de quoi ? Le CDI doit rester attaché à la personne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez ce que dit le secrétaire général de l'UNSA, Luc FARRE, il n'est pas d'accord, il voudrait même, on va l'écouter, que vous la renégociez. Ecoutez-le.

LUC FARRE, SECRETAIRE GENERAL DE L'UNSA FONCTION PUBLIQUE
Le projet de loi, il a été présenté, mais nous n'avons pas pu mettre un certain nombre de nos propositions à l'intérieur de ce projet de loi. Donc je dis au gouvernement, par la voix d'Olivier DUSSOPT : renégociez enfin, afin de moderniser la Fonction publique et non pas d'affaiblir la Fonction publique comme vous êtes en train de le faire avec ce texte de loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que répondez-vous à Luc FARRE ?

OLIVIER DUSSOPT
Monsieur FARRE, comme tous les syndicalistes, je l'ai vu pendant presque un an et demi, il y a des choses qu'il demandait et que nous avons acceptées. Il voulait que les congés parentaux ne soient plus un obstacle à la carrière, dans le déroulement de carrière, c'est dans le projet de loi. Il voulait avec la CFDT notamment et les autres organisations syndicales, qu'il y ait une prime de précarité pour les contrats courts. J'ai pris l'engagement de présenter un amendement lundi, ça sera dans le projet de loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, mais il vous dit, il vous pose la question : est-ce que vous renégociez ?

OLIVIER DUSSOPT
La réponse, je l'ai dit, est non, nous avons déjà discuté, nous avons échangé et nous avons fait en sorte, en Commission des lois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, on ne renégocie pas, on ne renonce pas…

OLIVIER DUSSOPT
Et on continue à améliorer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... on réforme.

OLIVIER DUSSOPT
On réforme et on améliore, c'est ce qu'a fait la Commission des lois vendredi dernier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon, une des priorités d'Emmanuel MACRON était de réduire d'ici à 2022 le nombre de fonctionnaires de 120 000. La droite disait : ce n'est pas grand-chose. Et le 25 avril le président de la République fait marche arrière et il dit : si ce n'est pas tenable, il est prêt à lever cet objectif. Alors, cet objectif est-il levé, stoppé ? Pas les 120 000.

OLIVIER DUSSOPT
La réponse du président est très claire. Il ne vous a pas échappé que dans les derniers mois il s'est passé quelque chose en France. Qu'il y a eu un mouvement social, qu'il y a eu des manifestations, qu'il y a eu un Grand débat qui a été un immense succès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ?

OLIVIER DUSSOPT
Les Français nous ont dit de la proximité, des hôpitaux et des écoles. Le président de la République dit : on ne fermera plus d'hôpitaux, on ne fermera plus d'écoles. On a toujours un objectif…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« On ne les ferme plus, nous », enfin vous, mais vous laissez la responsabilité aux maires, vous leur filez le bébé.

OLIVIER DUSSOPT
On ne le fera pas sans leur accord, c'est quand même bien différent comme méthode.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça m'étonnerait que des maires ferment des hôpitaux.

OLIVIER DUSSOPT
Nous le verrons dans les mois qui viennent. Par contre, le président de la République dit : la priorité des priorités, c'est cela. Si on ne peut pas supprimer 120 000 équivalents temps plein d'ici 2022, pour tenir l'engagement, on ne supprime pas son 120 000, ça n'empêche pas que le gouvernement, le ministère de l'Action et des Comptes publics, moi-même, nous avons aussi un objectif, c'est faire des économies tout en maintenant la qualité. Donc on cherche les deux, mais la priorité ce n'est pas la suppression des 120 000, c'est l'application des décisions du président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, oui, vous dites c'est clair, mais ce n'est pas clair.

OLIVIER DUSSOPT
Ah si c'est très clair.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas assez clair, parce que Gérald DARMANIN dit : « Ce chiffre est atteignable », donc on a l'impression qu'on supprimera les 120 000, et le président de la République nous dit... Alors, d'un coup on trouve que c'est un chiffre fétiche. Qu'est-ce qui va arriver aux 120 000 ? Vous y tenez ou vous n'y tenez pas ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord, ça n'est à un totem. Nous tenons à deux choses : la qualité des services publics et leur proximité, et le fait de tenir la trajectoire de l'économie, parce que la France doit faire des économies de dépenses publiques. Si on n'arrive pas à 120 000, on n'arrive pas à 120 000, le président de la République l'a dit, ça n'est pas un totem.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est plus l'objectif.

OLIVIER DUSSOPT
Ça n'est pas un totem mais il faut quand même réaliser des économies et garantir la qualité du service.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous trouverez des économies peut-être par ailleurs, mais vous dites : ce n'est plus, on n'est plus dans l'obligation de supprimer les 120 000.

OLIVIER DUSSOPT
Vous l'avez parfaitement résumé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il vaut mieux que ce soit vous qui le disiez, que moi.

OLIVIER DUSSOPT
Il faut aussi faire des économies, parce qu'avec plus de 70 milliards de déficit par an, ça n'est pas tenable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les syndicats, CGT en tête, réclament, Olivier DUSSOPT, une revalorisation des salaires qui sont gelés depuis des années. Quelles perspectives vous leur donnez ?

OLIVIER DUSSOPT
Le point d'indice est gelé depuis 2010, à l'exception de deux très petites revalorisations. Par contre il y a d'autres choses qui sont mises en place. Nos prédécesseurs au gouvernement avaient signé un protocole d'accord qui s'appelle le PPCR, mais peu importe le terme technique. Ce protocole permet de revaloriser les salaires. En 2019 cela représente 850 millions d'euros.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De plus.

OLIVIER DUSSOPT
De plus. Nous avons aussi revalorisé un certain nombre d'indemnités, ça veut dire qu'on arrive au milliard d'euros en 2019.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc le milliard en 2019, qu'est-ce que ça veut dire pour les Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça veut dire que les prévisions que nous avons, font que le revenu moyen par poste de la Fonction publique d'augmenter de 2,6 % par an en 2019. C'est plus que l'inflation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le double de l'inflation, c'est ça, 2,6.

OLIVIER DUSSOPT
Donc nous y tenons, de l'inflation prévisionnelle, effectivement. Donc nous tenons cet engagement, et nous y travaillons. Nous faisons aussi en sorte de trouver d'autres moyens que le point d'indice. Le point d'indice, on l'a dit et répété, quand on augmente le point d'indice de 0,1 %, pour un fonctionnaire au SMIC c'est moins de 8 € par mois d'augmentation. Par contre, en coût global c'est 2 milliards d'euros. Il y a un coût énorme au niveau collectif et un avantage individuel qui n'est pas assez important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous leur dites : votre pouvoir d'achat va s'améliorer, il y aura un milliard en 2019.

OLIVIER DUSSOPT
C'est dans le budget.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en 2020…

OLIVIER DUSSOPT
Ça a été voté, et en 2020 nous serons sur le même ordre de grandeur puisque nous allons continuer à appliquer ce protocole.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc un milliard en 2019, un milliard promis en 2020.

OLIVIER DUSSOPT
C'est l'ordre de grandeur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'originalité de la réforme, vous voulez plus de contrats courts, c'est-à-dire entre le public et le privé d'abord, plus d'allers-retours, et est-ce que vous donnez les mêmes garanties, les mêmes droits à ceux qui ont déjà des droits ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous voulons faciliter le recours à des contractuels, non pas des contrats courts justement, d'abord parce qu'aujourd'hui la moyenne des contrats, notamment pour les catégories B et C, c'est un an…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, pas trop compliqué, c'est combien de temps un contrat court ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous savez, il y a 5,5 millions agents publics, dans l'immense majorité en catégories B et C, ils savent très bien de quoi je veux parler. Nous, ce que nous voulons, c'est favoriser des contrats de 3 ans plutôt que de 1 an, et ce que nous voulons aussi, je l'ai dit devant la Commission des lois et c'est l'engagement qui sera tenu c'est mettre en place une prime de précarité pour les contrats de un an ou moins d'un an. Ça existe dans le privé, ça n'existe pas dans le public. Ça n'est pas juste et donc nous allons y remédier pour lutter contre la parité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un contrat court, c'est moins d'un an.

OLIVIER DUSSOPT
Nous proposons que ce soit un an et moins d'un an, avec une prime de précarité de 10 %, comme dans le privé, parce qu'il n'y a pas de raison que les élus et le monde public finalement, demandent aux entreprises de lutter contre la précarité et ne s'applique pas à lui-même la même règle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est valable pour Paris et l'Ile-de-France ?

OLIVIER DUSSOPT
Pour toute la Fonction publique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Toute... Mais qui paie ? Vous, Paris Ile-de-France, mais dans les communes, départements qui sont parfois fauchés ou appauvris ?

OLIVIER DUSSOPT
La prime de précarité sera payée par l'ensemble des employeurs. Nous n'appliquerons à partir de 2021, de manière à ce que dans l'intervalle, les nouveaux contrats que nous créons, une nouvelle possibilité de faire des contrats de 3 ans, de faire les CDI, soient pris en compte par les employeurs, qu'ils puissent diminuer la précarité, parce que moins il y aura de précarité, moins ils paieront le primes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, à partir de 2021, ça coûte, d'après ce que j'ai lu, 500 millions par an…

OLIVIER DUSSOPT
Ça coûtera moins parce que la précarité aura baissé, c'est ça l'objectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, 2021, 2022 c'est 800 millions, un milliard, où vous allez les trouver ceux-là ?

OLIVIER DUSSOPT
L'objectif c'est comme dans le secteur privé, c'est que ça devienne un droit pour toujours. Dans le secteur privé, quand vous avez un CDD, vous avez une prime de précarité, dans le secteur public il faut que ce soit la même règle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre réforme prévoit de réduire les instances où siègent les syndicats, surtout ce qu'on appelle les Commissions administratives paritaires qui gèrent les carrières, les promotions, les avancements etc. Désormais l'employeur va avoir moins de... va avoir tous les pouvoirs, l'employeur…

OLIVIER DUSSOPT
Pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il pourra licencier, recruter, faire ce qu'il veut.

OLIVIER DUSSOPT
Pas du tout. Nous changeons la règle. Aujourd'hui, effectivement il y a des Commissions administratives paritaires qui examinent dossier par dossier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais qu'est ce qui va leur arriver ?

OLIVIER DUSSOPT
...et qui donnent un avis favorable à plus de 90 %. Demain, ce que nous proposons, c'est que dans le dialogue social, les employeurs publics, l'Etat, les communes, les hôpitaux et les syndicats, définissent ensemble, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les règles générales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous contournez les syndicats.

OLIVIER DUSSOPT
Non, ils sont associés à cette discussion. Quelles sont les règles pour avoir une mobilité ? Quelles sont les règles pour avoir une promotion ? Ensuite c'est appliqué. Si un agent considère qu'il a été maltraité, il peut faire un recours, par contre on gagne du temps. Aujourd'hui, imaginez que dans les services de l'Etat, dans les territoires, dans les directions départementales de l'urbanisme, de l'équipement, de la Jeunesse et des Sports, en moyenne il faut entre 8 et 14 mois pour obtenir un remplacement. Ce n'est pas comme ça que l'on…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là ça ira plus vite.

OLIVIER DUSSOPT
Ça ira plus vite, on le fera au fil de l'eau.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous parlez de mobilité, est-ce qu'il y aura des primes de mobilité ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous allons et nous avons déjà signé les textes réglementaires, ce n'est pas dans la loi, pour faire en sorte que les fonctionnaires qui acceptent de déménager, de changer de poste, soient mieux accompagnés. Il existe une prime qui s'appelle la prime de restructuration de services, nous en avons doublé le plafond avec Gérald DARMANIN.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, donc l'employeur n'agira pas son gré.

OLIVIER DUSSOPT
Il y aura plus de souplesse, plus d'autonomie, mais il le fera dans le cadre de règles qui auront été décidées avec les organisations syndicales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Olivier DUSSOPT, enfin le temps de travail. Les Français, quand on les sonde, ils aiment beaucoup et on les comprend, les fonctionnaires, mais ils leur demandent plus d'efforts, apparemment vous aussi.

OLIVIER DUSSOPT
Nous demandons l'équité. Nous savons, il y a deux rapports qui ont été publiés en 2016, que dans la Fonction publique territoriale, en moyenne, on est à moins de 35 heures. On est à moins de 1 607 heures par an, c'est la durée légale. Nous allons demander…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y en a qui sont à 32 heures dans les collectivités locales.

OLIVIER DUSSOPT
Nous allons demander aux communes, aux départements et aux régions de revenir progressivement à 35 heures par semaine. Et pour l'Etat, nous allons aussi travailler pour que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez, 35 heures, parce qu'il y en a combien qui ne font pas les 35 heures ?

OLIVIER DUSSOPT
Dans la Fonction publique d'Etat par exemple, 2,3 millions d'agents, 1,2 million avec des rythmes spéciaux, les enseignants, les policiers, les militaires, 1,1 million qui doivent faire 1 607 heures par an. 300 000 ne les font pas, une partie d'entre eux, 190 000, c'est justifié, parce qu'ils travaillent de nuit, ils travaillent les week-ends, il y a de suggestions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autrement dit, il y en a ?

OLIVIER DUSSOPT
Il reste 110, 120 000 agents pour qui il faut travailler un peu plus, parce qu'il n'y a pas de justification…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est pour l'Etat, mais pour les départements, les communes, etc., la aussi vous dites : il y en a qui…

OLIVIER DUSSOPT
Dans les départements et les communes, ce n'est pas moi qui le dis, c'est un rapport de la Cour des comptes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, c'est des enquêtes. Alors, qu'est-ce qui va se passer ?

OLIVIER DUSSOPT
... et un rapport du Conseil fiscal de la Fonction publique territoriale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, qu'est-ce que vous demandez aux maires, etc. ?

OLIVIER DUSSOPT
On demande aux maires par exemple, aux présidents d'intercommunalités, dans l'année qui va suivre les élections de 2020, de renégocier le temps de travail, pour que tout le monde soit à 35 heures effectives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et dans l'enseignement, il y a déjà des heures supplémentaires.

OLIVIER DUSSOPT
Obligatoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y avait 1 heure.

OLIVIER DUSSOPT
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et maintenant, il y en aura combien ?

OLIVIER DUSSOPT
Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, a souhaité qu'il puisse imposer, puisqu'on parle d'heures supplémentaires obligatoires, 2 heures par semaine, et elles sont d'ailleurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire 3 désormais, mais est-ce qu'elles seront défiscalisées ?

OLIVIER DUSSOPT
2 heures, 1 + 1.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, 1 + 1.

OLIVIER DUSSOPT
Et elles sont défiscalisées depuis le 1er janvier, comme l'ensemble des heures supplémentaires dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vais peut-être vous faire sourire, il y a un point sur lequel il devrait y avoir unanimité, c'est que la réforme prévoit l'égalité professionnelle hommes-femmes pour tout ce qui concerne la hiérarchie et les salaires. Enfin…

OLIVIER DUSSOPT
Enfin et pour mieux concilier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça doit être appliqué ça.

OLIVIER DUSSOPT
... la vie personnelle et la vie professionnelle, c'est faire en sorte que le congé parental n'ait plus d'impact sur la carrière, c'est faire en sorte que les inégalités de salaires soient résorbées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s'il y en a qui ne le font pas, qu'est-ce qui se passe ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y aura un système de sanctions, comme dans le secteur privé, de la même manière que nous voulons que l'accès aux promotions soit plus fort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez ce que disent les syndicats, c'est que vous êtes en train de privatiser les services publics.

OLIVIER DUSSOPT
C'est faux, et parfois il faut avoir en tête que la convergence entre le secteur public et le secteur privé elle se fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle est à l'avantage du public.

OLIVIER DUSSOPT
... en faveur des agents publics. Sur la portabilité, sur l'égalité femmes-hommes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux critiques. Un, vous privatisez, deux, vous réduisez les services publics.

OLIVIER DUSSOPT
Nous maintenons le statut, c'est important, nous y sommes attachés, il n'y a pas de privatisation, nous restons dans le droit public, et nous ne réduisons pas les services, bien au contraire, le président de la République s'est à nouveau engagé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Olivier DUSSOPT, je n'oublie pas que vous êtes aussi un homme politique, vous êtes venu du Parti socialiste vers la macronie, aujourd'hui Nathalie LOISEAU présente son programme, le programme pour les européennes. Et il y a une profession de foi, là, de qui ?

OLIVIER DUSSOPT
De Nathalie LOISEAU, de son équipe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, de qui, de qui ?

OLIVIER DUSSOPT
... avec le soutien du Président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais la profession de foi du président de la République, c'est-à-dire qu'il va intervenir souvent, d'une manière président surprise, au restaurant ?

OLIVIER DUSSOPT
Que s'est-il passé lors des campagnes européennes précédentes ? Il y avait, à l'exception d'une fois, où il y a eu une intervention directe, il y avait une forme d'hypocrisie où les présidents de la République soutenaient évidemment leur famille politique, leur majorité, mais se gardaient bien de dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc là il n'est pas hypocrite, mais il est partout. Dans la profession de foi, qu'est-ce qu'il dit sur le programme de Nathalie LOISEAU ?

OLIVIER DUSSOPT
Dans la profession de foi, le président de la République appelle les Français à se rassembler derrière la liste menée par Nathalie LOISEAU, pour une raison simple : il faut que la voix de la France soit forte en Europe, dans une Europe forte, une Europe qui protège, une Europe qui en finisse avec la naïveté aussi, tant en matière de protection de notre industrie que de protection des frontières.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais il faut dire que le Parlement n'a pas tous les pouvoirs et puis surtout qu'il y aura 25, 30, je ne sais pas…

OLIVIER DUSSOPT
Le Parlement n'a pas tous les pouvoirs, mais il y en a et il est important de s'y faire entendre et que la France y soit entendue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous me dites que le président va intervenir encore à plusieurs reprises.

OLIVIER DUSSOPT
C'est lui qui en décidera, mais il assume clairement le soutien qu'il apporte à la liste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, vous le souhaitez ?

OLIVIER DUSSOPT
Et je souhaite que, à la fois la liste de Nathalie LOISEAU fasse le meilleur score, parce que c'est un soutien apporté au président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne pouvez pas dire le contraire, entre nous.

OLIVIER DUSSOPT
Heureusement, mais surtout ça n'est pas parce qu'on ne peut pas dire le contraire qu'on ne le dit pas avec convictions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La priorité, il y a la transition écologique. Elle dit : investir 1 000 milliards, une banque verte pour le climat, la PAC verte, etc. et puis il faut la sécurité et la défense. La cause animale on n'y échappe pas, et puis il y a une nouvelle politique à l'égard des frontières. Est-ce qu'elles se durcissent ? Parce qu'on a l'impression que vous voulez qu'elles soient plus sévères à l'encontre des migrants.

OLIVIER DUSSOPT
Nous voulons deux choses en matière de frontières. Sur la question des migrations, il faut que l'Europe joue le jeu de la solidarité pleinement, et le jeu de la solidarité et des protections. Aujourd'hui Schengen ça ne marche pas, ça ne marche pas parce que certains Etats ne protègent pas les frontières européennes, et d'autres ne jouent pas le jeu de la solidarité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, il faut être plus rigoureux sur les frontières extérieures et même dans les frontières entre les pays européens ?

OLIVIER DUSSOPT
Si des pays de l'Union européenne ne jouent pas le jeu de la protection des frontières, ce que je dis là, vous m'interrogez sur l'immigration, est aussi valable en matière de protection de l'industrie et de protection de notre tissu économique. Si certains Etats ne jouent pas le jeu, évidemment que nous devons faire en sorte de protéger nos propres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous vous rapprochez de la droite, là ?

OLIVIER DUSSOPT
Pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je sais bien qu'il y a un protectionnisme vert, on en parlait hier avec Yannick JADOT, la gauche aussi mais est-ce que vous vous avez peur, et à la fois de Marine LE PEN et de François-Xavier BELLAMY ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous savez, vous avez raison de les citer dans la même phrase, parce que parfois on confond un peu leur programme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, j'ai mis chronologiquement.

OLIVIER DUSSOPT
Monsieur BELLAMY et les députés européens LR vont siéger avec monsieur ORBAN, monsieur ORBAN dit lui-même qu'il faut faire une alliance avec l'extrême-droite, et vous pouvez convenir que tout ça n'est pas très clair, à moins qu'ils veuillent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez peur de BELLAMY ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, parce que je pense que lorsque le parti censé représenter la droite en France est à moins de 15 %, cela démontre que leurs propositions, je ne parle pas de solutions, mais que leurs propositions ne sont pas crédibles et ne sont pas crues.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit de tous les côtés que le président de la République fait pression sur vous les ministres, sans relâche. C'est vrai ?

OLIVIER DUSSOPT
Il nous demande beaucoup et il a raison, parce que nous sommes au service des Français, et dans la période qui est la nôtre, nous devons aussi aider…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord d'accord, mais la question : est-ce qu'il vous fait peur ou est-ce qu'il a peur lui-même ?

OLIVIER DUSSOPT
Je crois que est ni l'un, ni l'autre, il ne nous fait pas peur parce que nous sommes heureux de travailler à ses côtés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, bien sûr.

OLIVIER DUSSOPT
... heureux de mettre en oeuvre ses engagements, et lui-même n'est pas homme à avoir peur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais d'accord, mais si le 26 mai la liste Marie LE PEN – BARDELLA, devient, devance Nathalie LOISEAU, qu'est ce que devient le quinquennat Macron, les réformes promises, et l'avenir ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça ne serait malheureusement pas une première, il faut avoir en tête lors des dernières élections européennes, la liste du Front national était arrivée en tête. Notre objectif c'est d'arriver devant, et je peux vous assurer que le gouvernement tout entier, la majorité toute entière, sont mobilisés pour faire en sorte que Nathalie LOISEAU et l'équipe de Renaissance, soit en tête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a sonné l'appel à la mobilisation, on va voir ce que ça donne. J'allais oublier, est-ce que le président de la République soutient la réforme Dussopt de la Fonction publique ou il peut encore renoncer comme les…

OLIVIER DUSSOPT
La réponse est oui. Le président de la République a eu l'occasion de l'exprimer, et j'ai l'immense chance de travailler sur une réforme, avec le soutien du président, du Premier ministre, et de tout le gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les syndicats défilent contre DUSSOPT et contre Emmanuel MACRON.

OLIVIER DUSSOPT
Les syndicats défilent et s'expriment, c'est la démocratie sociale et pour ma part je continue à travailler, à porter ce texte, qui je répète est utile aux Français et aux fonctionnaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez souri, c'est déjà un succès du matin sur Cnews. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mai 2019

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