Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à LCI le 10 mai 2019 sur le projet de privatisation d'Aéroports de Paris, la prime mobilités pour les trajets domicile travail et la tarification de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à LCI le 10 mai 2019 sur le projet de privatisation d'Aéroports de Paris, la prime mobilités pour les trajets domicile travail et la tarification de la SNCF.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

ti : PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Amélie CARROUËR, vous recevez la ministre des Transports ce matin.

AMELIE CARROUËR
Bonjour à tous. Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

AMELIE CARROUËR
Merci d'être avec nous. On va bien évidemment parler longuement d'AEROPORTS DE PARIS, de la prime mobilité, mais avant, « le président doit partir s'il perd lors des élections européennes », c'est ce qu'affirme Marine LE PEN, elle l'a dit sur notre antenne et elle réagissait aux mots du président qui a dit hier vouloir mettre toute son énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête. On va écouter Marine LE PEN et puis comme ça on réagira juste après.

MARINE LE PEN, PRESIDENTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Ça devient donc un référendum pour ou contre Emmanuel MACRON cette élection européenne. J'accepte cela. Mais dans ces conditions, il faut qu'il fasse comme le Général de GAULLE, s'il perd cette élection alors il devra partir.

AMELIE CARROUËR
Votre réponse à Marine LE PEN.

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, je pense qu'elle est dans la continuité de sa position, elle ne s'intéresse pas du tout aux enjeux européens et elle veut tout faire pour que ça ne soit pas un débat sur l'Europe qu'on veut, sur les enjeux qui sont pourtant cruciaux sur la poursuite du projet européen, et voilà, elle ramène comme elle le fait depuis le début, cette élection à des enjeux nationaux. Moi je crois au contraire que cette élection elle est fondamentale, parce qu'elle va nous dire quelle Europe on va construire demain, et qu'effectivement c'est bien ça, quelle Europe, quelle Europe qui donne de la force à la France dans une Europe forte.

AMELIE CARROUËR
Là en l'occurrence le président de la République qui a parlé du Rassemblement national, et ce alors qu'il était même à l'étranger.

ELISABETH BORNE
Oui, je pense que le président de la République a raison de marquer qu'il y a vraiment deux projets différents. On a un projet qui veut poursuivre le projet européen, qui prend en compte l'environnement dans lequel on est, dans lequel vous avez la Chine qui est de plus en plus forte, les Etats-Unis qui veulent imposer leur vue, et face à ça, évidemment c'est à l'échelle de l'Europe que l'on peut réagir dans cet environnement mondial de plus en plus compliqué, et Marine LE PEN, elle remet toujours le débat sur les enjeux nationaux.

AMELIE CARROUËR
Mais c'est le président, encore une fois, qui a parlé du Rassemblement national, alors qu'il était à l'étranger, il est président de tous les Français, même des électeurs du Rassemblement national, est-ce bien sa place, à lui chef de l'Etat, de s'exprimer ainsi en désignant une cible lors des élections européennes et ce en plus depuis l'étranger ?

ELISABETH BORNE
Le président de la République, depuis le départ, il porte un projet européen, il porte la conviction que si on veut protéger des Français, que si on veut protéger notre environnement, si on veut protéger nos entreprises, alors on a besoin d'une Europe forte. Et on a dans la campagne, d'autres partis qui au contraire veulent détruire l'Europe, prétendent qu'on pourrait se confronter à tous ces enjeux à l'échelle nationale, et je pense que c'est important que les Français le comprennent.

AMELIE CARROUËR
Mais ce n'est pas risqué d'instaurer comme ça une forme de duel ? En gros, si Marine LE PEN gagne, il perd, le président de la République.

ELISABETH BORNE
C'est le projet européen qui perd, si Marine LE PEN gagne.

AMELIE CARROUËR
L'autre actualité vous concerne, on en vient à cette décision historique maintenant, le Conseil constitutionnel qui a dit oui hier une nouvelle étape pour l'organisation d'un référendum d'initiative partagée, qui pourrait empêcher – on va en parler – la privatisation d'AEROPORTS DE Paris. On, il faut plusieurs étapes : recueillir 4,7 millions de voix, ça doit passer par le Parlement qui doit voter en faveur ou non de ce texte, mais n'est pas un gros revers pour l'exécutif, pour vous malgr tout ?

ELISABETH BORNE
Il y a une décision du Conseil constitutionnel, qui a confirmé qu'on était bien dans le cadre prévu par la Constitution depuis 2008, on ne va pas commenter les décisions du Conseil constitutionnel, on en prend acte, le ministère de l'Intérieur va s'organiser pour justement faire ce recueil des soutiens des citoyens, et puis voilà, la procédure va se dérouler. Evidemment, si on a fait voter une loi sur la privatisation d'ADP, c'est parce qu'on considère que c'est une bonne chose. Moi je m'étonne un peu, et je pense que c'est aussi important de le dire, que sur ce sujet, il y a à la fois beaucoup de contre-vérités et beaucoup de mauvaise foi. Quand on se retrouve, quand Les Républicains dont on peut rappeler qu'ils ont fait la privatisation des autoroutes, se retrouvent dans un attelage avec France insoumise, on peut se demander quelles sont les véritables motivations. Mais voilà, on prend acte de cette décision du Conseil constitutionnel…

AMELIE CARROUËR
Vous n'avez aucune crainte que ça puisse malgré tout empêcher la privatisation ? Les Français ne sont pas forcément pour, dans les sondages qu'il y a eu ces derniers mois, et parallèlement à ça on est dans un contexte de mobilisation aussi sociale, de contestation. Vous ne vous dites à aucun moment qu'effectivement ça pourrait prendre, ça pourrait fonctionner ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, on va voir ce que donne la procédure. Je vous dis, il y a un recueil, vous l'avez dit, qui nécessite d'avoir 4,7 millions de Français qui soutiendraient cette procédure, l'inscription de cette proposition de loi au Parlement. On va dérouler la procédure, évidemment le gouvernement, on n'a pas passé ces mois à débattre du projet, si on ne pensait pas que c'était utile de privatiser ADP. Donc on va voir ce que donne cette procédure.

AMELIE CARROUËR
Vous me disiez au début que vous ne vouliez pas réagir à une décision du Conseil constitutionnel, mais on est parti pour 9 mois de campagne politique, ça a commencé dès hier, Jean-Luc MELENCHON a tweeté, il appelle les Insoumis à fédérer les efforts sur le terrain, il propose un Conseil national du référendum, ça va vous coincer politiquement, tout ça, pendant 9 mois.

ELISABETH BORNE
Ce qui est clair c'est qu'on ne va pas mener une privatisation pendant que la procédure se déroule. Moi je vous dis, je suis intéressée de voir comment Les Républicains et France insoumise partagent maintenant les mêmes vues sur les projets économiques, je pense que ça va être intéressant de les entendre.

AMELIE CARROUËR
Et d'un point de vue démocratique, est-ce que ça n'ouvre pas une faille sur votre capacité d'action ? C'est possible visiblement de passer au RIC, en tout cas de gagner cette première étape, ça n'entrave par votre action ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est un sujet sur lequel ceux qui ont pris l'initiative de proposer ce Référendum d'initiative partagée, après des mois de débats et le vote d'un projet de loi au Parlement, pourront s'interroger. Effectivement, on peut passer des mois à débattre au Parlement d'un projet qui est in fine voté, et repartir dans une procédure qui est prévue par la Constitution, donc elle est incontestable, mais voilà ça pose effectivement la question de la démocratie. Représentative.

AMELIE CARROUËR
Des discussions ont été engagées pour la reprise, pour trouver le repreneur, ça ne met pas en difficulté tout votre plan ?

ELISABETH BORNE
Le calendrier n'était pas défini, ni les modalités, ni le calendrier donc effectivement le processus est suspendu, et puis on verra effectivement ce que va donner ce recueil des soutiens. Et moi je vous dis, effectivement le gouvernement continue à penser, moi je continue à penser que cette privatisation c'est une bonne chose, je pense que l'Etat a beaucoup de casquettes, vous savez, c'est à la fois le régulateur, c'est celui qui définit le cahier des charges. Est-ce que c'est sain d'être en même temps l'actionnaire ? Je pense que quand on a trop de casquettes, on finit par se perdre. Donc moi je pense que c'est effectivement une bonne chose, maintenant on va laisser la procédure se dérouler.

AMELIE CARROUËR
Bon. On en vient à la Prime mobilités, la loi d'orientation des mobilités arrive la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, on en est où de cette prime ? Y aura-t-il oui ou non une prime d'un montant maximal de 400 € par an, qui pourrait être accordée pour les trajets domicile – travail, effectués à vélo ou en covoiturage ? Et cette prime sera-t-elle obligatoire ?

ELISABETH BORNE
Alors, cette prime elle est prévue, justement dans la loi d'orientation des mobilités, elle est prévue pour tous ceux qui font du covoiturage ou du vélo. Il est prévu que l'employeur puisse rembourser jusqu'à 400 €, sans charges sociales et sans fiscalité. Je pense que c'est un enjeu très important d'encourager les mobilités propres, et puis aussi de répondre à une injustice, parce qu'aujourd'hui quand vous habitez dans une grande ville, votre employeur vous rembourse votre abonnement de transports en commun, évidemment il y a beaucoup de parties de notre territoire dans lesquelles il n y a pas de transports en commun. Donc là vous êtes doublement pénalisé. Non seulement vous n'avez pas de transports en commun, mais en plus votre employeur ne participe pas à vos déplacements domicile – travail. Donc elle est prévue…

AMELIE CARROUËR
Est-ce que ça sera obligatoire ?

ELISABETH BORNE
... Facultative. Moi je suis convaincue, je vous le dis et c'est ce que j'ai pu discuter avec les employeurs et les syndicats, dans les concertations qu'on a menées ces derniers mois, je suis convaincu qu'effectivement il y aurait une justice à ce qu'elle puisse être obligatoire, en tout cas je pense que ce qui est très important, c'est que les employeurs se saisissent de ces sujets. Vous savez qu'on a décidé, le président de la République a souhaité qu'on ait une mobilisation pour l'emploi et la transition écologique, donc ces sujets sont dans la concertation qu'on a engagée, parce que c'est aussi très important que ça ne soit pas le gouvernement qui décide tout seul dans son coin, et pour que ça réussisse, il faut effectivement que les acteurs, les partenaires sociaux notamment, se saisissent de ces sujets.

AMELIE CARROUËR
Mais justement, le patronat n'était pas très partant pour financer tout ça, c'est le cas notamment pour la CPME qui a fait savoir à quel point elle n'était pas partante, vous êtes où de ces discussions ? Vous pensez pouvoir les convaincre ? Est-ce que ça a avancé, quels sont les derniers éléments ?

ELISABETH BORNE
Ces discussions, elles se poursuivent, vous l'avez dit, il n'y a pas unanimité à ce stade et donc on va continuer les discussions. Moi je vous dis ma conviction et j'espère pouvoir convaincre qu'effectivement ça serait une bonne chose.

AMELIE CARROUËR
Au-delà de l'obligation, est-ce qu'il s'agira d'un Chèque déplacement défiscalisé sur le modèle du Chèque déjeuner ?

ELISABETH BORNE
Alors, sur cette modalité, pour le coup, je pense que les employeurs se retrouvent, et ça donnerait de la simplicité, ça encouragerait sans doute effectivement les entreprises à y recourir, donc c'est sans doute une bonne formule aussi.

AMELIE CARROUËR
La piste privilégiée ?

ELISABETH BORNE
Oui oui, je pense que c'est une bonne piste.

AMELIE CARROUËR
D'accord. Et est-ce qu'elle sera différenciée selon les régions ? Matignon a fait savoir lundi que ça pourrait être le cas.

ELISABETH BORNE
Oui, c'est-ce qu'on est en train de regarder, effectivement on sait bien qu'en France les régions ne sont pas toutes dans la même situation, donc on va regarder dans quelle mesure il serait pertinent et qu'il serait possible de le différencier selon les régions.

AMELIE CARROUËR
Et au-delà du covoiturage, vous ne souhaitez pas aller plus loin ? La mobilité seul, l'usage de la voiture seul, sachant que les prix du carburant sont plus au là, en ce moment.

ELISABETH BORNE
Alors, je pense que c'est très important effectivement de tenir compte des difficultés aussi des Français qui n'ont pas d'autre solution que la voiture, et pour lesquels effectivement les fluctuations du Baril de pétrole, viennent peser sur leur budget. Donc moi je ne pense que ça serait une bonne chose qu'on puisse avoir un accompagnement systématique pour tous les Français qui ont des difficultés dans leurs déplacements domicile – travail, donc c'est aussi une piste qu'on a souhaité ouvrir.

AMELIE CARROUËR
Mais comment vous y travaillez ? Est-ce que vous privilégiez ce qui se fait dans les Hauts-de-France, par exemple, au-delà de 20 km, concrètement qu'est-ce que vous privilégiez, qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français qui nous regardent et qui ont des difficultés et qui attendent là des réponses ?

ELISABETH BORNE
Ce que je peux dire c'est que je pense que c'est un sujet important dans le dialogue social au sein d'une entreprise. Vous savez, je pense que l'on peut faire des lois, à la fin la situation des entreprises est très différente, et que ça devienne un thème systématique de discussions, dans le dialogue social, au sein d'une entreprise dans laquelle on peut adapter les horaires, favoriser le télétravail, prévoir des équipements et éventuellement que l'entreprise s'implique aussi pour organiser le transport de ses salariés, je pense que c'est très important et je pense que c'est ce que les Français attendent. Donc c'est le sens de la négociation, je ne vais pas vous en donner le résultat alors qu'elle se poursuit pendant encore quelques semaines. Donc c'est le sens de cette négociation, je pense que c'est important et que les Français attendent qu'on les accompagne dans leurs déplacements domicile – travail.

AMELIE CARROUËR
Et au-delà de ça, là, immédiatement, face aux prix très haut du carburant, aucun geste supplémentaire de la part de l'Etat, du gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez qu'on est très mobilisé, c'est tout le sens de la loi que moi je porte et qui sera en commission à l'Assemblée nationale à partir de la semaine prochaine, c'est de trouver des solutions alternatives à la voiture, et quand ça n'est pas possible, d'aider les Français à changer de voiture pour des véhicules moins polluants.

AMELIE CARROUËR
Mais là pour maintenant, pour aujourd'hui, les prix du carburant sont au plus haut maintenant.

ELISABETH BORNE
Oui, et donc ça nous montre qu'on a vraiment intérêt à accompagner les Français pour sortir de la dépendance au pétrole, et c'est bien ce qu'on fait. On a on la prime à la conversion, vous savez, 8 000 primes sont distribuées chaque semaine pour permettre à des Français d'acheter des véhicules qui consomment moins.

AMELIE CARROUËR
La Loi mobilités, c'est aussi financer des investissements, une dizaine de milliards je crois, vous faites quoi pour financer ? Il n'y aura pas d'écotaxe, on imagine très bien pourquoi, dites-moi, sauf si je me trompe, ou une vignette, une vignette de poids-lourds, une taxe payée par les transporteurs routiers, on en est où ? Vous envisagiez, pourquoi pas, d'en dire un peu plus à l'issue du Grand débat, qu'avez-vous à nous dire sur ce sujet ?

ELISABETH BORNE
On est en train de poursuivre les discussions sur, vous savez qu'on a aussi d'autres sujets sur lesquels on travaille, notamment la baisse de l'impôt sur le revenu, les niches fiscales qui pourraient être concernées, donc c'est dans cette réflexion globale. Je pense que d'ici le débat en séance à l'Assemblée, au mois de juin, on pourra préciser les modalités de financement.

AMELIE CARROUËR
La vignette poids lourds, elle est toujours sur la table ? C'est une piste privilégiée ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi je continue à penser que ça serait une bonne chose de faire payer les poids lourds qui traversent notre pays, sans faire le plein en France. Vous savez que beaucoup de Français, ceux qui habitent au bord des routes où on voit passer des files de camions en continu, qui font le plein en Belgique ou en Luxembourg, qui traversent le pays et qui refont le plein en Espagne, ces poids lourds ne participent pas du tout au financement de nos infrastructures, je pense que ça serait une bonne chose qu'ils le fassent.

AMELIE CARROUËR
Vous évoquiez les niches, le gasoil non routier, vous dites comme Bruno LE MAIRE que c'est sur la table, c'est une niche à laquelle vous pourriez toucher, malgré ce que ça pourrait créer, susciter comme colère ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il ne s'agit pas de se suicider des colères, il s'agit de trouver aussi le bon chemin avec les entreprises qui sont concernées, ça fait partie effectivement des sujets, des pistes qui sont sur la table.

AMELIE CARROUËR
Un mot de la ligne de fret pour le marché de Rungis, elle est menacée, vous êtes très attaqués sur le sujet, je lisais encore dans l'Obs ce matin que ça pourrait jeter 25 000 camions sur les routes. Vous répondez quoi aujourd'hui pour calmer éventuellement la colère ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi je vous dis très clairement que je ne peux pas me résoudre au fait que les marchandises qui sont aujourd'hui transportées par le train, soient demain sur les routes. Donc je vous annonce que je réunirai la semaine prochaine tous les acteurs concernés, pour qu'on trouve une solution, pour que ces marchandises ne se retrouvent pas sur la route. On fait beaucoup pour soutenir le fret ferroviaire, en baissant les péages, en mettant des aides, et donc moins mon objectif c'est que ces marchandises ne se retrouvent pas sur la route, et je pourrai en discuter la semaine prochaine avec l'ensemble des acteurs concernés.

AMELIE CARROUËR
Maintenir le rail par exemple ?

ELISABETH BORNE
Maintenir effectivement du transport par le rail, pour ces marchandises.

AMELIE CARROUËR
La mobilisation des fonctionnaires c'était hier, 108 900 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 250 000 selon la CGT, et peut être surtout tous les leaders syndicaux, côte à côte. Philippe MARTINEZ de la CGT dit : c'est en fait rare, ça devrait alerter le gouvernement. Etes-vous alertez ce matin ? J'ai vu qu'Olivier DUSSOPT, qui est en charge de la réforme, n'avait pas l'intention de revenir en arrière, mais vous n'êtes pas alertés, vous n'êtes pas inquiétés ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on a eu une mobilisation, moi je voudrais rappeler que le projet de loi qui va venir en discussion la semaine prochaine, il a fait l'objet de nombreuses concertations, avec les syndicats qui ont voulu accepter de rentrer dans cette concertation, notamment la CFDT et l'UNSA, et le débat parlementaire permettra de continuer à améliorer, à adapter ce projet de loi.

AMELIE CARROUËR
La question c'est aussi, vous êtes en train de réintroduire le dialogue social notamment, les corps intermédiaires, vous êtes dans cette logique-là, et pourtant vous ne reviendriez pas en arrière dans le dialogue sur cette réforme-là ?

ELISABETH BORNE
Ah mais je vous confirme que cette réforme, elle a fait l'objet de beaucoup de dialogue social, avec les syndicats, qui ont accepté de se placer dans cette logique. La CGT n'a pas souhaité se mettre dans cette logique, ce qui peut lui arriver assez souvent…

AMELIE CARROUËR
Mais il n'y avait pas que la CGT dans la rue hier, il y avait aussi la CFDT de Laurent BERGER, et Laurent BERGER.

ELISABETH BORNE
Eh bien donc du coup le dialogue va pouvoir se continuer, il y a des amendements qui pourront aussi être discutés à l'Assemblée, je pense que c'est effectivement important que le dialogue social se poursuive.

AMELIE CARROUËR
Je voulais en venir à la RATP, et cette enquête qui a été ouverte : un chauffeur de bus de la RATP, accusé d'avoir refusé, je le rappelle, pour des motifs religieux, une voyageuse parce qu'elle portait une jupe, il a porté plainte pour dénonciation calomnieuse, on l'a appris hier du côté de l'AFP, auprès de son avocat. Vous aviez dit avec Marlène SCHIAPPA que vous suiviez le dossier, cette enquête avec attention. Vous en êtes où ? Que constatez-vous de l'enquête ? Où en est-on ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi ce que je constate, c'est qu'effectivement il y a des versions différentes. La version du chauffeur qui dit qu'il ne s'est pas arrêté parce que ces jeunes femmes étaient en train de fumer. La version des jeunes femmes et du papa de l'une d'elles qui dit que c'était parce que la jeune fille, jeune femme avait une jupe trop courte. Moi j'espère qu'on y verra clair sur ce dossier, j'en ai parlé avec la présidente de la RATP hier, et je pense que c'est très important, de toute façon il y a une enquête qui est ouverte maintenant, au niveau judiciaire, qu'on puisse utiliser peut-être la vidéo-protection de la ville de Paris pour comprendre ce qui s'est passé, qu'on en tire toutes les conséquences.

AMELIE CARROUËR
Je voudrais vous faire réagir à propos de Jordan BARDELLA en meeting, puisqu'on parle aussi d'élections européennes en ce moment, il a réagi à cette affaire et il a dit : « Avec nous, jamais un islamiste ne pourra prétendre à un poste de fonctionnaire ». Votre réaction.

ELISABETH BORNE
Je pense que, enfin je ne sais pas que monsieur BARDELLA entend par un islamiste, que les règles de laïcité doivent être respectées dans le service public, je peux vous dire qu'en tant qu'ancienne présidente de la RATP, c'est quelque chose à laquelle j'ai veillé et je continuerai à le veiller, évidemment. On a des règles de laïcité qui sont au coeur du projet républicain, et évidemment la laïcité doit être respectée.

AMELIE CARROUËR
On a vu hier la campagne de la SNCF qui change ses tarifs. C'est un autre sujet. Est-ce que la SNCF, le train est entrain de devenir un moyen de transport pour les riches, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est tout le contraire, vous savez, depuis y compris l'an dernier, la SNCF poursuit le développement des TGV OUIGO, c'est des TGV à des prix très bas. On est passé de 7 millions de billets vendus en 2017, à 13 millions de billets à petits prix en 2018, et on sera à 25 millions en 2020. Moi, mon objectif c'est un TGV accessible à tous, et c'est bien le sens de la politique que mène la SNCF, et ces nouveaux abonnements, ces nouvelles cartes, elles visent à simplifier la vie des voyageurs, à être plus lisibles, pour que le maximum de Français puisse accéder au train.

AMELIE CARROUËR
Bon, vous le voyez, on est très axé concret, mobilité là ce matin. J'ai une question trottinettes, on en bien au point trottinette de notre entretien. Il est pour quand le décret ?

ELISABETH BORNE
Le décret il sera au plus tard à la rentrée, vous savez qu'il y a des procédures de consultation, mais moi j'entends bien tous les Parisiens notamment, mais aussi les Lyonnais, les Bordelais, qui n'en peuvent plus d'avoir des trottinettes qui circulent sur les trottoirs, donc ce décret il permettra de dire très clairement que les trottinettes ça n'est pas sur les trottoirs, qu'on doit pouvoir à la fois à avoir ces nouveaux modes de déplacement et je pense que c'est plutôt une bonne nouvelle d'avoir des nouvelles solutions de mobilité propre, mais en même temps, on doit pouvoir se déplacer tranquillement sur un trottoir, donc ça sera 135 € d'amende.

AMELIE CARROUËR
Il y a des députés qui voudraient revenir sur l'interdiction à 8 ans et remonter le seuil à 12 ans. Vous pourriez revenir en arrière ou vraiment c'est terminé ?

ELISABETH BORNE
On pourra avoir ce débat, il ne s'agit évidemment pas de dire que des enfants de 8 ans doivent circuler en trottinette dans Paris, mais la loi elle concerne toute la France, et par exemple le fait de pouvoir être sur une piste cyclable, dans une petite ville, avec ses parents, donc on aura ce débat la semaine prochaine à l'Assemblée.

AMELIE CARROUËR
Une question sur les Gilets jaunes. L'INSEE montre qu'il y a un impact important sur le tourisme. Est-ce que vous le constatez, notamment dans votre domaine, celui des transports ? Et à quel point cet impact selon vous est profond pour la France ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je pense que c'est évident qu'on a un impact sur le tourisme spécialement en Ile-de-France. Je pense que voilà, tous ceux qui manifestent, qui empêchent les commerçants de travailler les samedis ou qui effectivement donnent une image je de notre pays qui ne donne peut-être pas envie aux touristes de venir, doivent en être conscients, et donc moi je pense qu'il est souhaitable maintenant qu'on a eu tous ces débats, ce grand débat, des mesures fortes ont été annoncées, que la discussion se poursuit, qu'on puisse passer à autre chose.

AMELIE CARROUËR
Mais vous le voyez dans votre domaine, dans les transports, il y a une chute par exemple de la fréquentation dans l'aérien.

ELISABETH BORNE
On ne constate pas une chute de fréquentation dans l'aérien. Vous savez on est sur des volumes importants, mais effectivement on a bien vu les chiffres, notamment on entend aussi les commerçants dont l'activité est perturbée depuis des mois.

AMELIE CARROUËR
Juste une dernière question, il me reste peu de temps, mais c'est important. Notre-Dame, le projet de loi arrive à l'Assemblée nationale, vous êtes en faveur de quoi et est-ce que 5 ans comme objectif ce n'est quand même pas trop rapide, quand il faut déjà enlever le plomb, quand il faut enlever 300 tonnes de gravats ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ce que le président de la République a voulu dire c'est que c'est un défi que notre pays doit se donner. Evidemment de reconstruire le plus beau projet pour Notre-Dame, et en même temps de montrer qu'on est capable de se mobiliser et de répondre vite à cette situation. Donc voilà, moi je pense que c'est effectivement l'équilibre qu'on doit trouver, à la fois faire le plus beau projet pour Notre-Dame et montrer qu'on est capable aujourd'hui, d'aller vite sur un projet de ce type.

AMELIE CARROUËR
Vous souhaiteriez plutôt modernes ou à l'identique ?

ELISABETH BORNE
Oh moi je ne vais pas me prononcer vous savez sur le sujet, je crois qu'il y a assez de personnes qui donnent leur avis. Donc voilà, on a une consultation internationale, et je n'ai pas de doute qu'on aura des grands architectes qui nous proposeront des très beaux projets.

AMELIE CARROUËR
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été notre invitée ce matin sur LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 mai 2019

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