Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec CNews le 10 mai 2019, sur la privatisation des Aéroports de Paris, les élections européennes, la baisse des impôts et sur la taxation des Géants d'Internet. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec CNews le 10 mai 2019, sur la privatisation des Aéroports de Paris, les élections européennes, la baisse des impôts et sur la taxation des Géants d'Internet.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes le bienvenu, Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être là. Le Conseil constitutionnel a donc donné son feu vert pour un RIP, un référendum d'initiative partagée, sur la privatisation des AEROPORTS DE PARIS, il accepte la démarche de 248 députés et sénateurs de 12 groupes politiques, c'est une première, c'est un acte inédit, vous arrêtez tout ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je respecte évidemment la décision du Conseil constitutionnel, mais je vais vous dire, je vois dans cette décision une opportunité. Une opportunité pour le gouvernement d'expliquer notre projet, qui a souvent été travesti, d'expliquer que cette privatisation elle va servir à financer l'innovation de rupture, à désendetter le pays, et à permettre à AEROPORTS DE PARIS de se développer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elle est utile, pour ne pas dire indispensable, pour vous.

BRUNO LE MAIRE
Elle est utile, elle est utile économiquement, elle est utile pour l'Etat, elle est utile pour l'intérêt général, elle est utile pour financer les technologies de rupture qui feront la différence entre les nations qui gagneront au 21e siècle, et celles qui perdront. Et puis ça va être une opportunité aussi, pour expliquer toutes les garanties que nous apportons à cette privatisation, qui d'ailleurs ont été votées, très souvent, par les mêmes qui ont fait un recours contre cette privatisation. Garantie notamment sur les tarifs. Quand j'entends dire que ce serait comparable à la privatisation des autoroutes, c'est totalement faux, et ceux qui le disent, le savent que c'est faux. Dans les autoroutes on ne pouvait pas négocier les tarifs, dans la privatisation d'ADP, dans le cahier des charges, il est prévu que c'est l'Etat qui négocie les tarifs aéroportuaires avec le futur concessionnaire, et que si jamais il n'y a pas d'accord c'est l'Etat qui fixe lui-même, chaque année, les tarifs, donc il n'y a aucun risque que les tarifs explosent, et il y a une vraie différence, fondamentale, entre cette privatisation, qui a tiré les leçons des privatisations passées, et celle des autoroutes. Même chose sur les frontières. Quand j'entends dire que nous privatisons les frontières, mais c'est scandaleux de jouer avec les peurs des Français comme ça, c'est révoltant, ces frontières resteront contrôlées par des policiers français, les douanes continueront à être exercées par les douanes françaises, le contrôle des biens, des personnes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le régalien reste à l'Etat.

BRUNO LE MAIRE
Le régalien reste à l'Etat, et tout ce qui est du domaine du contrôle des frontières reste dans les mains de la puissance publique et de l'Etat, et bien entendu que c'est prévu dans cette opération.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bruno LE MAIRE, là, on sent presque une colère, et vous employez le futur, c'est-à-dire que vous ne renoncez pas au principe et au projet de privatiser les AEROPORTS DE PARIS.

BRUNO LE MAIRE
Ce que je dis très simplement c'est que pendant que la procédure va courir, il est évident que nous n'allons engager aucune opération de privatisation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne prenez pas ça pour une défaite politique, comme ils le disent ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui compte, à mes yeux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De votre gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
C'est que notre économie se porte mieux, que nous respections mieux la place de l'Etat et de l'entreprise dans notre économie, c'est ça qui est le plus important à mes yeux. Et ce que je vois dans cette opération, c'est aussi une grande confusion politique, comment est-ce que ce référendum a été possible, comment est-ce que cette procédure a été possible, c'est par une alliance, contre nature, des socialistes, des Républicains, de la France Insoumise, du Front national, qui dans une grande confusion se sont rassemblés contre ce projet. Nous, dans notre majorité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils font faire, ils mener ensemble une bataille idéologique et politique contre vous, ça vous le savez.

BRUNO LE MAIRE
On verra ce que les électeurs des Républicains pensent de cette bataille menée conjointement entre socialistes, la France Insoumise et le Front national. Ce qui fait la force de notre majorité, la force du président de la République, c'est la cohérence de notre vision économique pour le pays. Nous nous voulons un Etat qui soit fort, un Etat régalien qui contrôle les frontières, mais nous estimons que, dans une infrastructure dans laquelle près de 80 % du résultat c'est des hôtels, c'est des boutiques de luxe, c'est des parkings, eh bien c'est à un opérateur commercial de s'occuper de cette entreprise, et pas à l'Etat, et lui permettra de se développer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est évident que si vous renonciez au projet il n'y aura pas de référendum, donc vous ne renoncez pas au projet…

BRUNO LE MAIRE
Pour l'instant nous sommes dans une procédure que j'accueille avec beaucoup de sérénité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais vous ne l'enterrez pas.

BRUNO LE MAIRE
Avec beaucoup de sérénité, et je dis que c'est une opportunité pour nous…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le maintenez.

BRUNO LE MAIRE
Si je vous dis que c'est une opportunité pour mieux expliquer notre projet, c'est que fondamentalement je crois dans ce projet, et nous croyons, la majorité qui a voté unanimement, La République en marche, le MoDem, une partie du groupe Agir, qui a voté ce projet, sait qu'il est bon économiquement pour le pays, qu'il va permettre à AEROPORTS DE PARIS de devenir peut-être un des premiers aéroports au monde, qu'il va permettre à l'Etat d'investir dans les technologies qui feront le succès de la France, et qui va permettre de désendetter notre pays, c'est trois atouts considérables de ce projet que nous allons pouvoir expliquer dans les neuf mois de la procédure, en rappelant, et j'insiste là-dessus, que toutes les garanties ont été discutées pendant des dizaines d'heures à l'Assemblée nationale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'aviez attribué déjà le projet à VINCI, comme on vous le reproche ?

BRUNO LE MAIRE
Mais là aussi c'est révoltant d'entendre cela, la politique c'est des convictions qui s'échangent et qui se confrontent, ce n'est pas des rumeurs et des fausses informations, et tous les parlementaires qui ont participé pendant des dizaines d'heures à un débat qui a été de haut niveau, savent que toutes les garanties ont été apportées pour que ce soit une procédure qui soit la plus neutre possible, garante des intérêts de l'Etat et de l'intérêt général, et que des centaines de garanties ont été apportées, sur les tarifs, sur l'emploi, sur l'environnement, sur les nuisances sonores, sur les investissements futurs, sur la récupération, à la fin, de l'ensemble du foncier d'AEROPORTS DE PARIS, les députés le savent, et demain, grâce à cette procédure, tous les Français le sauront aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais là on est obligé d'attendre, il y a une nouvelle phase qui commence avec, le recueil, ou la nécessité du recueil de 10 % de l'électorat…

BRUNO LE MAIRE
Oui, il faudra un peu de patience…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire 4,7 millions…

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est jamais mauvais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Citoyens, par ligne et Internet.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est jamais mauvais, sur une opération économique de cette importance-là, de prendre son temps, moi je souhaite que nous mettions le temps de la procédure à profit pour mieux expliquer notre projet à tous les Français. Désormais c'est face aux Français que nous allons présenter ce projet, je pense qu'ils n'ont pas vu ce qu'il pouvait représenter, l'opportunité économique qu'il représente, les garanties qui sont apportées, à l'Etat et aux citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que c'est un service public national, AEROPORTS DE PARIS ?

BRUNO LE MAIRE
Ce que dit clairement la décision du Conseil constitutionnel, c'est écrit noir sur blanc, c'est que ce n'est pas un service public national, au sens du préambule de la Constitution de 1946.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe, enfin d'après ce qu'on peut comprendre ? Les parlementaires se réjouissent d'obtenir un référendum, c'est-à-dire une victoire de la démocratie directe sur la démocratie qu'ils représentent. Ils se tirent une balle dans le pied, non ? Je ne comprends pas. Et en plus ils s'en réjouissent.

BRUNO LE MAIRE
Vous poserez la question à des parlementaires, une fois encore, venus du groupe des Républicains, du groupe socialiste, du groupe de la France Insoumise, qui ont voté ensemble. Nous, notre majorité, elle a pour elle sa force et sa cohérence, elle sait ce qu'elle veut pour l'économie française, une économie plus compétitive, où l'Etat joue pleinement son rôle de gardien de l'ordre public économique, mais où les entreprises commerciales sont gérées par des opérateurs commerciaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bruno LE MAIRE, donc on attend, la démarche est lancée…

BRUNO LE MAIRE
Mais on ne fait pas qu'attendre, on met à profit ce temps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chacun va s'expliquer.

BRUNO LE MAIRE
Pour, devant les Français, présenter notre projet…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous leur dites ce n'est pas une braderie du patrimoine…

BRUNO LE MAIRE
Et que chacun s'explique. C'est une valorisation d'AEROPORTS DE PARIS, pour que ça devienne le premier aéroport en Europe, et l'un des premiers aéroports au monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La FRANCAISE DES JEUX, elle, elle va être privatisée ?

BRUNO LE MAIRE
Elle n'est pas concernée par le recours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elle est privatisée.

BRUNO LE MAIRE
Donc l'accord a été donné pour privatiser la FRANCAISE DES JEUX, et je souhaite que les Français puissent participer à cette privatisation, qu'ils puissent devenir actionnaires de la FRANCAISE DES JEUX et profiter de cette opération.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, élections européennes. Le président de la République s'engage cette fois frontalement contre le Rassemblement de Marine LE PEN, et en plus il l'a fait de Roumanie, c'est-à-dire de l'étranger, il dramatise le scrutin du 26 mai. Est-ce qu'il a raison de le faire ?

BRUNO LE MAIRE
Je soutiens totalement le président de la République, parce que je fais exactement la même analyse que lui, c'est celle que je fais dans mon livre, c'est que pour la première fois depuis 1957, le projet politique européen, qui unit les nations européennes, peut se disloquer, et se disloquer sous le poids des nationalismes, de tous ceux qui, dans le fond, ne croient plus à la possibilité d'avoir ce que j'appelle un empire européen, c'est-à-dire une nouvelle étape de l'unité européenne qui nous rende plus forts, entre la Chine et entre les Etats-Unis, ils se sont déjà résignés à la domination. C'est les mêmes qui disent, eh bien voilà, demain on aura des batteries électriques chinoises ou sud-coréennes dans nos voitures, ce n'est pas grave, c'est trop tard, on ne peut plus, on n'a plus l'énergie, on peut encore avoir des batteries électriques européennes, françaises ou allemandes, dans nos voitures, c'est l'initiative que nous avons lancée avec le ministre de l'Economie allemand.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il peut y avoir d'autres projets montés, mais je reviens…

BRUNO LE MAIRE
Les nationalistes, Jean-Pierre ELKABBACH, sont des défaitistes, des gens qui capitulent face au 21e siècle et qui ont renoncé à leur souveraineté face à la Chine et face aux Etats-Unis, le président de la République, lui, croit en cette souveraineté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne donnez pas l'impression de redouter la victoire de Marine LE PEN.

BRUNO LE MAIRE
Nous serons devant, j'en suis persuadé, c'est possible, ça ne demande que de l'énergie et avec vraiment son coeur, son coeur, tout son coeur, dire à quel point nous croyons dans ce projet européen, qui est une protection face à des Etats-Unis, qui sont agressifs, et la Chine, qui a aujourd'hui, avec ses nouvelles routes de la soie, une vocation impériale clairement affichée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut lire le livre de Peter FRANKOPAN sur les nouvelles routes de la soie, il était venu ici en parler.

BRUNO LE MAIRE
C'est un livre tout à fait remarquable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci de le dire. Une parenthèse. Dans la guerre commerciale, puisque vous en parlez, Etats-Unis, Chine, chaque continent menace l'autre en ce moment, ils s'engueulent, ils se menacent, quelle conséquence ça a si ça va mal entre eux, sur l'économie, la croissance et l'emploi en France ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une conséquence négative et importante. Il n'y a pas de menace plus importante, sur la croissance mondiale, donc sur votre niveau de vie Jean-Pierre ELKABBACH, sur le niveau de vie de tous ceux qui nous écoutent, qu'une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, parce que ça veut dire que les tarifs commerciaux augmenteront, il y aura moins de marchandises qui circuleront, nous pourrons moins faire circuler nos propres marchandises françaises à travers le monde, et ça détruira des emplois. La guerre commerciale détruira….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, à l'instant, la Chine est en train de…

BRUNO LE MAIRE
La guerre commerciale détruira des emplois, en France et en Europe, et c'est là aussi que l'Europe doit s'unir pour résister.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne sais pas si Monsieur Xi JINPING nous a entendus à Pékin, mais la Chine vient ce matin, à l'instant, de dire qu'elle va répliquer aux mesures prises par le président Donald TRUMP sur les droits de douane, donc c'est en train de s'envenimer.

BRUNO LE MAIRE
Depuis près de 2 ans, Jean-Pierre ELKABBACH, que je suis ministre de l'Economie et des Finances, j'alerte sur le risque de guerre commerciale, en disant qu'elle ne pourra faire que des perdants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ailleurs c'est le nouvel empire, l'Europe.

BRUNO LE MAIRE
Nous y sommes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, mais je reviens à ce qu'a dit en Roumanie le président de la République, parce que c'est fort, on va l'écouter.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Je mettrai toute mon énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête, et je crois qu'il n'y a pas mystère pour dire pour dire que la liste du Rassemblement national c'est une liste de déconstruction de l'Europe. Moi je sous patriote, français et européen, eux ils sont nationalistes. Le nationalisme c'est la guerre. C'est un projet de désunion. Je suis le président de tous les Français, mais je considère que, dans le projet qui est celui que je porte pour notre pays, dans les choix que notre pays a fait dans l'Europe, il est très clair que l'adhésion à l'Europe, l'adhésion à l'euro, cette volonté d'être non seulement un membre fondateur, mais de porter cette ambition, ce n'est pas simplement un choix politique, c'est le choix de la nation française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il recrée le face à face, le duel avec elle, mais est-ce qu'il ne prend pas un risque ? S'il perd, c'est un échec, fort.

BRUNO LE MAIRE
La politique, Jean-Pierre ELKABBACH, c'est prendre des risques, c'est même plus que ça, c'est aimer le risque, le risque pour les Français. Le président de la République dit une chose qui est très juste sur l'euro, je suis ministre des Finances, je participe aux réunions des ministres des Finances de l'euro, je vais être très clair avec vous, soit nous sommes capables, dans les 12 mois qui viennent, de prendre les mesures nécessaires, budget, union bancaire, union des marchés de capitaux, pour renforcer la zone euro et notre monnaie commune…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sinon ?

BRUNO LE MAIRE
Soit demain l'euro peut disparaître. Et l'euro c'est quoi ? c'est la stabilité de vos économies placées à votre banque, c'est ne pas avoir d'inflation, qui est un impôt sur les plus pauvres, et sur les plus modestes, parce que quand vous avez de l'inflation, eh bien votre salaire il ne vaut plus grand chose et vous ne pouvez plus acheter grand chose, voilà ce qui se joue, voilà ce qui se joue le 26 mai…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça vous le dites tous pendant la campagne….

BRUNO LE MAIRE
Mais comme observateur, privilégié, et acteur de la zone euro, je peux vous dire qu'aujourd'hui nous sommes dans la mauvaise direction et qu'il est urgent que nous prenions les décisions nécessaires, nous y sommes déterminés avec mon homologue allemand Olaf SCHOLZ, pour consolider l'euro, c'est-à-dire consolider votre patrimoine, vos économies et celles des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous savez comment Marine LE PEN a répondu au président de la République ? Ecoutez-la.

MARINE LE PEN, PRESIDENTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL (LCI)
Ça devient donc un référendum pour ou contre Emmanuel MACRON cette élection européenne, j'accepte cela, mais dans ces conditions il faut qu'il fasse comme le Général DE GAULLE, s'il perd cette élection, alors il devra partir.

DAVID PUJADAS
Il devra démissionner ?

MARINE LE PEN
Ah, il faut être cohérent. Si on met tout son poids dans la balance comme président de la République, si on transforme cette élection en référendum, alors il faut avoir l'honneur et la dignité de faire comme a fait le Général DE GAULLE, c'est-à-dire partir si on perd ce référendum.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, il est temps qu'il parte ?

BRUNO LE MAIRE
Marine LE PEN aurait dû avoir la dignité du Général DE GAULLE, comme elle le dit elle-même, c'est-à-dire après sa cinglante défaite en 2017 face à Emmanuel MACRON, de quitter la politique. Elle veut de la cohérence, qu'elle soit cohérente elle-même.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'elle s'en aille, ou qu'elle aurait dû.

BRUNO LE MAIRE
A partir du moment où on rentre dans ce jeu, vous savez, qui est un jeu dangereux, qui consiste à dire si vous perdez une élection vous devez partir, elle a perdu sèchement l'élection présidentielle en 2017, si elle était cohérente avec elle-même, elle en aurait tiré les conséquences. Visiblement, elle ne l'a pas fait, ça ne la rend pas la mieux placée pour donner des leçons au président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La campagne s'enflamme, Emmanuel MACRON va encore parler, vous êtes favorable à ce qu'il fasse des meetings ?

BRUNO LE MAIRE
Tant mieux, mais tant mieux, le pire c'est l'indifférence, et aujourd'hui ce qu'il faut combattre dans cette élection, le premier combat, c'est l'indifférence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour répondre à la curiosité, logique, des oppositions, quel est le coût des décisions supplémentaires, des mesures supplémentaires, qui ont été prises après le grand débat et l'intervention, incluant les mesures du 10 décembre ?

BRUNO LE MAIRE
Le coût global, que nous avons donné avec Gérald DARMANIN, c'est de l'ordre de 17 milliards d'euros…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Incluant les…

BRUNO LE MAIRE
Et il y a 5 milliards d'euros, notamment, de baisse d'impôt sur le revenu, qu'il faut maintenant financer, j'y travaille tous les jours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors comment, justement ?

BRUNO LE MAIRE
En recevant les organisations patronales, les représentants professionnels, pour regarder comment est-ce que nous pouvons réduire certaines niches fiscales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
5 milliards de baisse d'impôt pour les classes moyennes. Selon Le Figaro de ce matin, vous allez probablement baisser la première tranche de 14% à 11 %, ce qui concernerait 12 millions de foyers.

BRUNO LE MAIRE
Je ne confirme, Jean-Pierre ELKABBACH, je ne confirme aucun chiffre, je soumettrai des propositions au Premier ministre et c'est le Premier ministre qui décidera. Ce que je souhaite, c'est ce que j'ai fixé comme cadre de discussion, c'est que chaque ménage français, chaque foyer fiscal, de la première tranche, celle à 14% aujourd'hui, puisse avoir une baisse d'impôt en moyenne de 350 euros, et sur la deuxième tranche 180 euros. Après, nous faisons des propositions, elles seront soumises au Premier ministre, et le Premier ministre tranchera…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que c'est la philosophie c'est favoriser les ménages les moins aisés ?

BRUNO LE MAIRE
C'est favoriser ceux qui travaillent, c'est favoriser tous ceux qui, quand ils reprennent un emploi, se disent « mais dans le fond, ce n'est pas mon intérêt, je reprends un emploi, je gagne 100 euros de plus, d'accord, très bien, mais je suis soumis à l'impôt sur le revenu, j'en perds 40, donc il vaut mieux que je reste chez moi parce qu'au moins je n'ai pas à payer mon essence, je n'ai pas à payer des habits nouveaux et je n'ai pas à payer la garde de mes enfants », eh bien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Moins d'injustice fiscale, ou peut-être même il faudrait plus de justice…

BRUNO LE MAIRE
Eh bien nous voulons que toutes ces personnes-là, tous ces Français se disent « mais dans le fond, notre intérêt c'est de revenir au travail parce que grâce à ce gouvernement, grâce à cette majorité, le travail paye. » Fondamentalement, je crois que le travail doit mieux payer dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La France taxe les géants américains de l'Internet, les GAFAM, est-ce qu'elle va en faire autant avec les géants chinois, les TENCENT, ALIBABA, BAIDU et XIAOMI ?

BRUNO LE MAIRE
Toutes les entreprises, mondiales, du numérique, qui font plus de 750 millions d'euros de chiffre d'affaires mondial et 25 millions d'euros de chiffre d'affaires national, sont incluses dans cette taxation du numérique, que ce soit des entreprises américaines, des entreprises européennes ou des entreprises chinoises, on ne distingue pas en fonction de l'origine des entreprises.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
…En 2019, cette année, c'est 400 millions, on croyait que c'était 400 millions de taxe Le Maire pour les américains, mais vous dites que tous sont englobés dans les 400 millions ?

BRUNO LE MAIRE
Tous sont englobés dans les 400 millions, mais c'est 400 millions au départ…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce n'est rien du tout !

BRUNO LE MAIRE
Ça va monter en puissance, ça rapportera tout de même, Jean-Pierre ELKABBACH, 2 milliards d'euros d'ici la fin du quinquennat, ce n'est pas rien. Mais vous parliez de justice fiscale, vous avez parfaitement raison, ce combat sur la fiscalité du numérique est un combat pour la justice fiscale, parce que je n'accepterai jamais qu'une PME française paye 14 points d'impôt de plus que les grands géants du numérique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« Je mettrai la même détermination à obtenir une juste taxation des géants du numérique, les GAFAM, les BATX et les NATU, c'est-à-dire NETFLIX, AIRBNB, TESLA et UBER, personne ne peut expliquer que ces géants… payent en moyenne 14 points d'impôt de moins que les PME européennes », donc vous êtes cohérent.

BRUNO LE MAIRE
Vous voyez que je suis cohérent avec ce que j'écris. Mais j'ajoute un point sur la justice fiscale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est que ce n'est rien du tout 400 millions, ou même 2 milliards, quand on pense aux gains de tous ces types réunis, ces géants réunis.

BRUNO LE MAIRE
C'est un point de départ, et mon objectif il est double, c'est que sur la base de cette taxation nationale nous arrivions à un accord, à l'OCDE, de toutes les grandes nations, notamment les Etats-Unis, j'en ai parlé longuement avec mon homologue américain à Washington il y a quelques jours, pour qu'on ait un accord, à l'OCDE, sur la taxation du numérique, d'ici fin 2019. Et mon deuxième objectif, dans le cadre du G7 des ministres des Finances, c'est qu'il y ait une lutte farouche contre l'évasion et l'optimisation fiscale, en mettant en place un impôt moyen sur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui peut rapporter, comme dirait l'autre, gros.

BRUNO LE MAIRE
Un impôt minimal sur l'impôt sur les sociétés, pour éviter l'évasion fiscale de certaines grandes multinationales, qui font des bénéfices en France, et qui se les font taxer dans les paradis fiscaux, c'est inacceptable, et la taxation minimale permettra d'y remédier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les GAFA et les Chinois acceptent ?

BRUNO LE MAIRE
Mais si vous attendez d'avoir l'accord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, mais s'ils acceptent, c'est qu'ils sont très contents et même surpris que ça ne soit pas plus élevé.

BRUNO LE MAIRE
Ce que je sais, c'est que sur la taxation du numérique les travaux à l'OCDE avancent bien et qu'on peut avoir un accord d'ici fin 2019, et sur la taxation minimale à l'impôt sur les sociétés, c'est-à-dire la lutte contre l'évasion fiscale des géants et des grandes multinationales, j'ai un accord avec les Etats-Unis, j'ai un accord avec l'Allemagne, et donc nous sommes déjà 3 Etats, sur les 7 Etats membres du G7, 3 Etats qui comptent, à vouloir lutter contre l'évasion fiscale et mettre en place un impôt minimum à l'impôt sur les sociétés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière question, et je vais très vite parce que Pascal PRAUD va en parler tout à l'heure. Hier en Roumanie, le président de la République a parlé des ventes d'armes à l'Arabie Saoudite, écoutez-le.

EMMANUEL MACRON
Nous gérons les choses, il y a un comité qui gère ces exports, qui se fait sous l'autorité du Premier ministre, et dans lequel les choses, d'ailleurs, on été durcies, ces dernières années, et où nous demandons la garantie que ces armes ne puissent pas être utilisées contre des personnes, contre des civils.

JOURNALISTE
Vous l'avez obtenue ?

EMMANUEL MACRON
Et donc elle a été obtenue. L'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis sont des alliés de la France, et ce sont des alliés dans la lutte contre le terrorisme, et donc nous l'assumons totalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ces armes sont utilisées contre des terroristes pro-iraniens et pas contre les civils, mais comment on fait la distinction, comme elles ne tuent pas des civils, au Yémen, dans cette guerre horrible qui dure ?

BRUNO LE MAIRE
Le président de la République l'a rappelé très clairement, il y a des procédures sur les exportations d'armes, elles sont extrêmement strictes, elles sont contrôlées par le Premier ministre, elles sont validées au plus haut niveau, et donc je vous confirme que nous exportons des armes vers l'Arabie Saoudite dans des conditions qui sont des conditions extraordinairement strictes. J'ai eu l'occasion de rencontrer mon homologue ministre des Finances saoudien il y a quelques jours, et nous avons dit, là encore, à quel point nous comptons sur ce partenariat avec l'Arabie Saoudite, mais dans un cadre, qui est un cadre international, où on respecte certaines règles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il ne faudrait pas interdire les livraisons d'armes des Etats-Unis à l'Arabie Saoudite, de l'Allemagne à l'Arabie Saoudite, et peut-être même aussi les armes de l'Iran, aux rebelles qui font la guerre aussi, du Yémen, qui fait des milliers de morts civils ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je crois surtout que nous avons des procédures…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut une solution politique.

BRUNO LE MAIRE
Il faut une solution politique sur l'ensemble de la région, qu'il ne m'appartient pas de définir, je ne suis pas ministre des Affaires étrangères, en revanche, en matière commerciale, quand il s'agit d'armes, il y a des règles, elles sont strictes, et la France les respecte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A la prochaine.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 mai 2019

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