Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec France Inter le 13 mai 2019, sur le décès de deux militaires français lors d'une opération pour libérer des otages. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec France Inter le 13 mai 2019, sur le décès de deux militaires français lors d'une opération pour libérer des otages.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

ti :

NICOLAS DEMORAND
Alexandra BENSAID, votre invitée ce matin est ministre des Armées.

ALEXANDRA BENSAID
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

ALEXANDRA BENSAID
Vous avez accueilli hier les dépouilles des deux soldats d'élite tués lors de la libération des otages au Sahel. Alors, ce lundi, commence le temps des hommages, hommage militaire aujourd'hui, hommage national demain. Le ministre BLANQUER propose qu'on rebaptise des écoles au nom de ces deux militaires, comme ça a été fait pour le colonel BELTRAME. Qu'en pensez-vous ?

FLORENCE PARLY
Ce n'est pas à moi de prendre cette décision. Mais je crois qu'en effet, beaucoup de communes, de municipalités ont fait ce choix s'agissant du colonel BELTRAME. Et probablement, ce qui unit ces deux événements et ces trois morts exceptionnels pour la France, c'est le don de soi, le don de soi pour mener une mission jusqu'à son terme. Et c'est ce que le colonel BELTRAME a fait. Et c'est ce que ces deux fusillés marins on fait, eux aussi, dans le cadre d'une opération extrêmement complexe, de libération d'otages, dans une région compliquée, qui est celle du Sahel et des pays qui jouxtent le Sahel, et qui sont, petit à petit, gagnés également par cette menace terroriste qui, depuis plusieurs années maintenant, prévaut dans la région.

ALEXANDRA BENSAID
On va y revenir, vous parlez de trois morts, vous comptez les deux fusillés marins et guide…

FLORENCE PARLY
Et le colonel BELTRAME, puisque vous y faisiez allusion…

ALEXANDRA BENSAID
Pardon. C'est un coût humain très lourd, et pourtant, nos commandos, si j'ai bien lu, étaient une vingtaine face à six ravisseurs, mais ils sont montés à l'assaut sans ouvrir le feu, est-ce que c'est la doctrine de la France ? Est-ce que la France va chercher ses otages et elle ne tire pas ?

FLORENCE PARLY
La doctrine de la France, c'est de protéger les Français partout où ils sont, où ils se trouvent et quelles que soient les conditions, et c'est la mission de nos armées que de protéger les Français. S'agissant de cette libération, elle avait pour objectif de libérer des otages sains et saufs, donc toutes les précautions devaient être prises pour parvenir à ce résultat. Les armées disposaient d'un certain nombre d'informations, de renseignements, mais bien évidemment, lorsqu'une opération se déroule en pleine nuit, on n'a pas forcément une vision précise, et en particulier, on ne savait pas dans quelle tente, dans quelle hutte ces otages se trouvaient. Il fallait donc pouvoir prendre possession – comme le chef d'état-major des armées l'a relaté, il y a deux jours – il fallait pouvoir prendre possession de ces huttes mais sans savoir dans laquelle de ces huttes se trouvaient les otages, il n'était donc pas possible de tirer en premier, il fallait d'abord avoir une appréciation de situation, et c'est malheureusement la raison pour laquelle dans les huttes qui ne contenaient pas ces otages, mais des ravisseurs et des terroristes, nos deux fusillés marins ont trouvé la mort.

ALEXANDRA BENSAID
Alors ce matin, sur le site du Monde, on lit que la présence du chef de l'Etat à l'aéroport de Villacoublay samedi, pour accueillir les ex-otages, a créé – je cite – un malaise dans les armées. Entendez-vous, avez-vous entendu cette incompréhension ?

FLORENCE PARLY
Je n'ai absolument pas entendu parler de cela dans les armées, j'ai lu, comme vous, la presse, c‘est autre chose, mais dans les armées, je n'en ai pas entendu parler, pour une raison toute simple, c'est parce que le président de la République est le chef des armées. Et c'est lui qui a dû prendre la responsabilité de lancer cette opération, et les militaires sont des personnes qui obéissent bien sûr aux ordres qui leur sont donnés, mais ce qui est très important pour eux, c'est que leur chef assume jusqu'au bout et pleinement la mission qui leur a été confiée…

ALEXANDRA BENSAID
Donc il fallait y aller ?

FLORENCE PARLY
Et il fallait, il fallait y aller, c'était très important pour les militaires, mais c'est aussi important pour les Français eux-mêmes, le président de la République est le président de tous les Français, et comme je vous l'ai dit, le message que nous avons voulu passer, il est double, d'abord, que la mission de nos armées, c'est de protéger les Français et elles l'ont fait. Et, deuxième message vis-à-vis des terroristes, cette fois, puisque nous avons agi dans une zone qui est frappée par le terrorisme, c'est que si des terroristes veulent s'en prendre à la France et aux Français, alors ils nous trouveront, c'est-à-dire que nous les rechercherons, nous les traquerons et nous les neutraliserons…

ALEXANDRA BENSAID
Florence PARLY, vous dites : protéger tous les Français, et vous avez entendu néanmoins la polémique sur l'inconscience supposée ou pas de ces touristes français qui sont allés dans ce parc de la Pendjari. La mère d'Arnaud BELTRAME, hier, dans le Journal du Dimanche, jugeait leur attitude égoïste. Jean-Yves LE DRIAN, lui, a affirmé qu'ils ont pris des risques majeurs en se rendant dans une zone classée rouge, dit-il, depuis pas mal de temps. Et ça, ça a l'air inexact.

FLORENCE PARLY
Je crois que l'heure n'est pas aux polémiques, en tout cas, ne comptez pas sur moi pour les nourrir, ce n'est pas mon rôle. Jean-Yves LE DRIAN a rappelé quelles sont les règles, les règles consistent à consulter régulièrement un site qui est à la disposition des voyageurs et qui est mis à jour régulièrement, aussi régulièrement qu'il est possible, y compris dans des zones où les situations peuvent être évolutives et peuvent évoluer très rapidement. Moi, je crois qu'aujourd'hui et demain, l'heure est aux hommages, hommage à ces militaires qui ont payé de leur vie pour pouvoir sauver celle des autres, et puis aussi, fierté que cette mission ait été réussie parce que les otages sont rentrés, et ils sont sains et saufs, et c'est pour ça que les militaires ont réalisé et conduit cette mission avec succès et c'est aussi pour ça – et il faut leur rendre cet hommage – que deux d'entre eux ont payé de leur vie.

ALEXANDRA BENSAID
Donc pas de polémique sur l'inconscience ou pas des touristes dans votre bouche. En sait-on plus sur l'identité de ces ravisseurs ?

FLORENCE PARLY
Comme j'ai eu l'occasion de le dire, il y a deux très grandes importantes organisations terroristes qui sont présentes au Sahel, l'une qui relève d'Al Qaïda, l'autre de l'Etat islamique. On a quelques raisons de penser que la Katiba Macina est l'organisation qui, probablement, avait vocation à recevoir ces otages si ceux-ci avaient pu parvenir jusqu'au territoire malien, mais pour l'instant, je pense qu'il est encore trop tôt pour pouvoir affirmer cela avec certitude.

ALEXANDRA BENSAID
En tous les cas, malgré la présence de 4.000 soldats français, malgré la présence de 12.000 casques bleus, la zone touchée par les djihadistes continue de s'étendre, est-ce qu'on n'est pas dans un enlisement total au Sahel ?

FLORENCE PARLY
C'est une question qui est régulièrement posée, je voudrais rappeler que nous agissons sur un territoire qui est grand comme l'Europe. Et que sur ce territoire, nous avons deux missions, la première, c'est de contenir le terrorisme. Alors, il est exact de dire que certains pays qui n'étaient pas encore touchés par le terrorisme le sont de plus en plus. Mais nous contenons le terrorisme au Mali, nous y avons rencontré de grands succès, y compris encore récemment, puisque nous avons neutralisé l'émir de Tombouctou, il y a peu de temps…

ALEXANDRA BENSAID
Donc c'est une stratégie qui fonctionne.

FLORENCE PARLY
C'est une stratégie qui fonctionne, qui fonctionne dans la durée. Et d'autre part, nous avons une autre mission, au moins aussi importante que la première, c'est celle de former, d'entraîner les forces armées locales de ces pays, afin qu'elles puissent un jour gérer elles-mêmes leur sécurité. Et nous le faisons également en nous appuyant, non seulement sur l'action militaire, mais aussi sur l'action économique et de développement. Je voudrais le dire parce que…

ALEXANDRA BENSAID
Florence PARLY…

FLORENCE PARLY
Il ne peut pas y avoir de succès militaire sans un engagement économique, au profit des populations.

ALEXANDRA BENSAID
La ministre des Armées, Florence PARLY. Merci d'avoir été sur France Inter


source : Service d'information du Gouvernement, le 15 mai 2019

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