Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 15 mai 2019, sur l'entreprise Ascoval, les fréquences 5G et sur Aéroports de Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 15 mai 2019, sur l'entreprise Ascoval, les fréquences 5G et sur Aéroports de Paris.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès, SOUMIER Stéphane.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances;

ti :
STEPHANE SOUMIER
Et donc Agnès PANNIER-RUNACHER est avec nous, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, particulièrement en charge de l'Industrie et du dossier ASCOVAL dont vous nous aviez parlé avec passion madame PANNIER-RUNACHER. Il se trouve que la Presse britannique, donc, hier, évoque le risque d'une possible faillite de BRITISH STEEL, le repreneur d'ASCOVAL. Est-ce qu'il y a une inquiétude particulière chez vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous, nous sommes en contact avec BRITISH STEEL. On n'a pas eu de surprise, puisque BRITISH STEEL rachète ASCOVAL, parce qu'ils ont des problèmes sur le marché britannique, et c'est la raison pour laquelle ils viennent en Union européenne, à cause du Brexit. Donc, ça c'était une nouvelle que l'on avait, nous avons quand même tenu à ce que BRITISH STEEL nous confirme qu'ils étaient capables d'assumer toutes leurs responsabilités vis-à-vis d'ASCOVAL, c'est-à-dire en gros les investissements qui sont prévus, et ils nous ont confirmé ça, ils l'ont confirmé d'ailleurs publiquement, et donc on est vigilant…

STEPHANE SOUMIER
Ils ont visiblement des problèmes de trésorerie, là. Vous étiez au courant de ces problèmes de trésorerie, madame PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est un peu plus complexe que ça. On était au courant qu'ils avaient une situation difficile en termes de résultats sur leur site britannique, et c'est un des motifs qui fait qu'ils reprennent ASCOVAL, parce qu'en France ils ont un accès plus aisé à l'Union européenne.

STEPHANE SOUMIER
D'accord, mais là il y a une urgence de trésorerie visiblement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ça c'est un refinancement. On est dans une discussion avec le gouvernement britannique, qui n'est peut-être pas ravi d'ailleurs que BRITISH STEEL reprenne ASCOVAL, vous voyez ?

STEPHANE SOUMIER
Vous, vous êtes dans une discussion avec le gouvernement britannique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est…

STEPHANE SOUMIER
BRITISH STEEL.

AGNES PANNIER-RUNACHER
BRITISH STEEL qui est en discussion avec le gouvernement britannique.

STEPHANE SOUMIER
Juste un mot là-dessus, c'est que souvent sur ces dossiers de restructuration industrielle, on a vu passer ce qu'on appelle des chasseurs de primes, c'est-à-dire qu'on a vu passer des opérateurs industriels, en difficulté…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, vous avez complètement raison.

STEPHANE SOUMIER
... qui allaient chercher les subventions…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est pour ça que nous, quand on fait des dossiers de cette nature, l'argent qu'on met c'est un pour un, c'est-à-dire qu'il faut que l'argent privé arrive pour voir l'argent public, et la deuxième chose c'est qu'on bloque les financements au niveau du site, comme ça les financements ne sont pas absorbés à l'étage au-dessus, c'est maintenant systématique dans tous les dossiers qu'on fait, et d'ailleurs on est main dans la main avec la région sur ça. Je pense que c'est un principe qui est bien compris et qui protège les salariés. De même on a mis une fiducie, donc le premier sujet c'est de protéger les salariés et de faire en sorte de donner un avenir industriel à ce site, et aujourd'hui on est conscient et on sera vigilant, comme on l'a toujours été avec ASCOVAL.

STEPHANE SOUMIER
La semaine dernière vous avez fixé le cadre des enchères pour les fréquences 5G. Alors juste une petite chose, petite coquetterie, au moins quatre opérateurs devront lancer un service, ça veut dire que le gouvernement n'envisage plus de consolidation, madame PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, à ce stade on estime que la concurrence en France permet d'avoir des prix qui sont les meilleurs d'Europe, il faut l'avoir en tête, que chaque acteur a sa place et donc on ne pousse pas à la consolidation.

STEPHANE SOUMIER
On a l'impression que vous avez voulu privilégier, alors, investissements, aménagement du territoire, vous l'écrivez, et équilibre concurrentiel. Est-ce que ça veut dire que vous serez raisonnable dans la fixation du prix de ces enchères pour les fréquences 5G ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, comme c'est une enchère, ça sera aux acteurs de proposer le meilleur prix, mais en tout état de cause, notre sujet…

STEPHANE SOUMIER
Eh bien il va y avoir le prix de réserve, quand même, en ce qui concerne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le prix de réserve il est économique. Le prix de réserve il se calcule en fonction du calcul économique de la valeur de chaque fréquence. C'est comme, je dirais, du patrimoine immobilier, vous avez des règles du jeu et ça c'est normal que l'Etat applique ses règles du jeu pour ne pas spolier les Français. Ça c'est le premier point.

STEPHANE SOUMIER
D'accord, mais on vu, par exemple sur les fréquences 3D, des prix de réserve qui étaient très très élevés.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moins des prix de réserve élevés que des enchères qui ont été poussées vers le haut par des gouvernements. Et ça, en revanche, on est très clair : nous, ce qui nous intéresse, c'est la compétitivité du territoire, c'est le fait que les Français puissent avoir accès à la 5G, puissent avoir accès surtout aux services que vont permettre la 5G et donc on privilégie le long terme, on privilégie la compétitivité de la France, au fait d'avoir aujourd'hui le meilleur budget où la meilleure somme, qu'on utiliserait immédiatement mais qui en réalité handicaperait la France pour les 20 années à venir. On ne peut pas jouer avec ça. On doit penser à nos successeurs.

STEPHANE SOUMIER
Et donc, quand on voit, donc 6,5 milliards d'euros un en Italie pour l'Etat italien, 5,5 milliards d'euros en Allemagne pour l'Etat allemand, vous dites que c'est des prix déraisonnables ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, parce que l'Allemagne en fait ils ont vendu deux types de fréquences, donc sur les fréquences qui nous intéressent, ils sont plutôt du côté de 2,5 milliards, ce qui est un prix lorsqu'on regarde au coût de la population couverte, qui est assez moyennée en Europe. En revanche effectivement 6 milliards d'euros en Italie, c'est un prix qui est très largement au-dessus des autres pays, et c'est vrai que ça handicape les entreprises dans leur développement, puisqu'elles sortent aujourd'hui beaucoup d'argent, mais en revanche elles n'ont pas nécessairement tellement d'engagements de couverture, et elles se sont privées, en sortant tout cet argent, de la capacité d'investir. Donc nous on veut une approche équilibrée et une approche qui profite aux territoires.

STEPHANE SOUMIER
Quand on dit souvent, alors voilà c'est ça, parce qu'on dit trois priorités, souvent c'est de trop, et donc aménagement du territoire, équilibre concurrentiel, innovation, si je vous demande d'en choisir une, madame PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est la couverture du territoire, mais dans un objectif effectivement d'innovation, c'est-à-dire il faut qu'on soit les meilleurs, il faut qu'on soit capable d'avoir un hôpital connecté dans un milieu rural, parce que c'est ça qui justement permettra de désenclaver ces territoires.

STEPHANE SOUMIER
Mais disons-le, les Gilets jaunes sont passés par là, c'est-à-dire, qu'il n'est pas question d'avoir de nouvelles zones blanches autour de la 5G, en tout cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, de toute façon, sur la 4G, il n'est pas question d'avoir des zones blanches, et ça, ça fait 2 ans qu'on a multiplié, qu'on a accéléré le déploiement de la 4G, qu'on a accéléré d'ailleurs le déploiement du très haut débit, ça va ensemble, ou veut couvrir 99,5 % de la population en 2022, en 4G, en bon débit, c'est-à-dire pas le débit au fond du jardin où vous êtes sur un pied pour essayer d'avoir une barre. Donc ça c'est un engagement qui anticipe les Gilets jaunes, si je puis dire, sur lequel on est très clair et on a décidé d'accélérer, parce qu'aujourd'hui la 4G, c'est comme l'eau et l'électricité, c'est un bien de base, tout le monde en a besoin et donc on ne peut plus se permettre de ne pas couvrir. La 5 G complémente la 4 G, ce n'est pas les mêmes techniques. La 4G c'est porter de la voix très loin, la 5G c'est traiter beaucoup de données, mais dans un petit périmètre. Donc il faut les additionner. En revanche la 5G n'est pas réservée aux grandes villes, mais elle doit être réservée aux endroits où on traite beaucoup de données à la fois.

STEPHANE SOUMIER
D'où l'idée de l'hôpital, d'où l'idée des sites industriels, d'où l'idée des ports…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

STEPHANE SOUMIER
D'où l'idée de l'ensemble des endroits où ça pourra se jouer. Service commercial, vous dites, lancé dès 2020. Mais je veux qu'on parle d'ADP, parce que VINCI a semblé hier, donc VINCI a pris le contrôle de l'aéroport de Gatwick à Londres, et en a fait une belle opération de communication, et on peut le dire comme ça, et le patron des concessions de VINCI, celui qui s'occupe de gérer tous ces aéroports, a dit : « Eh bien tant pis pour ADP, moi je suis un peu triste pour la France ». Voilà. Donc il lui laisse tomber l'affaire, est-ce que le gouvernement, en suspendant aujourd'hui ce processus de privatisation d'ADP, reconnaît aussi d'une certaine manière que c'était un mauvais combat, et c'est un cheval duquel il va falloir descendre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas un mauvais combat, et on va continuer à le mener. Il faut maintenant convaincre les Français et les parlementaires, à nouveau, du bien-fondé de ce projet. Moi j'observe quand même que les deux législatures, les deux mandatures précédentes, on a privatisé. On a privatisé, avec la droite au pouvoir, on a privatisé trois aéroports avec la gauche au pouvoir, donc cette espèce de reconsidération des projets de privatisation d'aéroports me laisse un peu pantoise, parce que c'est une inversion des convictions de ces deux majorités-là lorsqu'elles étaient au pouvoir…

STEPHANE SOUMIER
Eh bien oui, parce que ça ne s'est pas très bien passé, regardez par exemple pour Toulouse, ça ne s'est pas très bien passé, donc là…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais vous prenez le seul exemple où ça s'est mal passé. Vous prenez Nice, vous prenez Lyon, ça s'est est très bien passé, et Toulouse c'est en train de se régler, vous avez suivi EIFFAGE qui est en discussion exclusive…

STEPHANE SOUMIER
Ça y est, EIFFAGE est en train de reprendre effectivement la partie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc, effectivement, il y a un cas où ça s'est mal passé, où le pacte d'actionnaires n'a probablement pas été suffisamment bien bouclé, entre les différents acteurs, et tout le monde en a tiré les conclusions, d'ailleurs ça s'est encore une fois très bien passé pour Nice, très bien passé pour…

STEPHANE SOUMIER
Mais madame, ce qui est bizarre, c'est qu'il y a tellement de choses à vendre ! Du côté de RENAULT du côté de FRANCE TELECOM, du côté d'AIR FRANCE, il y a tellement de choses légitimes à vendre que l'on a du mal à comprendre cet entêtement à vendre ce qui peut apparaître effectivement comme un équipement structurel, stratégique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Précisément, parce que ce qu'on présente comme un équipement stratégique important, par exemple on parle de la frontière, mais la frontière n'est pas à vendre, la frontière c'est une mission régalienne qui est complètement conservée.

STEPHANE SOUMIER
D'accord, mais pourquoi ne pas commencer par vendre ce qui est, de manière classique dans la concurrence et dans l'économie de marché ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce qu'AEROPORTS DE PARIS est dans la concurrence et dans l'économie de marché. C'est là où il y a un malentendu fondamental, c'est des boutiques essentiellement, 75 % des recettes d'AEROPORTS DE PARIS c'est des boutiques pour manger et pour acheter, des, voilà, des vêtements etc. C'est un centre commercial.

STEPHANE SOUMIER
Et donc l'Etat n'a pas vocation à administrer les centres commerciaux.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc un centre commercial, très objectivement, c'est quand même moins stratégique qu'AIR FRANCE, ne serait-ce que ça, surtout en ce moment. Il faut vendre quand ça va bien.

STEPHANE SOUMIER
Agnès PANNIER-RUNACHER était avec nous ce matin sur BFM Business.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 mai 2019

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