Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Info le 16 mai 2019, sur l'engagement du président de la République lors des élections européennes, la politique fiscale et la limitation de vitesse aux 80 kilomètres par heure. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Info le 16 mai 2019, sur l'engagement du président de la République lors des élections européennes, la politique fiscale et la limitation de vitesse aux 80 kilomètres par heure.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Premier ministre;

ti : MARC FAUVELLE
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Les Français votent dans dix jours pour les élections européennes. Est-ce que votre sort à Matignon est lié au résultat ?

EDOUARD PHILIPPE
Quand on s'approche d'une élection, on est toujours extrêmement attentif, et il faut être toujours humble vis-à-vis du résultat d'un scrutin. J'ai le souvenir de beaucoup de femmes et d'hommes politiques, de beaucoup de journalistes aussi, qui ont tendance à faire les analyses du scrutin avant le scrutin. J'ai quelques souvenirs qui me conduisent à être plus prudent en la matière. Donc on verra après le scrutin. Sinon, un Premier ministre, il est à Matignon, au fond, quand trois conditions sont réunies, le soutien, enfin, la confiance du président, le soutien de la majorité parlementaire, et puis, des éléments qui sont propres à lui, c'est-à-dire, est-ce qu'il est à l'aise avec ce qu'il fait, est-ce qu'il a envie de le faire. J'ai eu l'occasion de le dire, aujourd'hui, il me semble que ces trois conditions sont parfaitement réunies.

MARC FAUVELLE
Donc a priori, vous êtes parti pour rester ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous savez, la décision, elle ne m'appartient pas complètement, le président de la République, il ne vous a pas échappé…

MARC FAUVELLE
Pas tout à fait, oui, effectivement…

EDOUARD PHILIPPE
Avait son mot à dire en la matière, et c'était un mot important, et je respecte évidemment son analyse et ses choix en la matière.

RENAUD DELY
Est-ce que ce scrutin, il peut avoir une incidence sur la politique nationale, sur le cours de la politique gouvernementale, ou quel que soit le résultat, rien ne changera ?

EDOUARD PHILIPPE
Permettez-moi de vous faire une réponse de Normand, je vais vous dire oui et non, oui, parce que depuis toujours, les élections européennes sont un moment de démocratie européenne, sont un moment important pour la vie européenne, mais sont en vérité analysées et sur-analysées au crible de la politique nationale, ça a toujours été le cas. Et ce sera encore le cas cette fois-ci, je ne doute pas que le dimanche soir sur les plateaux, le lundi matin, dans les éditoriaux, peut-être même ici, dans cette matinale, on fera une lecture nationale du scrutin, je n'en doute pas, je le regrette un peu, je ne vous le cache pas, mais enfin, c'est comme ça, ça se passera comme ça. Est-ce que ça change totalement les engagements qui ont été pris par le président de la République au moment de sa campagne présidentielle, puis, repris après le grand débat, est-ce que ça change la détermination de la majorité, est-ce que ça change la logique d'ensemble de l'action gouvernementale, la réponse est non. Donc vous voyez bien qu'il y a, à la fois, des éléments de lecture nationaux, et puis, il y aura des choses qui se poursuivront, qui s'accéléreront, et qui doivent être faites pour le bien du pays, et parce que nous sommes engagés à le faire.

MARC FAUVELLE
Et il y aura un virage le 27 mai au matin en fonction du résultat, si la liste de Marine LE PEN arrive en tête, enfin, de Jordan BARDELLA ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas, je pense que l'action gouvernementale, l'action publique, en général, l'action municipale tout autant, exige beaucoup de constance et de cohérence, parce que c'est par la constance, par la cohérence, par la ténacité aussi, qu'on obtient des résultats, et donc il est très important que l'ensemble des mesures que nous prenons, que nous avons prises, que nous prendrons, s'inscrivent dans cette cohérence, c'est parfaitement le cas, et je pense que là, c'est une vraie conditions d'efficacité de l'action punique…

RENAUD DELY
Pas de changement ? Pas de changement de cap quel que soit le résultat ?

EDOUARD PHILIPPE
Le président de la République a indiqué, à l'occasion d'une conférence de presse, à laquelle, je suis sûr, vous participiez, ou, en tout cas, que vous avez suivie, quels étaient les engagements qu'il prenait et les éléments sur lesquels il s'engageait, bon, voilà, tout est dit, et moi, mon objectif, c'est de faire en sorte que ces engagements, ces objectifs soient atteints.

MARC FAUVELLE
Edouard PHILIPPE, les derniers chiffres du chômage en France sont tombés ce matin, c'est une petite baisse, baisse légère, au premier trimestre, 20.000 chômeurs de moins, est-ce que vous vous êtes déçu ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est le meilleur résultat qu'on ait depuis dix ans…

MARC FAUVELLE
Mais la baisse est nettement moins forte que ces derniers trimestres…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, c‘est le meilleur résultat qu'on ait depuis dix ans, je le redis. C'est une baisse continue du chômage depuis deux ans, du chômage, taux général, du chômage des jeunes qui baisse et qui, lui, en deux ans, a singulièrement baissé, je m'en réjouis, je commence – pardon, mais quand il y a une bonne nouvelle – je commence par la prendre…

MARC FAUVELLE
C'est d'abord une baisse, avant que ce soit une baisse moins nette…

EDOUARD PHILIPPE
C'est d'abord une baisse, et c'est bon signe, et ça veut dire qu'il faut continuer, là encore, avec cohérence, avec constance, avec détermination…

MARC FAUVELLE
A ce rythme-là, est-ce que vous pensez toujours arriver à 7 % de chômage à la fin du quinquennat ?

EDOUARD PHILIPPE
Je veux que le chômage continue à baisser, je veux qu'on incite les Français à retourner vers l'emploi, je veux qu'on les forme, de telle façon, et c'est ce que nous faisons, de telle façon que lorsqu'ils ne peuvent pas reprendre un emploi pour des questions liées à des formations ou à des compétences, ils puissent le faire, il y a des questions de compétences, il y a des questions d'appétence, il faut jouer sur tous les facteurs, mais faire en sorte de réduire le chômage de masse, qui est une spécificité française par rapport à ses partenaires, à ses voisins, par rapport à l'Allemagne, par rapport au Royaume-Uni, c'est indispensable, c'est notre objectif, et nous devons nous fixer un objectif de plein emploi…

MARC FAUVELLE
A quelle échéance ?

EDOUARD PHILIPPE
Il n'y aurait rien de pire que de vous donner… Vous voudriez que je vous donne une date ?

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON l'a dit, il a dit 2025, il se trouve que c‘est dans le quinquennat suivant, 2025, ce qui n'a échappé à personne…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, se donner un peu de perspective et faire en sorte d'avoir une politique constante et cohérente, qui permet d'obtenir des résultats, c'est très bien…

MARC FAUVELLE
Vous ne ferez pas l'erreur de François HOLLANDE, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vous le confirme. Ce que je constate, c'est que le chômage baisse…

RENAUD DELY
Et pourquoi le rythme de la baisse ralentit…

EDOUARD PHILIPPE
C'est que le nombre d'emplois créés…

RENAUD DELY
Monsieur le Premier ministre, pourquoi est-ce que le rythme de la baisse ralentit-il, à vos yeux, pourquoi est-ce que ça ralenti ?

EDOUARD PHILIPPE
Encore une fois, eh bien, d'abord, parce que, oui, il ne vous a pas échappé que le niveau de croissance dans l'Union européenne était plutôt plus faible qu'il n'était il y a un an ou deux ans, c'est général en Europe, c'est-à-dire moins net en France que ça ne l'est en Europe. Il ne vous aura pas non plus échappé qu'il y avait un certain nombre d'éléments, d'incertitudes dans les perspectives économiques, on parle beaucoup des guerres commerciales auxquelles peuvent se livrer les grands blocs continentaux, ce qu'il y a d'ailleurs tout à voir avec la question européenne à laquelle on viendra peut-être, j'espère, tout de suite, notre objectif, c'est faire en sorte que le travail paye, c'est faire en sorte d'inciter et de permettre le retour au travail. Et donc d'avoir une diminution constante du taux de chômage, faire en sorte qu'on crée beaucoup plus d'emplois et ne pas se contenter d'une fatalité selon laquelle en France, on aurait un chômage de masse et ça ne serait pas grave…

MARC FAUVELLE
L'Europe, justement, Renaud DELY…

RENAUD DELY
Alors, justement, les élections européennes, vous disiez tout à l'heure que certains auraient peut-être une lecture nationale du résultat au 27 mai au matin, est-ce que ce n'est pas aussi un petit peu de votre faute, et plus précisément de la faute du président de la République, parce que le chef de l'Etat s'était engagé dans la campagne, on voit maintenant d'ailleurs des affiches, 60.000 affiches qui ont été tirées avec Emmanuel MACRON tout seul sans votre candidat d'ailleurs, sans Nathalie LOISEAU, présente sur cette affiche, est-ce que ce n'est pas vous l'exécutif qui est en train de faire de cette élection un référendum :pour ou contre Emmanuel MACRON ?

EDOUARD PHILIPPE
Je crois qu'il faut dire les choses avec un peu de perspective, le fait que le président de la République, qui a mis l'engagement pro-européen au coeur de sa campagne présidentielle, qui le dit de façon systématique, qui le porte depuis deux ans, le fait qu'il soit engagé dans une stratégie européenne, discours de la Sorbonne, dans un exercice de conviction européen, pour reprendre un certain nombre d'éléments qui ont été évoqués hier, est évident et assumé, et c'est très bien ainsi. Je ne crois pas que ce soit très différent par exemple des choix qu'avait fait le président SARKOZY au moment de l'échéance européenne lorsqu'il était président, je crois qu'il y avait à l'époque aussi des affiches, je crois qu'à l'époque, il était aussi seul, et je crois qu'à l'époque, il avait aussi montré son engagement très fort dans une campagne qui est profondément européenne, mais dont, encore une fois, depuis toujours, on sait qu'elle donnera lieu à une lecture nationale. Donc moi, je n'ai pas envie de polémiquer sur ces sujets ; je pense que le président de la République assume son engagement pro-européen. Il sait que c'est une élection décisive pour l'Europe, il le dit, il le porte, et c'est très bien ainsi.

/// Les titres ///

MARC FAUVELLE
Edouard PHILIPPE invité de France Info jusqu'à 9H00. Vous avez utilisé, il y a quelques jours, Edouard PHILIPPE, une expression étonnante, vous avez dit que vous n'étiez pas de « la droite Trocadéro », qu'est-ce que c'est que « la droite Trocadéro », référence évidemment au meeting de François FILLON dans la dernière ligne droite de sa campagne ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai utilisé ce terme parce que la réunion publique, en extérieur, sur la place du Trocadéro, qu'avait organisée François FILLON, avait été un des moments de cette campagne présidentielle.

MARC FAUVELLE
Au moment où on pensait peut-être qu'il allait renoncer et qu'il a dit « je continue. »

EDOUARD PHILIPPE
Et j'ai d'ailleurs été surpris, parce que j'ai vu un certain nombre d'acteurs politiques, à droite, considérer que c'était une insulte, ce n'est pas du tout une insulte.

MARC FAUVELLE
C'est quoi « la droite Trocadéro » ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien c'est une partie de la droite, à mes yeux parfaitement respectable, qui a choisi de se rassembler sur le Trocadéro en 2017 lorsque François FILLON, qui avait dit que, s'il était mis en examen il se retirerait, avait finalement choisi de rester, c'est la partie de la droite qui, à l'époque, expliquait qu'il fallait augmenter la TVA, supprimer complètement les emplois aidés, les supprimer complètement, diminuer de 500.000 le nombre de fonctionnaires, et qui pourtant, 6 mois après, après l'élection présidentielle, critiquait vertement le gouvernement lorsqu'il diminuait simplement de 200.000 les contrats aidés. Voyez, c'est une droite, qui est parfaitement respectable, il y a beaucoup de gens avec qui j'entretiens des relations amicales dans cette droite…

MARC FAUVELLE
Mais ce n'est plus la vôtre.

EDOUARD PHILIPPE
Mais c'est une droite qui se paye de mots, c'est une droite, je ne sais pas si c'est « la droite du Trocadéro », mais c'est souvent la droite des mots, qui aime…

MARC FAUVELLE
C'est la droite de Laurent WAUQUIEZ ?

EDOUARD PHILIPPE
Qui aime manier des symboles, qui aime manier des icônes, qui aime manier des grands engagements, mais qui, lorsqu'elle est confrontée au choix, est nettement moins là. La réforme de la SNCF, elle a été faite par ce gouvernement, par cette majorité, la réduction du nombre de contrats aidés, elle a été faite par ce gouvernement, par cette majorité, le fait qu'en 2018, pour la première fois depuis plus de 30 ans, la dépense publique de l'Etat ait baissé en volume, c'est ce gouvernement et cette majorité qui l'a assumé…

MARC FAUVELLE
On a l'impression, Edouard PHILIPPE, que vous reniez votre famille politique, que vous reniez une partie de ce qui a été vous pendant des années.

EDOUARD PHILIPPE
Mais en aucune façon, en aucune façon…

MARC FAUVELLE
Vous êtes toujours de droite ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, je suis attaché à la liberté, je suis attaché…

MARC FAUVELLE
Tout le monde l'est. Beaucoup de gens le sont.

EDOUARD PHILIPPE
Ah bah, bah, bah ! Moi je suis très attaché à la liberté, je suis attaché à l'ordre…

RENAUD DELY
Est-ce que vous êtes toujours de droite ?

EDOUARD PHILIPPE
Tout ce que je suis fondamentalement, et je sais d'où je viens, me renvoie et me classe à droite. Alors, j'observe que ceux qui sont beaucoup plus à droite que moi expliquent que je suis à gauche, et ceux qui sont beaucoup plus à gauche que moi expliquent que je suis à droite. Je vais vous dire, personnellement, je m'en fiche un peu, je ne suis pas…

RENAUD DELY
Mais vous revendiquez toujours cette étiquette aujourd'hui ?

EDOUARD PHILIPPE
Je sais quand j'ai été élu, et que j'ai fait des campagnes, je sais sous quelle étiquette je me présentais, quand j'ai été député je me présentais sous une étiquette partisane, quand c'était maire je me présentais surtout sur mon étiquette à moi…

RENAUD DELY
Et quand vous êtes Premier ministre ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien je suis à l'aise avec cette majorité, et j'essaie, non pas…

MARC FAUVELLE
On ne vous a pas fondu dans le macronisme !

EDOUARD PHILIPPE
Et j'essaie non pas de me payer de mots, mais j'essaie de transformer les choses, d'apporter du sérieux dans la conduite des affaires, d'assumer des engagements qui ont été pris au moment des élections présidentielles et des élections législatives, et de les assumer pleinement, et d'être en accord avec ma conscience, et de faire passer, pardon de le dire avec une formule qui peut sembler grandiloquente, mais de faire systématiquement passer les intérêts de mon pays avant les considérations relatives au parti, et je trouve que cette attitude, qui, je comprends très bien, peu chagriner un certain nombre de militants…

MARC FAUVELLE
De vos anciens amis, aussi.

EDOUARD PHILIPPE
Qui ont une approche parfois clanique de la politique, est parfaitement comprise par les Français, qui savent que ce qui est plus important c'est le pays, que le parti, voilà.

RENAUD DELY
Justement, venons-en à quelques dossiers économiques qui concernent le pays. Parmi les annonces du président de la République au sortir du grand débat, il y a eu l'annonce d'une baisse d'impôt, d'une baisse d'impôt sur le revenu de l'ordre de 5 milliards d'euros. Qui sera précisément concerné par cette baisse, les deux premières tranches, la première tranche, de contribuables qui payent l'impôt sur le revenu, et quel sera le montant, l'ordre de cette baisse, pour ces contribuables ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, il ne vous a pas échappé que c'est une annonce, d'abord importante, parce que 5 milliards de diminution de l'impôt sur le revenu, ce n'est pas rien, c'est beaucoup d'argent, et ça va se voir, et ça va sortir, et c'est très bien. Accessoirement, comme le prélèvement à la source fonctionne bien, ça se sentira dès lors que ça aurait été voté dans le projet de loi de finances…

MARC FAUVELLE
Dès janvier prochain, ça va se sentir pour qui ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça va se sentir pour tous ceux qui payent l'impôt sur le revenu, et évidemment pour tous ceux qui entrent dans l'impôt sur le revenu. Les modalités techniques seront fixées au moment du projet de loi de finances. J'ai indiqué que j'attendais des propositions précises, qui me seront faites par le ministre de l'Action et des Comptes publics, et par le ministre de l'Economie et des Finances.

MARC FAUVELLE
La baisse sera plus importante, Monsieur le Premier ministre, pour les classes moyennes que pour les classes supérieures ?

EDOUARD PHILIPPE
L'objectif c'est de faire en sorte que les classes moyennes, ceux qui travaillent, puissent ressentir plus fortement, voire très fortement, la baisse de l'impôt sur le revenu.

RENAUD DELY
Donc surtout les deux premières tranches ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous verrez, ce sera évidemment… si vous avez compris ce que je viens de dire…

RENAUD DELY
J'essaye.

EDOUARD PHILIPPE
C'est effectivement plutôt sur les premières tranches, bien entendu, et je pense que c'est à la fois juste et efficace de procéder de la sorte, mais les modalités techniques de cette baisse d'impôt seront discutées au moment du PLF…

MARC FAUVELLE
Du projet de loi de finances.

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, du projet de loi de finances, et décrites, et financés à ce moment.

MARC FAUVELLE
La taxe d'habitation, Edouard PHILIPPE, on n'y comprend plus grand chose, est-ce qu'elle sera bien supprimée pour tous les Français, y compris les plus aisés, d'ici à la fin du quinquennat ?

EDOUARD PHILIPPE
Elle sera supprimée pour tous les Français, sa suppression a déjà commencé…

MARC FAUVELLE
80 % des Français.

EDOUARD PHILIPPE
80 % des Français qui payaient la taxe d'habitation ont vu leur taxe d'habitation diminuer d'environ un tiers l'année dernière, ils verront leur taxe d'habitation diminuer d'un autre tiers cette année, et puis d'un tiers, du dernier tiers, l'année prochaine, donc ça c'est en route, reste 20 % de ceux qui payaient la taxe d'habitation, qui ne sont pas concernés par les baisses d'aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Mais qui le seront bien.

EDOUARD PHILIPPE
Mais qui le seront…

MARC FAUVELLE
En quelle année ?

RENAUD DELY
2021 ?

EDOUARD PHILIPPE
L'idée c'est de faire en sorte, on prendra un petit peu de temps, on a supprimé 80 % en trois fois, on supprimera les 20 % suivant en plusieurs fois, mais l'idée, c'est clair, c'est de supprimer la taxe d'habitation, et de la remplacer pour financer l'action des communes, laquelle est évidemment très importante, par une ressource stable, ce sera l'objet de discussion très intenses avec les collectivités territoriales, de façon à ce que dans le projet de loi de finances, là encore, à la fin de l'année, il puisse y avoir l'ensemble du dispositif clairement établi pour que les communes, à partir de l'année prochaine, à partir de 2020, à partir des élections municipales, sachent parfaitement quel est leur niveau de ressources.

RENAUD DELY
Et la redevance audiovisuelle, Monsieur le Premier ministre ? Votre ministre des Comptes publics, Gérald DARMANIN, a plaidé pour sa suppression, précisément parce qu'elle est adossée à la taxe d'habitation.

EDOUARD PHILIPPE
Alors, la question de la redevance, compte tenu de la suppression de la taxe d'habitation, je suis désolé c'est un peu technique…

MARC FAUVELLE
Elles sont adossées, on reçoit le même papier en même temps pour les deux.

EDOUARD PHILIPPE
Voilà, c'est sur le même papier. Donc, compte tenu de la suppression, à terme, de la taxe d'habitation, il faudra qu'on se pose la question du financement de l'audiovisuel, et peut-être de la redevance, mais…

RENAUD DELY
Donc de la suppression de la redevance.

EDOUARD PHILIPPE
Mais cette question n'est pas d'actualité, on ne la pose pas aujourd'hui, elle n'est pas d'actualité, puisque cette taxe d'habitation continue à être, à exercer, donc l'instrument qui permet de collecter la redevance continue à exister. Franchement, je reconnais que pour un matin, à 8h45, ça fait beaucoup de mécanique fiscale…

MARC FAUVELLE
Je crois que ce sont des questions qui intéressent pas mal de monde en France.

EDOUARD PHILIPPE
Mais à juste titre, c'est l'argent des Français, c'est à tout à fait important. Ce que je veux dire, encore une fois, c'est que les prélèvements, sur les ménages, les impôts que payent les ménages, vont diminuer. Ils ont commencé à diminuer, ils vont diminuer massivement en 2019, massivement, et cela va se poursuivre, parce que faire en sorte que nos concitoyens qui travaillent voient leur pouvoir d'achat augmenter, est un objectif extrêmement clair et extrêmement ferme du gouvernement.

RENAUD DELY
Ça fait beaucoup de dépenses, ou plutôt ça fait moins de recettes pour l'Etat, mais ça ne fait pas beaucoup d'économies. Quelles économies, est-ce qu'on laisse filer la dépense publique ? On a appris hier, par un rapport de la Cour des comptes, que finalement le nombre de fonctionnaires avait très légèrement augmenté en 2018, de l'ordre de 200 postes.

EDOUARD PHILIPPE
Parce que c'est vrai que sur un certain nombre de ministères nous augmentons les effectifs, nous avons décidé de le faire pour la police, pour la gendarmerie, pour la DGSI, en matière de lutte contre le terrorisme. Pourquoi est-ce que nous sommes obligés d'ailleurs d'augmenter ces effectifs ? Parce que pendant très longtemps ils ont été très fortement baissés, il ne faut pas l'oublier…

RENAUD DELY
Donc l'objectif de 120.000 postes supprimés pendant le quinquennat est abandonné ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous les augmentons parce que nous considérons qu'il y a des priorités, qu'il y a des urgences. Ensuite, nous voulons transformer le fonctionnement de l'Etat, nous voulons faire des économies, sur le fonctionnement de l'Etat, et la conséquence ce sera la réduction du nombre de fonctionnaires. Nous n'en faisons pas un préalable, nous en faisons une conséquence de la transformation… Et d'ailleurs c'est bien plus intéressant de se poser la question comme ça, parce que, on peut afficher tous les objectifs, vous savez, pendant les campagnes…

RENAUD DELY
C'est ce qu'a fait Emmanuel MACRON !

EDOUARD PHILIPPE
On peut afficher tous les objectifs, et c'est important parce que ça les équilibres, alors certains affichent des objectifs extrêmement ambitieux…

RENAUD DELY
Cent vingt mille c'était trop ?

EDOUARD PHILIPPE
Certains affichent des objectifs extrêmement ambitieux, sans dire comment est-ce qu'on va les faire. Nous allons transformer l'action publique, nous avons commencé, vous me permettez d'en donner un exemple, parce que votre question est importante. Je viens de vous indiquer que nous allions supprimer la taxe d'habitation, nous allons la supprimer, dès lors qu'elle est supprimée, on peut imaginer que les postes de fonctionnaires, non pas les agents, les agents ils vont rester agents, mais les postes de fonctionnaires qui étaient affectés à la collecte, au contrôle de la taxe d'habitation, eh bien par définition nous n'en n'avons plus besoin, et donc, comme cela on peut faire des économies.

MARC FAUVELLE
Il nous reste beaucoup de questions à aborder, Edouard PHILIPPE, les 80 km/h, la question de la PMA également, on va le faire dans quelques instants si vous le voulez bien.

/// Les titres ///

Edouard PHILIPPE, vous avez été à l'origine du passage aux 80 km/h sur les routes. Est-ce qu'il y aura des assouplissements d'ici à la fin du quinquennat ?

EDOUARD PHILIPPE
Le président de la République en a parlé, et la majorité s'en saisira. Quelques remarques très simples, première, chose cette mesure, peu populaire, qui a suscité incompréhensions et parfois colère, permettez-moi juste de commencer par remarquer que c'est une politique publique qui a été décidée par l'Etat qui a produit des effets. En 2018, nous avons eu, notamment à cause de cette mesure, pas seulement, mais notamment à cause de cette mesure, la meilleure année en matière de sécurité routière…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que si c'était à refaire, vous le referiez ?

EDOUARD PHILIPPE
En général, quand je prends une décision, je l'assume…

MARC FAUVELLE
Il n'y a aucun regret ?

EDOUARD PHILIPPE
Aucun. Quand je prends une décision, je l'assume, et les gens qui n'assument pas leur décision, il faut qu'ils fassent autre chose.

MARC FAUVELLE
On peut aussi dire : je me suis trompé, j'ai entendu la colère…

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai aucun problème à me dire que je me suis trompé quand je pense m'être trompé.

MARC FAUVELLE
Là, ce n'est pas le cas ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais assumer une décision, c'est aussi important quand on est un responsable public. Cette décision, elle a produit des effets, je m'en réjouis, et d'ailleurs, pas seulement moi, tous les Français doivent s'en réjouir, parce que diminuer le nombre de morts, diminuer le nombre de blessés sur les routes, c'est une bonne chose.

MARC FAUVELLE
Donc on ne change rien ?

EDOUARD PHILIPPE
Deuxième chose, cette question s'est invitée dans le débat public, elle a suscité des questions, des incompréhensions, et le président de la République nous a invités à trouver une solution permettant à la fois de concilier les impératifs de sécurité routière, mais de l'appliquer avec plus de souplesse, je crois que le terme qui a été utilisé, c'est plus d'intelligence pratique, très bien. Les sénateurs au moment de l'examen sur la loi d'orientation de mobilité ont fait une proposition, celle consistant à dire que, localement, les préfets et les présidents de conseils départementaux pourraient s'affranchir de cette limite de 80 km/h, et fixer une limite supérieure, sans d'ailleurs, je crois, la limiter complètement. Le texte est désormais à l'Assemblée nationale…

MARC FAUVELLE
C'est une bonne idée…

EDOUARD PHILIPPE
Le texte est désormais à l'Assemblée nationale, moi, je pense qu'il faut que chacun prenne ses responsabilités, l'Etat les a prises pour lui-même, si les présidents de conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n'y vois aucun inconvénient. Mais je souhaite que dans le texte, cette capacité, cette faculté soient systématiquement assorties de mesures qui permettent ou d'examens qui permettent de garantir le plus haut niveau de sécurité routière possible, pourquoi ? Parce que je suis attaché à ça, je suis convaincu que les présidents de conseils départementaux le sont aussi, mais ce sont des décisions qui sont lourdes qui sont – oui – qui sont lourdes, qu'il faut assumer, et qu'il faut assumer en conscience.

RENAUD DELY
Le président de la République a pris l'engagement d'étendre la PMA à toutes les femmes au cours de son mandat, est-ce que vous confirmez, est-ce que vous pouvez dire aux femmes qui attendent cette réforme que ce sera effectivement pour cette année quand le texte sera présenté dans le cadre donc de la révision de la loi bioéthique…

EDOUARD PHILIPPE
Moi, j'ai eu l'occasion de dire, et d'ailleurs, je peux vous dire que nous travaillons activement sur la rédaction d'un projet de loi, j'ai eu l'occasion de dire que cet engagement pris par le président de la République, il m'appartenait de faire en sorte qu'il soit tenu, et donc nous préparons un projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres dans le courant de l'année, c'est mon objectif…

RENAUD DELY
Dans le courant de l'année ?

EDOUARD PHILIPPE
Je l'ai indiqué, oui…

RENAUD DELY
Avant l'été, au début de l'été ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est l'objectif que je me suis fixé de façon…

RENAUD DELY
Dans le courant de l'année, ça peut être en novembre ou en décembre…

EDOUARD PHILIPPE
J'ai dit, et je redis à votre micro que mon objectif, c'est de présenter un texte avant l'été sur ce sujet…

MARC FAUVELLE
La PMA se fera, et tant pis pour la droite du Trocadéro ?

EDOUARD PHILIPPE
Avant les vacances…

MARC FAUVELLE
Avant les vacances, tant pis pour la droite du Trocadéro ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais parce que l'été, ça commence le 21 juin, avant les vacances d'été, de présenter un texte qui permettra de tenir les engagements qui ont été pris par le président de la République. Mais on parle beaucoup de la PMA, c'est un sujet très intéressant, très sensible pour certains…

RENAUD DELY
Vous y étiez plutôt hostile d'ailleurs à l'origine, vous, à titre personnel ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

RENAUD DELY
Vous vous êtes laissé convaincre ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai beaucoup rencontré, beaucoup lu, et j'assume parfaitement, voyez-vous, tout à l'heure, vous m'avez posé la question d'évoluer, comme d'ailleurs, me semble-t-il, la société française évolue sur ces sujets, comme d'ailleurs, me semble-t-il, toute une série de gens qui, à l'époque, étaient très opposés au mariage pour tous et qui aujourd'hui n'en parlent plus, à juste titre. Donc nous présenterons ce projet de loi, j'indique juste…

RENAUD DELY
Elle sera remboursée par la Sécurité sociale ?

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, pardon, j'indique juste que dans ce projet de loi sur la bioéthique, il y a des questions bien plus complexes encore que la question de la PMA, bien plus complexes techniquement, juridiquement, peut-être même philosophiquement, éthiquement, et que ce sera, je l'espère, un très beau débat parlementaire qu'il faut aborder sans volonté de cliver, en expliquant, et ensuite, en assumant…

RENAUD DELY
Elle sera remboursée par la Sécurité sociale ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous verrez le projet de loi.

MARC FAUVELLE
Ah, ce n'est pas tranché ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, vous verrez le projet de loi, encore une fois, je comprends votre souci d'avoir la petite phrase…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas une petite phrase de savoir si la PMA va être remboursée, c'est un symbole fort…

RENAUD DELY
Une information…

EDOUARD PHILIPPE
Je sais, mais moi, ce que je veux, c'est présenter un texte cohérent, pensé, réfléchi, qui tiendra les engagements pris par le président de la République, ce sera fait, je vous l'ai dit, avant les vacances d'été, et je pense que c'est très bien de prendre le sujet au sérieux et de le présenter complètement le moment venu.

MARC FAUVELLE
Edouard PHILIPPE, trois journalistes ont été convoqués récemment et entendus par les services de renseignement pour avoir publié des révélations sur les ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite. Est-ce que ça vous semble normal ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est toujours très délicat, je comprends très bien la volonté des journalistes d'aller chercher l'information et de présenter l'information à leurs lecteurs ou à leurs auditeurs, et c'est très respectable, et c'est une condition de la démocratie. Et donc vous ne me verrez jamais joindre ma voix au concert de ceux qui critiquent les journalistes pour cela, mais à l'endroit où je suis, aux responsabilités que j'exerce en tant que Premier ministre, je dois aussi faire respecter le droit, et notamment toute une série de dispositions relatives au confidentiel, voire au secret-défense…

MARC FAUVELLE
Le secret des sources est également inscrit dans la loi…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je ne vous dis pas le contraire. Voilà, mais le secret-défense l'est aussi.

MARC FAUVELLE
Vous pensez qu'ils ont fait courir un risque en publiant ces documents ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais je ne pense rien…

MARC FAUVELLE
Ce qui justifierait leur audition…

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis pas là pour justifier telle ou telle audition, je suis là pour dire qu'il y a des sujets où le confidentiel, où le secret-défense, ça existe et qu'il appartient, il est vrai, au gouvernement, à l'ensemble de l'administration, à l'ensemble des pouvoirs publics, de respecter et de faire respecter ce secret.

RENAUD DELY
Il n'y a pas une forme d'intimidation, ils dénoncent une forme d'intimidation… ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas du tout…

RENAUD DELY
… Sur l'exercice de leur travail…

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, je ne crois pas que ça les intimide. Et ensuite, ça n'est pas fait pour intimider.

MARC FAUVELLE
Il nous reste quelques instants seulement, Edouard PHILIPPE, réponse courte, si vous le voulez bien, en juin, La République En Marche va désigner…

EDOUARD PHILIPPE
J'ai toujours du mal pour les réponses courtes…

MARC FAUVELLE
C'est pour ça que je vous préviens avant…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je vais essayer de m'y tenir.

RENAUD DELY
Vous allez y arriver…

MARC FAUVELLE
En juin, La République En Marche va désigner ses candidats pour les municipales, est-ce que vous avez entièrement fermé la porte à une candidature à Paris ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, je ne vais pas vous faire une réponse courte, parce que je voudrais expliquer que je suis toujours, non pas exaspéré, mais sidéré par le fait que personne n'apprend rien du fonctionnement de nos institutions, moi, je suis Premier ministre, mon objectif, c'est de tenir les objectifs qui ont été fixés par le président de la République, c'est de faire en sorte que l'on puisse transformer ce pays, c'est de faire en sorte qu'on aborde la campagne européenne et l'élection européenne de la meilleure des façons possibles, donc ce soir, je serai à Angers. Demain, je serai à Toulon, lundi…

MARC FAUVELLE
Et dans deux ans, vous ne serez pas à la Mairie de Paris ?

EDOUARD PHILIPPE
Lundi, je serai à Vesoul. Et mon objectif, c'est de faire en sorte que la liste que je soutiens obtienne le meilleur score possible, le meilleur score possible, et ensuite, mon deuxième objectif, c'est de faire en sorte que les engagements pris par le président de la République soient tenus, pour le reste…

MARC FAUVELLE
On prend les matchs les uns après les autres, comme on dit dans le foot, mais ce n'est pas entièrement exclu ?

EDOUARD PHILIPPE
Et pour le reste, vous verrez bien quand je vous en parlerai…

RENAUD DELY
Rien n'est exclu.

MARC FAUVELLE
Merci à vous.

RENAUD DELY
Rien n'est exclu.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Edouard PHILIPPE, Premier ministre, était ce matin l'invité de France-Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 mai 2019

Rechercher