Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 3 juin 2019, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 3 juin 2019, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : RUGY François de.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

LAURENT NEUMANN
Bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

LAURENT NEUMANN
Vous êtes ministre de la Transition écologique et solidaire. Merci d'être avec nous ce matin. C'est une grosse semaine pour vous parce qu'il y a le Conseil des ministres ce matin où vous allez présenter le Conseil citoyen pour le climat. Il y a la loi Mobilités cet après-midi. On va parler de tous ces sujets-là et je voudrais qu'on soit extrêmement concret ce matin mais d'abord un mot de politique. Laurent WAUQUIEZ a annoncé hier soir sa démission du parti Les Républicains. Elle vous inspire quoi d'ailleurs cette démission ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je n'ai pas de commentaires particuliers sur les affaires internes au parti Les Républicains. Simplement ce qui me frappe, c'est que ce n'est pas une question de personne dans le fond. Ce n'est pas la question de la personne de Laurent WAUQUIEZ. C'est quelle est aujourd'hui l'orientation politique de ce parti Les Républicains. D'abord est-ce que c'est encore un parti de gouvernement ? On l'a quand même vu osciller entre des propositions très démagogiques, une critique systématique de ce que fait le gouvernement. Et puis par ailleurs, est-ce qu'il a vocation à rester tout seul dans son coin ? Est-ce que les élus des Républicains au Parlement, au niveau local veulent travailler avec d'autres et, si oui, avec qui ? Est-ce qu'ils veulent travailler plutôt avec la majorité actuelle tout en restant sans doute indépendants ? Ou est-ce qu'ils veulent travailler avec le Rassemblement national comme madame…

LAURENT NEUMANN
Mais vous dites, François de RUGY, que ce n'est pas un problème de personne. En réalité le seul problème peut-être, c'est que la droite elle est déjà au gouvernement. Le gouvernement auquel vous appartenez est peut-être déjà de droite tout simplement.

FRANÇOIS DE RUGY
Justement, je crois que ce qui est très frappant dans le résultat des élections européennes, c'est que le clivage gauche-droite a encore plus éclaté qu'il n'avait éclaté lors de l'élection présidentielle ou des élections législatives de 2017. Deux ans plus tard, alors qu'on nous avait dit : « C'est sans doute une parenthèse au moment de la présidentielle. C'est une anomalie. C'est un accident électoral », on voit que durablement les Français par leur vote – c'est les Français qui décident – par leur vote ont fait éclater le clivage gauche-droite traditionnel.

LAURENT NEUMANN
Mais votre famille politique tend la main visiblement aux élus Républicains, aux électeurs aussi j'imagine. Mais vous avez vu que de l'autre côté de l'échiquier, Marine LE PEN aussi appelle les électeurs et les élus des Républicains à la rejoindre et Marion MARECHAL prône même une union entre le Rassemblement national et Les Républicains. Donc je vous pose la question : est-ce qu'il y a encore une place pour la droite dans ce pays ?

FRANÇOIS DE RUGY
Par exemple, ça c'est un sujet concret. Est-ce qu'aux prochaines élections municipales, dans les conseils municipaux, est-ce que des maires ou des candidats Les Républicains essaieront de faire alliance avec le Front National, Rassemblement national, ou est-ce qu'au contraire ils diront clairement : « Non, il n'en est pas question » ? Ça, c'est une question à laquelle devra répondre le prochain président ou la prochaine présidente du parti Les Républicains. Parce que ça, c'est quand même quelque chose qui doit être une orientation nationale de ce parti.

LAURENT NEUMANN
Alors je l'ai dit, je voudrais qu'on soit extrêmement concrets. On va commencer par la question la plus concrète et vous pouvez presque me répondre par oui ou par non. Je n'ai pas tout à fait compris ce fameux projet de Montagne d'Or en Guyane : c'est terminé oui ou non ? Vous avez expliqué que c'était écologiquement incorrect et on n'a pas compris. On a eu des sons de cloche différents. Est-ce que vous nous dites ce matin c'est abandonné définitivement, on n'en parle plus ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je redis en effet que ce projet ne se fera pas.

LAURENT NEUMANN
Très bien.

FRANÇOIS DE RUGY
Que ce projet n'a pas le soutien du gouvernement et que moi je vais même aller plus loin, puisque j'ai proposé au Conseil de défense écologique présidé par le président de la République qui m'a mandaté pour réformer la loi, le code minier, pour que les exigences environnementales que nous posons sur ce projet, elles se posent à tous les projets de mines. De mines d'or ou d'autres en Guyane ou ailleurs.

LAURENT NEUMANN
Donc cette mine d'or à ciel ouvert, c'est terminé. Très bien. Ce matin, Conseil des ministres. Vous présentez le Conseil citoyen pour le climat. Cent cinquante Français tirés au sort. D'abord qu'est-ce qui nous dit, qu'est-ce qui garantit au fond que ces cent cinquante Français tirés au sort, qui vont proposer des mesures, peut-être une loi demain…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

LAURENT NEUMANN
Qu'est-ce qui nous garantit qu'ils sont compétents pour répondre à ces questions ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il n'y a aucune raison que les Français soient moins compétents quand ils ont électeurs, lorsqu'ils votent dans les urnes que lorsqu'ils participent à une assemblée citoyenne qui va travailler pendant six mois. Ce n'est pas une assemblée citoyenne qui va se réunir pendant un week-end et puis qui va juste donner un avis. Si c'est ça, on peut faire des sondages, on peut faire des questionnaires.

LAURENT NEUMANN
Donc ils vont travailler avec des experts.

FRANÇOIS DE RUGY
Ils vont bien sûr…

LAURENT NEUMANN
Mais vous l'avez déjà fait. Pourquoi eux seraient plus à même de prendre des décisions que vous, politiques, n'avez pas su prendre ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est un changement complet de méthode. Qu'est-ce qui se passe en matière d'écologie ? Quand il s'agit des grands objectifs, faut-il agir pour le climat, tout le monde répond oui. Quand il s'agit des solutions, des mesures, des propositions, là c'est tout de suite une avalanche de polémiques. Que ce soit avec le parti Les Républicains, avec les Verts, avec les uns, les autres, les associations, les syndicats, les entreprises. C'est une cacophonie générale. Nous, ce que nous proposons, c'est que les citoyens puissent proposer des choix clairs. Sur la fiscalité écologique, est-ce que c'est oui ou non un bon levier ? Est-ce qu'il y a d'autres leviers ? Par exemple des obligations faites aux industriels, faites dans le secteur de la construction, de l'habitat. Est-ce que ce sont des incitations plus fortes ? Si oui, de quelle nature ? Voilà, qu'on mette tout sur la table et qu'ensuite, on puisse avoir des propositions claires qui, en effet, ressemblent à une proposition de loi qui pourrait être, je le rappelle – c'est l'engagement du président de la République – soumise au référendum, au peuple français par référendum.

LAURENT NEUMANN
Ça, c'est le bon côté de la démocratie participative. Le mauvais côté qu'on peut vous opposer, c'est qu'au fond vous vous en lavez les mains. Vous vous déchargez de vos responsabilités.

FRANÇOIS DE RUGY
Non.

LAURENT NEUMANN
Vous dites : « Ce que nous, les responsables politiques, nous n'avons pas réussi à imposer aux Français, on va le confier à des Français et puis à eux, on ne pourra pas leur dire non. »

FRANÇOIS DE RUGY
Non, parce que vous savez, en matière d'écologie comme dans d'autres mais en matière d'écologie, il faut entraîner la société française. Entraîner non pas l'ensemble des Français mais une large majorité des Français dans cette transformation. Si c'est simplement quelque chose qu'on impose d'en haut, on sait que ça ne marchera pas. Soit parce que ça va créer des crispations, des blocages, des contestations, soit parce que tout simplement ça ne suivra pas. Il y aura des choses qui seront mises dans des lois, des choses qui seront décidées par l'Etat mais ce qu'il faut ce n'est pas simplement faire bouger l'Etat. Ce qu'il faut, c'est que tout le monde soit partie prenante de la lutte contre l'effet de serre.

LAURENT NEUMANN
Oui mais alors j'ai vu que vous alliez signer une lettre de cadrage. En gros, vous allez leur dire : « Voilà les sujets dont on parle. En revanche, voilà les sujets dont on ne parle pas par ricochet. »

FRANÇOIS DE RUGY
Non. C'est voilà les sujets dont on parle sur lesquels il faut rendre, en quelque sorte, des propositions. Après, si une assemblée citoyenne…

LAURENT NEUMANN
Et le point de départ, c'est l'équilibre budgétaire.

FRANÇOIS DE RUGY
Non. Le point de départ, c'est l'action pour le climat. C'est-à-dire, c'est clair…

LAURENT NEUMANN
Mais dans un cadre budgétaire contraint.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons, vous le savez, une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre qui est tout simplement la traduction de l'Accord de Paris. Ça, nous le mettons dans la loi, nous prenons nos responsabilités. Nous l'avons dit avant les élections, nous le faisons. Mais en revanche, sur les moyens d'y arriver, là on mobilise les Français directement. Vous savez, ç'a été pratiqué en Irlande sur les différents sujets. J'étais moi-même en Irlande vendredi, j'ai pu discuter avec les gens qui ont mené, qui ont conduit cette assemblée citoyenne et ils m'ont dit à quel point cela avait permis de faire bouger les choses. Parce que ça va débloquer un certain nombre de choses dans la société, pas simplement parmi les cent cinquante citoyens.

LAURENT NEUMANN
Ils vont faire des propositions, ils vont se réunir pour la première fois en septembre. Il y aura sans doute un certain nombre de propositions qui iront à l'Assemblée. Est-ce que vous nous confirmez qu'il pourrait y avoir, qu'il va y avoir un référendum sur ces questions de transition après les municipales ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je confirme ce qu'a dit le président de la République dans sa conférence de presse - et je le dis et je le redis parce que manifestement certains ne l'ont pas entendu ou regardaient autre chose, il a dit : « Le résultat de cette Assemblée citoyenne sera soumis au peuple français par référendum directement ou au Parlement. » Ce sont les deux possibilités.

LAURENT NEUMANN
Et alors quelle possibilité a vos faveurs ? Plutôt un référendum ou plutôt le Parlement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je l'ai toujours dit. Je suis plutôt favorable au référendum car je crois que si en effet on veut entraîner l'ensemble des Français, ou en tout cas une large majorité de Français, eh bien nous aurions là quelque chose de très cohérent. Des Français réfléchissent à partir de ce que disent les experts. On n'est pas en dehors des réalités scientifiques notamment. Et ensuite, ce sont les Français qui décident par référendum, qui pourraient décider par référendum.

LAURENT NEUMANN
Alors autre sujet important cet après-midi, la loi Mobilités examinée donc à l'Assemblée nationale. Au départ cette loi, c'était une cinquantaine d'articles. J'ai essayé de me plonger dedans. C'est vrai que c'est extrêmement compliqué. Il y a cent quarante articles maintenant, énormément…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce qu'elle est déjà passée au Sénat qui l'a enrichie.

LAURENT NEUMANN
Voilà, énormément de sujets traités. Alors ce matin, on a besoin de vos réponses. D'abord est-ce que vous confirmez la fin de la vente des véhicules à carburants fossiles, c'est-à-dire essence diesel ou gaz, d'ici 2040 ? Est-ce que ça c'est acté ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Les députés ont souhaité rajouter cela en Commission. Nous allons voir donc si c'est confirmé à l'Assemblée.

LAURENT NEUMANN
Est-ce que vous y êtes favorable ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais moi, je crois que c'est bien, oui, de dire : « Il y a une perspective », même si ça peut paraître loin 2040, c'est dans plus de vingt ans. Mais nous avons une perspective au niveau européen que nous déclinons au niveau français qui est évidemment de réduire l'utilisation des voitures à essence ou diesel pour les remplacer progressivement par des voitures électriques ou hybrides électriques rechargeables.

LAURENT NEUMANN
Alors je veux qu'on soit concret pour les gens qui nous regardent et nous écoutent ce matin. Est-ce que ça veut dire que d'ici 2040, les constructeurs ne pourront plus mettre sur le marché des voitures essence ou diesel ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est la perspective que nous souhaitons parce que…

LAURENT NEUMANN
Est-ce que ce sera contraignant ? Est-ce que c'est une interdiction ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors l'interdiction, elle ne pourrait se faire qu'au niveau européen pour ce qui concerne la vente des voitures parce que nous sommes dans un marché européen. En revanche, vous savez très bien qu'il y a des pays où il y a déjà des normes déjà aujourd'hui où il va y en avoir dans les années qui viennent, beaucoup plus strictes sur la circulation. Et là, nous avons également dans la loi un dispositif qu'on appelle les zones à faible émission. C'est-à-dire dans les villes, qu'avec les élus locaux…

LAURENT NEUMANN
Ce sera de la responsabilité des communes.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà. Les élus locaux qui décident et qui disent : « Sur tel périmètre, nous souhaiterions soit limiter la circulation, soit réserver la circulation justement à des voitures électriques. » On pourrait penser peut-être qu'en Ile-de-France par exemple, ce soit une priorité. Vous savez que je l'ai fait par partenariat avec les élus locaux et les élus de la métropole du Grand Paris m'ont dit : « Oui, on est prêt à le faire. » Malheureusement sur quatre-vingts maires concernés, il n'y en a que quarante qui sont d'accord. Donc vous voyez qu'il y a encore du chemin à faire pour que les élus locaux se mobilisent. Parce qu'à la fin, ce n'est pas simplement le climat, c'est aussi la qualité de l'air dans nos villes. Là, c'est clair : si on passe de voitures à essence ou surtout diesel vers des voitures électriques ou des voitures hybrides électriques, eh bien évidemment c'est un air plus pur que nous pourrons respirer.

LAURENT NEUMANN
Une question complémentaire. Les particuliers qui à cette date seront encore propriétaires d'un véhicule essence diesel, ça veut dire qu'ils ne pourront plus le revendre et qu'il faudra le mettre à la casse tout simplement. C'est ça l'idée ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est une sortie progressive. D'ailleurs vous savez qu'aujourd'hui, nous avons des dispositifs d'aide aux Français aujourd'hui. On n'attend pas 2040, c'est maintenant qu'on le fait et c'est la prime à la casse qui permet à des gens qui ont une vieille voiture justement de la mettre à la casse, donc on est sûr qu'elle ne va plus polluer et on leur donne pour cela une aide qui peut aller de mille à quatre mille euros pour acheter une voiture moins polluante, qui n'est pas forcément tout de suite une voiture électrique, voyez-vous, mais qui peut évidemment progressivement aller vers cela. Et il y a toujours le bonus pour l'achat d'une voiture électrique, donc une subvention de l'Etat pour toute personne qui achète une voiture électrique. Six mille euros. Ça permet quand même sérieusement d'aider les Français qui veulent passer à l'électrique.

LAURENT NEUMANN
Alors autre sujet qui a fait polémique. Là aussi on a besoin d'avoir vos réponses concrètes. Il va y avoir donc une taxation sur le transport aérien, une contribution d'environ trente millions d'euros qui sera affectée donc aux autres modes de transport. Ça veut dire clairement que la taxe sur le kérosène, on oublie : c'est du niveau européen, ce n'est pas du niveau national, il n'y aura pas de taxe kérosène en France.

FRANÇOIS DE RUGY
Alors il y a plusieurs choses. Oui, nous avons toujours dit que pour être efficace…

LAURENT NEUMANN
C'était une demande entre autres des gilets jaunes depuis le début. On disait : « Pourquoi la hausse des taxes sur le carburant pour les particuliers, rien sur le kérosène. »

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce qu'aujourd'hui il y a une convention internationale qui date de 1944 à une époque où on ne parlait pas du climat, où on ne parlait pas de l'effet de serre qui dit : « On ne peut pas taxer le kérosène dans aucun pays du monde. » Evidemment il faut changer cette convention. Ça, moi je le dis, c'est une priorité que nous donnons d'ailleurs à la prochaine Commission européenne…

LAURENT NEUMANN
Très bien.

FRANÇOIS DE RUGY
Par le mandat européen au niveau national.

LAURENT NEUMANN
Mais vous avez vu qu'on vous fait des propositions…

FRANÇOIS DE RUGY
On est prêt à le faire et nous, on veut mener la bataille pour que les vols intra-européens on le fasse.

LAURENT NEUMANN
J'entends bien. Mais vous avez vu qu'on vous fait des propositions alternatives, François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais je reviens quand même un instant sur ce que vous avez dit juste avant. Les quarante millions d'euros qui peuvent être plus d'ailleurs dans les années qui viennent, c'est ce qu'on appelle la taxe Chirac sur les billets, parce que c'était Jacques CHIRAC qui avait instauré cette taxe sur les billets. Ça revient au même que de taxer le kérosène, c'est sur les billets d'avion. Et là c'est sur les vols, y compris vols intérieurs, et simplement aujourd'hui ce surplus qui était fait au départ pour la lutte mondiale contre le sida, eh bien ce surplus il ira aux infrastructures de transport. Symboliquement, c'est déjà le signe que le transport aérien va contribuer au financement des infrastructures ferroviaires.

FRANÇOIS DE RUGY
Certains proposent une taxe au décollage, pour chaque décollage. Certains proposent même d'interdire un certain nombre de lignes lorsque le trajet, on peut le faire avec un autre mode de transport le train notamment, cinq heures. C'est ce que propose Delphine BATHO, c'est ce que proposent les Insoumis.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, ce n'est pas très sérieux.

LAURENT NEUMANN
C'est vrai que quand on voit le bilan carbone d'un avion et d'un train, on se dit… Vous êtes écologiste, vous êtes un ancien écologiste. Ça devrait vous satisfaire.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais moi, je suis toujours écologiste depuis toujours. Je le suis depuis toujours. Mais simplement…

LAURENT NEUMANN
Pour aller à Marseille, c'est peut-être mieux de prendre le train que l'avion.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais en revanche, si on interdit tout… On interdit, là ce n'est pas taxer : c'est interdire purement et simplement tous les vols là où il y a un train qui met moins de cinq heures, ça veut dire qu'on ne peut plus utiliser l'avion en France. On ne peut plus faire Paris-Toulouse. Vous savez, pour les gens qui font Paris-Toulouse en avion, c'est parce qu'aujourd'hui le train n'est pas à la hauteur. Nous nous battons pour que les trains soient à la hauteur. Moi je suis élu d'une ville, Nantes, je suis né à Nantes à une époque où il n'y avait pas de TGV. Quand le TGV est arrivé, évidemment le transport aérien a quasiment disparu. Il y avait même une ligne aérienne Paris-Saint-Nazaire, elle n'existe plus depuis qu'il y a le TGV. C'est pareil pour Paris-Strasbourg. Paris-Bordeaux, l'avion a chuté de 40 % grâce au TGV. Donc bien sûr que le TGV permet progressivement de se substituer à l'avion mais il reste des destinations en France… Là il faut quand même être concret, réaliste, pragmatique. Nice par exemple, Toulouse ou des destinations, si vous faites Nantes-Montpellier par exemple, évidemment si vous le faites en train…

LAURENT NEUMANN
Paris-Lyon en avion alors qu'on peut le faire en train en deux heures, la question peut se poser.

FRANÇOIS DE RUGY
Il n'y en a quasiment plus. Il n'y en a quasiment plus des avions Paris-Lyon. Aujourd'hui, c'est le train qui capte l'essentiel du trafic Paris-Lyon évidemment.

LAURENT NEUMANN
Autre question. Dans cette loi toujours, il y a la création d'un forfait mobilité durable. Quatre cents euros remboursés par les employeurs justement pour favoriser les modes de transport alternatifs.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

LAURENT NEUMANN
Formidable. Sauf qu'on découvre…

FRANÇOIS DE RUGY
Mesure à la fois écologique et sociale.

LAURENT NEUMANN
Sauf qu'on découvre en lisant la loi que ce n'est pas contraignant. C'est-à-dire qu'en fait, les entreprises décideront si elles veulent ou si elles ne veulent pas. En quoi ça va fonctionner si c'est à la liberté de chacun. ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors vous savez qu'actuellement, il y a une négociation. Nous avons souhaité qu'il y ait une négociation entre les syndicats de salariés et le patronat sur ce sujet justement. Et cette négociation, elle doit aboutir avant la fin du mois de juin et c'est sur la base des résultats de cette négociation que nous pourrons donner un nouveau droit aux salariés parce que c'est un nouveau droit. Aujourd'hui, un salarié quel que soit son lieu de travail ou de résidence, il peut demander le remboursement des transports en commun. Mais il y a des endroits en France où il n'y a pas de transports en commun. Soit à l'endroit où vous habitez, soit l'endroit où vous travaillez, soit parfois les deux. Donc évidemment pour les Français qui ne sont pas dans une zone desservie par les transports en commun, c'est un droit qui n'existe pas.

LAURENT NEUMANN
C'est pour ça qu'on aurait pu imaginer que ce soit contraignant.

FRANÇOIS DE RUGY
On veut l'étendre aux autres modes de déplacement, notamment les modes comme le vélo. Aujourd'hui si on veut faire du vélo un vrai mode de déplacement à part entière, il faut qu'il y ait une incitation et il faut que les salariés aient cette capacité à se voir eux aussi rembourser une partie de leurs frais de déplacement.

LAURENT NEUMANN
Depuis le 1er juin, une hausse de 6 % sur les prix de l'électricité, vous allez revoir le mode de calcul des tarifs réglementés de l'électricité…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Je suis le premier à le faire, parce qu'il y en a beaucoup qui dénoncent aujourd'hui cette hausse, mais ils n'ont rien fait quand ils étaient aux responsabilités, au contraire ils ont entériné ce mode de calcul qui a abouti à ce résultat.

LAURENT NEUMANN
Oui mais je vais vous retourner la question, François de RUGY, ça fait des semaines, voire des mois, que vous savez que cette hausse va avoir lieu. Pourquoi vous n'avez pas modifié la règle de calcul avant ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien si en France vous pensez qu'on peut changer la loi en quelques semaines, dites-donc, vous voyez là, la Loi sur la mobilité, depuis combien de mois on en parle ? Le temps que ça prend ? Alors moi je l'ai inscrite dans le projet de loi énergie-climat, que j'ai présenté au Conseil des ministres le mois dernier…

LAURENT NEUMANN
Donc, concrètement, ça fera baisser la facture des Français quand ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien dès l'année prochaine, dès 2020.

LAURENT NEUMANN
Donc il faudra encore attendre un an.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, parce que nous, nous avons fait en sorte qu'il n'y ait qu'une seule augmentation par an. il était prévu qu'il y en ait une l'hiver dernier, je vous rappelle, en plein hiver, au moment où les gens se chauffent, dont des Français qui se chauffent à l'électricité, qui ont donc parfois des factures très lourdes ! Moi j'ai rencontré des gens, vous savez, dans ma circonscription, qui sont venus me voir, ils m'on dit : « Mais moi j'ai 3 000 € de factures de chauffage, parce que je suis dans un logement mal isolé et que mon propriétaire par exemple m'a mis des radiateurs électriques plus performants ». Eh bien eux ils ont eu... cette hausse, ils ne l'ont pas eu cet hiver.

LAURENT NEUMANN
Pardon, mais il y a quelque chose que vous pouviez faire, François de RUGY, il y a une TVA à 20 % sur l'électricité, en partie, c'est un produit de première nécessité, pourquoi ne pas l'avoir fait baisser à 5,5 comme tous les produits de première nécessité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais, d'abord, monsieur NEUMANN, vous le savez bien, et les Français le comprennent très bien, si chaque fois qu'il y a un prix qui augmente, parce que les coûts de production augmentent ou les prix sur le marché de gros de l'électricité augmentent, eh bien on baisse les taxes, vous voyez bien qu'on ne s'en sortira jamais. Et par ailleurs ce sont des recettes, moi je le dis, on aurait pu faire une baisse, ça aurait été entre 1,5 milliard et 2 milliards d'euros de pertes de recettes pour l'Etat. Nous avons déjà fait la baisse de la taxe d'habitation, nous avons fait la baisse des cotisations sur le travail, sur les salaires, nous avons finalement été moins loin sur la CSG, et nous allons même baisser l'impôt sur le revenu. On ne peut pas baisser tous azimut, ou à ce moment-là il n'y a plus de recettes pour l'Etat. Moi ce que je préfère, c'est que durablement, durablement, on ait un mode de calcul qui permette de limiter, parce qu'on sera vraiment sur les coûts de production, on s'est éloigné du principe selon lequel les tarifs régulés doivent couvrir les coûts de production.

LAURENT NEUMANN
Dernier mot, de 13,5 % pour Yannick JADOT aux élections européennes, c'est un vrai score, un vrai succès, ça veut peut-être dire que le gouvernement n'est pas à la hauteur des enjeux écologiques, tout simplement, si les électeurs vont à ce point se porter sur ce type de liste.

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je crois qu'il y a des Français qui par ce vote, ils n'adhèrent pas forcément à tout ce que disent les Verts, ils n'adhèrent pas à 100 % du programme des Verts, je pense que pour certains aspects d'ailleurs ils ne le connaissent pas, mais les Français ont dit : oui, nous voulons que le gouvernement fasse plus pour l'écologie. Et moi je ne peux que me réjouir qu'il y ait des Français qui veuillent qu'on fasse plus, qu'on aille plus vite, plus loin, qu'on bouscule un peu plus d'habitudes, d'inerties et d'intérêts bien établis.

LAURENT NEUMANN
Donc vous, le score, de Yannick JADOT, ça ne vous inquiète pas du tout, contrairement à Gérard COLLOMB qui est inquiet pour votre majorité.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, et puis j'y vois même le fait que les électeurs qui ont voté en effet pour les Verts, je crois qu'ils partagent avec les électeurs qui ont voté pour la République En Marche, le fait de faire éclater le clivage gauche-droite, parce que dans le fond, ce n'est pas des gens qui disent : rien de tel que la gauche traditionnelle ou rien de tel que la droite traditionnelle.

LAURENT NEUMANN
Donc vous tendez la main, c'était le début de notre entretien, à la droite, vous tendez la main aux Verts…

FRANÇOIS DE RUGY
Il faut toujours chercher à rassembler. Toujours. Parce que pour l'écologie on ne fera rien si on reste tout seul dans son coin. Ça vaut pour les Verts d'ailleurs. Si les Verts veulent être efficaces pour l'écologie, si vraiment ce qui les intéresse c'est d'être efficaces pour l'écologie, on ne peut pas rester tout seul dans son coin, d'abord au Parlement européen où ils ont été élus, et puis ensuite bien sûr au niveau national ou au niveau local.

LAURENT NEUMANN
Merci François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2019

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