Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Europe 1 le 3 juin 2019, sur le parti Les Républicains et sur la politique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Europe 1 le 3 juin 2019, sur le parti Les Républicains et sur la politique du gouvernement.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :
AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
La semaine dernière vous disiez que ce serait un avantage pour la République En Marche si Laurent WAUQUIEZ restait à la tête des Républicains. Sa démission, c'est une mauvaise nouvelle ?

GERALD DARMANIN
Non, moi je ne commente pas l'actualité politique, si ce n'est que je retiendrai de l'histoire de Laurent WAUQUIEZ, du passage de Laurent WAUQUIEZ, qu'il a mis la droite au plus bas niveau de son histoire politique, mais surtout qu'il a été le seul grand dirigeant de la droite française dans son histoire, à ne pas choisir entre Marine LE PEN et Emmanuel MACRON, je pense que comme l'a dit je crois monsieur COPE à votre micro tout à l'heure, c'est une marque très difficile désormais de s'en laver pour le parti des Républicains et singulièrement pour Laurent WAUQUIEZ. Et puis troisièmement, il retiendra aussi qu'il a fait la plus grande purge, il a exclu Edouard PHILIPPE, il a exclu Bruno LE MAIRE, il a exclu Sébastien LECORNU…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous aussi.

GERALD DARMANIN
Moi-même. Mais au lieu d'écouter et de répondre à la main tendue d'Emmanuel MACRON, en 2017, au lieu de travailler avec le président de la République, de préférer son pays à son parti, Laurent WAUQUIEZ s'est comporté en homme sectaire, et il a amené la droite à 8 %. Ce n'est pas simplement Edouard PHILIPPE finalement qui est parti, ce sont aussi des électeurs, et je pense que 2019 nous fait regarder différemment le choix de 2017. Il fallait répondre à la main tendue d'Emmanuel MACRON, c'était mieux pour le pays bien sûr, et encore aujourd'hui nous disons à des cadres, à des élus, à des militants, sincères peut-être, des Républicains, qu'il faut qu'ils continuent à choisir leur pays à leur parti. C'est très important parce la France va mal et il faut continuer à aider le président de la République à réformer.

AUDREY CRESPO-MARA
Si Les Républicains sont passés sous les 10 % aux Européennes, c'est parce que Laurent WAUQUIEZ les a menés dans le mur ou parce qu'il n'y a plus d'espace politique entre la République En Marche et le Rassemblement national ?

GERALD DARMANIN
C'est parce qu'il n'y a plus de cohérence idéologique chez Les Républicains. Comment peut-on comprendre que monsieur CARREZ, quand on est électeur de droite, aille faire avec la France insoumise une conférence de Presse contre la privatisation d'ADP ? C'est incompréhensible. Comment peut-on comprendre que la solution lorsqu'on baisse les impôts avec Emmanuel MACRON, pour la droite française, c'est nous dire qu'il faut augmenter le SMIC, qui va donner des charges supplémentaires aux entreprises ? C'est incompréhensible. Quand on comprend que quand on fait la réforme de la SNCF, quand on supprime des contrats aidés pour donner des vrais emplois aux gens, lorsqu'on choisit d'aider fondamentalement les collectivités locales, ce que fait Emmanuel MACRON, et qu'on est courageux comme Emmanuel MACRON, eh bien on choisit l'obstruction permanente.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il n'y a plus d'espace politique, si vous me dites aujourd'hui : la cohérence ça aurait été d'être de votre côté, d'être dans la majorité, c'est ce que vous dites.

GERALD DARMANIN
Moi j'entends les réunions entre des dirigeants, que j'ai d'ailleurs toujours connus depuis que j'ai été militant politique, des grands dirigeants politiques de la droite française se réunir dans quelques jours dans des halls d'hôtels, ce n'est pas ça le sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Il s'agit de Gérard LARCHER qui réunit notamment les trois présidents d'associations d'élus locaux, donc François BAROIN, j'explique juste à nos auditeurs, François BAROIN, Dominique BUSSEREAU, Hervé MORIN. En même temps c'est en même temps c'est la force des Républicains, c'est cette implantation locale qui est un gros atout pour ce parti, pour les municipales.

GERALD DARMANIN
Je respecte tous les dirigeants de la droite française que j'ai encore une fois toujours connus, moi personnellement, mais ce n'est pas ça le sujet, ce n'est pas de la politicaillerie pour savoir qui va être membre d'une commission permanente ou qui va simplement réorganiser le parti en attendant la prochaine défaite. Ce qu'il faut…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est de la politicaillerie ce qu'ils font en ce moment ?

GERALD DARMANIN
Mais oui. Ce qu'il faut c'est de la cohérence idéologique, c'est travailler pour le pays. Emmanuel MACRON…

AUDREY CRESPO-MARA
Et Gérard LARCHER, il ne travaille pas à reconstruire la droite ?

GERALD DARMANIN
Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE, aujourd'hui, mais ils sont en train de réformer le pays et d'aider le pays à aller mieux, et aller mieux parce que c'est difficile face à Marine LE PEN. Vous avez cité les présidents d'associations d'élus. Moi j'ai beaucoup de respect pour François BAROIN, Hervé MORIN et Dominique BUSSEREAU, mais ils sont là en tant que présidents de l'association d'élus, dans ce cas-là ça veut dire que les associations d'élus sont partisanes, contre le gouvernement, ce qui est le contraire me semble-t-il de la façon dont on doit travailler, ou est-ce qu'ils sont là de façon individuelle ? Moi, je trouve, voyez, qu'il faut éviter ce que la droite française a fait depuis 2 ans, c'est-à-dire est dans l'erreur. Il faut aider, comme la gauche modérée le fait, il faut aider le président de la République à réussir, dans le concert des Nations pour la France, reconstruire l'Europe…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc la droite n'a de place qu'avec vous, c'est ce que vous nous dites en gros.

GERALD DARMANIN
Mais il n'y a pas aujourd'hui de cohérence idéologique. Il y a ceux qui ont choisi finalement de la droite conservatrice, traditionaliste, une sorte de rétrécissement de François FILLON, qui était déjà assez est rétréci dans son incohérence idéologique par rapport à Nicolas SARKOZY ou Alain JUPPE, et la droite française, en tout cas ce qu'il en reste, doit voir que c'est une erreur, parce que c'est une erreur qui l'amène chez Marine LE PEN. Et les électeurs de droite, manifestement, n'en ont que faire désormais de la droite et de la gauche, ils veulent aider le pays à réussir, et je crois qu'il faut continuer à aider Emmanuel MACRON à réussir.

AUDREY CRESPO-MARA
Gérald DARMANIN, si Les Républicains adoptent une ligne plus modérée, comme celle de. Gérard LARCHER, Valérie PECRESSE, François BAROIN, est-ce qu'ils ne vont pas retrouver leurs électeurs ? Et ce serait une mauvaise nouvelle pour vous.

GERALD DARMANIN
Mais, pardon de le dire, mais ni Valérie PECRESSE, ni François BAROIN ont une ligne modérée. Valérie PECRESSE elle propose d'augmenter le SMIC. Mais augmenter le SMIC, ça peut être doux à l'oreille, mais c'est une vieille formule qui n'a jamais fonctionné notre pays, parce que, ce qu'il faut, c'est faire baisser les impôts et baisser les charges. Et d'ailleurs, ce n'est pas tellement possible de baisser les impôts et baisser les charges, si on continue comme François BAROIN par exemple, de proposer l'augmentation des dotations aux collectivités locales. Nous, déjà, on les maintient les dotations aux collectivités locales. L'augmentation de la dépense publique crée des impôts en plus, et l'impôt en plus, plus l'augmentation du SMIC de madame PECRESSE, c'est des charges en plus et donc ça tue l'économie de notre pays. Ce qu'il faut c'est que nous retrouvions une cohérence idéologique dans le débat public, et seul Emmanuel MACRON l'a. Et Marine LE PEN, je la combats, elle a aussi sa cohérence idéologique, mais ça n'est évidemment pas la mienne.

AUDREY CRESPO-MARA
En fait, le navire Les Républicains est en train de couler et vous envoyez des canots de sauvetage pour récupérer les élus qui veulent échapper au naufrage ?

GERALD DARMANIN
Mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Ce qui est important, encore une fois…

AUDREY CRESPO-MARA
Eh bien un peu quand même, à 9 mois des municipales vous lancez un appel aux maires, des Républicains.

GERALD DARMANIN
Audrey CRESPO-MARA, moi il y a 2 ans, j'ai été très clair. Il y a 2 ans, moi je suis de culture de droite, j'ai soutenu Nicolas SARKOZY et Xavier BERTRAND dans ma région. Quand monsieur FILLON n'a pas su dire qu'il devait partir au moment de sa mise en examen, et puis quand les dirigeants de la droite française n'ont pas su choisir entre Emmanuel MACRON et Marine LE PEN, je me suis dit que je n'avais plus rien à faire avec ce parti que j'aimais, qui était un parti gaulliste. Et j'ai bien fait de suivre Edouard PHILIPPE, parce que je crois que nous réformons le pays et que la droite et la gauche ne veut plus dire grand-chose. Ce qu'il faut, c'est savoir si on veut battre madame LE PEN, si on veut que la France soit dans le concert des Nations ou si on veut effectivement jouer la politique du pire ou la politicaillerie.

AUDREY CRESPO-MARA
Gérald DARMANIN, le Rassemblement national aussi ouvre les bras aux élus de droite, hier soir après la démission de Laurent WAUQUIEZ, Marine LE PEN a aussitôt tweeté : « Nous tendons la main à tous les cadres et électeurs LR patriotes ». Donc vous êtes à deux sur la dépouille de la bête en fait.

GERALD DARMANIN
Mais encore une fois, personne n'est propriétaire de ses voix. Chacun consacrera désormais que la politique les gens sont libres de voter pour qui ils souhaitent et ils ne sont pas enfermés dans la droite ou enfermés dans la gauche. Donc il n'y a pas beaucoup d'autres solutions que de choisir d'aider, à mon avis le pays à se reconstruire, et ça se fait je crois sur les bases d'un président de la République qui, à la fois veut mettre l'Europe en avant, ne pas être démago, et redonner de la compétitivité à nos entreprises, parce que ce qui lutte le mieux contre la misère, c'est l'emploi. Et puis de l'autre il y a un parti nationaliste, qui est celui de madame LE PEN, coincée entre son père et sa nièce.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, sa nièce aussi.

GERALD DARMANIN
Bien sûr.

AUDREY CRESPO-MARA
Elle sort de son silence, Marion MARECHAL, pour en appeler à une Union des droites. Pensez-vous qu'elle puisse oeuvrer, qu'il puisse exister une Union des droites entre le Rassemblement national et ce qui reste des Républicains ?

GERALD DARMANIN
Mais la question n'est pas de savoir s'il faut une union des droites ou une union des gauches, la question est de savoir si on veut pour les Français, que la fin du mois aille mieux, qu'il y ait de la sécurité, que des classes populaires, les classes moyennes, puissent mettre leurs enfants dans des écoles qui leur permettent d'avoir une meilleure vie qu'eux, et dans le concert des Nations, quand on voit que l'Italie s'effondre, quand on voit que l'Angleterre s'effondre, quand on voit que... ce qui se passe comme problèmes politiques en Allemagne, lorsqu'on voit les géants chinois, les géants russes, les géants américains, on ne se pose pas de question de savoir s'il faut gagner le Conseil général du coin ou le Conseil régional Tartempion, il faut savoir si on veut aider notre pays a mieux fonctionner. Parce que le moment est difficile.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc c'est décidément : Emmanuel MACRON ou le cahot.

GERALD DARMANIN
Le moment est difficile. Mais, on ne va pas nous reprocher quand même qu'Emmanuel MACRON soit un grand dirigeant politique et qu'il ait tendu la main en 2017 à des gens de droite et de gauche qui ont formé un gouvernement qui réforme le pays. Alors bien sûr on a des défauts, on a des défauts comme tout le monde, il faut améliorer ses défauts. On ne parle pas assez aux classes populaires, sans doute qu'il faut qu'on parle encore plus simplement, qu'on se encore plus à l'écoute du pays. Bien sûr que le gouvernement d'Emmanuel MACRON a fait des fautes, mais manifestement il a toujours été cohérent avec l'idée d'aider la France. Et il n'a pas, il ne s'est pas réuni en arrière-cour, en arrière classe pour savoir ce qui allait se passer, si Robert décidait de soutenir plutôt MARIANI qui était partis au Front national ou s'il devait absolument être exclu parce qu'il avait envie d'aider Edouard PHILIPPE et Emmanuel MACRON. Donc il faut arrêter de parler des partis, et il faut parler du pays. Et moi l'appel que je lance, ce n'est pas un appel aux maires pour qu'ils s'en aillent ou qu'ils ne s'en aillent pas, qu'ils aident le président de la République à réussir.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce qui revient au même.

GERALD DARMANIN
Dans une semaine, le Premier ministre fera un discours de politique générale, il va continuer les réformes, il va annoncer que nous allons continuer les réformes. Eh bien il faut que tous les maires, de droite et de gauche, qui soient même sans étiquette, puissent se dire : voilà, on va aider notre pays, madame LE PEN est aux portes du pouvoir, il faut continuer à réformer et dire la vérité aux Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Gérald DARMANIN.

NIKOS ALIAGAS
Le ministre de l'Action et des Comptes publics était l'invité d'Audrey CRESPO-MARA. Audrey, je retiens cette petite phrase que vous avez prononcée Monsieur le Ministre : « Personne n'est propriétaire des votes des électeurs ou des voix des électeurs ». A demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2019

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