Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre des outre-mer, sur la biodiversité ultramarine, au Sénat le 6 juin 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre des outre-mer, sur la biodiversité ultramarine, au Sénat le 6 juin 2019.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick.

FRANCE. Ministre des Outre-mer

Circonstances : Colloque « Biodiversités du bassin atlantique », au Sénat le 6 juin 2019

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Mesdames et messieurs,


C'est un réel plaisir d'être parmi vous pour ce colloque consacré à la biodiversité du bassin atlantique, seconde édition des conférences organisées par la Délégation sénatoriale aux Outre-mer, consacrées à la biodiversité ultramarine par océan. Je n'avais pas pu être présente l'année dernière à celle consacrée au Pacifique et je me réjouis de pouvoir intervenir cette année.

Saint-Pierre-et-Miquelon est bien représenté aujourd'hui ! J'interviens après la présentation de Guy CLAIREAUX, enseignant chercheur de l'Université de Brest, originaire de l'archipel : j'ai écouté avec plaisir son exposé sur la gestion des stocks – en l'occurrence le flétan dans le Golfe du Saint-Laurent – pour illustrer la gestion durable des ressources biologiques.

Ce colloque met en valeur lien entre la science, la préservation de la biodiversité et le développement durable de nos territoires. Et c'est justement de ce lien dont je suis venu vous parlez.

Vous le savez, et cela a été évoqué en introduction, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a rendu il y a tout juste un mois son évaluation mondiale.

Ce rapport, outre le fait de tirer une nouvelle fois une sonnette d'alarme encore plus stridente – près de 10% des espèces (soit 1 million) seraient menacées – contient 4 messages clés :

- L'effondrement de la biodiversité terrestre est d'abord lié aux changements d'utilisation des sols occasionnés par l'agriculture ; pour les océans, c'est la pression de la pêche qui est le premier facteur de déclin. Je viens d'ailleurs d'un territoire où la surpêche a provoqué une crise environnementale et économique.
- Les bonnes intentions politiques et l'adoption des décrets mondiaux ne doivent pas rester lettre morte : il faut agir concrètement.
- Les modes de développement économiques et sociaux doivent protéger et s'appuyer sur les populations autochtones et les communautés locales, dont l'action et le savoir faire en matière de préservation de la biodiversité doit nous éclairer.
- Le futur cadre mondial sur la biodiversité devra être adopté fin 2020 lors de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique (CDB) à Kunming en Chine. L'alimentation et l'agriculture seront au centre des négociations, les subventions concernant la pêche feront l'objet de débats à l'Organisation mondiale du commerce, tout comme la mise en oeuvre de l'agenda 2030 pour le développement durable.

La France doit être la tête de pont des négociations puisqu'elle est située dans la quasi-totalité des points chauds de la biodiversité mondiale avec les outre-mer.

Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai lancé le 8 avril dernier la stratégie de développement durable du ministère pour l'ensemble des territoires à l'horizon 2030 : la trajectoire outre-mer 5.0.

La question de la biodiversité est évidemment transversale dans chacun des objectifs. Elle questionne pour chacun d'entre eux notre rapport à la nature et à notre environnement.

0 déchet et 0 carbone, c'est réduire drastiquement l'empreinte de l'homme pour préserver la biodiversité.

0 polluant agricole, ce sont des populations protégées des substances chimiques dans leur quotidien, ce sont de nouveaux systèmes agricoles qui freinent l'artificialisation des sols.

0 vulnérabilité, ce sont des territoires résilients face au changement climatique et aux risques naturels qui en découlent, et je l'ai toujours dit, rien ne vaut une barrière de corail ou une mangrove pour contrer la submersion.

0 exclusion, ce sont des sociétés inclusives, luttant contre toute forme d'exclusion. Deux exemples prouvent d'ailleurs le lien entre cet objectif et la biodiversité :

- Un 1er concret : dans les territoires j'ai rencontré à plusieurs reprises des associations engagées en faveur de la biodiversité qui intégraient des personnes éloignées de l'emploi, contribuant ainsi au lien social.
- Un 2nd sur le long terme : notre épanouissement individuel ou collectif ne doit plus passer par une consommation effrénée - l'homme du futur, s'il veut être libre, doit moins empiéter sur son environnement.

Cette trajectoire outre-mer 5.0, elle est placée du côté de l'ambition, de la solution, du projet en y associant tous les acteurs institutionnels, privés et société civile : la clef de la réussite, c'est la coalition d'acteurs.

Ces chiffres, déjà connus, vous les avez peut-être trop entendus :

- 80% de la biodiversité française se situe dans les territoires d'outre-mer.
- La France possède le deuxième espace maritime au monde et abrite 10% des récifs coralliens du globe, grâce aux Outre-mer.

Mais connaissez-vous celui-ci ? La valeur économique des récifs coralliens en outre-mer est estimée à 1 milliard d'euros !

Voilà pourquoi la valorisation de l'exceptionnelle biodiversité ultramarine me semble essentielle et qu'elle a fait l'objet de mesures concrètes inscrites dans le Livre bleu, la feuille de route outre-mer du gouvernement sur le quinquennat.

Ces engagements forts et novateurs ont été renforcés dans le Plan national biodiversité dont je rappelle les 4 ambitions :

- Mieux connaître
- Mieux protéger
- Mieux sensibiliser
- Mieux accompagner

Pour répondre à la question posée par la première table ronde, il me semble évident que le développement des connaissances sur la biodiversité est nécessaire. Parce qu'avant d'agir, il faut savoir, il faut connaitre, il faut appuyer nos actions sur des recherches.

C'est tout l'objet des plateformes de recherche par bassin maritime que je souhaiter lancer avec Frédéric VIDAL, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, conformément aux engagements pris dans le Livre bleu.

Une convention de préfiguration d'une plateforme subarctique à Saint-Pierre-et-Miquelon a été signée en février grâce aux concours, pour cette première année, de l'UBO et de l'IFREMER.

Les prochaines missions de préfiguration des plateformes pour l'Océan Indien (La Réunion, Mayotte) et dans l'Atlantique, pour la Guyane d'une part et la Martinique, et la Guadeloupe d'autre part seront lancées d'ici cet été.

Autre engagement sur la connaissance, l'Agence française pour la biodiversité (AFB) lance demain son appel à projets pour les Atlas de la biodiversité communale spécifiquement dédiés aux outre-mer.

Je tiens à saluer une nouvelle fois l'engagement et les actions de l'AFB. Comme elle le dit si bien : connaître la biodiversité, c'est pouvoir agir pour la protéger et la valoriser à partir d'un diagnostic précis.

Une fois ces atlas établis, nous aurons une vue plus exhaustive sur les espaces de biodiversité à protéger prioritairement et nous pourrons mieux penser ceux à attribuer pour un aménagement propice au développement du territoire. Ces atlas pourront être particulièrement utiles dans la réalisation des évaluations environnementale des projets miniers que le Gouvernement souhaite intégrer au projet de réforme du code minier.

Concernant la préservation de la biodiversité en tant que telle, l'objet de la table ronde qui va suivre, je tiens à vous présenter certaines actions du gouvernement.

Premièrement, concernant l'Initiative Française sur les Récifs Coralliens (IFRECOR), dont nous fêterons les 20 ans l'année prochaine, sa redynamisation est en cours, un nouvel arrêté revoyant sa gouvernance sera prochainement pris, ses moyens et son ambition seront consolidés. Je me réjouis de la nomination des 8 nouveaux membres du collège parlementaire de l'IFRECOR dont les sénateurs ultramarins Dominique THÉOPHILE, Gérard POADJA et Victorin LUREL. Je sais que la protection des récifs coralliens est entre de bonnes mains.

Deuxièmement, concernant le suivi des espèces menacées, défi mis en avant par le rapport de l'IPBES, la France possède une responsabilité particulière en matière de protection de la biodiversité. Voilà pourquoi, nous avons voulu intégrer dans les projets du Livre bleu, la création d'un Compteur biodiversité, à la fois propre à l'ensemble des Outre-mer et déclinable par territoire.

Je souhaite que les concertations pour des prototypes de compteurs se déroulent dès cet été, avec une équipe projet qui regroupe à la fois des opérateurs publics – au premier titre duquel le futur OFB et ses déclinaisons d'agences régionales pour la biodiversité – les établissements de recherche et d'enseignement supérieurs et le secteur associatif non-gouvernemental : UICN France (Union internationale pour la conservation de la nature), WWF et les membres de la Fédération France nature environnement (FNE).

Le but des ces sites sera de regrouper l'information pour le citoyen : un suivi sur les dernières estimations d'espèces menacées, une mise à jour régulière des dernières avancées de la recherche, la découverte de nouvelle espèce, la lutte contre les espèces envahissantes, les actions de prévention pour la préservation de la biodiversité.

Jean-Bernard NILAM, ambassadeur délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane, et modérateur de la troisième table ronde consacrée à la biodiversité comme moteur de la coopération régionale, vous présentera certaines actions du ministère des Outre-mer en la matière.

Je tenais simplement à souligner la cohérence et la pertinence de ce colloque : car l'articulation entre la connaissance et l'action sur la biodiversité est fondamentale. Cette articulation se construit, à l'échelle de chaque territoire, en coopération avec les pays voisins du bassin régional, qui partagent le plus souvent les mêmes enjeux : je pense ici aux Caraïbes avec le phénomène d'apparition des Sargasses ou au Plateau des Guyanes sur la gestion commune de la forêt, sa biodiversité, son exploitation. Ces deux défis régionalisés feront l'objet, comme nous nous y étions engagés dans le Livre Bleu, de conférences de coopération régionales, respectivement en novembre et en octobre.

Monsieur le président de la délégation sénatoriale aux outre-mer, je vous remercie pour l'organisation de ce colloque. Ces évènements, permettent non seulement aux défenseurs d'une même cause de se retrouver et de s'organiser, mais surtout, ils sont de beaux exemples d'acteurs concrètement mobilisés pour la préservation de la biodiversité et nous donnent l'espoir de penser qu'il n'est pas trop tard pour agir.


Je vous remercie.


Source https://annickgirardin.com, le 12 juin 2019

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