Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV/RMC le 5 juin 2019, sur la fusion entre Renault et Fiat Chrysler, la privatisation de La Française des jeux et sur la politique industrielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV/RMC le 5 juin 2019, sur la fusion entre Renault et Fiat Chrysler, la privatisation de La Française des jeux et sur la politique industrielle.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, est notre invité ce matin. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
RENAULT-NISSAN, audit interne, 11 millions d'euros de dépenses douteuses, suspectes, engagées par Carlos GHOSN. Alors, des déplacements privés, professionnels, on ne sait pas trop, des fêtes privées, professionnelles, on ne sait pas trop. Est-ce que l'Etat va déposer plainte ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat déposera tous ces éléments à la justice, et la justice tranchera. Mais l'Etat, dans cette affaire, a joué pleinement son rôle d'actionnaire de référence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat va déposer plainte ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat déposera tous ces éléments à la justice et il y aura une plainte, et elle sera instruite, et la justice tranchera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura plainte.

BRUNO LE MAIRE
Il y aura évidemment plainte, justice et décision de justice. L'Etat dans cette affaire a joué tout son rôle d'actionnaire de référence. Quand l'Etat est actionnaire d'une entreprise, comme RENAULT où nous avons 15 %, eh bien son rôle c'est de s'assurer que la gouvernance fonctionne bien. Il y a six mois, j'ai demandé un audit interne, quand il y a eu les révélations sur les faits reprochés à monsieur Carlos GHOSN, nous avons demandé un audit interne à la gouvernance de RENAULT, cet audit interne a été mené, nous en avons maintenant les conclusions, et ces conclusions montrent des faits qui sont répréhensibles. Donc sur la base de cet audit, tous les faits seront transmis à la justice, et la justice tranchera. Mais c'est ma conception de l'Etat actionnaire. Ce n'est pas un Etat qui reste sur les bras croisés derrière la table, à regarder compter les points, c'est un Etat qui joue pleinement son rôle, qui garantit les intérêts industriels de RENAULT et la bonne gouvernance de l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc une plainte sera déposée par RENAULT, si je comprends bien.

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'Etat fournira les pièces nécessaires.

BRUNO LE MAIRE
C'est l'Etat, c'est de la gouvernance de RENAULT qui sur la base de cet audit fournira les pièces nécessaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. Bien. RENAULT FIAT CHRYSLER, la fusion. Le Conseil d'administration de RENAULT, où l'Etat siège, rappelons-le, continue d'étudier, je cite, avec intérêt cette fusion. Nouvelle réunion aujourd'hui, prolongation des discussions. A votre demande ? A la demande de l'Etat ?

BRUNO LE MAIRE
C'est la gouvernance de RENAULT, c'est le président de RENAULT, Jean-Dominique SENARD, qui a demandé de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes le premier actionnaire, je le rappelle.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Mais prenons le temps pour faire les choses bien. Il y a un projet de fusion qui a été présenté il y a un peu plus d'une semaine par FIAT. Ce projet de fusion, il est, je l'ai toujours dit, une opportunité. Pourquoi ? Parce que ça permet de consolider le paysage automobile mondial, de créer un champion européen mondial de l'automobile, et de dégager des marges de manoeuvre nécessaires pour financer les véhicules électriques et les véhicules autonomes. Donc c'est une opportunité. Mais il y a des conditions, et ces conditions je les ai fixées dès le départ, dès le premier jour, c'est que ça se fasse dans le cadre de l'alliance entre RENAULT et NISSAN, qui est une alliance qui existe depuis 20 ans, il faut la consolider cette alliance, il ne faut pas l'affaiblir. Il faut qu'il y ait des garanties sur les sites industriels. Moi je me mets à la place des salariés que nous écoutent, les salariés de Sandouville ou des centres de recherche de RENAULT à Cléon ou ailleurs, qui se disent : mais quel va être notre avenir ? Mon rôle comme actionnaire de référence, c'est de garantir à ses salariés et aux Français que les sites industriels vont être préservés, c'est vital.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas ces garanties pour l'instant ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes en train de les construire, mais ça prend du temps. Prenons le temps. La troisième garantie que je demande, c'est la gouvernance, il va y avoir, s'il y a demain une fusion, un conseil d'administration, il faut que l'Etat, qui restera au capital de cette entreprise, soit représenté au Conseil d'administration. Et on voit bien dans cette affaire de Carlos GHOSN, qu'il était utile d'avoir un Etat pour faire respecter des règles, demander un audit, s'assurer que la gouvernance fonctionne bien. Et puis il y a une dernière condition qui est important aussi, c'est que cette future entité participe à la filière de batteries électriques que nous avons créées avec mon homologue allemand. Prenons le temps pour faire les choses bien, c'est une opération d'une grande ampleur, qui vise à créer un champion mondial de l'industrie automobile. Pas de précipitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais entrer dans le détail, justement.

BRUNO LE MAIRE
Allez-y Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de précipitation. Est-ce que le siège opérationnel du groupe sera localisé à Paris ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien je le souhaite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Installé à Paris.

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie des discussions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le souhaitez, mais…

BRUNO LE MAIRE
Je le souhaite, je n'ai pas encore aujourd'hui la garantie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'assurance, vous n'avez pas l'assurance aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Je souhaite qu'il y ait un siège opérationnel à Paris, pour des raisons qui sont aussi liées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un siège ou le siège ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il y a un siège qui représentera l'intégralité de la future entité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Holding.

BRUNO LE MAIRE
Qui sera aux Pays-Bas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A Amsterdam !

BRUNO LE MAIRE
Exactement, exactement comme c'est le cas je le précise pour AIRBUS. Quand vous regardez AIRBUS, AIRBUS a son siège…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi Amsterdam ? Pour des raisons fiscales ?

BRUNO LE MAIRE
Mais quand vous avez différentes nationalités... Jean-Jacques BOURDIN, quand il y a différentes nationalités, eh ben il faut trouver un terrain d'entente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pour des raisons fiscales ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est pas pour des raisons fiscales, c'est pour des raisons opérationnelles. Quand vous avez des Allemands, des Italiens, des Français, qui sont dans une même entreprise, c'est difficile de savoir si on va choisir Rome, Paris ou Berlin, donc on trouve une solution qui est de prendre un autre pays et on s'installe à Amsterdam.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à holding à Amsterdam.

BRUNO LE MAIRE
La holding sera à Amsterdam, et je souhaite que dans ce Conseil d'administration qui dirigera l'ensemble de l'entreprise, il y ait un représentant de l'Etat, c'est un point dur de la négociation, et la discussion. Après il y aura des sièges opérationnels, là aussi je le redis exactement comme dans le cas d'AIRBUS, pour qu'on comprenne bien. Le siège d'AIRBUS aéronautique il est à Toulouse, mais il y a aussi un AIRBUS spatial, il y a aussi un AIRBUS militaire, et les sièges ne sont pas en France. Eh bien là je souhaite qu'il y ait un siège opérationnel en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lequel ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie des discussions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un siège opérationnel, lequel ?

BRUNO LE MAIRE
Ça peut être un siège géographique, par exemple, un siège géographique qui couvrirait l'intégralité de la France, de l'Europe, peut-être davantage. Ça fait partie des discussions, mais qu'il est important pour les Français qu'ils sachent qu'il y a un siège industriel avec marqué FIAT RENAULT au-dessus, avec une porte d'entrée, avec des bâtiments, avec des bureaux, parce qu'une entreprise est une incarnation aussi, et qu'avoir un siège en France c'est une incarnation qui est importante pour les Français. RENAULT c'est Boulogne-Billancourt, ça compte aussi notre histoire, et il faut respecter l'histoire pour construire l'avenir d'une industrie comme l'industrie automobile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat français va perdre son droit de veto, non, dans la future fusion ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'en a pas de droit de véto.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y en a pas aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y en a pas aujourd'hui, je préfère le préciser tout de suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Il y a des droits de vote doubles, il y a 15 % dans l'entité, si jamais l'opération se fait, la part de l'Etat baissera à 7,5 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la fusion va se faire ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je le souhaite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le souhaitez, mais vous pensez qu'elle va se faire, vraiment ?

BRUNO LE MAIRE
Je le souhaite depuis le début, je le souhaite, mais elle doit se faire dans de bonnes conditions. Et je veux être très clair aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne sont pas remplies aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Je veux être très clair aussi, si j'ai posé ces conditions, c'est pour qu'elles soient respectées. L'Etat sera ferme dans la défense des intérêts industriels de RENAULT et dans la défense des intérêts industriels de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
14,5 % des actions dans le nouveau groupe pour la famille AGNELLI, on est d'accord ?

BRUNO LE MAIRE
On est d'accord, tout à fait. 7,5 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
7,5 % pour l'Etat français.

BRUNO LE MAIRE
Pour l'Etat français, 7,5 % pour NISSAN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On passe de 15 à 7,5.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Mais qu'est-ce qui compte ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est dilué.

BRUNO LE MAIRE
Mais Jean-Jacques BOURDIN, qu'est-ce qui compte ? Ce n'est pas de savoir si on est dilué dans le capital ou pas, ce qui compte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, c'est la famille AGNELLI qui va conduire le groupe…

BRUNO LE MAIRE
Ce qui compte Jean-Jacques BOURDIN, c'est qu'il y ait des usines, des emplois, des centres de recherche en France. Ça c'est la première chose qui compte. La deuxième…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura des suppressions d'emplois ? Est-ce que vous vous engagez ce matin, est-ce que vous nous dites ce matin : il n'y aura pas une suppression d'emploi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais sans doute que si je pouvais prendre cet engagement-là, la fusion serait déjà actée, ce n'est pas le cas. Donc nous nous allons poursuivre les discussions pour que ces conditions soient remplies. Je serai ferme sur le respect des conditions. Je propose que nous prenions le temps nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc si vous n'avez pas l'assurance, si vous n'avez pas cette assurance-là, il n'y aura pas de fusion.

BRUNO LE MAIRE
Mais ça fait partie des conditions. Je veux des assurances sur l'emploi, je veux des assurances sur les sièges, je veux des assurances sur les sites industriels, des assurances sur la bonne gouvernance et des assurances sur le fait que ça se passe dans le cadre de cette alliance entre RENAULT et NISSAN, qui a été profitable à la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce le petit-fils de Gianni AGNELLI qui va présider le groupe ?

BRUNO LE MAIRE
Tout ça fait partie des discussions, c'est une option.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien encore.

BRUNO LE MAIRE
Non mais vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, vous avez beaucoup de discussions à conduire encore. C'est loin, la fusion…

BRUNO LE MAIRE
Nous ne sommes pas en train d'essayer de rapprocher le numéro 42 qui a une boulangerie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris.

BRUNO LE MAIRE
... avec le numéro 44 de la rue qui a une pâtisserie. Ce n'est pas le rapprochement d'une boulangerie et d'une pâtisserie avec deux salariés dans chaque boutique, aussi respectables soient-elles. C'est la fusion de deux géants industriels automobiles, qui ont une empreinte industrielle partout en Europe et dans le monde. Il y a des centaines de milliers d'emplois qui sont en jeu, il y a des dizaines de sites industriels qui sont en jeu, il y a des questions de recherche, de technologie, qui sont en jeu aussi, il faut prendre le temps pour faire les choses bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que, si l'on regarde la valeur des entreprises, RENAULT et FIAT valent à peu près la même chose ? RENAULT et le groupe FIAT CHRYSLER ?

BRUNO LE MAIRE
FIAT vaut un peu plus que RENAULT, donc il y a aussi des questions de parité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? Ce n'est pas ce que disent certains sites, j'ai regardé ça, sur la valeur des entreprises…

BRUNO LE MAIRE
Non mais FIAT, vous vérifierez, en valorisation boursière FIAT vaut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En valorisation boursière.

BRUNO LE MAIRE
FIAT vaut un peu plus que RENAULT. Donc nous avons des discussions, il y a des banques conseils, je ne veux pas rentrer dans la technique, je veux juste donner l'assurance à nos compatriotes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est important, très important.

BRUNO LE MAIRE
Je veux donner l'assurance à nos compatriotes que l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
RENAULT c'est la France.

BRUNO LE MAIRE
... veille avec fermeté, avec fermeté, sur les intérêts industriels de RENAULT et sur les intérêts industriels de la France. Nous voulons faire cette fusion, mais nous ne la ferons pas à n'importe quelles conditions. Et les choses doivent être très claires entre tous ceux qui participent à…

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'il faut poursuivre les négociations encore plusieurs jours, elles…

BRUNO LE MAIRE
Nous ne les ferons pas à n'importe quelles conditions. Nous ferons cette opération aux conditions que nous avons fixées, que nous avons posées sur la table, nous travaillons bien, nous travaillons en confiance avec FCA, Jean-Dominique SENARD fait un travail remarquable pour faire avancer ce projet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
FCA, c'est FIAT CHRYSLER.

BRUNO LE MAIRE
Il faut informer aussi nos amis japonais, nos partenaires japonais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'imagine.

BRUNO LE MAIRE
... qu'ils savent exactement de quoi il retourne. Tout ça prend nécessairement du temps. Moi je suis à la fois serein et ferme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. La FRANÇAISE DES JEUX sera-t-elle privatisée avant la fin de l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Si les conditions de marché le permettent, la FRANÇAISE DES JEUX sera privatisée d'ici la fin de l'année. Et j'ai engagé en toute transparence, en toute transparence, les recherches de banquiers conseils, pour pouvoir lancer cette opération de privatisation de la FRANÇAISE DES JEUX d'ici la fin de l'année. Je veux le faire dans des conditions de transparence totale, c'est pour ça que je l'informe tout de suite. Je veux le faire en associant les Français qui pourront participer au capital de la FRANÇAISE DES JEUX et devenir actionnaires de la FRANÇAISE DES JEUX, qui est une entreprise qui est rentable, et donc chaque Français s'il le souhaite pourra participer au capital de la FRANÇAISE DES JEUX. Et puis surtout, je veux qu'on renforce les garanties contre l'addiction au jeu, et c'est ce qui a été fait par les parlementaires, qui ont fait un travail remarquable sur ce sujet, demain les instruments de lutte contre l'addiction aux jeux seront plus forts que ceux qui existaient auparavant. Nous allons créer une association qui va contrôler justement cette addiction au jeu, qui sera une autorité indépendante, qui veillera à ce que les jeunes, les mineurs n'aient pas cette addiction au jeu, ne la développent pas. Nous allons renforcer les sanctions puisqu'il y aura désormais une amende de 135 € pour tous ceux qui délivrent des produits de jeu à des mineurs. Il y aura de la vidéosurveillance sur les bornes et nous allons faire de cette contravention un élément clé de la lutte contre l'addiction. Je précise un dernier élément technique, le taux de retour aux joueurs, qui est ce qui crée l'addiction, quand il y a un très bon taux de retour, forcément on consomme plus les jeux. Il sera fixé par décret, alors qu'hier il était fixé par arrêté. Donc nous renforçons la régulation des jeux et la lutte contre l'addiction des mineurs au jeu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va rapporter combien cette privatisation ? Vous espérez, enfin.

BRUNO LE MAIRE
Je ne veux pas donner de chiffres, parce que ça dépendra du marché…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment !

BRUNO LE MAIRE
Et que si je vous donne des chiffres, maintenant, vous direz : ah finalement c'était moins, on s'est fait avoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Donc on verra si conditions de marché sont réunies, mais je pense que ça peut être une bonne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous espérez combien ?

BRUNO LE MAIRE
On espère toujours quelques milliards, vous savez, le maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques milliards.

BRUNO LE MAIRE
Le maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord, oui, ça c'est une réponse…

BRUNO LE MAIRE
Mais le maximum, parce que derrière, je redis la logique qui est derrière tout cela, c'est de redéfinir la place de l'entreprise et de l'Etat dans la société. L'entreprise doit avoir un rôle social et sociétal plus important, et l'Etat quant à lui doit se désengager d'activités commerciales dont ce n'est pas le rôle, pour qu'il puisse investir dans l'avenir, financer les nouvelles technologies, nous permettre de réussir notamment dans l'intelligence artificielle qui est critique, pour rester une grande Nation. C'est ça la logique des privatisations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En deux jours, vous avez été sifflé, hué, à Belfort, et puis applaudit, standing ovation devant les patrons de l'industrie allemande.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est vrai oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça doit être étrange ça, non, de passer comme ça de…

BRUNO LE MAIRE
Non, ça prouve que l'amitié franco-allemande marche bien et qu'un ministre de l'Economie et des Finances français peut s'exprimer devant le patronat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes réjoui, je vous vois heureux.

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que, écoutez, ça fait des années que je suis investi dans la relation entre la France et l'Allemagne, je pense qu'il y a une clef pour l'avenir de l'Europe. Ça fait des années que j'entends que les relations se passent mal entre la France et l'Allemagne, et que les Allemands sont très critiques sur l'économie française, sur les finances publiques françaises. Eh bien là vous avez la preuve vivante, parce que moi je crois aux choses vivantes, la preuve vivante que les entrepreneurs allemands, le Mittelstand allemand, le patronat allemand, apprécient ce que nous faisons avec le président de la République et le Premier ministre. Ce n'est pas moi qu'ils ont applaudi, c'est la politique du gouvernement, c'est la politique du Premier ministre, c'est la politique du président de la République. Et avoir 1 500 entrepreneurs allemands qui font une standing ovation à la politique économique française, eh ben ça fait plaisir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, j'ai une question à propos de l'Allemagne, est-ce que l'Allemagne est prête à soutenir une femme à la tête de la Commission européenne ? Dites-moi. Je pense à une Danoise.

BRUNO LE MAIRE
Elle a déjà une femme à la tête de l'Etat allemand.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais est-ce que les Allemands ont assoupli leur position ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, le choix du président de la Commission, c'est un choix qui appartient aux chefs d'Etat et au Parlement européen, pas au ministre de l'Économie et des Finances…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, mais vous en avez discuté.

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai aucun avis à donner là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en avez parlé.

BRUNO LE MAIRE
Ben entendu, ce serait malhonnête si je vous disais le contraire, et je suis en général sincère et honnête, donc nous discutons, les discussions restent entre nous, mais c'est le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bonne candidate, quand même, non ?

BRUNO LE MAIRE
C'est le président de la République qui décidera, avec la chancelière, les autres chefs d'Etat, et le Parlement européen, du futur président de la Commission.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bonne candidate.

BRUNO LE MAIRE
Il y a beaucoup beaucoup de bons candidats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Bon, GENERAL ELECTRIC, là vous avez été sifflé. Combien ? 1 050 emplois. Est-ce que l'activité turbines à gaz va cesser à Belfort ?

BRUNO LE MAIRE
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

BRUNO LE MAIRE
Elle ne doit pas cesser et je vais vous dire, j'apprécie beaucoup les applaudissements du patronat allemand et je comprends parfaitement les sifflets et la colère des salariés de Belfort. L'inquiétude elle se manifeste, et c'est normal, c'est vivant aussi, ça fait partie des réactions qui sont légitimes. Il y a, et c'était l'intérêt de venir sur le site, d'aller tout de suite au contact des salariés, tout de suite au contact des représentants des salariés, parce qu'il y avait une chose que je n'avais pas mesurée, on ne la mesure pas de son bureau à Paris, il faut aller sur le site industriel, c'est que les salariés peuvent comprendre qu'on réduise la charge à un moment, parce qu'il y a moins de commandes de turbine à gaz, mais ce dont ils veulent être certains, et je ne le suis pas non plus, c'est que derrière ce n'est pas un plan de liquidation des usines de turbines à gaz de Belfort. Et cette assurance je la demande à Larry CULP, le président de GENERAL ELECTRIC. Une adaptation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant, vous ne l'avez pas obtenue. Vous ne l'avez pas obtenue pour l'instant.

BRUNO LE MAIRE
Oui, une assurance formelle que derrière il n'y a pas l'envie ou la volonté de liquider l'activité de centrales à gaz à Belfort, ça je veux l'obtenir de Larry CULP.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous n'avez pas cette assurance ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien je demandais à Larry CULP, et je le redemande formellement, de revoir son plan social. Il faut le revoir d'abord sur le nombre de salariés qui sont concernés, 1 050 c'est trop, 1 045 pour être tout à fait précis. Et puis surtout je demande de le revoir sur le fond, en donnant les garanties nécessaires aux salariés, que derrière il n'y a pas un plan caché de liquidation de l'activité des centrales à gaz.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si la Direction de GENERAL ELECTRIC ne vous donne pas ses garanties ?

BRUNO LE MAIRE
Mais GENERAL ELECTRIC a 15 000 salariés en France, ce n'est pas la même situation que FORD ou que d'autres grandes entreprises américaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais

BRUNO LE MAIRE
C'est une entreprise qui a une histoire, profonde, avec les territoires français, avec des sites industriels français, donc nous pouvons entrer en discussion. Par ailleurs il y a un autre point qui est très important, c'est qu'on puisse ouvrir des perspectives nouvelles, parce que les turbines à gaz, même s'il y a encore des perspectives, il faut pouvoir diversifier l'activité, je pense que sur l'aéronautique il y a des vraies possibilités de diversification, nous allons y travailler avec les élus locaux, notamment au Damien MESLOT, le maire de Belfort, à qui je rends hommage parce qu'il a le sens des responsabilités et qu'il se bat dans la même direction que nous tous. Je pense que nous pouvons développer une belle activité aéronautique sur le site de Belfort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel avenir à Amiens pour l'ancien site WHIRLPOOL ? Le repreneur placé en redressement judiciaire, quel avenir ?

BRUNO LE MAIRE
Il faut trouver, comme ma secrétaire d'Etat Agnès PANIER l'a dit, il faut trouver des repreneurs et des activités qui soient plus prometteuses que celles qui existaient. Mais je le dis très simplement, l'activité et qui avait été reprise, elle ne marchait pas, il n'y avait pas de débouchés, il n'y avait pas de commandes, et je ne suis pas là pour nier les réalités de l'économie de marché.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat a distribué combien ? 2,5 millions d'euros dans cette affaire ?

BRUNO LE MAIRE
Un peu plus de 2 millions d'euros, dans le cadre de la prime d'aménagement du territoire, pour être tout à fait précis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A quoi a servi cet argent finalement ? A pas grand-chose.

BRUNO LE MAIRE
A accompagner, à essayer de faire démarrer cette activité, c'était une activité notamment de casiers réfrigérés. On nous avait promis 29 millions de commandes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, je m'en souviens.

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu quelques centaines de milliers d'euros de commandes, voilà, ça n'a pas marché, dont acte. Je pense qu'il ne faut pas faire de récupération politique comme certains essaient de le faire, sur cette affaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez à François RUFFIN.

BRUNO LE MAIRE
Par exemple. Je pense que ce n'est pas ce qu'attendent les salariés. Vous savez, la médiatisation, la colère, parfois feinte, ce n'est pas ce qui va permettre aux salariés de vivre dignement, de nourrir leur famille et de payer leur logement. Eux, ce qu'ils veulent, c'est de la réindustrialisation, des emplois et des salaires. Et c'est pour ça que je continuerai à me battre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur pourrait être conclu dans 3 ou 4 semaines ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ça dépend…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay. C'est le ministre brésilien de l'économie qui le dit. C'est vrai ou faux ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, ça dépend totalement de la décision des pays que vous venez de citer, en particulier du Brésil. Donc attendons de voir quelle sera la position du Brésil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ? Sur quoi, sur la viande par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Au moment où je vous parle, je ne connais pas la position du Brésil sur ce sujet-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que nous ouvrirons le marché européen à la viande brésilienne ?

BRUNO LE MAIRE
Nous avons toujours été clairs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

BRUNO LE MAIRE
... les règles doivent être les mêmes en termes de production, de consommation, de règles sanitaires, qui sont fixées aux uns et aux autres. Donc avant de me prononcer sur ce sujet, j'attends de voir quelle sera la proposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous les connaissez…

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que je ne connais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les règles sanitaires au Brésil, les règles sanitaires chez nous.

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr. J'ai été trois ans ministre de l'Agriculture, je connais bien les différences de production.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je sais bien, c'est pour ça que je vous pose la question.

BRUNO LE MAIRE
Je dis simplement que, au moment où je vous parle, je ne sais pas quelle est la position des pays d'Amérique du Sud sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai un autre sujet encore.

BRUNO LE MAIRE
Allez-y… Les sujets sont très importants et passionnants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le kérosène des avions en France sera taxé ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il ne sera pas taxé au niveau national.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne sera pas taxé, vous le répétez.

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que… enfin je vous dis que si on peut le taxer au niveau international, nous allons nous battre pour ça parce que ce serait légitime que le kérosène des avions soit taxé au niveau international. Mais on ne va pas se tirer une balle dans le pied en taxant notre kérosène pour que les avions continuent à voler toujours autant, mais qu'ils aillent atterrir ailleurs que chez nous, c'est aussi simple que cela. Donc oui à la taxation du kérosène, mais au niveau international et on ne se tire pas une balle dans le pied en taxant des avions qui du coup ne viendront plus chez nous, viendrons ailleurs mais seront toujours aussi nombreux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question politique, Bruno LE MAIRE, vous avez été membre des Républicains, maintenant vous êtes En Marche, Christian ESTROSI était à votre place hier matin, il nous disait qu'une coalition même au gouvernement, Républicains avec La République En Marche, ça ne lui faisait pas peur et même c'était une main tendue, vous la saisissait cette main tendue ? Est-ce que vous verrez bien une coalition politique, mais c'est un peu politicien tout ça…

BRUNO LE MAIRE
Toutes les mains tendues sont les bienvenues, mais elles doivent se faire, ces gestes doivent se faire pas sur la base d'accords d'appareils ou d'accords de partis, je te donne ceci, tu me donnes ça et puis tu auras peut-être le secrétariat général. Non, sur la base de conviction. On voit bien que le paysage politique français qui s'est transformé en 2017, on a une nouvelle réplique profonde, il y a des failles profondes dans le système politique français qui redessinent un paysage nouveau. Tous ceux qui croient à la construction européenne, tous ceux qui croient à la compétitivité des entreprises, tous ceux qui croient au redressement économique de la nation, tous ceux qui croient à l'unité de notre nation autour d'une culture française, tout ceux-là sont bienvenus dans le projet qui est celui du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet libéral, vous allez poursuivre cette politique libérale ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait deux ans qu'on me reproche d'intervenir pour sauver la scierie d'Ascoval en me disant, qu'est-ce que c'est que cet interventionnisme et quand je suis allé en Allemagne, on a dit, qu'est-ce que c'est que cet interventionnisme de l'Etat ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
La scierie d'Ascoval qui n'est toujours pas sauvée d'ailleurs au passage.

BRUNO LE MAIRE
Mais qui tourne, qui tourne Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui c'est vrai qui tourne.

BRUNO LE MAIRE
Et si je ne m'étais pas battu, elle serait fermée. Donc vous voyez que derrière tout cela, derrière ce paysage politique et ces choix que chacun a à faire, chaque élu, chaque représentant politique, les choix doivent se faire en fonction des convictions, pas des partis. Et moi j'appelle chacun à réfléchir à ce qu'il veut pour la France, tous ceux qui pensent que notre pays doit moderniser son économie, qu'il doit s'intégrer encore plus en Europe, qu'il doit participer à la construction européenne, qu'il doit lutter contre le réchauffement climatique avec la dernière énergie et proposer un projet d'économie décarbonée, tous ceux-là ils sont les bienvenus chez nous. Tous ceux qui croient uniquement à la nation sans construction pérenne et s'en coopération européenne iront au Rassemblement national. Tous ceux qui ne croient pas à l'économie de marché et qui pensent qu'il faut aller vers le collectivisme, comme le disait Jean-Luc MELENCHON, seront les bienvenus à la France insoumise. Que chacun se décide en fonction de sa conviction la plus profonde et ce qu'il estime être bon pour l'intérêt national.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN


source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019

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