Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 5 juin 2019, sur l'économie circulaire et sur le recyclage du plastique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 5 juin 2019, sur l'économie circulaire et sur le recyclage du plastique.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :


NICOLAS DEMORAND
A l'occasion de la deuxième journée « Le plastique, non merci ! », que vous propose France inter, nous recevons, avec Léa SALAME, dans « Le grand entretien du 7-9, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire. Questions/ réactions dans 10 minutes amis auditeurs, 01.45.24.7000, les réseaux sociaux et l'appli Inter. Bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Bonjour Nicolas DEMORAND. Bonjour Léa SALAME.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être à notre micro ce matin. Vous portez une loi qui sera présentée début juillet en Conseil des ministres, une loi pour encourager l'économie circulaire, une économie plus vertueuse, j'extrais moins, je consomme mieux, je répare, je recycle. Hier, Edouard PHILIPPE a annoncé l'interdiction, d'ici 2 à 4 ans, en France, de la destruction des invendus non-alimentaires, les vêtements, l'électroménager, des produits d'hygiène ou de beauté, tous ces produits qui parfois ne trouvent pas d'acheteur, et qui sont donc tout simplement détruits, c'est, quand on y pense 10 secondes, l'une des formes les plus folles de gaspillage. Alors, qu'adviendra-t-il désormais de ces invendus, des filières de recyclage, Brune POIRSON, existent-elles déjà pour ces produits-là ?

BRUNE POIRSON
Alors, pas pour toutes, mais déjà je crois qu'il faut se replacer un peu dans le contexte. Quelle est la philosophie derrière ça ? D'abord elle est de lutter contre la surproduction. La surproduction c'est peut-être la maladie de notre économie, puisque finalement, ce n'est pas très grave, on peut produire pour détruire. Bon, eh ben alors à ce moment-là, on ne fait pas suffisamment attention à ce qui est commercialisé et produit ! C'est ça l'objectif. L'autre objectif, aussi, il est de favoriser la solidarité. Regardez par exemple, en France, il y a 3 millions de personnes qui n'ont pas accès, qui n'ont pas les moyens d'avoir accès à des produits d'hygiène de base, d'un côté, et de l'autre, 91 % des produits d'hygiène de base qui ne sont pas vendus, sont détruits, c'est cette absurdité-là contre laquelle nous voulons lutter.

LEA SALAME
Mais là ils vont aller où les invendus, puisqu'ils ont interdiction d'être détruits ? Il faut les donner ou il faut les recycler, qu'est-ce qui va se passer ?

BRUNE POIRSON
Ça dépend des produits. Il y en a qui seront utiles à d'autres personnes, à des associations par exemple, et là ils doivent être donnés en priorité, et il y en a d'autres, qui sont, par exemple, pas forcément aussi utiles, et qui, à ce moment-là peuvent aller dans des filières de recyclage. Mais à terme, encore une fois, c'est qu'il y ait moins de production.

LEA SALAME
D'accord, mais il faut donner, vous dites il faut donner, les associations, notamment Les Amis de la Terre, disent que les entreprises qui donnent leurs invendus à des associations qui ne sont pas reconnues d'utilité publique, par exemple Emmaüs, ne touchent pas la TVA, alors qu'elles récupèrent la TVA quand elles les détruisent, donc en fait elles n'ont aucun intérêt à donner aux associations.

BRUNE POIRSON
C'est là-dessus que nous allons travailler, sur tous ces dispositifs-là, en s'inspirant de la loi sur le gaspillage alimentaire. Là, c'est la mesure que nous avons annoncée, ensuite il y a un débat parlementaire, et c'est là où on travaille concrètement. Ensuite, donc il y a le débat parlementaire, et ensuite il y a les décrets de mise en oeuvre. Ce que nous voulons c'est quelque chose qui fonctionne, qui soit pragmatique. Je n'ai pas toutes les réponses là maintenant…

NICOLAS DEMORAND
Donc vous pourrez revoir ces circuits de la TVA, dont vient de parler Léa ?

BRUNE POIRSON
Potentiellement.

NICOLAS DEMORAND
Comment l'interdiction sera-t-elle appliquée, est-ce que des sanctions sont prévues pour les industriels qui ne l'appliqueront pas ? Edouard PHILIPPE a dit hier qu'il n'était pas question de créer une nouvelle taxe dans votre loi, donc vous tablez sur la vertu des industriels et uniquement sur elle ?

BRUNE POIRSON
Pas du tout, mais pas du tout. Vous savez, il y a ce qu'on appelle la DGCCRF, la Direction générale de la consommation, du contrôle et la répression des fraudes, dont c'est la mission et le travail, premièrement. Et deuxièmement, et je pense qu'on aura l'occasion d'en parler, on veut aussi réformer les entreprises privées qui sont en charge de gérer, pour le compte d'autres entreprises privées, la fin de vie des déchets, on veut les réformer pour qu'elles soient plus efficaces, pour qu'elles atteignent leurs résultat, et donc c'est ça aussi qui nous permettra de revoir l'architecture en France.

LEA SALAME
Donc vous dites, là c'est l'annonce, on va discuter au Parlement pour savoir les modalités d'application et comment faire.

BRUNE POIRSON
Entre autres, absolument.

LEA SALAME
Le plastique, puisque vous êtes venue pour parler de cette question-là, c'est notre journée sans plastique. Chaque année un Français jette près de 70 kilos de plastique, est-ce qu'on en consomme trop du plastique, est-ce qu'en recyclant on ne fait que gérer les conséquences, sans traiter la source du problème, à savoir qu'on est tous, encore aujourd'hui, accro au plastique ?

BRUNE POIRSON
Je crois que vous avez posé la bonne question, c'est la question de la source du problème. Avant tout, je le disais, je parlais du gaspillage, ça c'est peut-être le constat qui a donné naissance à ce projet de loi, et c'est là-dessus que j'ai travaillé en réunissant, depuis 1,5 an, des citoyens, des entreprises, des élus, des associations, et ensemble on a voulu avancer sur la lutte contre la pollution plastique, et… il y a plusieurs choses. D'abord, il faut changer nos modes de production et de consommation, donc déjà il faut commencer par réduire la quantité de plastiques que nous utilisons, et c'est dans ce cadre-là, notamment, que la France s'est battue très fortement, au niveau européen, pour interdire certains plastiques, ce qu'on appelle à usage unique, c'est-à-dire le plastique qu'on utilise une fois et qu'ensuite on jette, comme par exemple les pailles en plastique, les gobelets en plastique et autres. Et puis ensuite, il faut encourager le réemploi, c'est-à-dire la réutilisation des produits en plastique, et ça va faire partie de ces nouvelles missions que nous allons confier à ces entreprises qui gèrent, pour le compte d'autres, ces entreprises c'est ce qu'on appelle les éco-organismes, qui gèrent pour le compte d'autres entreprises, la fin de vie des déchets, nous voulons élargir leurs missions. Et ensuite, ce qu'on veut faire, bien sûr, c'est favoriser le recyclage, parce que, une bouteille recyclée émet néanmoins, quoi qu'on en dise, une bouteille ou un autre objet en plastique, émet, s'il est recyclé, émet beaucoup moins de CO2 qu'un objet qui n l'est pas et qui est fait à partir de plastique vierge.

NICOLAS DEMORAND
Mais le plastique n'est pas recyclable à l'infini, pour le transformer, pour refaire du plastique à partir du plastique, il faut ajouter du plastique neuf, et donc, est-ce que le recyclage, plus profondément, n'entretient pas la filière ?

BRUNE POIRSON
Alors, je crois qu'il ne faut pas être naïf, vous savez, on a quand même, pour certains usages, besoin du classique. Rappelons…

LEA SALAME
Lesquels ?

BRUNE POIRSON
Dans les hôpitaux par exemple. On a tous eu, ou peut-être pas, j'espère, mais des perfusions, c'est absolument vital, pour transporter le sang ou autres dans des poches, donc on a besoin encore d'une certaine quantité de plastique, ne soyons pas naïfs.

NICOLAS DEMORAND
Non, mais là on parle des pailles et autres.

BRUNE POIRSON
Ah mais ça nous allons les supprimer, c'est ce que je vous disais, il faut réduire, oui, il faut réduire l'usage du plastique, bien sûr. Ensuite, le recyclage, ce n'est pas la panacée, c'est pour ça que nous, ce qu'on veut promouvoir, c'est le réemploi, mais aussi, donc, la réparation et tout ce qui permet d'utiliser un produit le plus longtemps possible. Et ce qu'il faut aussi, il y a quand même un champ immense, par exemple dans l'automobile, il y a encore besoin… ou dans l'électronique, regardez vos téléphones portables, vos ordinateurs, il y a encore du plastique, et plastique-là il faut qu'a minima il soit fait, et il incorpore, du plastique recyclé. Et nous n'avons pas attendu… il y a ce projet de loi, là, sur lequel je travaille depuis 1,5 an, mais il y a aussi des mesures que nous avons prises déjà en amont, et par exemple nous avons réuni, avec le ministère de l'Economie et des Finances, toutes les entreprises du plastique, en France, et nous leur avons demandé de prendre - qui utilisent du plastique en France – nous leur avons demandé de prendre des engagements volontaires, ambitieux, pour incorporer plus de matières plastiques recyclées dans les produits qu'ils commercialisent, et ça fonctionne puisqu'aujourd'hui la production…

LEA SALAME
Ils se sont engagés sur combien ?

BRUNE POIRSON
La production de plastiques recyclés en France, elle a augmenté de 12% en 2018, donc on commence déjà à avoir des résultats. Ils se sont engagés à doubler la quantité de plastiques recyclés qu'ils allaient incorporer dans leurs produits d'ici 2025, et nous voulons aller encore beaucoup plus loin, nous allons les revoir et leur demander d'aller plus loin.

LEA SALAME
L'objectif du gouvernement c'est que 100 % des emballages plastiques soient recyclés d'ici 2025, c'est bien ça ?

BRUNE POIRSON
Oui, de tendre vers ça.

LEA SALAME
Ah, de tendra vers ça ?

BRUNE POIRSON
Oui.

LEA SALAME
De tendre vers ça.

BRUNE POIRSON
Absolument.

LEA SALAME
Parce qu'aujourd'hui on est très en retard, la France est à 26 %, recycle 26 % de son plastique, contre 30 %, de moyenne, au niveau de l'Union européenne, et en Allemagne c'est 50 %, donc on est vraiment un des plus mauvais élèves. Comment vous comptez passer de 26 % à 100 % en 7 ans seulement ?

BRUNE POIRSON
On a plusieurs mécanismes, comme je vous disais, en réformant ce principe de pollueur-payeur, mais ce qu'on veut faire aussi, c'est que les produits qui sont bons pour l'environnement, ou en tout cas moins nocifs que les autres, eh bien ils coûtent moins cher, parce que c'est ça aussi, il faut que transition écologique et solidarité riment, et il n'y a pas de raison que les produits qui ont un moindre impact sur l'environnement ne soient pas accessibles pour les plus modestes, parce que ça priverait beaucoup de nos citoyens de produits qui sont meilleurs pour l'environnement, et donc d'élimination des produits qui sont plus nocifs pour…

LEA SALAME
Ça veut dire quoi ? Donnez des exemples concrets.

BRUNE POIRSON
Oui, très concrètement. C'est-à-dire que, un produit qui est meilleur pour l'environnement il faut qu'il soit moins cher, et donc… ça c'était notre postulat de base, et on s'est dit comment est-ce qu'on fait, parce que si on fait ça, et si on part de cette idée-là, c'est-à-dire qu'on élimine, peu à peu ça permettra d'éliminer les résines plastiques, par exemple, les moins vertueuses, du marché. Et donc, on s'est demandé comment est-ce qu'on allait faire. on avait deux options, en gros, qui s'offraient à nous, soit une baisse de TVA, ou de la taxation, mais on s'est aperçu, en prenant par exemple, en regardant ce qui s'est fait dans la restauration, on s'est aperçu que ce n'était pas forcément ce qu'il y avait plus efficace puisque, un, souvent, quand vous avez une baisse de TVA, elle n'est pas répercutée sur le prix final, on le voit dans la restauration, le menu n'a pas baissé, premièrement, et deuxièmement…

LEA SALAME
C'était une des grandes demandes des gilets jaunes, la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité.

BRUNE POIRSON
Et ça s'applique – là je parle du plastique – et ça s'applique, en plus de ça, ça s'applique à essentiellement des grandes familles de produits, or nous, nous voulons aller spécifiquement sur des produits précis. Et donc, l'option qui s'est ouvert à nous, c'est d'aller mettre notre nez directement dans la façon dont travaillaient les entreprises privées. Et, vous le savez, elles sont organisées et elles travaillent entre, elles confient et elles versent, pour chaque produit qu'elles commercialisent, elles versent à une entreprise privée une somme, et cette entreprise privée gère, pour leur compte, la fin de vie de leurs produits. Et nous voulons que cette somme… parce que cette somme-là, que le produit soit bon, ou mauvais, c'est la même. Très concrètement, prenons un exemple. Une bouteille de shampooing à 3 euros, si elle est en plastique recyclé, ou si elle est en plastique qui n'est pas recyclable, de toute façon elle est au même prix aujourd'hui, et ce que nous voulons c'est moduler, avec un système de bonus-malus, et faire en sorte que le bonus, sur une bouteille en plastique qui est faite en plastique recyclé, eh bien puisse permettre d'envoyer un signal prix, et la bouteille de shampooing serait moins chère, et par exemple à 2,40 au lieu d'être à 3 euros.

NICOLAS DEMORAND
Brune POIRSON, s'il vous plaît. Célia QUILLERET nous a permis de mieux connaître l'entreprise de recyclage CITEO, c'était dans « Le Zoom » à 7h15 ce matin dans le 7-9, CITEO, financée par de grandes marques comme EVIAN, DANONE, McDONALD, qui sont parmi les plus gros producteurs de déchets plastiques dans le monde. On a donc une entreprise, une filière de recyclage, financée par ceux qui produisent eux-mêmes le plastique, est-ce que ce n'est pas un cercle vicieux et infernal que d'être à chaque bout de la chaîne ?

BRUNE POIRSON
C'est pour ça que nous voulons réformer la façon dont ces co-organismes, dont par exemple CITEO, mais aussi d'autres, travaillent, et c'est pour ça que nous voulons refondre ces systèmes qu'on appelle de filière… ces entreprises, à but non lucratif, qui gèrent la fin de vie des déchets pour le compte d'autres entreprises, par grandes familles de produits, il y en a pour les piles, pour le mobilier, pour les emballages plastiques. Nous voulons les réformer en leur donnant des objectifs de résultats, que nous allons contrôler, parce qu'aujourd'hui nous n'en n'avons pas les moyens, donc nous voulons transformer ça, sans regarder comment exactement est-ce qu'elles doivent faire les choses, simplement en regardant et en leur fixant des objectifs de résultats, et en s'assurant qu'elles sont bien sur la bonne trajectoire, et sinon on se donnera les moyens de les sanctionner, ce qui aujourd'hui n'est pas possible.

LEA SALAME
Ça n'aurait pas été plus efficace de baisser la TVA ?

BRUNE POIRSON
Non, je viens de vous expliquer pourquoi, parce que, ce qu'il faut, c'est qu'on puisse aller dans la granularité, c'est-à-dire qu'on puisse envoyer un signal prix positif, pour chaque produit qui est vertueux, ou qui est « moins pire » que les autres. Une baisse de TVA, d'abord, un, ce n'est pas toujours répercuté sur le prix final, premièrement, et deuxièmement ça s'applique que le produit soit bon ou mauvais. Nous, ce qu'on veut, c'est envoyer un signal très clair, c'est comme je disais, votre bouteille de shampooing en plastique, si elle est recyclée et recyclable, elle doit être moins chère que l'autre qui ne l'est pas.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019

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