Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, avec RMC le 6 juin 2019, sur les relations avec les Etats-Unis, le jugement des djihadistes en Irak, les affaires judiciaires en France et sur la réforme constitutionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, avec RMC le 6 juin 2019, sur les relations avec les Etats-Unis, le jugement des djihadistes en Irak, les affaires judiciaires en France et sur la réforme constitutionnelle.

Personnalité, fonction : BELLOUBET Nicole, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Garde des Sceaux, ministre de la justice;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes sur RMC seulement, BFM TV est en édition spéciale sur le Débarquement, les cérémonies du Débarquement, Nicole BELLOUBET, garde des Sceaux, est notre invitée, bonjour.

NICOLE BELLOUBET
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Alors, cérémonies du 75e anniversaire du Débarquement, un déjeuner tout à l'heure entre Donald TRUMP et Emmanuel MACRON, est-ce que Donald TRUMP va enfin se rendre compte que l'Europe vit libre et en paix depuis la Seconde Guerre mondiale ?

NICOLE BELLOUBET
Je le souhaite, je le souhaite. C'est vrai que ces cérémonies du 6 juin, je trouve que c'est à la fois très émouvant, d'abord les lieux sont magnifiques, bien sûr, c'est très émouvant, et c'est aussi, finalement, le début de la construction de l'Europe, parce que l'Europe, quand elle a été créée, c'est d'abord pour la paix, avec l'idée que c'est le développement économique qui permettrait la paix, et je trouve qu'il y a là un symbole tout à fait fort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'Emmanuel MACRON va se poser, justement, en garant de cette construction européenne, en garant de cet esprit européen, face à un homme, pardon, mais qui fait tout pour affaiblir l'Europe, Nicole BELLOUBET ?

NICOLE BELLOUBET
Le président MACRON, depuis le début, me semble-t-il, est l'un des hérauts, non pas « os », mais est l'un des hérauts de la construction et de la force de l'Union européenne, dès sa campagne pour les élections présidentielles il a dit à quel point le projet européen était un projet majeur et un projet qui, d'une certaine manière, garantit, pour les 500, et plus, millions d'habitants de l'Union européenne, garantit de peser dans ce monde, qui est un monde évidemment très global, très interactif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que Donald TRUMP, par exemple, arrive en Europe, à Londres, il fait l'éloge du Brexit, pour affaiblir l'Europe, est-ce qu'il y a cette volonté d'affaiblir l'Europe ?

NICOLE BELLOUBET
Je ne sais pas s'il a la volonté d'affaiblir l'Europe, je trouve qu'il donne des signes, à maints égards, qui ne positionnent pas l'Europe comme un partenaire puissant, l'Europe au sens d'Union européenne, dans plein de domaines, y compris dans mon domaine de la justice, il cherche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, dans le domaine de la justice par exemple ?

NICOLE BELLOUBET
Le président américain cherche à construire des accords bilatéraux. Il préfère construire des accords bilatéraux, par exemple pour les échanges de données numériques, ou d'autres éléments de cette nature, il préfère des accords bilatéraux à un accord Union européenne/Etats-Unis d'Amérique. Or, ce n'est pas comme ça que nous fonctionnons, l'Union européenne a des compétences qui doivent être respectées. Et je trouve que quand le président français, le président MACRON, dit à TRUMP, à Donald TRUMP, qu'il n'y aura pas d'accord commercial si les Etats-Unis ne respectent pas l'Accord de Paris, je trouve que c'est aussi un élément fort qui positionne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Accord sur le climat.

NICOLE BELLOUBET
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais Nicole BELLOUBET, la France est seule…

NICOLE BELLOUBET
Non, la France n'est pas seule.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A dire qu'elle ne veut pas d'accord commercial.

NICOLE BELLOUBET
Non, la France n'est pas seule.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas d'accord commercial pour l'instant ?

NICOLE BELLOUBET
Je vous dis quelle est la position de la France, c'est évidemment un point qui est plus vaste que cela, mais je trouve qu'affirmer cela, et faire venir sur cette position les autres pays de l'Union, c'est un point important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Affaiblir l'Europe, pour laquelle les ancêtres Américains se sont sacrifiés quand même, franchement il y a une dualité, là, une forme de schizophrénie, qui est…

NICOLE BELLOUBET
Il ne faut pas non plus, nous ne sommes pas dans une rupture nette de relations avec les Etats-Unis, et ce n'est pas souhaitable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais tout de même !

NICOLE BELLOUBET
Mais il me semble que, au nom de cette histoire commune que nous avons construite, je crois que nous pourrions avoir des accords un peu plus serrés entre nos deux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a des coopérations qui fonctionnent, la lutte contre le terrorisme, par exemple, entre les Etats-Unis et la France…

NICOLE BELLOUBET
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On l'a vu récemment lors de l'intervention pour sauver des otages, on a vu que ça pouvait fonctionner. A propos de terrorisme, je voudrais vous parler des 11 djihadistes français condamnés à mort par la justice irakienne, membres de l'Etat islamique, ne l'oublions jamais. La France, franchement Nicole BELLOUBET, est-elle intervenue auprès du gouvernement irakien ?

NICOLE BELLOUBET
Permettez-moi juste, sur ce sujet, de rappeler deux ou trois points importants pour comprendre la portée de votre question. D'abord, les personnes qui sont jugées en Irak sont des Français qui se sont rendus volontairement sur ces terrains de combat, pour combattre y compris contre les puissances européennes qui luttaient contre l'Etat islamique, donc il y a eu un départ volontaire, et donc, à partir de là, il n'est pas exclu qu'elles puissent être jugées là où elles ont combattu. Deuxième élément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elles ont été jugées dans de bonnes conditions, vous qui êtes garde des Sceaux ?

NICOLE BELLOUBET
Deuxième élément, l'Irak est un Etat, dont nous reconnaissons la souveraineté, je ne porte pas de jugement sur leur système judiciaire, je n'ai pas d'observation à faire sur leur système judiciaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ces personnes-là ont été jugées normalement ?

NICOLE BELLOUBET
Mais, mais, je considère que nous leur devons la protection consulaire, qui garantit d'abord le fait qu'ils aient des droits de visite de la part des Français qui peuvent vérifier qu'ils n'aient pas subi de traitements inhumains et dégradants, deuxièmement, nous nous assurons également qu'ils aient droit à l'assistance d'un avocat, et ensuite qu'il y ait une interprétation qui puisse être assurée, et qu'ils puissent exercer leur droit de recours. Ça c'est l'objet de la protection consulaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement irakien a accepté tout cela ?

NICOLE BELLOUBET
C'est l'objet de la protection consulaire, il n'y a, de ce point de vue là, pas de difficulté. Disant cela, je ne qualifie pas le système judiciaire irakien, je vous dis juste nous assurons la protection consulaire. Et dernier point, qui répond à votre question, nous avons dit, à plusieurs reprises, à l'Etat irakien, et ça c'est pour nous un principe intangible, en tout temps et en tous lieux, la peine de mort ne peut pas être appliquée. Nous sommes, vis-à-vis de nos ressortissants français, garants de ce qui figure dans notre Constitution, vous le savez, la peine de mort a été abolie, et donc de ce point de vue-là, évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qu'a répété Emmanuel MACRON, qui plaide pour une abolition mondiale de la peine de mort, oui, vous dites cela à l'Etat irakien, mais, imaginons après appel, que l'exécution soit engagée, que ces Français-là soient conduits vers la pendaison, que ferez-vous, que pouvez-vous faire ?

NICOLE BELLOUBET
C'est quelque chose qui n'est pas acceptable, que nous ne pouvons pas accepter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, vous dites « je ne peux pas l'accepter, l'Etat français ne peut pas l'accepter », mais vous ne pouvez rien faire, Nicole BELLOUBET.

NICOLE BELLOUBET
Je vous le dis, il y a des discussions qui sont en cours, l'Etat irakien connaît parfaitement nos positions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que l'Etat irakien pourrait vous entendre, pourrait faire en sorte que ces Français-là ne soient pas exécutés ?

NICOLE BELLOUBET
L'Etat irakien connaît parfaitement les positions de la France de ce point de vue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous demandez à l'Etat irakien de ne pas exécuter ces Français.

NICOLE BELLOUBET
Mais comme nous le demandons partout. Vous savez, Monsieur BOURDIN, nous avons beaucoup de relations diplomatiques, et judiciaires, avec des Etats qui dans leur droit ont encore, hélas, la peine de mort inscrite, nous avons des relations avec eux, et, évidemment, dès qu'il y a une relation de nature judiciaire avec eux, nous veillons, toujours, à ce que la peine de mort ne soit pas exécutée pour les personnes dont nous avons la responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ces Français ne seront pas exécutés.

NICOLE BELLOUBET
Je vous dis que l'Etat irakien connaît parfaitement nos positions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous faites pression si j'ai bien… vous avez évoqué l'hypothèse de la création d'un tribunal spécifique pour juger les djihadistes étrangers qui ont commis des crimes en Irak.

NICOLE BELLOUBET
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Irak ou en Syrie d'ailleurs.

NICOLE BELLOUBET
Oui, c'est une hypothèse qui a été évoquée au niveau européen, avec plusieurs de mes collègues, à la fois ministres de l'Intérieur et ministres de la Justice. Vous savez, j'ai constitué autour de… nous avons constitué, à six ou sept Etats, ce qu'on appelle « le groupe Vendôme », puisque le ministère de la Justice en France a ses locaux Place Vendôme, et donc il y a plusieurs ministres de la Justice européens, allemand, espagnol, italien, etc., et nous avons évidemment porté, comme hypothèse de travail, parce qu'à ce stade ce n'est qu'une hypothèse de travail, le fait que puisse être constitué une forme de tribunal international…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur place ?

NICOLE BELLOUBET
Sur place, qui pourrait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Syrie, en Irak ?

NICOLE BELLOUBET
C'est trop tôt pour le dire, mais sans doute pas en Syrie, peut-être en Irak…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Irak, à Bagdad.

NICOLE BELLOUBET
Oui, ce pourrait être une hypothèse, je le dis bien, Monsieur BOURDIN, c'est une hypothèse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, non mais d'accord…

NICOLE BELLOUBET
Car il faut évidemment qu'il y ait un accord, il faudrait qu'il y ait un accord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça soulagerait l'Irak d'ailleurs !

NICOLE BELLOUBET
C'est une des hypothèses. La difficulté de cette hypothèse-là, il faut être très clair, c'est d'abord qu'il faut l'accord de l'Etat évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De l'Etat irakien, oui.

NICOLE BELLOUBET
D'autre part, il faut bien sûr que des conditions soient posées, notamment celles de la peine de mort, qui devrait, dans ce cas-là, être interdite, et d'autre part… évidemment, la difficulté c'est que c'est toujours un peu long à mettre en place, ce type de tribunal, mais en tout cas c'est une réflexion qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des magistrats qui siégeraient…

NICOLE BELLOUBET
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui seraient venus d'où, européens ?

NICOLE BELLOUBET
On peut très bien avoir à la fois des magistrats européens, français, et puis des magistrats irakiens, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Irakiens, ou syriens même… Vous avez vu que des avocats français, je vais en terminer, dénoncent un immense déshonneur.

NICOLE BELLOUBET
Oui, je trouve…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que leur répondez-vous ce matin ?

NICOLE BELLOUBET
Eh bien je leur réponds ce que je vous ai répondu tout à l'heure, c'est-à-dire d'une part que nous sommes présents aux côtés des personnes, des terroristes français qui sont jugés, par le biais de la protection consulaire, et d'autre part que nous réaffirmons, et réaffirmerons toujours, parce que c'est un principe intangible, que la peine de mort ne peut pas être mise en oeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La mairie de Lyon et le domicile de Gérard COLLOMB ont été perquisitionnés hier, enquête préliminaire sur des soupçons de détournement de fonds publics au bénéfice de l'ex-compagne du maire, enquête ouverte par le Parquet national financier. Vous confirmez ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, oui, je confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enquête ouverte, très bien. Enquête ouverte à la suite d'un rapport provisoire de la Chambre régionale des comptes d'Auvergne-Rhône-Alpes-alpes consacré à la gestion de la ville de Lyon. Vous confirmez ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, enfin… oui, oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB est soupçonné d'avoir fait bénéficier son ex-compagne de plusieurs emplois municipaux depuis plus de 20 ans. Vous n'avez aucun commentaire à faire, c'est ce que vous allez me répondre.

NICOLE BELLOUBET
Je n'ai aucun commentaire à faire, et je ne confirme pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous laissez l'enquête se dérouler…

NICOLE BELLOUBET
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB confirme cet emploi, sa compagne aussi, « je n'ai pas attendu Gérard COLLOMB pour travailler pour la ville de Lyon, ça fait 30 ans que j'y suis employée et je travaille plus qu'il n'en faut, je gagne moins de 1500 euros par mois », c'est ce que précise son ex-compagne. Vous suivez cette affaire avec attention, j'imagine.

NICOLE BELLOUBET
Ecoutez, comme toutes les affaires particulières, c'est-à-dire que, voilà, moi je n'ai strictement aucun commentaire à faire sur cette affaire particulière qui concerne Gérard COLLOMB, franchement, je n'ai aucun commentaire à faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez, comme le dit Gérard COLLOMB, que ces perquisitions le visent et que c'est une manoeuvre politicienne ?

NICOLE BELLOUBET
Vraiment, je ne le pense pas, et d'ailleurs, Monsieur BOURDIN, à chaque fois qu'il y a une personnalité politique qui, dans le cadre d'une procédure judiciaire, fait l'objet d'une perquisition ou d'une enquête, c'est toujours la même réaffirmation, ou crainte, supposée, qui apparaît, or moi je le dis clairement, la justice, dans notre pays, est indépendante, elle est indépendante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aucune manoeuvre politicienne derrière ça, comme le dit Gérard COLLOMB ?

NICOLE BELLOUBET
Aucune manoeuvre politicienne. Aucune manoeuvre politicienne, la justice est indépendante. Le Parquet national financier a pris ses décisions en toute indépendance, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà ce que vous avez à dire ce matin sur le sujet.

NICOLE BELLOUBET
Mais, je vous dirai la même chose… je vous rappelle que lorsqu'il y a eu des perquisitions chez Monsieur MELENCHON, nous avons eu exactement le même débat, exactement le même débat, eh bien non, il n'y a pas d'intervention, les autorités judiciaires sont indépendantes dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis décembre, Nicole BELLOUBET, à propos des gilets jaunes, 360 plaintes ont été déposées, visant des forces de l'ordre accusées de violences, 8 informations judiciaires ont été ouvertes à ce jour, c'est cela ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, absolument, par le Parquet de Paris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par le Parquet de Paris, il est question de blessures graves commises par des forces de l'ordre, on est bien d'accord ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun policier, ni gendarme, n'a été suspendu, même à titre conservatoire. Est-ce que vous le regrettez, franchement ?

NICOLE BELLOUBET
Ah non, je ne le regrette pas. Là encore, je laisse la justice faire son travail. Nous sommes dans un Etat de droit, nous sommes dans un Etat de droit, mais, dans cet Etat de droit il faut bien concevoir que pour garantir l'ordre public les forces de l'ordre ont la possibilité d'utiliser la force, à condition que cette utilisation soit proportionnée dans la situation dans laquelle elles se trouvent. Lorsqu'il y a… là où nous voyons clairement que cet Etat de droit joue, c'est que, à chaque fois qu'il y a une plainte à l'encontre des forces de l'ordre, cette plainte est traitée, elle fait l'objet d'une enquête, et lorsque l'enquête est terminée, elle arrive sur le bureau des procureurs, qui voient la suite qu'il convient de leur donner. Ce sont des enquêtes qui sont difficiles à conduire, qui ne sont pas simples…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine.

NICOLE BELLOUBET
Et c'est la raison pour laquelle elles mettent un peu de temps à être traitées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais parce qu'il y a des policiers, notamment les commissaires de police, qui regrettent qu'il n'y ait pas de suspension provisoire à titre conservatoire pour le temps de l'enquête. C'est une suspicion entretenue vis-à-vis de la police, disent-ils…

NICOLE BELLOUBET
Non, je ne pense pas que le terme suspicion doive ici s'appliquer, je le redis clairement, comme d'ailleurs c'est le cas pour un certain nombre de violences qui ont pu être commises au cours des manifestations des gilets jaunes, il y a le temps de l'enquête, ce temps de l'enquête, suivant la situation, il est parfois très long, il y a, au moment où je vous parle, des enquêtes concernant des faits de violences commis par les gilets jaunes qui ne sont pas terminées, et donc dans ce cas-là, il faut laisser le temps de l'enquête et laisser également à la justice le temps de s'approprier ces dossiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que certains surveillants de prison exercent des violences à l'égard de détenus, à l'encontre de détenus, c'est ce que j'ai vu dans l'enquête de l'observatoire international des prisons…

NICOLE BELLOUBET
Mais bien sûr, mais je l'ai vu également…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez vu aussi…

NICOLE BELLOUBET
Je l'ai vu également, et il y a, de ce point de vue-là, et des condamnations pénales, lorsque cela apparaît utile, et des condamnations disciplinaires, donc à votre question, la réponse est oui, je voudrais toutefois apporter deux précisions, d'une part là encore, là encore, les surveillants de prison ont la possibilité d'exercer des actes de contrainte, parce que c'est dans la nature de leur métier, ils doivent protéger la société, donc assurer évidemment la garde des personnes dont ils sont en responsabilité, des détenus, donc ils ont la possibilité légale d'utiliser la force dans la mesure où cette force est proportionnée. Premier élément. Deuxième élément quand même, qu'il faut avoir à l'esprit, c'est que le nombre de violences commises par les surveillants pénitentiaires n'a rien à voir avec le nombre de violences qu'ils subissent eux-mêmes, la difficulté – la violence commise par les surveillants pénitentiaires n'est pas acceptable, elle n'est pas acceptable, c'est la raison pour laquelle il y a des sanctions disciplinaires et des sanctions pénales, mais il faut le comparer, enfin, même pas le comparer d'ailleurs, parce que c'est incomparable – la vraie difficulté que nous connaissons, vous le savez très bien, c'est à l'inverse les violences commises par certains détenus sur les surveillants pénitentiaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme constitutionnelle, pour terminer, le projet de loi, fin juin, si j'ai bien compris, c'est bien ça, fin juin ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, c'est ce qui est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, à l'article 1er de la Constitution sera inscrit le fait que la République agit pour la préservation de l'environnement, de la diversité biologique et contre les changements climatiques, vous confirmez ?

NICOLE BELLOUBET
Oui. Oui, oui, absolument, d'ailleurs, cette disposition-là, Monsieur BOURDIN, a déjà été votée lors du précédent projet constitutionnel au mois de juillet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai. Bon, le référendum d'initiative populaire, déclenchement, un dixième des parlementaires, un million d'électeurs ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, oui, au fond, ce texte constitutionnel, il comprend, je vais dire, quatre blocs différents, un premier bloc qui s'attache à la démocratie citoyenne, à la démocratie participative, puisque c'est un des éléments qui sort du grand débat où on a besoin de davantage une expression des citoyens, et donc, c'est le référendum d'initiative partagée qui est assoupli, c'est également la création du Conseil de la participation citoyenne, l'actuel Conseil économique social et environnemental, qui va radicalement changer, pour mieux faire monter la prise en compte de la parole citoyenne. Donc il y a ce bloc citoyen, c'est également le référendum de l'article 11, qui est élargi dans ses champs, aux questions de société. Donc il y a ce bloc-là. Il y a un deuxième bloc sur la différenciation territoriale, c'est-à-dire, l'idée de donner un peu plus de souplesse à nos collectivités territoriales pour qu'elles puissent s'organiser ou exercer leurs compétences un peu plus librement. Et puis, il y a un troisième bloc autour de la justice avec la nomination notamment des procureurs sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, c'est-à-dire vers plus d'indépendance, la suppression de la Cour de justice de la République, et également la fin des membres à vie du Conseil constitutionnel des anciens présidents de la République. Donc vous voyez, trois blocs : démocratie citoyenne, différenciation territoriale, et puis, justice. Et puis, un quatrième bloc où il y a la question climatique que vous évoquiez, et le service national universel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le service national universel. En ce qui concerne la baisse du nombre de parlementaires, on en est où des discussions, un quart, 20 % demande Gérard LARCHER…

NICOLE BELLOUBET
Alors, écoutez le président de la République, au départ, lors du premier projet de révision constitutionnelle, on était parti sur une baisse du nombre de parlementaires de 30 %. Là, nous avons en quelque sorte diminué la diminution, et donc...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous êtes à 25 %…

NICOLE BELLOUBET
C'est une diminution de 25 %, qui est, là, soumise, qui serait soumise au Parlement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
25 %, donc vous confirmez ?

NICOLE BELLOUBET
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne descendra pas encore ?

NICOLE BELLOUBET
C'est ce qui est dans le texte, qui fera l'objet de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui est dans le texte, et renouvellement intégral du Sénat en 2021, oui, non ?

NICOLE BELLOUBET
C'est ce qui est dans le texte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aussi, renouvellement intégral du Sénat en 2021 ?

NICOLE BELLOUBET
C'est ce qui est dans le texte aujourd'hui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venue nous voir, Nicole BELLOUBET.

NICOLE BELLOUBET
Merci Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019

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