Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 6 juin 2019, sur le 75e anniversaire du débarquement en Normandie, la coopération militaire avec les Etats-Unis et sur les ventes d'armes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 6 juin 2019, sur le 75e anniversaire du débarquement en Normandie, la coopération militaire avec les Etats-Unis et sur les ventes d'armes.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des armées;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin dans ce studio de RTL. Vous partez juste après évidemment cette interview en Normandie pour les cérémonies anniversaire du Débarquement. Permettez une question personnelle, d'abord, vous, qu'est-ce qui vous a fait prendre dans le fond conscience de la densité du sacrifice des héros du D-Day, est-ce que c'est votre livre d'histoire, quand vous étiez petite, est-ce que c'est un témoignage, un film, est-ce que c'est une expérience, une rencontre depuis que vous êtes ministre des Armées ?

FLORENCE PARLY
Deux choses, bien sûr, un film : « Le jour le plus long », qui ne l'a pas vu. Et une expérience personnelle, des visites sur les plages du Débarquement, et la visite du musée d'Arromanches.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez tout à l'heure, entre autre, Florence PARLY, commémorer les commandos Kieffer, c'est cet après-midi. 177 hommes de la France Libre qui ont débarqué sur une plage normande ce matin-là. Je vous propose d'écouter une archive, le commandant Philippe KIEFFER, en 1954. On est donc dix ans après le Débarquement, il est sur la télévision française de l'ORTF à l'époque. Ecoutez.

COMMANDANT PHILIPPE KIEFFER
La dernière minute d'attente était assez angoissante. Tout d'un coup, on touche, les commandos se jettent à l'eau, certains n'avaient pas pied, vous savez, nous, on portait un chargement de 35 kilos sur le dos, et en quelques brasses, gagnent pied, on traverse la plage au pas de course, coûte que coûte, laisser les blessés derrière, ne pas s'en occuper, déjà, le nombre des commandos avaient diminué, les pertes avaient été assez sensibles.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, donc c'était Philippe KIEFFER. C'est émouvant d'entendre évidemment ce récit, un peu distancié, mais qui donne aussi la mesure de ce qu'a été ce matin-là, le courage, le sacrifice, quels sont les mots, on ne sait pas.

FLORENCE PARLY
On ne sait pas, parce qu'en effet, ces hommes ne savaient pas ce qui les attendait, et au bout de la journée, ce sont 10.000 morts qui ont été déplorés, cette préparation a été extraordinairement intense pendant des mois depuis les îles britanniques, et lorsque l'on voit – et c'est ce que le président de la République célébrera ce matin avec le président TRUMP – la jeunesse de ces jeunes Américains venus de l'autre bout du monde, en effet, c'est un engagement personnel, moral absolument extraordinaire, et je pense que, au moment où le président de la République lance le service national universel, c'est important que nous puissions commémorer vis-à-vis des jeunes cet événement qui a permis à la France d'être libérée, mais aussi à l'Europe. Et ce service national universel, il va notamment comprendre une dimension mémorielle, car la dimension mémorielle, pourquoi nous célébrons, pourquoi nous commémorons ces moments qui ont été des moments à la fois tragiques et qui ont fondé aussi l'histoire moderne, pourquoi nous le faisons, je crois que c'est important que les jeunes le comprennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qu'est-ce que ça vous inspire quand même, Florence PARLY, ce télescopage entre la commémoration et l'actualité, le fait que les deux grands alliés qui ont aidé à la Libération, vous parliez des Américains, et il y a les Anglais, évidemment, aujourd'hui nous tournent le dos ; le Brexit, c'est le repli, TRUMP, c'est "make America great again", mais aux dépens des autres.

FLORENCE PARLY
Mais vous savez, l'histoire est riche de péripéties, mais ce qu'il faut retenir, je crois, c'est l'amitié profonde, indépendamment des moments plus difficiles que nous pouvons éprouver dans une relation, c'est l'amitié profonde qui unit nos peuples, la relation franco…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais il y en a qui s'interrogent, est-ce que TRUMP ferait ce que ROOSEVELT a ordonné à son peuple ?

FLORENCE PARLY
Mais les conditions ne sont évidemment pas du tout les mêmes, la relation franco-américaine, elle est extrêmement forte, regardez ce que nous faisons avec les Etats-Unis en ce moment même, nous sommes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans la lutte antiterroriste…

FLORENCE PARLY
Nous faisons partie de la même coalition internationale qui est menée par les Américains dans la lutte antiterroriste, nous bénéficions dans le cadre de notre présence au Sahel, dans le cadre de l'opération Barkhane, d'un soutien américain extrêmement puissant ; rappelons-nous l'opération menée par les commandos pour libérer les otages, il y a encore quelques semaines au Burkina Faso, là aussi, c'est une opération qui a bénéficié du soutien américain. Donc je crois qu'il faut arriver à faire la part des choses entre ce qui relève des difficultés normales, qui sont plus ou moins aiguës, selon les périodes entre deux partenaires et alliés de toujours, et puis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et il y a la personnalité de TRUMP aussi…

FLORENCE PARLY
Et puis, ce que nous…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a la personnalité de Donald TRUMP, la relation personnelle. Est-ce qu'il y a la moindre chance à votre avis que l'affichage du souvenir du Débarquement puisse ramener le président américain à un peu de considération pour le multilatéralisme ?

FLORENCE PARLY
Le multilatéralisme, c'est en effet ce qui est né finalement de cette période de 1944-45, les fondements du multilatéralisme se trouvent là. Moi, je crois qu'il faut défendre ce multilatéralisme, comme le fait le président jour après jour, dans toutes les instances, et c'est ce que la diplomatie française s'efforce de faire avec beaucoup d'énergie, c'est vrai que le temps n'est pas au multilatéralisme, et que ce soit du côté américain ou d'autres pays, la politique internationale n'est pas tournée vers la consolidation du multilatéralisme, et c'est pour cela que l'Europe doit continuer à jouer son rôle ; moi, j'y crois profondément.

ELIZABETH MARTICHOUX
Florence PARLY, excellents résultats en 2018 pour les ventes d'armes françaises, plus de 9 milliards d'euros, soit 30 % de plus qu'en 2017, vous vous en félicitez ?

FLORENCE PARLY
Bien sûr, puisque le secteur de l'industrie de défense est un secteur très important, il est important, d'abord pour la technologie française et la supériorité des armes françaises, il est important aussi pour notre économie, pour nos emplois, ce sont plus de 200.000 emplois. Et évidemment, c'est important du point de vue de la manière dont nous construisons nos partenariats dans le monde, et cela participe aussi de la lutte contre le terrorisme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites que si on ne vend pas ces armes, si on n'exporte pas dans ces dimensions-là, qui créent des polémiques – on va en parler – on ne peut pas assurer la défense de la France correctement, c'est ça l'enjeu ?

FLORENCE PARLY
Je dis qu'aujourd'hui, nous ne pouvons pas renouveler nos équipements militaires au meilleur niveau de l'art, si nous le faisons seuls…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour assurer notre propre défense, on a besoin de ces exportations…

FLORENCE PARLY
Nous ne le pouvons pas. Nous avons donc besoin d'un marché plus large, quand il s'agit d'un marché, le marché européen est malheureusement trop étroit, pour une raison très simple, c'est que les Européens achètent principalement leurs armes en dehors de l'Union européenne, et c'est aussi ce combat que nous menons avec le président de la République vis-à-vis de nos partenaires européens, c'est tout l'enjeu de la construction de l'Europe de la défense, et cette Europe de la défense doit aussi prendre une dimension industrielle. Et c'est pourquoi le Fonds européen de défense, qui vient d'être créé, doit jouer un rôle important dans les prochaines années pour aider nos industries européennes à se consolider et à prendre une place plus importante qu'elle ne l'est aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un malaise, vous le savez, quand on aborde le sujet de la présence de nos armes au Yémen via nos ventes d'armes à l'Arabie Saoudite, on rappelle que cette guerre de 5 ans a fait des massacres épouvantables dans la population civile, selon Le Canard Enchaîné, devant la mission parlementaire, le 7 mai, vous avez rappelé qu'effectivement, nous n'avons aucune preuve qui attesterait que des armes de fabrication française sont utilisées à dessein contre des populations civiles. C'est toujours la même question, comme quoi, la réponse n'est pas convaincante : quelles garanties avez-vous que ça n'a pas été utilisé contre des populations civiles, quelles garanties ?

FLORENCE PARLY
Alors, d'abord, Elizabeth MARTICHOUX, moi, je voudrais redire que la guerre au Yémen est une guerre qui doit cesser, et que la France ne cesse de déployer des efforts diplomatiques pour atteindre ce résultat. Je voudrais par ailleurs rappeler quelques éléments de contexte qui sont le fait qu'au Yémen, il y a des groupes terroristes, non seulement Al-Qaïda, mais également Daesh, et qu'un certain nombre d'Etats, auxquels nous avons vendu des armes, luttent contre Al-Qaïda et Daesh, et je voudrais terminer en disant que l'attentat contre Charlie Hebdo a été fomenté au Yémen par des organisations terroristes qui y sont présentes. Donc fournir des armements, comme nous nous y étions engagés depuis des années, à l'Arabie saoudite et aux Emirats Arabes Unis, contribue à lutter contre le terrorisme, un terrorisme qui nous a frappés. Par ailleurs, j'ajoute un point…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là, vous semblez justifier la guerre contre le Yémen par l'Arabie Saoudite ?

FLORENCE PARLY
Je rappelle le contexte, c'est que le contexte, c'est que nous fournissons des armes à des belligérants, des belligérants qui luttent contre le terrorisme et qui se protègent aussi des attaques qu'ils subissent. Le deuxième élément que je voudrais rappeler à nos auditeurs, c'est que la France ne vend pas des armes comme des baguettes de pain, d'abord, parce que c'est interdit, il y a des règles internationales, et que nous les respectons, et que non seulement, nous les respectons, mais nous avons un processus extrêmement rigoureux avant de donner l'autorisation à des industriels d'exporter des armements à l'étranger.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez des garanties qu'aucune de ces armes par exemple, le canon César, qui a une faculté, une capacité de projection de tir extrêmement large, n'atteint pas les populations civiles ?

FLORENCE PARLY
Oui, il y a des victimes civiles au Yémen, je n'ai aucune information me permettant d'assurer que ces victimes civiles le sont du fait des armes françaises…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez aucun malaise…

FLORENCE PARLY
Voilà ce que j'ai dit et ce que je répète.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne ressentez aucun malaise, juste pour finir... ?

FLORENCE PARLY
Mais il n'y a pas de raison d'avoir un malaise lorsque l'on n'applique strictement toutes les règles de droit, ce que fait la France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Florence PARLY, qui était l'invitée ce matin de RTL. Bonne journée à vous.

FLORENCE PARLY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019

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