Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France Info le 6 juin 2019, sur l'avenir de Renault, Les Républicains, les impôts, les relations avec les Etats-Unis et sur La Française des jeux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France Info le 6 juin 2019, sur l'avenir de Renault, Les Républicains, les impôts, les relations avec les Etats-Unis et sur La Française des jeux.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics

ti :

JEROME CADET
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEROME CADET
On vient de l'entendre, le groupe FIAT-CHRYSLER retire sa proposition de fusion faite à RENAULT. Le gouvernement français attendait avant de donner sa réponse. Est-ce qu'il a trop attendu ?

GERALD DARMANIN
Non, je ne crois pas qu'il ait trop attendu. Ce qu'on attend de l'actionnaire, l'Etat français, ce qu'on attend de l'Etat français et Bruno LE MAIRE l'a très bien dit, c'est évidemment de protéger l'emploi industriel en France. Respecter ses partenaires déjà, les Japonais, mais de respecter les 49 000 emplois industriels de RENAULT en France. Il a demandé des garanties ce conseil d'administration, l'Etat français a demandé des garanties par la voix de son ministre de l'Economie et des Finances. Il a bien fait. Si ces garanties ne sont pas réunies, nous le regrettons. Peut-être que demain, après-demain ou la semaine prochaine si j'ose dire, on pourra encore discuter avec ce géant italien mais c'était normal d'attendre effectivement que ces garanties soient respectées.

RENAUD DELY
Vous dites que ce n'est pas définitif ? Les discussions pourraient reprendre ?

GERALD DARMANIN
Elles pourraient reprendre peut-être dans les prochains temps, on verra bien. Je pense qu'il ne faut pas fermer la porte. Il faut continuer à travailler parce qu'il y a une industrie automobile qui doit continuer à se rénover. Il y a le véhicule autonome, il y a la batterie électrique, il y a bien sûr plein d'enjeux pour l'industrie automobile européenne. Mais aujourd'hui, Bruno LE MAIRE l'a très bien dit encore une fois, il faut protéger les emplois industriels français. Si on ne l'avait pas fait et que dans quelques mois vous vous seriez tous aperçus qu'il y avait des restructurations et des emplois en moins en France, vous auriez dit : « Vous n'avez pas protégé les intérêts des Français et des emplois français. » Voilà. La France, elle défend les intérêts français.

JEROME CADET
Elle vous a surpris cette réaction, ce retrait du groupe FIAT-CHRYSLER cette nuit ?

GERALD DARMANIN
Moi, je n'étais pas dans le dossier en premier puisque c'est Bruno LE MAIRE qui l'a porté. Ce qui est intéressant, c'est que le ministre de l'Economie, c'est-à-dire l'Etat français, dans ce conseil d'administration a dit à la fois : il nous faut du temps pour que ces conditions soient réunies et que FIAT puisse notamment nous dire effectivement qu'il respecte ces conditions d'emploi industriel. Et puis deuxièmement, il fallait parler avec les Japonais parce qu'il fallait que les Japonais bien sûr aient donné une voix par NISSAN, une voix favorable dans le prochain conseil d'administration. Ces conditions n'étaient pas encore remplies. Et donc demander du temps pour un mariage, excusez-moi de le dire, c'est normal. J'espère que… Il peut y avoir des mariages qui naissent au bout de quelques jours et on va à la mairie et on est très heureux toute sa vie, mais enfin un peu de réflexion permet sans doute de mieux comprendre la mariée.

RENAUD DELY
C'est les leçons de ce qui est arrivé avec GENERAL ELECTRIC qui ont conduit le gouvernement français à réclamer justement ces garanties comme vous le disiez à l'instant pour la préservation de l'emploi ?

GERALD DARMANIN
On ne peut pas comparer me semble-t-il les choses. On ne peut pas comparer des secteurs.

RENAUD DELY
GENERAL ELECTRIC avait pris des engagements qui n'ont pas été tenus et qui aboutissent à la suppression de plus d'un millier d'emplois sur le site de Belfort.

GERALD DARMANIN
Pour l'instant, GENERAL ELECTRIC n'a pas supprimé ce millier d'emplois. Vous avez vu qu'une fois encore, l'Etat français a demandé qu'il revoit ce plan, qu'il s'engage pour les mille autres emplois qui sont sur le site et il faut diversifier le site à Belfort. Je pense que ce n'est pas du tout comparable. En revanche ce qui est certain, c'est que RENAULT est une grande entreprise française qui a face à elle d'énormes défis. Elle s'est déjà internationalisée avec nos amis japonais. Les choses se regardaient avec FIAT encore une fois, parce qu'il y a manifestement un certain nombre de révolutions qu'il faut prendre et notamment le véhicule autonome mais ce n'est pas pour autant qu'il faille se précipiter. Et les conditions mises par l'Etat français, c'étaient des conditions de protection de l'emploi français. Moi, je suis très heureux de participer à un gouvernement qui protège l'Etat français, qui regarde l'avenir, qui n'est pas contre les mariages mais qui protège les intérêts français.

JEROME CADET
RENAULT ne va pas le payer à long terme, Gérald DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Non, je ne le crois pas. D'abord RENAULT a désormais des dirigeants qui travaillent, et je les connais bien, travaillent bien à l'avenir d'une grande entreprise. Je connais d'ailleurs la capacité des gens de RENAULT, des ouvriers comme des ingénieurs, à se relever des crises économique que nous avons connues sur notre territoire et d'être très international. Je crois que RENAULT va pouvoir travailler, continuer à travailler, faire des coopérations et puis sans doute répondre encore une fois à l'industrie automobile de demain. Et de la batterie électrique au véhicule autonome, il y a quelque chose d'incroyable qui va se passer dans cette industrie, et beaucoup d'emplois demain pourront sans doute être créés. Et moi personnellement, je suis très attaché à l'industrie et je suis très heureux qu'il y ait une industrie un peu patriotique qui fait attention aux intérêts français.

RENAUD DELY
Et pour en finir avec ce dossier, vous dites donc que pour le gouvernement français, tout n'est pas terminé. Ça veut dire que le gouvernement français souhaiterait que FIAT-CHRYSLER, pourquoi pas, remette sa proposition sur la table dans les jours ou les semaines qui viennent.

GERALD DARMANIN
Non. Le gouvernement français voulait, 1. que les conditions notamment d'emplois industriels et de respect de nos partenaires japonais soient réunies. Elles n'étaient pas manifestement réunies puisque FIAT a retiré son offre et nous le respectons. Et si demain FIAT vient à revenir et à rediscuter, je suis certain que par la voix de Bruno LE MAIRE nous continuerons des discussions.

RENAUD DELY
Alors sur un tout autre dossier politique celui-là qui concerne votre ancienne famille politique, en tout cas votre ancien parti Les Républicains, la crise s'aggrave aux Républicains à la suite de l'échec de la liste de François-Xavier BELLAMY aux Européennes. Et hier, c'est donc la présidente de la région Ile-de-France Valérie PECRESSE qui a annoncé qu'elle claquait la porte la porte du parti.

VALERIE PECRESSE, PRESIDENTE DE LA REGION ILE-DE-FRANCE
En femme libre, j'ai décidé de quitter Les Républicains. J'ai décidé de quitter Les Républicains parce que j'ai acquis la conviction que la refondation de la droite ne pourra pas se faire à l'intérieur et qu'elle doit se faire à l'extérieur du parti. Parce que le parti est cadenassé de l'intérieur, il est cadenassé dans son organisation mais il est aussi cadenassé dans ses idées.

RENAUD DELY
Et vous ce départ, il vous réjouit. Le journal Le Parisien vous cite ce matin Gérald DARMANIN : « Valérie PECRESSE est montée dans le canot de sauvetage du Titanic, dites-vous. Les dirigeants LR sont devenus trop radioactifs. »

GERALD DARMANIN
Moi, je ne suis pas réjoui que le Titanic ou que Tchernobyl existent, donc il n'y a pas de problème avec ça. Moi je regarde les choses avec un petit peu de recul. Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que la droite française telle qu'elle est représentée de façon partisane, c'est-à-dire Les Républicains, s'est rétrécie. Elle s'est rétrécie depuis la candidature de François FILLON. Puis ensuite il y a eu Laurent WAUQUIEZ qui était déjà rétréci par rapport à François FILLON puis monsieur BELLAMY qui était le rétrécissement de Laurent WAUQUIEZ. Ça se termine à 8 %. Ça se termine à 8 % parce que les LR ne comprennent pas deux choses. D'abord qu'il faut un chef et il n'y a pas de chef manifestement dans le parti des Républicains. Il n'y a pas de chef sincère, même si monsieur WAUQUIEZ est parti, il n'y a pas de chef qui incarne l'avenir des Républicains. La droite, c'était avant tout un chef ; ce n'est plus le cas. Et puis deuxièmement, surtout j'allais dire, c'est une cohérence idéologique. Où est la cohérence idéologique des Républicains ? En 2017 lorsqu'Edouard PHILIPPE a été nommé Premier ministre, j'ai dit au bureau politique avec d'autres que nous devions comprendre la main tendue par Emmanuel MACRON. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Un jeune président talentueux qui venait d'un gouvernement de gauche, qui disait : « Moi je travaille avec des gens aussi de droite parce que le pays connaît une situation économique et politique très difficile, élu face à Marine LE PEN, et je demande à un Premier ministre qui n'est pas de ma famille politique de venir travailler avec nous. » Plutôt que de répondre à cette main tendue avec des réformes que nous faisons, qui ne sont pas de droite et de gauche : qui sont de bon sens…

RENAUD DELY
A vous écouter, la place de la droite aujourd'hui elle est donc avec Emmanuel MACRON.

GERALD DARMANIN
Mais je ne crois pas que les Français raisonnent comme ça désormais. Mais en 2017 ce qui était certain, c'est que la droite de gouvernement, la droite qui croyait à l'Europe, la droite qui croyait à l'industrie, la droite qui croyait à l'économie, elle aurait dû entendre cette main tendue Participer me semble-t-il à la refondation du pays, préférer son pays à son parti et qu'est-ce qu'ils ont fait ceux qui étaient au Trocadéro, ceux qui ont soutenu François FILLON jusqu'au bout, ceux qui désormais s'en vont du parti politique que vous évoquez ? Eh bien ils s'aperçoivent que non seulement nous sommes partis parce qu'ils nous ont exclus, mais en plus ils ont exclu leurs électeurs. Les électeurs aujourd'hui, ils ne sont plus de droite et de gauche me semble-t-il, ils ont peut-être des cultures de droite et de gauche. Mais ils ne sont plus de droite et de gauche comme on l'était il y a encore quinze ans. Ils souhaitent que notre pays réussisse devant un triple danger. Intérieurement, le danger que représente Marine LE PEN et qui est un danger très important. Moi ça fait vingt ans que je vote contre le Front national puisque je vous rappelle que la première fois que j'ai voté, c'était contre Jean-Marie LE PEN à la présidence de la République. Ça commence à faire un petit bout. Ils sont très inquiets devant le deuxième défi qu'est l'Europe qui se décompose à vue d'oeil. Regardez ce qui se passe en Angleterre, ce qui se passe en Italie. Et puis ils sont très inquiets me semble-t-il les Français, qu'ils soient de droite ou de gauche, face à la mondialisation et aux géants chinois, américains, russes que nous rencontrons et qui bien sûr veulent prendre des parts de marché que nous avons. Et en attendant, on se demande à savoir quelle sera la ligne économique des Républicains. Est-ce qu'il faut augmenter le SMIC ou être contre la privatisation d'ADP ? On est chez les fous. Donc madame PECRESSE un peu tard, comme dirait la fable de LA FONTAINE, s'est aperçue qu'elle n'avait rien à faire là. (…)

JEROME CADET
Est-ce que vous dites à Valérie PECRESSE qui a donc quitté Les Républicains et à ses amis : « Bienvenus dans la majorité » comme vous l'avez fait avec d'autres élus Les Républicains, des maires notamment ces derniers jours, vous et d'autres ministres du gouvernement ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai pas de conseil politique à donner à Valérie PECRESSE qui a beaucoup d'expérience. Je pense que la pente naturelle serait de soutenir le mouvement du gouvernement et de soutenir les réformes que fait Edouard PHILIPPE et que souhaite faire Emmanuel MACRON. Je pense que la pente naturelle serait d'arrêter l'égoïsme personnel et de s'apercevoir qu'on a un président de la République courageux, qui essaie de dépasser les clivages, les anciens clivages que les Français ne veulent plus. Mais je suis un peu dubitatif sur la capacité désormais du personnel politique tel que nous connaissons à dépasser son égoïsme pour travailler pour le pays, donc je le regrette. Maintenant moi je juge sur les faits et nous regarderons ce que fera Valérie PECRESSE et une partie de ses amis demain.

RENAUD DELY
Est-ce que c'est très sain et très sage de faire comme vous le faites, un appel donc à la droite à rejoindre Emmanuel MACRON et la majorité, dès lors que ça ferait du Rassemblement national donc de l'extrême droite la seule alternative à cette majorité ?

GERALD DARMANIN
Mais ce qui est très sain, pardon de le dire, c'est qu'en politique il faut rassembler. Si un homme politique passe son temps à exclure tous les gens avec qui ils pourraient travailler, parce que la France comme dirait général de GAULLE, ce n'est pas la droite, ce n'est pas la gauche : c'est tout ça ensemble. Si Emmanuel MACRON, si le Premier ministre, si les membres du gouvernement passaient son temps à exclure, à excommunier, à regarder le passé sans se dire que demain devant les événements incroyables que nous avons à relever comme défis et notamment le fait que le Front national en effet fait un score très important, nous sommes en train de se dire : « Il ne faut pas travailler ensemble parce que vous n'étiez pas dans la barque depuis le début », on ne risque pas d'avancer beaucoup.

RENAUD DELY
Donc la seule alternative, c'est Marine LE PEN.

GERALD DARMANIN
Ecoutez, les Français manifestement souhaitent par leur vote et depuis manifestement un certain temps et au moins depuis l'élection présidentielle, une opposition entre un parti nationaliste et un parti qui se voudrait un parti de gouvernement. On va le dire comme cela. Ce n'est quand même pas de la faute d'Emmanuel MACRON si les autres ne sont pas capables de proposer ni un chef ni une cohérence idéologique. Ce n'est quand même pas de la faute d'Emmanuel MACRON si le Parti socialiste n'est plus socialiste et si Les Républicains pour le coup ont parfois des discours qui sont contre la République. Je vois le député monsieur AUBERT. Il dit dans les colonnes, je crois, du Figaro qu'il n'est pas contre travailler avec Marion MARECHAL LE PEN.

JEROME CADET
Julien AUBERT, député du Vaucluse.

GERALD DARMANIN
Moi, c'est formidable. J'ai accepté d'aller travailler avec Emmanuel MACRON parce que le Premier ministre qui a été choisi était de ma famille politique. J'ai toujours appelé à voter contre le Front national et j'ai gagné d'ailleurs dans des territoires où le Front national faisait des scores extrêmement importants. Jamais, contrairement à monsieur AUBERT d'ailleurs, le candidat du Front national ne s'est désisté en ma faveur pour les élections, ce qui lui est arrivé en 2017. On exclut Sébastien LECORNU ou Gérald DARMANIN parce qu'ils travaillent avec Edouard PHILIPPE et que ce serait absolument affreux. Par contre, on laisse monsieur AUBERT dans le parti des Républicains et ça ne fait, vous aurez constaté, aucune espèce de bruit.

JEROME CADET
Ça vous dites, Gérald DARMANIN, c'est agir contre la République. C'est ce que vous venez de dire.

GERALD DARMANIN
Les gens qui font des alliances avec Marion MARECHAL-LE PEN, pardon de le dire, ce n'est pas ma République. Et ça ne choque personne. En deux ans, je ne sais pas si vous avez vu le glissement de la droite française, et monsieur WAUQUIEZ en est responsable, ça ne choque personne que des députés, des représentants du Parlement, du parti gaulliste ou qui se prétendaient gaullistes, puissent faire des alliances avec Marion MARECHAL-LE PEN. En revanche, on montre du doigt ceux qui travaillent à la réforme du pays, du code du travail, de la fiscalité. Les Républicains ont perdu toute matrice idéologique et il est grand temps effectivement de quitter le Titanic pour un certain nombre d'élus.

RENAUD DELY
Vous dites que la droite n'a pas de chef, le problème c'est aussi qu'elle n'a pas de chef. Elle n'a pas donc de matrice idéologique. Est-ce que le chef de cette droite populaire et sociale d'ailleurs, dont vous vous réclamez, ça ne pourrait pas être votre ami Xavier BERTRAND ?

GERALD DARMANIN
Xavier BERTRAND est mon ami. C'est un excellent président de région. Mais moi il me semble que le président MACRON peut être ce chef-là. Il peut parler au peuple dans ses profondeurs. Le président MACRON, il fait la politique que souhaitent les classes populaires. Simplement nous avons un sujet : c'est que pour l'instant, il faut bien avouer que nous n'avons pas réussi à les convaincre.

RENAUD DELY
Elles ne votent pas pour vous. Elles ont voté massivement pour le Rassemblement national aux élections européennes.

GERALD DARMANIN
Vous avez bien raison et c'est l'objet sans doute d'une réflexion que la majorité doit avoir. Qu'elle doit se remettre aussi en cause et ça commence par les ministres et par moi-même. Nous n'avons pas réussi à convaincre, malgré une politique qui lui est favorable, les classes populaires et les classes moyennes pour l'instant.

JEROME CADET
Donc le président des riches, ce n'est pas totalement faux Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Non, je ne crois pas que ce soit comme ça que les cartes électorales fonctionnent. Il y a des endroits, je prends l'exemple de la ville de Lille par exemple ou même la ville de Tourcoing, où La République en Marche a fait quasiment 20 % des élections européennes. Et pourtant, on ne peut pas dire qu'à Lille et à Tourcoing il y ait beaucoup de riches. En revanche, je constate que dans les quartiers très populaires, dans les communes rurales, dans les lieux où on n'est pas dans les métropoles, où il y a plus de difficultés parce qu'on appelle ça la France périphérique pour faire extrêmement vite - j'essaie de caricaturer évidemment - nous n'avons pas réussi à combattre une majorité d'électeurs. C'est très inquiétant effectivement. Si vous prenez la carte électorale de la région des Hauts-de-France, la métropole lilloise : il y a des riches, il y a des pauvres dans la métropole lilloise, elle vote Emmanuel MACRON. Elle a voté Nathalie LOISEAU. Et puis à côté, il y a un océan : cet océan, c'est l'océan du Front national.

RENAUD DELY
Aujourd'hui, vous êtes le parti des gagnants de la mondialisation. C'est la fameuse start-up nation, c'est ça ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, nous avons plutôt séduit les bourgeoisies de droite et de gauche et une partie, je voudrais le dire quand même, des personnes âgées.

RENAUD DELY
Si vous avez séduit ces bourgeoisie, c'est parce qu'elles se reconnaissent dans votre politique. La suppression de l'ISF, la flat tax, le fameux président des riches.

GERALD DARMANIN
Non. Si tous ceux à qui on avait supprimé l'ISF c'était simplement nos électeurs, nous ne ferions pas 20 % mais un. Donc il faut savoir raison garder.

RENAUD DELY
Au-delà. En tout cas une politique qui a séduit ces catégories.

GERALD DARMANIN
Non. Nous séduisons des gens qui croient en l'Europe, qui pensent qu'il y a un avenir pour leur territoire, qui pensent qu'effectivement la France peut conquérir des parts de marché, que leurs enfants peuvent avoir une meilleure vie qu'eux, des gens qui ont de l'espoir. Nous ne séduisons pas les gens qui se disent : « Je ne me ressens pas dans cette société pour l'instant. » Mais moi je crois qu'Emmanuel MACRON pourra y arriver. D'abord parce que le travail et les travailleurs, c'est la première politique qu'une classe populaire demande. Et Emmanuel MACRON fait tout ce qu'il peut, et je crois que le Premier ministre le dira encore dans son discours de politique générale, en baissant la taxe d'habitation, en mettant en place le dédoublement des classes, en ayant une politique de fermeté en termes de sécurité. Simplement il est vrai que la famille électorale populaire, pardon, de la secrétaire de mairie, du policier municipal, de l'ouvrier, de l'employé de chez AUCHAN, elle attend des preuves. Elle n'attend pas simplement des déclarations. Mais vous savez, l'électorat populaire il est difficile à séduire. Mais une fois qu'il est séduit, il est fidèle. Et moi je suis certain qu'Emmanuel MACRON a raison.

JEROME CADET
Gérald DARMANIN, les contribuables qui nous écoutent, ceux qui résident en tout cas dans des départements numérotés entre 50 et 976, ont jusqu'à ce soir pour faire leur déclaration de revenus. Ils ont été nombreux à le faire en début de semaine. Le site impots.gouv.fr a bugué. Est-ce que ça va bien se passer ce soir ?

GERALD DARMANIN
Ça s'est bien passé depuis quarante-huit heures, vous l'aurez constaté. Il y a eu à partir de 21 heures 30 mardi soir me semble-t-il, un moment très étonnant de trois millions de personnes qui sont connectées en même temps. Sans doute ont-ils regardé les journaux télévisés, ils se sont dit : « Il faut que je fasse ma déclaration d'impôts, il ne me reste plus que quelques minutes. » Il y a une tendance…

RENAUD DELY
Mais vous n'aviez pas prévu cela ? C'était un peu prévisible.

GERALD DARMANIN
Ecoutez, à trois millions, non. Ça ne s'est jamais passé dans l'histoire d'impots.gouv.fr, pardon de le dire. Peut-être que nous aurions dû le prévoir, vous avez raison. Mais en tout cas ce qui est très intéressant, c'est que le site des impôts qui tient l'essentiel de vos données fiscales puisque c'est des déclarations préremplies numériques et il y a dedans votre salaire, votre vie maritale et cætera, s'est protégé parce qu'il a cru à une attaque. Et nous avons des sites effectivement protégés qui évitent les attaques extérieures parce que vous n'aimeriez sans doute pas que vos données fiscales soient publiées. Donc il s'est protégé pendant deux heures, ce site, et puis après on l'a rouvert et désormais les choses fonctionnent bien. Ce que je peux dire, c'est d'abord effectivement qu'on a laissé quarante-huit heures de plus pour déclarer ses impôts. J'ai reçu énormément de messages de soutien, sans doute c'est la politique la plus positive que j'ai pu mener, puisque le nombre de Français qui m'ont dit : « Merci des quarante-huit heures de plus parce que… »

JEROME CADET
Les Français aiment bien les délais.

GERALD DARMANIN
J'ai un peu procrastiné.

RENAUD DELY
Mais ce soir minuit, c'est fini. C'est sûr, il n'y aura pas de nouveau délai.

GERALD DARMANIN
Ce soir minuit, c'est fini. Et vous savez quoi ? L'année prochaine, ce ne sera pas du tout le cas puisqu'une grande partie des Français ne feront plus, grâce à l'impôt à la source, de déclarations d'impôts. De déclarations de revenus d'ailleurs qui feront payer des impôts.

JEROME CADET
Plus de déclarations de revenus pour une majorité de Français l'année prochaine.

GERALD DARMANIN
Oui. Les onze millions de foyers fiscaux sur à peu près les trente millions qu'il a de foyers fiscaux. On enverra une déclaration qui sera une déclaration tacite. Vous la relirez. S'il y a une erreur, vous direz aux impôts : « Il y a une erreur », et l'essentiel de ces contribuables verront qu'il n'y a pas d'erreur et donc ne seront plus obligés ni de renvoyer papier, ni de remplir en numérique leur déclaration. C'est une grande simplicité grâce à l'impôt à la source. (…)

RENAUD DELY
Gérald DARMANIN, le gouvernement a annoncé cinq milliards de baisse d'impôts dès 2020. Vous avez dit que 95 % des contribuables français seraient concernés. Quand les Français verront-t-il les effets de cette baisse d'impôts ?

GERALD DARMANIN
Dès le mois de janvier de l'année prochaine. Puisque grâce à l'impôt à la source, dès le mois de janvier vous verrez cette augmentation de pouvoir d'achat. S'il n'y avait pas eu l'impôt à la source, vous auriez attendu septembre-octobre de l'année 2020. Il me semble que le Premier ministre fait un discours de politique générale la semaine prochaine et il aura sans doute l'occasion de préciser un certain nombre de choses.

RENAUD DELY
Quelles seront les catégories concernées et quel sera le montant moyen de cette baisse d'impôts ? Vous aviez évoqué autour de 300-350 euros.

GERALD DARMANIN
C'est à peu près ça. Le Premier ministre encore une fois fait un discours de politique générale. Dans son discours de politique générale, il donnera un certain nombre d'éléments de calendrier : des réformes, des économies et des bonnes nouvelles et notamment sans doute celle de la baisse d'impôts.

RENAUD DELY
Et notamment peut-être l'abaissement de la première tranche, celle qui est aujourd'hui à 14 % ?

GERALD DARMANIN
Alors je peux répéter comme dans « La Cité de la peur » plusieurs fois la même phrase : laissez le Premier ministre faire son travail, croyez bien que vous serez les premiers informés. Vous connaissez la réplique.

JEROME CADET
Gérald DARMANIN, nous sommes le 6 juin, soixante-quinze ans après le Débarquement allié en Normandie et commémoration ce matin. Emmanuel MACRON est en ce moment avec Theresa MAY et puis, en fin de matinée, il sera avec Donald TRUMP et l'entretien entre les deux hommes va durer une demi-heure. Ils n'ont rien à se dire les présidents français et américain aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
D'abord on est dans une journée de commémoration. Il y a eu des jeunes gens, beaucoup plus jeunes que moi, de 18, de 19, de 20 ans qui sont allés se faire tuer sur les plages de Normandie. Non pas pour prendre le soleil comme nous avons le droit de le faire aujourd'hui mais pour libérer le monde libre… Libérer le monde qui n'était pas libre et qui est devenu le monde libre et justement la France. Donc d'abord merci aux Américains, merci aux jeunes Américains et le président TRUMP est le bienvenu bien évidemment en France. Et nous remercions cette grande nation qui nous a en partie libérés. Je pense que c'est un moment de commémoration, ce n'est pas un moment où on fait de la politique politicienne. Et vous savez les vrais amis…

JEROME CADET
C'est un moment diplomatique aussi.

GERALD DARMANIN
Oui, bien sûr, mais comme tout moment politique. Mais pour autant, les vrais amis, ce qui est le cas entre la France et les Etats-Unis, l'amitié entre la France et les Etats-Unis est éternelle. Ça n'empêche pas que les vrais amis puissent de temps en temps avoir des désaccords. Moi avec mes vrais amis, j'ai parfois des désaccords, parfois des dissensions…

JEROME CADET
Là la question, c'est sur quoi on est d'accord.

GERALD DARMANIN
Parfois on se fait un peu la tête.

JEROME CADET
Avec quoi ? Sur quels sujets ?

GERALD DARMANIN
On est d'accord sur beaucoup de choses puisque je vous rappelle que nos soldats encore aujourd'hui travaillent ensemble. C'était le cas au Burkina Faso voilà quelques jours pour libérer des otages, pour lutter contre le terrorisme. Ils sont d'accord sur l'essentiel. Après nous avons des différences, c'est normal. La France n'est pas les Etats-Unis, les Etats-Unis ne sont pas la France. Chacun protège aussi ses intérêts.

RENAUD DELY
Est-ce que vous redoutez justement, Gérald DARMANIN, que la dégradation des relations commerciales en particulier entre la France et les Etats-Unis, et aussi entre les Etats-Unis et l'Union européenne, ait des conséquences notamment sur la croissance ?

GERALD DARMANIN
Oui. De manière générale, on fait attention à plein de choses. On fait attention à la dégradation commerciale entre les Etats-Unis et la Chine dans un premier temps, entre la Chine et les Etats-Unis mais aussi à ce qui se passe en Italie. Moi je suis encore plus inquiet de ce qui se passe en Italie que ce qui se passe vis-à-vis de la politique américaine. Lorsqu'on voit un gouvernement italien qui manifestement ne tient pas ses comptes publics et dont les spreads, c'est-à-dire les taux d'intérêt, augmentent très fortement, notre premier partenaire après l'Allemagne ce sont quand même les pays européens, notamment l'Italie. Nous avons beaucoup d'imbrications avec Italie. Je suis encore plus inquiet de ce qui se passe en Italie où ce qui se passe avec le Brexit.

RENAUD DELY
Est-ce que l'Union européenne doit sanctionner l'Italie ?

GERALD DARMANIN
Je ne suis pas à la Commission européenne, je n'ai pas d'opinion…

RENAUD DELY
Rappeler à l'ordre l'Italie ?

GERALD DARMANIN
Non, je n'ai pas d'opinion. Je pense qu'il faut à la fois respecter la volonté des peuples et en même temps se dire que quand on est dans l'Union européenne, on accepte l'idée que nous avons une monnaie en commun et que nous ne pouvons pas faire n'importe quoi. Ce qui est certain, c'est que la démagogie d'une campagne électorale donne, quelques mois après, la politique de monsieur SALVINI. Et c'est une leçon pour tout le monde y compris d'ailleurs pour la France. A la fin, les comptes publics quand ils ne sont pas tenus, c'est le peuple et les classes sociales les plus populaires qui le payent. Parce que les augmentations d'intérêt, ça empêche aujourd'hui les jeunes Italiens de devenir propriétaires. Voilà, c'est ça pour quoi on tient les comptes publics. Ce n'est pas une lubie de Bercy, c'est effectivement le fait qu'il faut savoir protéger le peuple parfois contre la démagogie et il faut effectivement faire attention aux bonnes finances.

JEROME CADET
Vous parlez du Brexit, quand Donald TRUMP demande à Theresa MAY d'être plus dure dans les négociations avec les dirigeants européens, et qu'il s'exprime depuis le sol du Royaume-Uni, ça vous choque ?

GERALD DARMANIN
Ça ne me choque pas plus que ça. Vous savez, quand le Général DE GAULLE faisait le tour du monde pour dire, au Vietnam, ou en Chine, un certain nombre de choses, on ne le reprochait pas au Général DE GAULLE.

JEROME CADET
Vous comparez Donald TRUMP au Général de GAULLE, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Non, c'est un grand dirigeant international. La vérité c'est que Monsieur TRUMP il fait la politique des intérêts américains, il est tout à fait normal que, les Français, les Européens, fassent la politique des Français, des Européens. Et nous avons, grâce à Emmanuel MACRON, un dirigeant entendu dans le monde, et en Europe, et je suis bien heureux que les élections européennes aient renforcé la légitimité du président français pour parler à Monsieur TRUMP et lui dire les quatre vérités, lorsqu'on a besoin de dire quatre vérités entre amis.

RENAUD DELY
Vous évoquiez à l'instant, Gérald DARMANIN, la nécessité de tenir les comptes publics, Bruno LE MAIRE, votre collègue, a annoncé hier qu'il entendait engager d'ici la fin de l'année la privatisation de la FRANCAISE DES JEUX, est-ce que les comptes de l'Etat sont en si mauvais état qu'il faille privatiser rapidement, après ADP, maintenant la FDJ ?

GERALD DARMANIN
Alors rapidement, tout est relatif quand même…

RENAUD DELY
Engager d'ici la fin de l'année.

GERALD DARMANIN
Ça fait 2 ans…

RENAUD DELY
Pourquoi une telle urgence ?

GERALD DARMANIN
Donc ça fera 3 ans pour une privatisation, on ne peut pas dire que ce soit le rythme du marché, non, non, on ne peut pas dire qu'on ait fait ça rapidement.

RENAUD DELY
Il faut renflouer, donc, les caisses de l'Etat ?

GERALD DARMANIN
Il faut que l'on puisse se dire est-ce que c'est stratégique de gérer la FRANCAISE DES JEUX, est-ce que c'est stratégique de gérer votre loterie, ou le Loto que vous faites peut-être en famille le dimanche, à condition que l'Etat régule, ou est-ce que c'est plus stratégique d'inventer la batterie électrique de demain ? C'est ce qu'on va faire. On vend la FRANCAISE DES JEUX, on garde la régulation pour qu'il ne se passe pas n'importe quoi, et avec cet argent on fait le fonds d'innovation, qui permet de faire la batterie électrique, qui sauvera peut-être RENAULT ou PEUGEOT demain, pour éviter que ce soit les Chinois.

JEROME CADET
Mais ça rapporte la FRANCAISE DES JEUX tous les jours à l'Etat.

GERALD DARMANIN
Non mais, ce n'est pas le sujet que ça rapporte ou que ça ne rapporte pas, ça rapportera demain, il y a des taxes toujours sur la FRANCAISE DES JEUX, la France ne dit pas je ne touche plus les taxes de la FRANCAISE DES JEUX, ce qui est stratégique, ce n'est pas de s'occuper des loteries, ce qui est stratégique c'est de s'occuper de la batterie électrique. La France, ça doit être le pays, demain, de la batterie électrique, et il y a des gens, des partenaires privés, à condition que nous régulons, et il y a des conditions pour cela dans la privatisation, eh bien que l'Etat doit se recentrer sur l'essentiel, c'est-à-dire l'avenir des Français.

JEROME CADET
Gérald DARMANIN, ministre de l'Action et des Comptes publics, invité de France Info ce matin, merci à vous.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019

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