Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 2 juillet 2019, sur la lutte contre le réchauffement climatique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 2 juillet 2019, sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Personnalité, fonction : RUGY François de.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :
David DOUKHAN
Bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

DAVID DOUKHAN
Toujours plus de croissance, de consommation, des porte-containers qui vont traverser l'Atlantique plein gaz, je vous parle de l'accord signé, conclu entre l'Union européenne et le Mercosur, les pays d'Amérique du Sud. C'est ça la solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, ce n'est pas la solution, la solution, elle est dans les engagements conjoints de tous les pays. Et le fait que le Brésil s'engage à respecter l'accord de Paris alors que son président, monsieur BOLSONARO, qui est entré en fonction au début de l'année, voulait en sortir, ça, c'est quelque chose de positif. Et c'est une conséquence indirecte de cette diplomatie du bras de fer, ou en tout cas, du rapport de force que le président de la République française, Emmanuel MACRON, a instauré en disant : on ne signe pas d'accords commerciaux avec les Etats qui sortiraient de l'accord de Paris, nous l'appliquons sur les Etats-Unis d'Amérique puisque nous avons rompu les négociations commerciales avec les Etats-Unis d'Amérique…

DAVID DOUKHAN
Oui, mais ce qui n'empêchera pas l'Union européenne d'aller au bout des négociations, la France n'a pas de pouvoir de veto en la matière…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais à une époque, vous savez qu'il y avait une logique d'accord commercial global avec les Etats-Unis d'Amérique, et cette logique a été stoppée.

DAVID DOUKHAN
Sur le Brésil, François de RUGY, vous dites : ils acceptent de rester dans l'accord de Paris, on peut rester dans l'accord de Paris en détruisant 400 hectares de forêt amazonienne chaque jour, c'est ce que fait Jair BOLSONARO, en matière de lutte contre les émissions de CO2, la forêt amazonienne est indispensable…

FRANÇOIS DE RUGY
Il s'agit évidemment de rappeler tous les pays, dont le Brésil, à leurs obligations, quand on signe l'accord de Paris, ce n'est pas simplement le signer, c'est mettre en oeuvre une politique qui permet d'atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de protection de la forêt amazonienne. D'ailleurs, vous savez que, nous, en France, nous avons un morceau de la forêt amazonienne en Guyane. Nous la protégeons. Nous sacrifions un certain nombre d'ailleurs de projets économiques, comme le projet Montagne d'or, pour protéger la forêt amazonienne, eh bien, le Brésil doit aussi protéger la forêt amazonienne…

DAVID DOUKHAN
Mais il s'y est engagé ? Il s'est engagé Jair BOLSONARO à arrêter la déforestation ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais ça fait partie du bras de fer…

DAVID DOUKHAN
Oui, ce n'est pas fait, ce n'est pas fait…

FRANÇOIS DE RUGY
Et c'est pour ça que l'accord commercial qui a été signé avec l'Union européenne, pour moi, il n'est pas ratifié, et il ne sera ratifié que si le Brésil respecte ses engagements. Et par ailleurs, vous le savez, nous allons le décortiquer, cet accord, et quand je dis : nous allons le décortiquer, nous, les ministères les plus concernés, moi, le ministre de l'Ecologie, mais aussi le ministre de l'Agriculture, par ailleurs, aussi les parlementaires français et européens, car je rappelle que cet accord ne peut entrer en vigueur que s'il est ratifié par le Parlement européen, eh bien, nous, nous avons des députés européens exigeants sur le sujet…

DAVID DOUKHAN
Par tous les parlements nationaux et le Parlement européen ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais au premier rang, le Parlement européen.

DAVID DOUKHAN
C'est ce qu'a dit Pascal CANFIN, pourtant élu, il y a quelques semaines sur la liste La République En Marche…

FRANÇOIS DE RUGY
Et qui va être président de la Commission Environnement au Parlement européen, et qui aura donc à décortiquer, lui aussi, cet accord…

DAVID DOUKHAN
Oui, c‘est un engagement que vous prenez ce matin, pas de ratification si vous constatez que le Brésil par exemple continue la déforestation ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah, mais évidemment…

DAVID DOUKHAN
Vous vous y engagez ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non seulement, nous nous y engageons, mais quand je vous dis : nous allons le décortiquer, ça veut dire que tel qu'il a été négocié par la Commission européenne, qui, en plus, est en fin de mandat, donc il y a un problème de forme aussi, ça, moi, je le dis clairement, une Commission européenne en toute fin de mandat qui fait cet accord, eh bien, évidemment, la nouvelle Commission européenne, et surtout, la nouvelle majorité au Parlement européen aura à décortiquer cet accord avant de le ratifier.

DAVID DOUKHAN
On vous a entendu. Yannick JADOT, le leader de d'Europe Ecologie-Les Verts, on vous accuse, accuse le gouvernement, pour être plus précis – je le cite – d'être à la fois duplice et indigne sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique, duplice et indigne, que lui répondez-vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
On avait pensé que monsieur JADOT avait pris le sens des responsabilités après son score important aux élections, quand on réunit 13,5 % des voix, on a une responsabilité particulière, qui est celle d'agir, pas simplement de parler, pas simplement de dénoncer, de protester, de s'opposer, de contester, celle d'agir, malheureusement, je vois qu'il retombe dans les travers d'une radicalité des mots, d'ailleurs, et je souhaite que le groupe Vert au Parlement européen, dont il fait partie qui souhaite, lui, travailler avec une nouvelle majorité dans laquelle nous sommes, dans laquelle, il y a un large rassemblement pro-européen qui devra faire plus pour l'écologie, à ce moment-là, qu'on travaille ensemble, qu'on laisse de côté cette surenchère verbale.

DAVID DOUKHAN
Indigne, selon vous, ça relève de l'insulte ?

FRANÇOIS DE RUGY
En tout cas, ça n'a aucun sens, ça n'a aucun sens. Qu'on puisse dire : vous n'allez pas assez vite dans tel secteur, il faudrait être plus contraignant, mais disons-le à ce moment-là concrètement, et disons-le aux Français ou aux Européens, si on dit, demain : il faut interdire les voitures à essence ou diesel dans toutes les grandes villes, et il faut passer à l'électrique ou à l'hybride, eh bien, il faut le dire concrètement, il ne faut pas se contenter de dire : ah, on ne fait pas assez pour le climat, ah, il faudrait faire plus, ça, ce sont des déclarations d'intention qui n'ont aucun effet…

DAVID DOUKHAN
Bon, je pense que le parti de Yannick JADOT a des propositions, mais parlons-en, allons sur le fond des sujets, parce qu'il y a cette notion de duplicité, en fait, vous êtes en permanence soupçonné d'un double langage, et il y a un texte, le vôtre, qui a été adopté vendredi concernant ce qu'on appelle les passoires thermiques, j'explique…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, enfin, une loi Energie-climat…

DAVID DOUKHAN
Une loi énergie, à l'intérieur de laquelle, il y a le sujet des passoires thermiques, il faut expliquer à nos auditeurs…

FRANÇOIS DE RUGY
Alors qu'il n'y était pas au départ, c'est une volonté des députés de la majorité d'introduire des dispositions pour l'efficacité énergétique des logements.

DAVID DOUKHAN
Non, mais, attendez, vous allez répondre, mais il faut que nos auditeurs sachent de quoi nous parlons, il s'agit de logements mal isolés et qui consomment énormément d'énergie, c'est au-delà de 350 kilowattheures par mètre carré, et donc ça génère énormément de CO2, ces logements-là, ce qu'on appelle les passoires thermiques…

FRANÇOIS DE RUGY
Et des factures très lourdes en plus…

DAVID DOUKHAN
François de RUGY, le président de la République, alors qu'il était candidat en 2017, avait promis que ces passoires thermiques seraient interdites à la location d'ici 2025, votre texte ne va pas du tout en ce sens, puisqu'il n'y a aucune sanction pour les propriétaires afin qu'ils fassent des travaux de rénovation avant 2028. Comment pouvez-vous expliquer aux Français que vous luttez réellement contre le réchauffement climatique ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien, vous savez, il y a deux approches, soit, on se fixe une mesure d'interdiction, par exemple, d'ici dix ans, une dizaine d'années, et on dit, jusque-là, chacun se débrouille, puis, rendez-vous en 2025, et puis, si en 2025, on se rend compte que l'objectif n'a pas été atteint, vous savez ce qui se passe, en général, on donne un délai supplémentaire, c'est ce qui est fait par exemple sur l'accessibilité des bâtiments pour les personnes handicapées…

DAVID DOUKHAN
Ou sur la réduction du nucléaire…

FRANÇOIS DE RUGY
Et donc, moi, je préfère, et ça a été aussi la volonté des députés de la majorité de dire : voilà ce que l'on fait maintenant, et il y aura en effet une mesure, en quelque sorte un peu de voiture-balai dans un délai raisonnable qui est de l'ordre d'une dizaine d'années qui, là, dira, de façon contraignante, parce qu'il faudra assumer une part de contraintes sur ce qu'on a appelé l'obligation de rénovation, plutôt que de créer une interdiction sans moyens et sans aucun plan d'action d'ici 2025 ou 2028, on a préféré dire : il y a une obligation de rénovation, cette obligation de rénovation est inscrite dans la loi, et elle se mettra en oeuvre en plusieurs phases, une première phase d'ici 2023, incitation, informations, aide de 2023 2028, là, on donne un cadre légal, toute personne qui achètera un logement ou qui le louera, eh bien, saura si ce logement est conforme ou pas par rapport à la facture de chauffage. Et ensuite, il y aura en effet des mesures contraignantes qui viendront et qu'on prendra le temps de bâtir, parce que vous savez, quand on parle de logement, c'est facile de brandir quelque chose, mais selon que vous habitez à Paris, en plein coeur de Paris, où le logement vaut 10.000 euros le mètre carré en moyenne, ou si vous habitez une maison dans la banlieue nantaise ou si vous habitez une maison dans les Ardennes, ou autres, on sait déjà que le prix du logement n'est pas du tout le même. Les moyens pour faire face aux travaux de rénovation ne sont pas les mêmes, selon que vous êtes en immeuble, dans une copropriété, ou que vous êtes en logement individuel. Et il faut faire face à toutes ces situations, ce n'est pas une excuse pour ne rien faire, c'est une motivation supplémentaire pour trouver les solutions adaptées…

DAVID DOUKHAN
Prendre les choses avec précision, mais, pardon, promesse non tenue, ce n'est pas grave. Le candidat MACRON été très clair ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il y avait en effet cette idée qui avait été inscrite au programme, moi, d'ailleurs, je ne pense pas qu'elle soit définitivement abandonnée, à un moment donné, il faudra donner des droits nouveaux aux locataires, nous en donnons déjà en leur donnant l'information, c'est totalement nouveau, toute personne qui louera un logement aura l'information sur la facture de chauffage, sur l'annonce, pareil pour quelqu'un qui achètera, et puis, ensuite, d'avoir un droit vis-à-vis du propriétaire à exiger la réalisation, l'obligation de travaux…

DAVID DOUKHAN
Nous n'avons plus beaucoup de temps. Et je vous demande de répondre très brièvement, si vous le pouvez, regrettez-vous votre réaction après l'évacuation, disons, musclée des militants écologistes vendredi dernier, sur le pont Sully, à Paris vous avez dit : le temps n'est plus aux manifestations vous avez justifié ou semblé justifier l'usage des gaz lacrymogènes, alors que le ministre de l'Intérieur lui-même a demandé une enquête qui a, depuis, été confiée à l'IGPN…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais la preuve que nous fonctionnons dans un Etat de droit, un Etat républicain où, en effet, même quand les forces de l'ordre interviennent légitimement, eh bien, on fait une enquête, c'est tout à fait normal, c'est le bon fonctionnement de notre Etat. Moi, ce que je regrette surtout, c'est qu'on en arrive à ces crispations, à ces conflits, alors qu'on pourrait marcher main dans la main, même, je veux dire, c'est des militants assez radicaux sur le climat, bon, ils sont pour des mesures très fortes, très rapides, c'est leur droit, et moi, je suis pour quelque chose de plus progressif, de plus acceptable par les Français, mais, ils pourraient aller voir des gens, aller voir des automobilistes en leur disant : eh bien, voilà, vous pourriez changer de voiture, vous pourriez passer  la voiture électrique, vous pourriez passer à la voiture hybride, vous pensez que c'est trop cher ? Eh bien, non, on va vous faire la démonstration, je pense que ce serait plus utile que d'aller bloquer un pont une demi-journée.

DAVID DOUKHAN
François de RUGY, le ministre de la Transition écologique, merci à vous d'avoir été mon invité ce matin.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juillet 2019

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