Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, dans "Les Echos" du 4 juillet 2019, sur la désignation des dirigeants des institutions communautaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, dans "Les Echos" du 4 juillet 2019, sur la désignation des dirigeants des institutions communautaires.

Personnalité, fonction : MONTCHALIN Amélie de.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes

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Q - La lenteur des Européens à choisir leur exécutif ne vient-elle pas de démontrer, à nouveau, l'inefficacité des mécanismes décisionnels de l'Union ?

R - Nous allons avoir, dans les temps, une équipe en ordre de marche. Nous n'avons pas mis trois mois, contrairement à 2014, pour trancher. Alors que l'Europe donnait dimanche soir la pire des images avec des leaders en train de régler leurs comptes, on a finalement eu le sursaut qu'on attendait. C'est une victoire pour l'Europe. On la doit notamment au fait que Mme Merkel ait proposé de nous arrêter, de rentrer chez nous pour revenir reposés et débarrassés de cette forme de fébrilité qui était en train de s'installer. Chacun a su remettre l'essentiel au coeur du débat.

Q - Ces accords derrière des portes closes ne nuisent-ils pas à l'image de l'Europe ?

R - Il faut arrêter de faire avancer l'Europe à coups de sommets de crises et de réunions interminables. Les citoyens veulent du concret, et pas le spectacle délétère de ces bruits de couloir. Désormais, nous allons avoir une équipe opérationnelle, avec des gens qui ne sont pas des plus petits dénominateurs communs. Ils agiront sur la base d'un projet commun établi à partir de celui adopté par le Conseil européen et de l'accord de coalition qui se négocie actuellement au Parlement. Ce sera, en un sens, la lettre de mission d'Ursula von der Leyen. Nous voulons recréer une Europe démocratique et nous avons, avec plusieurs dirigeants issus des grandes familles politiques, une coalition véritable de gens qui partagent cette ambition. Nous avons désormais la bonne équipe d'Europe et nous sommes là pour avoir des résultats.

Q - On vous sent assez offensifs à l'encontre des Conservateurs du PPE...

R - Nous n'avons de problème avec aucun parti pro-européen. Ce qui nous posait une difficulté, c'était la tentation de certains d'agir comme s'ils avaient une sorte de monopole de l'Europe, comme si les institutions leur revenaient de droit. C'est l'automaticité du processus des "spitzenkandidaten" que le président a contestée. Je note au passage que le PPE lui-même n'était pas au clair sur cette idée : si le spitzenkandidat des sociaux-démocrates n'a pas été choisi comme président, c'est aussi parce que plusieurs dirigeants conservateurs ne l'ont pas soutenu. Je pense que beaucoup de choses vont se passer au PPE désormais.

Q - L'Allemagne ne va-t-elle pas avoir un poids excessif ?

R - Nous avons toujours dit que nous n'étions pas dans une bataille de drapeaux. Pour moi, c'est l'Europe qui a gagné. Ursula von der Leyen est ministre depuis quinze ans et, sur les affaires sociales comme sur la défense, elle a su prendre des décisions courageuses qui allaient à l'encontre de certains tabous en Allemagne. Elle est francophone et porte des projets qui vont dans le sens de ce que nous souhaitons pour l'Europe. Et elle partage avec Christine Lagarde une capacité à l'indépendance, à garder une forme de distance avec son étiquette politique. Ce sont des femmes d'action qui savent sortir des dogmes.

Q - Ce compromis franco-allemand vise-t-il à relancer une relation bilatérale compliquée ?

R - Evidemment qu'il peut y avoir, de la part de telle ou telle personne au sein de la CDU, certaines prises de position qui ne correspondent pas à notre vision. Mais en matière franco-allemande, je trouve qu'il y a un grand écart entre ce que disent les journaux et ce que je vis depuis trois mois. À tous les niveaux, nous parlons avec nos homologues dans un esprit de respect et de responsabilité. Si l'on ressent parfois une non-synchronisation des deux pays, c'est dû, je crois, à la situation politique intérieure allemande. Leur coalition fait face à des difficultés, nous devons le comprendre. Nous avons des temporalités politiques différentes. Durant cette négociation, nous avons juste été responsables, au service du projet européen. Angela Merkel est une vraie Européenne qui a tenu le cap de l'Union en rencontrant parfois des oppositions intérieures. Si le président de la République n'avait pas joué le rôle constructif qui a été le sien pendant ces discussions, je ne sais pas où on en serait aujourd'hui.

Q - Christine Lagarde est-elle la mieux qualifiée pour la BCE ?

R - Pensez-vous réellement que ce ne soit pas le cas, quand on sait qu'elle n'a jamais été contestée à la tête du FMI où elle préside régulièrement des réunions avec des banquiers centraux ? Christine Lagarde est extrêmement respectée. Tout le monde sait qu'elle a été une négociatrice clef dans la résolution d'un certain nombre de crises. Être président de la BCE demande en outre des qualités très politiques, une capacité à être créatif et crédible, autant d'aptitudes dont elle a fait preuve. Elle bénéficie d'une confiance exceptionnelle.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 juillet 2019

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