Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Info le 3 juillet 2019, sur les accords de libre-échange et sur la désignation des dirigeants des institutions de l'UE. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Info le 3 juillet 2019, sur les accords de libre-échange et sur la désignation des dirigeants des institutions de l'UE.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

ti :

Q - Bonsoir Jean-Baptiste Lemoyne, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Le gouvernement a donné son feu vert à la ratification par les députés de ce que l'on appelle le CETA, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, accord dénoncé par les écologistes pour qui le Canada est un mauvais élève en matière d'environnement : agriculture trop productiviste pour eux, l'un des pires élèves du G20 pour Nicolas Hulot. Que répondez-vous ?

R - On a vu le CETA en vigueur depuis 18 mois. Et que s'est-il passé ? La France a exporté plus, (+6,5%), elle a eu un excédent commercial qui s'est accru vis-à-vis du Canada, 450 millions d'euros, ce n'est pas rien, cela crée des emplois, et les craintes qui existaient de la part de certaines filières agricoles, je pense à la filière bovine, ne se sont pas réalisées ; seulement 119 tonnes de viande bovine exportée du Canada vers la France, tout simplement parce que les Canadiens ne sont pas outillés pour répondre à nos normes. Dans tous ces accords commerciaux, il y a une chose qui est intangible, c'est que les produits qui arrivent dans les assiettes des consommateurs européens doivent respecter nos normes ; cela veut dire : pas de saumon transgénique, pas de boeuf aux hormones. Tout cela est banni, ce qui fait que cet accord du CETA, on a vu que c'était un bon accord dans la réalité. C'est la preuve par la réalité.

Q - Autre accord décrié, celui que l'Union européenne vient de conclure avec les pays d'Amérique du Sud du Mercosur. C'est le même reproche, normes écologiques en deçà des exigences européennes, surutilisation des pesticides, primes au productivisme, ne faut-il pas finalement des accords plus productivistes pour protéger davantage l'agriculture française, y compris avec plus de normes écologistes ?

R - Concernant cet accord atteint entre la Commission européenne et le Mercosur, il faut toujours avoir en tête que, grâce à la vigilance de la France, nous avons un certain nombre d'avancées majeures.

Q - Sur quoi par exemple ?

R - Le Brésil qui, il y a quelques semaines, menaçait de se retirer de l'Accord de Paris, a signé, papier noir sur blanc, il s'engage à mettre en oeuvre effectivement, c'est-à-dire dans les faits, dans la réalité l'Accord de paris. Nous avons donc gardé à bord le Brésil qui sera du même coup obligé de tenir les engagements qu'il a pris. Je vous les rappelle : 12 millions d'hectares de forêt à replanter, -37% d'émissions de gaz à effet de serre à obtenir dans les dix prochaines années.

Nous jugerons donc sur les faits, mais il y a un engagement.

Q - Juger sur les faits, cela veut dire que la France pourrait ne pas signer ?

R - On rentre dans un processus démocratique maintenant, c'est-à-dire que le Parlement européen sera amené à se prononcer, et ensuite les parlements nationaux. Je pense que les parlementaires européens comme les parlementaires nationaux vont aussi regarder si le Brésil met en oeuvre effectivement les engagements. Nous regarderons tout cela de près.

La deuxième grande avancée, c'est que cet accord, pour la première fois, inclut ce que l'on appelle une clause de sauvegarde pour les filières agricoles. Cela veut dire que si d'aventure une filière souffrait, rencontrait des difficultés, nous pourrions mettre fin aux importations de ces pays. C'est une avancée que le président de la République a arrachée.

Q - On en vient aux postes clés de l'Union européenne, notamment la présidence de la Commission qui doit revenir à Ursula von der Leyen, la ministre allemande de la défense, un choix là aussi critiquée. Ecoutez ce qu'en dit notamment l'écologiste Yannick Jadot : "c'est une personne qui n'est pas élue, c'est une personne qui n'a pas d'expérience européenne, c'est une personne qui n'a pas été impliquée dans les élections européennes. Donc, tout cela est une rupture par rapport au Parlement européen, un déni de démocratie. En plus, on nous promettait, et le président Macron nous promettait des personnalités qui allaient participer au sursaut européen. On voit bien que ce sont des personnalités de second rang qui doivent tout au Conseil et qui donc vont affaiblir la Commission et le Parlement européen".

"Déni de démocratie", "personnalité de second rang", il a raison Yannick Jadot ?

R - Je pense que l'on ne parle pas de la même personne, parce qu'Ursula von der Leyen, c'est quinze ans ministre en Allemagne, ayant ès-qualités siégé dans les conseils des ministres de l'Union européenne, depuis quinze ans, c'est une personne qui a été élue, élue dans sa région, dans son Land, et c'est quelqu'un qui est, je pense... Avoir deux femmes comme ça dans les top jobs de l'Union européenne, avec Christine Lagarde à la Banque centrale européenne, pardon de le dire comme cela, moi je trouve que cela a de "la gueule."

Q - Alors, justement, l'autre femme c'est Christine Lagarde qui quitte le FMI pour prendre la BCE. Christine Lagarde, ce n'est pas du "en même temps", c'est une femme libérale classique, ministre des finances de Nicolas Sarkozy. Est-ce que c'est vraiment la nouvelle Europe ? Est-ce qu'elle incarne la nouvelle Europe plus sociale, que veut le président de la République ?

R - À la Banque centrale européenne, l'enjeu c'était : est-ce que c'est le retour des faucons, d'un certain nombre de personnes qui avaient une vision de l'économie très rigoriste, ou bien est-ce que l'on a quelqu'un qui a une expérience aussi des crises ? Christine Lagarde a vécu la crise de 2008, vous le rappeliez, en tant que ministre des finances. Je l'ai vu oeuvré au FMI, elle a donc une expérience incomparable. Et puis elle est française, cela ne gâche rien. Donc, je pense que c'est un choix tout à fait opportun...

Q - mais très libéral...

R - Non, c'est une femme qui est pragmatique avant tout. Elle a été là pour résoudre des crises. Vous savez, quand on résout des crises on ne se pose pas de question idéologique, libérale ou pas libérale, on va à l'efficacité, on va au résultat. Et, donc, des résultats, elle en a.

Je crois surtout que ces nominations, cela montre que le président de la République a réussi à faire en sorte d'avoir un casting qui soit ambitieux pour porter une feuille de route ambitieuse. Parce qu'il y a une stratégie qui a été adoptée et parce que la liste Renaissance a porté un groupe central au Parlement européen. On a dû prendre en compte aussi un certain nombre d'exigences et, on l'a vu, le couple franco-allemand qu'on disait parfois un peu décrié, eh bien là, il a été très efficace.

Q - Donc, le moteur franco-allemand existe toujours, malgré effectivement les quelques ratés que l'on a pu connaître au début des négociations ?

R - Le président de la République et la chancelière ont vraiment été de ceux qui ont facilité l'accord en deuxième partie. Parce que l'on a vu que, au tout début, cela bloquait. Cela bloquait parce que, au sein du PPE, cela rechignait, y compris contre la chancelière...

Q - ...avec les pays de l'Est notamment.

R - Exactement. Il est vrai qu'il y a un début de fracture de ce point de vue-là, qui est un peu inquiétant. Que des Etats veuillent récuser un candidat, je pense à M. Timmermans parce qu'il défendait un peu trop bruyamment l'Etat de droit, oui, cela peut interroger, cela veut dire que l'on a des enjeux de valeurs à porter encore bien haut.

Q - En Syrie, Thierry Mariani prépare un nouveau déplacement, cette fois avec des eurodéputés Rassemblement national. Il pourrait à nouveau rencontrer Bachar al-Assad. C'est un épiphénomène ou c'est une diplomatie parallèle, parce qu'il est français, Thierry Mariani ?

R - On a compris qu'il avait un peu ouvert une agence de voyage vers la Syrie, ce n'est pas la première fois. Donc, ce n'est pas un étonnement. Maintenant, nous, la France, le gouvernement français, on est avant tout pour la lutte contre l'impunité. Il se trouve qu'il y a un certain nombre de crimes qui ont été commis là-bas et donc il s'agit justement de ne pas se commettre.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 juillet 2019

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