Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'émancipation des filles et des femmes par l'éducation, à Paris le 5 juillet 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'émancipation des filles et des femmes par l'éducation, à Paris le 5 juillet 2019.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : G7 Education et développement ; Conférence sur "l'innovation pour l'émancipation des filles et des femmes par l'éducation", à Paris le 5 juillet 2019

ti :


Madame la Directrice générale, chère Audrey,
Monsieur le Ministre, cher Jean-Michel,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mes chers amis,


Je dois dire que je suis fier d'être à cette tribune aujourd'hui, je suis fier parce que le combat pour l'éducation est au coeur de notre République.

" Partout où il y a un esprit, partout où il y a un champ, il faut qu'il y ait un livre ! ", c'était Victor Hugo, qui plaidait dès 1850 pour l'instruction gratuite et obligatoire. C'était affirmer, près d'un siècle avant que la Déclaration universelle des droits de l'Homme - qui fut d'ailleurs adoptée pas loin d'ici, au Palais de Chaillot - près d'un siècle avant que cette déclaration ne reconnaisse que l'éducation est un droit humain fondamental.

Depuis, mesdames et messieurs, cette exigence n'a cessé de nous guider. Aujourd'hui, notre priorité est d'assurer l'égalité entre les filles et les garçons à l'école. Une priorité, bien sûr, pour notre système éducatif, et Jean-Michel Blanquer vient de le rappeler. Une priorité aussi pour notre diplomatie.

On a bien voulu me présenter tout à l'heure comme porteur d'une diplomatie féministe. Je l'ai écrit, je me suis fait critiquer, je maintiens. Cela ne veut pas dire un droit spécifique de carrière pour les femmes dans les ambassades, mais ça y contribue. Mais c'est un message beaucoup plus fort, parce que tout à l'heure, Jean-Michel rappelait que 132 millions de filles ne sont pas scolarisées dans le monde, et beaucoup sont contraintes de quitter l'école avant d'avoir acquis les compétences de base. C'est un drame pour chacune d'entre elles d'être privées d'éducation, parce qu'être privé d'éducation, c'est être privé des instruments qui permettent de construire la vie. Et quand je parle de diplomatie féministe, c'est bien de ce combat-là dont je parle. Et puis le fait que les filles ne soient pas toujours scolarisées entraîne aussi un tort considérable pour les sociétés des pays les plus fragiles, parce que l'éducation, c'est un formidable levier de développement, mais l'éducation des filles, c'est aussi un vecteur supplémentaire.

Non seulement l'égalité de genre et l'accès de tous à une éducation de qualité font partie - vous le savez - des objectifs de développement durable (ODD 5 et ODD 4), mais je dirais même que notre capacité à atteindre l'ensemble des ODD à l'horizon 2030, comme nous y sommes tous engagés en 2015, dépend très concrètement des efforts que nous ferons pour garantir aux filles et aux femmes, où qu'elles vivent, la possibilité d'exercer pleinement leur droit à l'éducation.

Au cours des dernières années, des progrès considérables ont été réalisés, comme le montrent les éditions successives du Rapport mondial de suivi de l'éducation par l'UNESCO. Tout à l'heure, Audrey Azoulay nous le rappelait. Mais beaucoup reste à faire, nous devons faire plus, nous devons faire mieux, nous devons innover.

Les échanges qui auront lieu ici tout au long de l'après-midi et qui seront conclus par le Président de la République, ce qui montre l'importance qu'il accorde à cet enjeu, permettront, je pense, de décliner cette nécessité en pistes d'action concrètes - des salles de classe à l'aide internationale, de l'administration des systèmes éducatifs aux nouveaux outils numériques.

Et je voudrais déjà vous dire, à cet égard, ce que la France fait et compte faire pour nourrir au niveau international cet effort collectif.

Nous pensons qu'il est utile d'innover au plan politique.

C'est pourquoi nous avons organisé ce matin, Jean-Michel en parlait, une réunion conjointe des ministres de l'éducation et du développement du G7, ensemble avec les ministres de l'éducation du G5. Cela n'était jamais arrivé. Il n'est jamais arrivé qu'il y ait, comme l'on dit, une réunion " jumbo " entre le G7 éducation et le G7 développement et encore moins avec des ministres de régions très sensibles, le G5 Sahel. Et nos travaux ont permis de lancer une nouvelle initiative, baptisée " Priorité à l'égalité ".

Il s'agit de passer du constat à l'action. Puisque nous sommes tous d'accord pour reconnaître la nécessité d'une émancipation des filles par l'éducation, il faut que nous nous mobilisions pour fournir une assistance technique ciblée à tous ceux qui souhaitent mettre la question de l'égalité au coeur de leur politique éducative et à tous ceux qui souhaitent scolariser toutes les jeunes filles dans les meilleures conditions possibles, en s'appuyant sur un vivier d'expertise des organisations internationales les plus compétentes. Donc, nous créons aujourd'hui cette assistance à l'action, cette assistance qui se veut concrète, dans tous les domaines de l'éducation : des programmes aux manuels scolaires, des infrastructures aux équipements. À tous les niveaux des systèmes éducatifs : des écoles aux instituts de formation des enseignants, et bien sûr aux administrations.

Cette initiative sera donc portée par le G7, c'est un des résultats, avec l'appui - j'y insiste pour les en remercier - des organisations internationales qui se sont mises autour de la table avec nous pour la concevoir, que ce soit le Partenariat mondial pour l'éducation, l'UNESCO, dont je salue à nouveau la directrice générale, l'UNICEF, la directrice générale est là et bien sûr l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles. Et le financement sera assuré à la fois par le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Union européenne. Il faut des actes concrets pour traduire dans les faits nos intentions collectives.

Le financement, c'est justement le deuxième domaine où nous voulons innover pour gagner en efficacité. Vous savez que la France a déjà été à l'initiative de financements innovants pour le développement, je pense à la taxe sur les billets d'avion ou à la taxe sur les transactions financières. Mais nous souhaitons désormais mettre cet esprit d'initiative, cette inventivité, au service de l'éducation des filles.

Avec l'UNICEF, nous allons lancer ce qu'on appelle un fonds de contrepartie. Nous lançons, madame la Directrice générale, un fonds de contrepartie. C'est-à-dire très concrètement, nous allons doubler les fonds que l'UNICEF recevra de citoyens français et d'acteurs privés, notamment des fondations d'entreprises, pour financer un projet de l'UNICEF destiné à prévenir le mariage précoce des filles par la scolarisation secondaire et à promouvoir les compétences de vie courante.

La force de ce mode de financement, d'un genre tout à fait nouveau en France, ce sera, en associant les acteurs institutionnels et la mobilisation de la société civile, d'abord d'avoir de l'argent ; en gros, quand vous cotiserez à l'UNICEF, vous cotiserez double, vous payez double en ne payant qu'une fois, puisque l'Etat et le gouvernement, et mon ministère en particulier, mettra un euro lorsqu'il y aura un euro qui sera versé à l'UNICEF, cela jusqu'à la fin de l'échéance. Donc c'est une incitation et une dynamique qui nous permettra d'avoir un outil très important de financement nouveau. Nous ne finançons pas l'UNESCO de la même manière, madame la Directrice générale, mais vous vous souvenez que nous avions précisément doublé notre contribution volontaire à l'UNESCO pour un projet d'éducation des filles.

Donc, c'est une même logique qui nous poursuit. Et, là, il faut avoir des financements innovants, des financements imaginatifs, eh bien nous sommes au rendez-vous.

Et puis aussi, puisque nous sommes toujours sur le passage du discours à l'action, nous allons créer un mécanisme de financement innovant qui s'appelle " fonds de paiement sur résultats " pour financer des initiatives ciblées sur la question de l'impact de l'hygiène menstruelle sur la scolarité. Les jeunes filles, quand elles arrivent à l'âge de la puberté - on a vu ces témoignages encore ce matin dans plusieurs rencontres -, les jeunes filles ne doivent pas se voir condamnées à s'absenter de l'école ou - pire - à la quitter définitivement, faute d'infrastructures sanitaires adaptées. Et malheureusement c'est trop souvent le cas en Afrique. Eh bien, nous allons y remédier par cette initiative de financement original que nous lançons aussi aujourd'hui.

Voilà l'action de la France. D'une certaine manière voilà un exemple de diplomatie féministe.

Enfin, nous devons innover aussi dans la manière même dont nous abordons collectivement et ensemble ces enjeux.

C'est le sens de cette conférence internationale que nous avons pu organiser grâce aux moyens et à l'expertise de l'UNESCO. Nous avons voulu en faire une occasion de mettre en lumière les initiatives exemplaires, mais surtout de susciter de nouvelles collaborations et de rappeler l'importance de l'action collective au service de nos biens communs.

Je tiens à remercier vivement toutes celles et tous ceux qui prendront part aux tables rondes pour nous parler de leurs visions et leurs projets, à commencer par Malala Yousafzaï, prix Nobel de la paix, dont le courage et la détermination pour dénoncer, à onze ans, le sort des écolières privées de leurs droits par les talibans comme l'attentat qui a failli lui coûter la vie quelques mois plus tard, ce témoignage et cette action ont touché le monde entier, et elle sera auprès de nous tout à l'heure.

À travers elle, mesdames et messieurs, c'est l'engagement de la jeunesse que je veux saluer, car je suis convaincu, et Jean-Michel faisait état de notre déjeuner de ce midi avec des jeunes d'Afrique, nous sommes convaincus encore plus depuis ce midi que de la jeunesse viendront les idées les plus innovantes et les plus fécondes. C'est pourquoi je suis heureux de passer la parole à Aminata Cisse, étudiante en master à l'école supérieure d'informatique et de comptabilité de Bamako, qui milite pour les droits des jeunes filles au Mali. Merci de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juillet 2019

Rechercher