Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec CNews le 24 juillet 2019, sur les conséquences de la sécheresse pour l'agriculture, le CETA, le Brexit et sur la loi bioéthique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec CNews le 24 juillet 2019, sur les conséquences de la sécheresse pour l'agriculture, le CETA, le Brexit et sur la loi bioéthique.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :


DAMIEN FLEUROT
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

DAMIEN FLEUROT
Merci d'avoir accepté l'invitation de Cnews, vous êtes le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Hier soir vous étiez à l'Elysée, un dîner autour du président de la République avec les membres du gouvernement, et au même moment, François de RUGY contre-attaquait, dans une affaire qu'il nomme maintenant une « Affaire Mediapart ». Il se dit totalement blanchi. Est-ce qu'il doit revenir, l'ancien ministre de l'Environnement, au gouvernement, auprès de vous ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais on n'en est pas là. Moi je suis vraiment ravi et heureux que François de RUGY ait été totalement blanchi, que les enquêtes internes de l'Assemblée nationale, notamment, l'aient blanchi, et voilà. Hier soir il l'a dit, c'est un homme meurtri, c'est un homme qui a été terriblement touché par ce qui lui est arrivé, et je veux lui exprimer toute ma solidarité. Mais vous savez aujourd'hui la demande de transparence de la population française est tellement forte et de plus en plus forte…

DAMIEN FLEUROT
Il y a une affaire Mediapart, aujourd'hui, ce sont ses mots…

DIDIER GUILLAUME
Non mais moi je ne veux pas rentrer dans le débat entre François de RUGY et Mediapart. Il s'est passé des attaques dont beaucoup ont été fausses, aujourd'hui ce qui a été remarqué par l'Assemblée nationale c'est ça, François de RUGY est blanchi, maintenant voilà, nous devons continuer à nous comporter de façon exemplaire, les Français le demandent, c'est ce qui se passe depuis les dernières lois qui avaient été mises en place, c'est ce que stipule la circulaire du Premier ministre Edouard PHILIPPE, en disant attention. Voilà, il faut faire la séparation totale entre la vie publique et la vie privée, lorsqu'on fait de la politique on ne fait pas de la politique en couple, on fait de la politique seul, on est responsable politique et c'est bien normal.

DAMIEN FLEUROT
La France qui traverse un épisode de canicule exceptionnel, vous êtes le ministre de l'Agriculture, des agriculteurs qui souffrent des fortes chaleurs, avec des pertes d'exploitation. Est-ce qu'on peut les aider ? Ils demandent plus de l'Etat, comment peut-on notamment les assurer, lié aux pertes des exploitations ?

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, avec le dérèglement climatique, il va y avoir de plus en plus d'aléas et notamment de sécheresse. L'Etat les aide beaucoup, en exonérant la taxe foncière sur les propriétés non bâties, en repoussant les cotisations de la Mutualité sociale agricole, en mettant en place des…

DAMIEN FLEUROT
Ça se sont des avances de trésorerie…

DIDIER GUILLAUME
Non non, pas du tout, là ce sont… et en mettant en place un fonds de calamités agricoles, l'année dernière, pour ces aléas il y a eu près de 200 millions qui ont été versés en cash aux agriculteurs. Mais aujourd'hui il faut donc leur donner les moyens d'avoir de la nourriture pour leurs animaux. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à l'Union européenne de nous autoriser sur 33 départements à faucher l'herbe, à faucher les jachères afin de faire rentrer du matériel, des produits pour le fourrage…

DAMIEN FLEUROT
Il y aura des facilités liées aux transports, la gratuité des autoroutes ?

DIDIER GUILLAUME
Pour l'instant on n'en est pas là, pour l'instant il faut que chaque éleveur puisse faire rentrer de l'herbe, du fourrage pour élever ses… pour nourrir es animaux cet hiver. Et je demande à nouveau à l'Union européenne de nous autoriser à élargir ce nombre de départements, de passer de 33 à beaucoup plus et de pouvoir faucher les jachères des céréaliers. C'est très important. Déjà rien que cela, nous arriverions à alimenter nos animaux. Il n'y aurait rien de pire, parce que les animaux n'ont rien à manger, qu'ils partent à l'abattoir, c'est ça le risque.

DAMIEN FLEUROT
Et pour ceux qui connaissent des pertes d'exploitation, liées à la sécheresse, liées parfois aux orages, comment peut-on les accompagner mieux ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, moi je pense qu'il y a deux sujets sur lesquels il faut travailler, sur lesquels j'ai lancé cette grande concertation dans les 6 mois qui viennent avec le monde agricole, premièrement c'est d'arriver à se dire : il faut faire des retenues d'eau, des retenues collinaires, afin de stocker de l'eau l'hiver pour s'en resservir l'été. On ne peut pas regarder la pluie tomber pendant 6 mois et en chercher pendant les 6 mois de chaleur.

DAMIEN FLEUROT
Mais comment fait-on ?

DIDIER GUILLAUME
Une instruction a été décidée, signée entre le ministère de la Transition écologique et solidaire et moi-même, pour lancer cela sur le terrain…

DAMIEN FLEUROT
Mais vous le savez, il y a un cadre réglementaire très stricte.

DIDIER GUILLAUME
Oui, bien sûr, il y a un cadre réglementaire très stricte, que nous ouvrons grâce à cette instruction. Et la deuxième chose, il faut arriver à élargir l'assurance pour les agriculteurs, ça ne sera pas tout, mais aujourd'hui les agriculteurs ne sont pas assurés parce que l'assurance, pour beaucoup de filières, n'est pas abordable, n'est pas assez abordable. Il faut travailler dans ces deux directions. Mais avant tout, aujourd'hui en conjoncturel, il faut donner la permission, la possibilité aux éleveurs de faucher les jachères, ce que l'Europe aujourd'hui a interdit, pour faire rentrer du fourrage de nourriture pour l'hiver.

DAMIEN FLEUROT
Cultiver aussi des céréales peut-être moins consommatrices d'eau. C'est une recommandation ?

DIDIER GUILLAUME
Alors évidemment la transition agro-écologique que je prône, que je pousse, et sur laquelle l'ensemble de l'agriculture, l'ensemble des agriculteurs est engagé, est une bonne chose. Vous savez, il faut faire attention à ce que l'on dit souvent. L'agriculture française utilise 30 % de moins d'eau aujourd'hui qu'elle n'en utilisait il y a 10 ou 15 ans. Donc c'est une réalité, les agriculteurs français utilisent moins d'eau, c'est clair. Mais il faudra, si l'on veut que cette agriculture soit résiliente, il faudra pouvoir arroser des productions.

DAMIEN FLEUROT
Une agriculture française aussi qui vit grâce à l'export. Hier le CETA a été signé, du CETA on passe maintenant au Mercosur. Vu la faible marge du vote hier à l'Assemblée nationale, il y a eu des frondeurs dans la majorité présidentielle, est-ce que ce texte sur le Mercosur, eh bien peut être une réalité ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais pour le Mercosur ce sera dans 2 ans, dans 3 ans, on n'en sait rien, nous verrons bien…

DAMIEN FLEUROT
On en parle déjà.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais ça a été ça un peu le problème. Aujourd'hui, le Mercosur en l'état il n'est pas ratifiable, donc il faudra regarder un certain nombre de choses, le président de la République va installer…le Premier ministre va installer une commission indépendante lundi, ce n'est pas le sujet. Sur le CETA, moi je veux quand même rassurer. Je peux comprendre que les éleveurs bovins notamment soient inquiets, mais j'entends aussi toutes les productions sous signe de qualité, sous IGP, Indication géographiquement protégée. J'entends aussi tous les produits laitiers, tous les fromages, cet accord va nous ouvrir énormément de marchés. Et sur la viande bovine…

DAMIEN FLEUROT
Il y aura des contrôles ?

DIDIER GUILLAUME
Ah bien sûr ! Mais d'énormes contrôles. Aucun produit du Canada entrant en France ne sera accepté s'il ne répond pas aux normes françaises. Ça je veux vraiment le dire. Et aujourd'hui, nos principaux concurrents pour la viande bovine, à 96, 97 % ce sont… c'est l'Europe, c'est les Etats européens, c'est assez peu sur le Canada. Mais on ouvre ce marché, on baisse les barrières tarifaires, je comprends que les éleveurs soient inquiets, je veux leur dire qu'ils n'ont pas à s'inquiéter, les normes seront respectées, les contrôles seront faits. Et puis pour donner vraiment des chiffres, sur les 75 000 fermes canadiennes, il n'y en a que 36, vous entendez bien, 36 fermes sur 75 000 qui ont été validées, qui ont été accréditées pour pouvoir exporter du boeuf, et ces 36 fermes seulement qui pourront exporter du boeuf du Canada, ne pourront pas exporter du boeuf aux hormones, ne pourront pas exporter du boeuf qui aura été alimenté par des farines animales de ruminants. Je veux le redire pour rassurer. Après je comprends. Dans un moment où les éleveurs souffrent, où les prix n'y sont pas, où le revenu n'est pas assez élevé, je comprends cette inquiétude, mais je veux les rassurer.

DAMIEN FLEUROT
Votre réaction à l'arrivée de Boris JOHNSON, nouveau Premier ministre britannique. « Il sera un Premier ministre formidable a dit Donald TRUMP sur Twitter », est-ce que vous partagez le même enthousiasme que le président américain ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne suis pas enthousiaste, je trouve qu'ils se ressemblent beaucoup d'ailleurs tous les deux, mais je n'ai pas être enthousiaste ou pas, c'est le Premier ministre que les Britanniques se sont choisis, donc nous allons travailler avec lui, la seule chose…

DAMIEN FLEUROT
Il n'exclut pas une sortie dure, un Brexit dur.

DIDIER GUILLAUME
Il est possible qu'avec Boris JOHNSON nous soyons dans le Brexit dur, dans le Hard Brexit, eh bien écoutez, nous verrons bien. Aujourd'hui l'Union européenne est en train de se mettre en place, madame Ursula VON DER LEYEN, la présidente de la Commission va pouvoir vraiment travailler avec les autorités européennes, avec le chef de l'Etat, Emmanuel MACRON. Voilà. Maintenant travaillons sur la sortie. Mais moi ce qui m'importe, dans mon secteur d'activité, outre tout le reste, c'est, dans un Brexit sans accord, c'est des conséquences sur la pêche et sur les pêcheurs français. Et là-dessus je vais vraiment me bagarrer. Brexit dur, peut-être, il n'y a aucune circonstance qui fait que l'on empêcherait, on pourrait empêcher que Boris JOHNSON empêcherait, interdirait aux pêcheurs français d'aller pêcher dans les eaux britanniques. Il n'y a aucune raison pour cela, donc je vais continuer à affirmer que nos pêcheurs doivent pouvoir continuer à aller dans les eaux britanniques.

DAMIEN FLEUROT
La loi de bioéthique sur la table du Conseil des ministres, le dernier de cette saison, aujourd'hui à l'Elysée. Vous avez fait partie de la majorité qui a fait voter le mariage pour tous, est-ce que vous craignez que l'on revive en France les mêmes tensions, des manifestations contre ce texte qui comprend notamment l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, la possibilité aussi de congeler ses ovocytes ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je peux comprendre que pour des raisons familiales, pour des raisons philosophiques, pour des raisons religieuses, certains de nos concitoyens soient opposés, ça s'appelle la démocratie, le choix en conscience. Je ne peux pas comprendre qu'il y ait cette agressivité, qu'il puisse y avoir ces manifestations. Les manifestations sont autorisées, mais enfin de quoi parlons-nous ? C'est de donner des droits aux femmes, les mêmes droits pour toutes les femmes. Cela ne pose aucun problème, le mariage pour tous a été voté en un quart d'heure, en une journée dans plusieurs états, chez nous nous ça a mis beaucoup de temps parce que ça a été passionné, il faut dépassionner ce débat. Moi je suis très très favorable à la PMA pour toutes, avec un remboursement pour toutes, avec le fait que l'on puisse connaître ses origines, pour les enfants…

DAMIEN FLEUROT
Et il y aura une majorité à l'Assemblée nationale. Les députés le la République En Marche ont la possibilité de se prononcer en conscience sur ce texte, il n'y aura pas de discipline de vote.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr ce genre de texte sur la bioéthique, sur la fin de vie, sur le mariage, c'est les textes qu'il faut faire en conscience. Mais je reste persuadé que cette Assemblée nationale est une Assemblée nationale progressiste, qui veut donner de nouveaux droits, qui ne veut pas en enlever à d'autres, il ne s'agit pas d'enlever des droits, mais qu'il s'agit d'en donner de nouveaux aux femmes, je pense que c'est une avancée formidable, c'est une avancée au niveau intellectuel, c'est une avancée pratique, c'est une avancée pour éviter les drames de femmes qui souhaitent être mamans qui ne peuvent pas avoir d'enfants, qui ne peuvent pas avoir d'enfants parce qu'elles vivent avec une autre femme, qui ne peuvent pas avoir d'enfants tout simplement. Voilà, je pense que c'est vraiment une très belle avancée, moi j'y suis favorable, et je suis très fier de faire partie de ce gouvernement pour la politique qui est menée par le président MACRON évidemment, mais pour ce sujet-là.

DAMIEN FLEUROT
Et une politique suffisamment à gauche, Didier GUILLAUME, vous êtes un ancien socialiste, où en est la constitution d'un pôle d'élus de la gauche au sein de la majorité ? Il y a eu des déclarations, des initiatives notamment, eh bien avec… autour de Jean-Yves LE DRIAN, de vous, d'Olivier DUSSOPT.

DIDIER GUILLAUME
Non, mais moi je ne suis pas dans cette perspective-là du tout. Moi, quand j'ai rejoint Emmanuel MACRON en janvier 2017, parce que je pensais que mon ancienne organisation politique allait dans le mur, et on l'a vu aux deux dernières élections, je ne souhaite pas en parler, je souhaitais dépasser les clivages. Donc cette majorité, elle marche sur le en même temps, ni droite ni gauche, et droite et gauche. Je me fiche de savoir qui vient de la droite, qui vient de la gauche, ce qui m'importe c'est où aller de l'avant. Aller à droite et aller à gauche on fait des zigzags, aller de l'avant on trace la perspective. Et ce que veut faire Emmanuel MACRON, c'est tracer une perspective pour ce pays, nous faisons beaucoup de lois, la loi sur les retraites…

DAMIEN FLEUROT
Pas de ralliements d'élus pour les prochaines municipales en mars prochain ?

DIDIER GUILLAUME
Ah mais bien sûr, pour les prochaines élections municipales la majorité présidentielle soutiendra des listes, elle-même aura… il y aura des candidats dans certaines communes. Bien sûr qu'il faut élargir la majorité, encore, et compte tenu de ce qui se passe dans le paysage politique, compte tenu des résultats des élections européennes, je reste convaincu que cette majorité va encore s'élargir. Bien sûr qu'il faut, mais ce n'est pas du ralliement, ce n'est pas du débauchage, c'est la constitution d'une majorité encore plus large pour réformer le pays et pour faire en sorte que ce pays aille de l'avant.

DAMIEN FLEUROT
Dernier Conseil des ministres, je le disais tout à l'heure, une pause, trois semaines, est-ce que vous avez eu des consignes particulières de prudence, de sobriété, et est-ce que vous serez aussi sur le terrain ? Il y a un épisode de canicule qui pourrait se renouveler cet été.

DIDIER GUILLAUME
Oui, je pense que je serai sur le terrain pendant ces vacances, le ministre de l'Agriculture et l'Alimentation doit être en veille, mais comme tous les ministres. Le président de la République nous l'a dit hier soir lors de la rencontre qu'il a organisée pour la fin de l'année à l'Elysée, il nous a dit : « Prenez des vacances, reposez-vous, nous avons beaucoup travaillé, l'hiver a été rude avec les manifestations, nous avons enclenché la deuxième étape du quinquennat, reposez-vous, parce que vous en avez besoin, mais restez en veille ». Parce que l'été on est membre du gouvernement, même pendant les vacances. Un membre du gouvernement, il n'est pas en vacances, un membre du gouvernement…

DAMIEN FLEUROT
Les vacances du pouvoir, mais pas de vacances.

DIDIER GUILLAUME
Oui, un membre du gouvernement se repose mais n'est pas en vacances, il est en éveil pour la politique de son secteur et pour la politique du gouvernement. Et puis reposez-vous, parce que la rentrée sera tonique, parce qu'il y aura encore beaucoup de réformes à mettre en place.

DAMIEN FLEUROT
Et on en reparlera ici sur Cnews. Merci beaucoup Didier GUILLAUME d'avoir été avec nous ce matin sur Cnews.

DIDIER GUILLAUME
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2019

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