Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-brésiliennes, à Brasilia le 29 juillet 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-brésiliennes, à Brasilia le 29 juillet 2019.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Conférence de presse conjointe avec M. Ernesto Araujo, ministre brésilien des relations extérieures, à Brasilia (Brésil) le 29 juillet 2019

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Monsieur le Ministre, cher Ernesto, merci beaucoup de votre accueil à Brasilia aujourd'hui. Je suis heureux d'être de retour au Brésil que j'avais eu le plaisir de visiter comme ministre de la défense de la République française en 2012. Comme vous venez de le rappeler, ce déplacement me donne l'occasion d'un large tour d'horizon des différentes dimensions de notre relation bilatérale. Je me suis rendu à Rio de Janeiro hier et je serai à Sao Paulo demain.

Le président de la République Emmanuel Macron, qui a eu l'occasion d'une première entrevue avec le président Bolsonaro lors du G20 d'Osaka le mois dernier, m'a demandé de porter aujourd'hui un double message à notre partenaire brésilien.

1) D'abord celui de poursuivre l'approfondissement de notre partenariat stratégique. Vous l'avez évoqué. Je souhaite donc que ma venue permette de resserrer encore davantage les liens entre nos deux pays, dans les domaines économiques, commerciaux, culturels, dans le respect des principes défendus par la France, au premier rang desquels le développement durable.

Et dans le cadre de ce partenariat stratégique, j'ai été heureux de pouvoir prendre hier la mesure de l'une des réalisations emblématiques du volet défense de ce partenariat, en me rendant sur la base navale d'Itaguai, où a été lancé en décembre 2018 le Riachuelo, premier de la série des quatre sous-marins Scorpène construits au Brésil dans des conditions exceptionnelles.

Je voudrais dire aussi que la France au Brésil, c'est un millier d'entreprises, c'est 500.000 emplois induits et près de 30 milliards d'investissements directs, soit pour la France un niveau similaire à celui que nous avons en Chine. Le récent rachat de TAG par Engie est là pour dire notre confiance dans le potentiel exceptionnel de ce pays, confiance qui ne s'est pas démentie dans les années récentes qui ont pourtant été plus difficiles pour l'économie brésilienne. Mes entretiens demain avec le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo ainsi qu'avec les représentants de la communauté d'affaires permettront de confirmer la vitalité des investissements français au Brésil et permettront aussi de faire le point sur les différents projets en cours.

L'intensification des échanges dans le domaine universitaire et scientifique, notamment dans les sciences humaines, constitue aussi une priorité. L'inscription dans la durée de notre programme de coopération CAPES-COFECUB, qui a fêté cette année ses quarante ans et a formé plus de 3000 docteurs brésiliens, témoigne de l'excellence de notre coopération.

Nous avons aussi abordé, vous l'avez dit, la question de la coopération transfrontalière, qui confère une dimension très particulière à notre relation bilatérale. Celle-ci a connu des avancées positives, actées lors de la réunion de la commission mixte transfrontalière des 3 et 4 juillet derniers. Nous faisons face des deux côtés de la frontière à des menaces similaires, orpaillage et trafics de drogue. Nous voyons que ces activités provoquent des victimes françaises et brésiliennes, encore ces derniers jours de part et d'autre. Face à cette situation, nos Etats de droit doivent réagir sans faille.

2) Le deuxième message, qui découle de la vitalité de notre partenariat stratégique, c'est l'importance d'un dialogue direct et transparent sur tous les enjeux d'intérêt commun.

Et bien sûr, ce dialogue concerne l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur conclu le 28 juin dernier. Nous voyons bien le potentiel économique important que cet accord représente pour nos entreprises.

Et en même temps, nous devons prendre le temps de réaliser de notre part une évaluation nationale complète, indépendante et transparente de cet accord, qui permettra alors de déterminer la position des autorités françaises.

Pendant toute la préparation de cet accord - et cela a duré longtemps, vingt ans - la France a fait part d'une volonté constructive et exigeante à la fois. Nous garderons cet état d'esprit dans la période qui vient en insistant particulièrement sur trois éléments de préoccupation :

- le premier concerne la mise en oeuvre de l'Accord de Paris, et je souligne à cet égard l'importance de la décision prise par le président Bolsonaro de garder l'accord, de garder le Brésil dans l'accord et de le mettre en oeuvre rapidement ; les décisions que nous avons prises dans le cadre de cet accord sont des décisions qui nous engagent tous et ce point est très significatif - je tenais à le redire ;

- le deuxième c'est le respect de nos normes environnementales et sanitaires ;

- et le troisième c'est la protection des filières agricoles sensibles ; il faudra regarder à ce sujet les paramètres précis de la clause de sauvegarde que nous avons agréée.

Voilà trois points d'attention, de vigilance, de notre part et qui expliquent pourquoi nous avons sollicité une évaluation transparente et indépendante que le Premier ministre français a annoncée ce matin, heure française.

Et plus largement, je souhaite que nous poursuivions des discussions approfondies avec notre partenaire brésilien sur les enjeux environnementaux et climatiques. Et vous l'avez dit, cher Ernesto, nous avons convenu de constituer un groupe de travail bilatéral pour évoquer ensemble toutes les questions liées à l'environnement, au climat, à la préservation de la biodiversité, à la lutte contre la déforestation et à la question de la gestion des forêts et à la question des parcs naturels. C'est un cadre de coordination important, et une décision importante que nous venons de prendre, surtout dans un calendrier qui est très contraint sur ces sujets, avec le Sommet sur le climat lors de l'Assemblée générale des Nations unies le 23 septembre, et avec par ailleurs la COP25 de Santiago du Chili en décembre prochain, puis la COP15 sur la biodiversité en 2020. Ce dialogue, que nous avons décidé, et les actions qui en découleront, nous le mènerons de manière transparente, en respectant naturellement et pleinement la souveraineté du Brésil sur l'ensemble de son territoire.

J'ai souhaité aussi que cette visite, concernant en particulier les questions de développement durable, permette un approfondissement de la collaboration avec les territoires du Brésil, et j'aurai cet après-midi une réunion, annoncée de longue date, sur le développement du Nordeste, notamment avec l'Agence française de développement. Nous avons d'ailleurs à l'instant signé avec l'Agence française de développement et la Caixa economica fédérale un accord pour la réalisation de projets concrets sur le territoire brésilien, liant amélioration de la qualité des services publics et la participation aux objectifs de développement durable.

Nous avons également évoqué, mais je ne rajouterai qu'un mot sur cette question, à la fois le soutien de la France à l'entrée du Brésil à l'OCDE mais aussi la situation au Venezuela, où nous souhaitons vivement qu'un processus démocratique puisse le plus vite possible se mettre en oeuvre pour économiser les souffrances que traverse aujourd'hui le peuple vénézuélien. Au-delà de ces deux messages sur notre partenariat stratégique et sur le dialogue franc que nous avons voulu poursuivre, ce déplacement a aussi été l'occasion de constater que notre coopération est toujours aussi dynamique, aussi diversifiée, sur l'ensemble du territoire brésilien. J'ai également une nouvelle fois fait l'expérience de l'amitié indéfectible qui existe entre nos deux pays, de l'attraction mutuelle que nous exerçons l'un sur l'autre, c'est le sceau de nos relations que nous avons depuis longtemps : nous l'avons encore constaté il y a quelques jours lors de la disparition de Joao Gilberto, qui a eu un fort retentissement en France et dont je veux ici saluer la mémoire pour terminer mon intervention.

En tout cas, merci à nouveau de votre accueil.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2019

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