Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec RTL le 29 juillet 2019, sur la réforme de la fonction publique et sur la vie politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec RTL le 29 juillet 2019, sur la réforme de la fonction publique et sur la vie politique.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier, FLORIN Jérôme.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics;

ti :

INTERVENANTE
A sept heures quarante-cinq vous recevez, Jérôme, le secrétaire d‘Etat à la Fonction publique.

JEROME FLORIN
Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

JEROME FLORIN
Est-ce que c'est devenu dangereux aujourd'hui de faire de la politique ?

OLIVIER DUSSOPT
Ca a toujours été un engagement mais aujourd'hui, depuis maintenant quelques mois, on voit une recrudescence d'attaques contre des locaux parlementaires ou de mises en cause d'hommes ou de femmes politiques. Cela a été encore le cas ce week-end, je pense notamment à la permanence de Romain GRAU, député à Perpignan, qui a été mise à sac alors même qu'il était à l'intérieur.

JEROME FLORIN
Pas moins de huit parlementaires de la majorité ont été victimes de ces violences ces derniers jours, à Perpignan, vous l'avez dit, ce député accuse les Gilets jaunes, pour les autres ce sont des agriculteurs qui s'en sont pris à des permanences et qui dénoncent le vote de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, le fameux CETA, est-ce qu'il faut retrouver ces gens et les condamner ?

OLIVIER DUSSOPT
Je pense que chaque violence quel que soit l'auteur doit être condamnée, chacune, que ce soit les Gilets jaunes lorsque c'est le cas, c'était visiblement le cas d'après ce que dit Romain GRAU, d'après les images que l'on peut voir avec la mise à sac de sa permanence. Ca peut être ailleurs des responsables ou des militants d'organisations syndicales qui s'élèvent contre telle ou telle mesure, à aucun moment la violence n'est acceptable. Donc à chaque fois que des violences sont commises il faut que la justice puisse enquêter et si les auteurs sont identifiés qu'ils puissent être condamnés pour leurs actes.

JEROME FLORIN
« La colère n‘est pas derrière nous », c'est ce qu'a dit Emmanuel MACRON ce week-end dans le Var où il passe ses vacances, c'est aussi votre sentiment ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est un sentiment, je suis élu en Ardèche, je connais les ressorts de la crise que nous avons traversée qui n'est pas une crise nouvelle, cela fait 30 ans que des rancunes, des rancoeurs s'accumulent, que des difficultés s'accumulent aussi pour des hommes et des femmes qui travaillent et qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, des hommes et des femmes qui ont travaillé toute leur vie…

JEROME FLORIN
Oui mais que des élus soient régulièrement pris pour cible depuis plusieurs mois c'est inquiétant, c'est assez nouveau comme phénomène !

OLIVIER DUSSOPT
Je fais la différence entre les deux, il y a une colère sociale, il y a une colère dans le pays, Emmanuel MACRON l'a dit, nous avons apporté des réponses, lui-même a apporté des réponses dès le 10 décembre avec des mesures fortes, avec plus de 10 milliards d'euros en pouvoir d'achat, en baisse d'impôts. Il a complété ses réponses le 25 avril…

JEROME FLORIN
Il ne suffit pas visiblement.

OLIVIER DUSSOPT
…il dit lui-même que pour certaines colères exprimées il faut du temps, il dit aussi que certaines colères auront plus de difficultés à trouver des réponses parce que, je l'ai dit, elles sont nées de l'accumulation. Mais je ne confonds la colère sociale, je ne confonds pas le ressentiment et parfois le sentiment d'être oublié qu'il peut y avoir dans le pays avec les violences de quelques-uns. Ceux qui s'en prennent à des parlementaires aujourd'hui, ceux qui s'en prennent à des politiques, ceux qui s'en prennent à des représentants que ce soit des représentants politiques ou syndicaux ne sont pas ceux qui sont en colère, c'est une minorité et c'est une minorité qui doit être condamnée.

JEROME FLORIN
Vous l'avez rappelé, vous êtes élu local en Ardèche, est-ce que les gens vous parlent facilement, est-ce qu'ils s'adressent facilement au ministre pour dire ce qui ne va pas ?

OLIVIER DUSSOPT
Oui parce que j'ai la chance d'être élu depuis maintenant longtemps parce que c'était mon troisième mandat de parlementaire, j'ai toujours habité dans cette ville-là.

JEROME FLORIN
Et qu'est-ce qu'ils vous disent, est-ce que c'est contre Emmanuel MACRON ou est-ce que c'est contre la politique en général ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, il y a une forme de désillusion vis-à-vis de la classe politique en général, vis-à-vis du système représentatif même de manière plus générale. Il y a des besoins, des volontés qui sont exprimées en matière de présence des services publics, en matière d'accès à tel ou tel service dans un département rural comme le mien. Malgré l'engagement très fort du Conseil départemental il y a encore des endroits où la téléphonie mobile n'est pas tout à fait au top ou le réseau Internet n'est pas suffisant. Donc il y a ces demandes-là, il y a des inquiétudes sur la démographie médicale mais il y a aussi la volonté d'avancer, il y a la volonté d'investir. L'Ardèche c'est une terre rurale, touristique, souvent en tout cas on la voit comme cela, c'est avant tout une terre industrielle avec des hommes et des femmes qui investissent, qui veulent travailler et qui veulent vivre décemment de leur travail. Et donc quand on a la chance comme moi d'être élu depuis longtemps dans le département où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai construit ma vie le dialogue est évidemment plus facile.

JEROME FLORIN
La semaine dernière, Olivier DUSSOPT, vous faisiez voter définitivement votre réforme de la Fonction publique, on en a beaucoup parlé, on ne va pas y revenir dans le détail, mais trois groupes de députés, les socialistes, les communistes et les Insoumis, ont saisi le Conseil constitutionnel, vous craignez que votre texte soit retoqué ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas, je pense que nous avons bien travaillé, que le texte que j'ai eu la chance de porter…

JEROME FLORIN
Vous ne diriez pas le contraire.

OLIVIER DUSSOPT
… a été bien préparé et que les parlementaires tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat l'ont utilement complété.

JEROME FLORIN
La gauche notamment le Parti socialiste dont vous étiez il n'y a pas si longtemps dénonce un texte contraire à plusieurs principes à valeur constitutionnelle.

OLIVIER DUSSOPT
Nous allons, un, démontrer que c'est l'inverse et, deux, je considère que ce texte au contraire s'inscrit dans une vraie volonté de progrès pour la Fonction publique. Il s'agit d'apporter des souplesses, aujourd'hui lorsque vous êtes responsable d'un service de l'État déconcentré dans un département que ce soit l'Ardèche ou ailleurs, que vous avez un départ brutal, une mutation, un départ à la retraite, vous mettez entre huit et 14 mois pour obtenir un remplaçant, ce n'est pas ça la continuité du service. Donc il faut de la souplesse, il faut faire en sorte que les chefs de service, les élus locaux, les directeurs d'hôpitaux puissent recruter plus facilement, puissent manager leurs effectifs plus facilement avec un entretien, des évaluations et des progressions de carrière. Et dans le même temps il faut aussi plus de droits, imaginez que jusqu'à ce texte que nous avons fait voter et que le Conseil constitutionnel examine actuellement lorsque vous étiez agent public contractuel parce qu'il y a des CDD, des CDI dans la Fonction publique, contrairement au secteur privé il n'y avait pas de prime de précarité. Nous créons une prime de précarité pour les contrats…

JEROME FLORIN
Et pourquoi cet argument n'a pas été entendu par tous les syndicats de la Fonction publique qui ont rejeté unanimement votre texte ?

OLIVIER DUSSOPT
Ils avaient rejeté l'avant-projet en ayant des désaccords différents selon les syndicats, certains se sont opposés de manière totalement idéologique, d'autres avaient des désaccords sur tel ou tel point.

JEROME FLORIN
Ils ont tous rejeté ce texte au final…

OLIVIER DUSSOPT
Le texte tel qu'il a été voté a marqué des progrès et d'autres syndicats, je pense notamment à la CFDT a dit que s'il y avait des désaccords qui persistaient, c'est normal, c'est la démocratie, il y avait eu aussi des progrès enregistrés.

JEROME FLORIN
C'est un échec pour vous de ne pas avoir réussi à les convaincre ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, ce n'est pas un échec, c'est même une victoire et une réussite puisque, vous l'avez dit, ce texte a été adopté. J'ai rencontré des milliers d'agents publics pendant toute cette période de préparation du texte, tous m'ont dit leur volonté d'avoir plus d'autonomie, d'avoir plus de confiance. Beaucoup m'ont dit aussi le sentiment d'être assigné à résidence professionnellement, de ne pas avoir de perspectives, nous en créons, nous renforçons les droits à la formation, nous facilitons les mobilités, nous accompagnons mieux à la fois les agents et les familles, nous faisons en sorte de mieux lutter contre la précarité, de mieux garantir l'égalité entre les femmes et les hommes dans la Fonction publique, tout ça ce sont des avancées pour les agents publics et pour les services publics.

JEROME FLORIN
Est-ce que vous craignez un retour de flamme à la rentrée, là ça se tasse un peu avec les vacances, vous craignez une mobilisation des syndicats à la rentrée sur ce texte ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne le crois pas, il y a des sujets sur lesquels nous aurons à discuter, je ne pense pas que ce texte en fasse partie. Ce texte va être appliqué dès la rentrée pour beaucoup de ces mesures, il va être appliqué dès le 1er janvier 2020 pour la quasi-totalité des mesures. Et, je le répète, il amène à la fois des souplesses et des protections, il permet à la Fonction publique de répondre mieux aux usagers, de s'adapter à des contraintes parce qu'on ne dit jamais assez mais depuis 20 ans, 30 ans on demande aux agents publics, on demande aux fonctionnaires contractuels ou titulaires de s'adapter à un nouveau territoire, à un nouveau besoin, à une nouvelle contrainte, on ne leur donne jamais les moyens de faire face à ces changements, c'est ce que fait ce texte.

JEROME FLORIN
Le Gouvernement ne tiendra pas la promesse de supprimer 50.000 postes de fonctionnaires d'Etat, c'était une promesse d'Emmanuel MACRON, ce sera finalement autour de 15.000 d'ici la fin du quinquennat, le candidat MACRON a-t-il parlé trop vite ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas non plus, vous savez, quand on mène la politique que nous menons nous avons un objectif qui est de garantir le maintien de la qualité des services publics. Nous considérions en 2017 qu'avec 120.000 équivalents temps plein en moins sur cinq ans, il faut rappeler que ces 120.000 c'est par rapport à 5,5 millions, ce qui relativise un peu les choses, nous pouvions garantir cette qualité. Il y a eu un grand débat, tout à l'heure nous avons évoqué une colère sociale, il y a eu un grand débat, le président de la République a entendu ce qui s'est dit dans le grand débat.

JEROME FLORIN
Donc la colère est passée par là, allons-y au boulot, c'est le message.

OLIVIER DUSSOPT
Il a pris de nouveaux engagements, dans ces engagements il y a le fait de ne fermer aucune école et aucun hôpital sans l'accord des élus locaux. Nous en tirons les conséquences et nous continuerons à chaque fois que c'est possible à faire des économies, à chaque fois que nous pourrons rendre un service au moins équivalent sinon amélioré en diminuant les effectifs nous le ferons. Par contre, nous l'avons dit avec Gérald DARMANIN, cet objectif de 50.000 nous paraît extrêmement difficile à atteindre en tenant ces engagements, ce qui compte c'est les engagements du président de la République et la réponse aux Français.

JEROME FLORIN
Olivier DUSSOPT, vous avez été proche de Benoît HAMON, de Martine AUBRY, ensuite de Manuel VALLS et puis aujourd'hui d'Emmanuel MACRON, quand vous regardez dans le rétroviseur votre parcours est-ce que vous y voyez une cohérence ou est-ce que vous vous dîtes finalement le but en politique c'est d'agir, c'est le pouvoir, peu importe les moyens d'y parvenir ?

OLIVIER DUSSOPT
Jai toujours défendu les meilleurs dans mon parti, les meilleurs dans mon parti en 2011 c'était Martine AUBRY et en 2016 c'était Manuel VALLS.

JEROME FLORIN
Mais entre Benoît HAMON et Emmanuel MACRON il y a un monde !

OLIVIER DUSSOPT
Benoît HAMON j'ai été proche de lui il y a maintenant une quinzaine d'années lorsque j'ai adhéré au Parti socialiste en 1999, lorsque vous adhériez vers la vingtaine d'années en général vous passiez par son mouvement qui était plutôt un mouvement très formateur par ailleurs. Par contre, j'ai toujours défendu les meilleurs, ceux qui étaient capables à la fois de poursuivre la justice sociale, de garantir le maintien de l'Etat, garantir l'ordre. Emmanuel MACRON a réussi cette synthèse-là à la fois d'être un progressiste et en même temps d'être extrêmement soucieux du maintien de l'Etat.

JEROME FLORIN
Ce n'est pas tout simplement l'ambition qui vous a guidé, Monsieur DUSSOPT ?

OLIVIER DUSSOPT
Si ça avait été le cas j'aurais fait d'autres choses.

JEROME FLORIN
Ce n'est pas un gros mot, vous pouvez…

OLIVIER DUSSOPT
Non, ce n'est pas un gros mot et ma seule ambition à moi c'est d'agir et d'être utile mais si ça avait été le cas j'aurais fait d'autres choix, j'aurais fait le choix d'une carrière au sein des arcanes d'un parti, ça n'a jamais été mon cas.

JEROME FLORIN
Revenons brièvement sur l‘affaire François de RUGY, Monsieur DUSSOPT, qui a été accusé par Mediapart d'avoir notamment organisé des dîners fastueux lorsqu'il était président de l'Assemblée. Est-ce qu'il a démissionné trop vite au regard des éléments qui ont été apportés ensuite par l'Assemblée est-ce qu'il doit revenir au Gouvernement ?

OLIVIER DUSSOPT
Seul lui le sait sur le rythme de la démission et ce n'est pas moi qui choisis qui est membre du Gouvernement ou pas. Ce que je sais c'est que François de RUGY a fait face à un certain nombre d'affirmations, voire d'accusations, que depuis les rapports qui ont commandés tant au service du Gouvernement qu'au service de l'Assemblée nationale ont souligné que les faits n'étaient pas aussi graves que cela, que peut-être certains avaient parlé trop vite et François de RUGY a apporté des réponses. Moi ce que je lui souhaite c'est de continuer à apporter toutes les réponses qui lui sont demandées, il le fait. Ce que je souhaite c'est qu'il puisse laver son honneur et ce que je veux lui dire c'est que dans l'épreuve qu'il vit les membres du Gouvernement sont aussi à ses côtés en solidarité et François de RUGY continue à apporter un certain nombre de réponses.

JEROME FLORIN
Il pourrait revenir au Gouvernement, ce n'est pas exclu ?

OLIVIER DUSSOPT
Je le répète, je ne suis ni président de la République ni Premier ministre, donc je n'assume pas les responsabilités qui ne sont pas les miennes ! Ce que je souhaite c'est que François de RUGY puisse laver son honneur après les accusations dont il a été victime.

JEROME FLORIN
En tout cas vous n'êtes pas président mais vous serez peut-être bientôt, en tout cas si j'en crois ce qu'on lit dans la presse ça et là peut-être bientôt ministre du Budget pour remplacer Gérald DARMANIN qui pourrait retourner à Tourcoing, vous avez ces ambitions-là ou pas ?

OLIVIER DUSSOPT
Au total ce n'est que des conjectures ou des rumeurs et la politique en général ne se fait pas sur des rumeurs.

JEROME FLORIN
Mais vous auriez l'envie de le succéder au Budget ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous savez, quand on a l'immense chance d'être membre du Gouvernement, de servir le président de la République et le Premier ministre la seule chose qui compte c'est de faire son travail, ce n'est pas de regarder ce qui se passera demain.

JEROME FLORIN
En tout cas votre mission à la Fonction publique est terminée, le texte a été voté…

OLIVIER DUSSOPT
Non, ma mission n'est pas terminée, il y a 53 décrets d'application et ce qui m'intéresse le plus c'est qu'après ce vote, après, je l'espère, la validation du Conseil constitutionnel, dès la rentrée le texte d'application soit pris et que cette réforme soit appliquée le plus rapidement possible.

JEROME FLORIN
Donc Olivier DUSSOPT qui reste donc secrétaire d'Etat à la Fonction publique était notre invité ce matin, merci beaucoup.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

JEROME FLORIN
Et bonnes vacances !

OLIVIER DUSSOPT
Merci, à vous aussi.

JEROME FLORIN
En Ardèche !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2019

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