Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec LCI le 30 juillet 2019, sur les entreprises en difficulté, le CETA, la croissance économique et sur la politique fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec LCI le 30 juillet 2019, sur les entreprises en difficulté, le CETA, la croissance économique et sur la politique fiscale.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances

ti :
JULIE HAMMETT
Et notre invitée politique ce mardi, c'est Agnès PANNIER-RUNACHER. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

JULIE HAMMETT
Je voulais qu'on commence par le sort des salariés de l'usine WN, ex-WHIRLPOOL, ils seront fixés cet après-midi. WN devait être le sauveur des ex-WHIRLPOOL, je replace le contexte, mais ce repreneur, choisi par le tribunal pour relancer l'usine est déjà en faillite un an plus tard. Alors, il y a deux offres de reprise qui ont été déposées. Mais 110 personnes pourraient perdre leur emploi. On attend la décision donc cet après-midi. On a l'impression depuis un an que rien n'a bougé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En fait, si, beaucoup de choses ont beaucoup de choses ont bougé, d'abord, depuis deux ans, puisque c'est une offre qui a été montée fin 2017, enfin, plutôt début 2017, juste avant l'élection du président MACRON par la précédente mandature. Cette offre, c'était la seule qui était possible à l'époque pour reprendre les salariés de WHIRLPOOL. Elle a permis de former l'ensemble des salariés de WHIRLPOOL, je veux le rappeler, ils sont ensuite arrivés sur un projet entrepreneurial qui était effectivement risqué, ce projet a échoué…

JULIE HAMMETT
Une reprise de 160 salariés, est-ce que le plan était trop ambitieux ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, peut-être que le plan était trop ambitieux, mais moi, ce que je veux dire, c'est qu'un projet entrepreneurial qui échoue, c'est des choses qui arrivent tous les jours, et ce n'est pas un problème en soi. Là où on a pu, nous, avoir une critique à formuler, c'est que le dirigeant qui a repris l'entreprise n'avait pas ajusté son train de vie à la situation de l'entreprise, et notamment au fait qu'il n'arrivait pas à obtenir les commandes qu'il nous avait promises, et effectivement, on a repris le dossier, puisque tel qu'était conçu le plan, en 2018, c'était la montée en puissance des commandes de manière à avoir du chiffre d'affaires important en 2019, on n'a pas vu arriver le chiffre d'affaires, on s'est saisi du dossier, on l'a repris, on a trouvé un repreneur, on est en capacité aujourd'hui d'avoir aussi des marques d'intérêt pour s'installer sur le site. Notre ambition, c'est d'avoir un plan de reprise qui peut aller jusqu'à un peu plus d'une centaine de personnes reprises, alors, immédiatement, effectivement, un peu plus de 40…

JULIE HAMMETT
Ça ne serait pas le cas, ça ne serait qu'une quarantaine tout de suite…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est un peu plus d'une centaine dans le plan, tel qu'il est conçu, à horizon de 10 mois, et avec une montée en puissance successive. Et par ailleurs, vous avez également des sites industriels qui ont manifesté leur intérêt pour venir sur ce site et offrir de l'emploi, ça, ça se passe maintenant, on est en train de travailler, moi, je suis allée voir deux fois les salariés en assemblée générale, les 160 qui étaient dans la pièce, on en a discuté de manière très précise. 70 d'entre eux hésitent à continuer l'aventure sur WHIRLPOOL parce qu'ils ont des contacts au niveau de Pôle emploi avec des recruteurs, aujourd'hui, on recrute à Amiens, on a besoin d'emplois industriels. Donc nous, notre objectif, c'est deux choses : faire en sorte que le site ait un avenir industriel, et je pense, on va voir ce que va dire le tribunal de commerce, mais je pense que c'est assuré. Et la deuxième chose, c'est de faire en sorte que chaque salarié de WHIRLPOOL ait un rebond professionnel dans l'année, et c'est ce sur quoi on travaille.

JULIE HAMMETT
Mais est-ce que ce n'est pas représentatif quand même d'un échec de la politique volontariste du gouvernement, plus globale, après la fusion ratée entre ALSTOM et SIEMENS, les reprises avortées d'ASCOVAL, de l'usine FORD Blanquefort…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, la reprise d'ASCOVAL, elle fonctionne toujours par exemple, donc je pense qu'il faut éviter de tomber dans la caricature, moi, je vais vous donner des faits, aujourd'hui, 3 entreprises sur 4, pardon, 90 % des entreprises en difficulté, grâce aux équipes de Bercy, trouvent une solution. 3 emplois sur 4 sont sauvés, ça, ce sont des chiffres sur l'ensemble de la France, sur les dossiers de plus de 400 salariés qui sont traités au niveau de Bercy. Autre élément, c'est la première fois depuis 15 ans, en 2017, en 2018, en 2019, qu'on crée de l'emploi industriel, ça, c'est la réalité industrielle de notre pays. Alors, oui, vous avez des entreprises qui vont bien, dont on ne parle pas, qui recrutent, et vous avez des entreprises qui vont moins bien et qui font du plan social, c'est la réalité économique…

JULIE HAMMETT
Et est-ce qu'on ne s'acharne pas parfois à essayer de sauver des entreprises qui ne sont plus viables ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En l'occurrence, je pense que vous avez vraiment un intérêt à sauver les emplois industriels, alors effectivement, il faut que le projet industriel tienne la route, c'est-à-dire que le site soit compétitif, mais lorsque le site est compétitif, c'est le cas de l'aciérie d'ASCOVAL, c'est la seule aciérie électrique en France, à un moment de transition écologique et énergétique, se priver de cet actif n'aurait pas de sens, ça n'a pas de sens. Donc là, il y a un intérêt à agir. Il y a des situations où on va chercher d'autres types de solution, donc, on n'est pas forcené sur le sujet, mais lorsque vous perdez de l'emploi industriel, lorsque vous perdez de l'empreinte industrielle, c'est relativement irréversible, et c'est pour ça qu'il y a un vrai intérêt à agir, pour faire en sorte que ces emplois se maintiennent et qu'on reste compétitif dans la compétition mondiale.

JULIE HAMMETT
Décision donc cet après-midi, on suivra ça. Je voulais qu'on revienne aussi sur ces attaques contre des locaux La République En Marche, il y en a eu une autre cette nuit, on le voit, là, dans le bandeau en Ariège, il y en a eu d'autres à Vesoul, à Fécamp, ces actes commis par des agriculteurs en colère contre le CETA, ratifié mercredi dernier, par des gilets jaunes aussi. Est-ce que vous comprenez que la colère soit toujours là, 8 mois après le début du mouvement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je pense que le mouvement des gilets jaunes, ce n'est pas forcément les agriculteurs qui manifestent sur le CETA…

JULIE HAMMETT
Non, non, mais il y a une colère globale depuis plusieurs mois…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il faut, là aussi, séparer les choses. Il y a deux choses, vous avez une première chose, qui est : vous n'êtes pas d'accord avec le gouvernement et cela se manifeste, et c'est parfaitement légitime, et c'est la loi de la démocratie. Vous avez une deuxième chose qui est de banaliser les violences, et moi, ce que je trouve étonnant, c'est qu'aujourd'hui, il paraît parfaitement normal d'aller casser la vitre d'une permanence d'un député, parce qu'il n'a pas voté comme vous voulez, eh bien, ça, ce n'est pas acceptable, c'est inadmissible, et c'est une attaque systématique organisée contre la démocratie, il ne faut pas être dupe contre ça.

JULIE HAMMETT
Est-ce que, finalement, le gouvernement, alors, je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a une part de responsabilité, mais quand même, vous avez cédé aussi vous à la violence, est-ce que les gens maintenant ne se disent pas : eh bien, voilà pour obtenir des choses, il faut y aller ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Est-ce que vous pouvez me préciser comment on a cédé à la violence ?

JULIE HAMMETT
Vous avez supprimé la taxe carbone par exemple après de multiples manifestations, il y a eu des violences, etc., peut-être que dans la logique des gens, voilà, c'est ce qu'ils disent…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, il y a deux choses, de deux choses l'une, soit lorsqu'on entend les gens, et effectivement, la taxe carbone, on a assumé…

JOURNALISTE
L'aide personnalisée au logement aussi, par exemple, les 5 euros, c'est d'une violence extrême…

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a assumé sur nous, on a assumé qu'on avait fait une erreur, et ça, c'est ressorti dans le grand débat, c'est-à-dire qu'on était allé trop loin dans la transformation écologique de notre économie, et fondamentalement, on l'avait fait contre les gens, c'est-à-dire que, c'est très bien de faire la transition écologique, mais si vous dites aux gens : bonne nouvelle, il faut changer votre voiture la semaine prochaine, et : ah bon, vous n'avez pas l'argent pour changer votre voiture ? Eh bien, c'est dommage, vous allez payer plus de carburant, effectivement, il y avait quelque chose dont nous n'avions pas pris la mesure, et que nous avons corrigé, mais pas sous l'impact de la violence, je ne crois pas, on l'a corrigé sous l'impact du grand débat, sous l'impact d'une révision de nos différentes priorités, et effectivement, il y a bien une différence entre tenir compte de ce que manifestent les gens sur le terrain, où ils nous disent : là, vous ne vous rendez pas compte de l'impact que ça a sur notre vie quotidienne, et ça, ça doit être notre responsabilité, et le fait de systématiser des actions de violences qui sont organisées, qui ne sont pas spontanées, moi, je ne crois pas une demi-minute que tout ça soit spontané.

ERIC DECOUTY
Oui, Madame la Ministre, on entend bien, ici, on a fait le distinguo entre la violence qui était celle de Perpignan et les actes des agriculteurs, mais malgré tout, est-ce que cette convergence des mouvements n'indique pas une rentrée qui s'annonce à très haut risque pour vous, c'est une convergence des luttes, c‘est-à-dire que les agriculteurs, ils n'étaient pas là, au printemps, là, ils manifestent aujourd'hui, on voit les réformes des retraites qui s'annoncent qui vont, qui peuvent agréger d'autres mécontentements, est-ce que finalement à ne pas régler les dossiers, de vouloir faire une distinction entre ces mouvements, eh bien, vous n'allez pas tendre vers une convergence des luttes, ce qui n'a pas existé jusqu'à présent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que les agriculteurs sont bien conscients qu'on est totalement à leur côté sur le terrain, Didier GUILLAUME, il a obtenu quelque chose de l'Union européenne qui est sans égal, c'est-à-dire de pouvoir anticiper le paiement d'une partie des financements européens, c'est passé de 50 à 70 %, vous pouvez regarder dans l'histoire de la PAC, ce n'est pas des choses qui arrivent toutes les semaines, il était sur le terrain tous ces derniers jours aux côtés des agriculteurs, dans le cadre de la sécheresse et dans le cadre des aléas climatiques, il travaille sur les assurances…

ERIC DECOUTY
La présidente de la FNSEA qu'on a reçue tout à l'heure ne disait pas ça…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si on revient deux secondes sur le CETA, parce que c'est très intéressant le CETA, le CETA, c'est un traité qui est négocié par l'équipe SARKOZY, c'est un traité qui est signé en grande pompe sous les projecteurs par le gouvernement HOLLANDE, et deux ans plus tard, tout ça est effacé, et tout d'un coup, c'est un traité qui est inacceptable, pourquoi, parce qu'on a rajouté une clause sur l'accord de Paris. Est-ce que c'est ça le truc, ou est-ce que c'est de la politique politicienne qui vise en fait à préparer les élections municipales et à essayer de mettre de la pression ? Donc, moi, je ne suis pas dupe non plus de cela. Le CETA, actuellement, c'est une progression de 6 % nos exportations et notamment de nos agriculteurs, c'est une diminution des importations de nos agriculteurs, c'est 12 tonnes de viande importées en France, 12 tonnes de viande, on consomme des millions de tonnes de viande en France, donc vous voyez bien qu'il y a une volonté, là aussi, de cristalliser des mécontentements, et vous avez raison, qu'il y ait l'idée de cristalliser des mécontentements pour, quelque part, déstabiliser la majorité, c'est possible, à nous de répondre systématiquement aux questions, et je pense que sur les retraités, première chose, ça ne concerne pas les retraités…

FABRICE LUNDY
Justement, qu'est-ce que vous dites aux Français qui doutent sur le libre-échange, on voit ce matin un sondage OpinionWay/ Radio Classique/ Les Echos, 44 % sont plus en faveur de plus de protectionnisme en France, 49 % sont contre le CETA. Qu'est-ce que vous leur dites à ces Français et ces françaises

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que ces Français manifestent quelque chose de plus profond, c'est un doute sur la globalisation, fondamentalement, le libre-échange, tel qu'il est conçu, est vécu comme le drapeau de la mondialisation, mais moi, ce que je veux leur dire, c'est que quand on conclut un traité, on régule le libre échange, donc c'est le contraire, le libre échange, c'est ce qui fait que vous allez acheter un tee-shirt à 5 euros Made in China, ça, personne ne l'empêche aujourd'hui, personne ne l'empêche, et d'ailleurs, on l'achète ce tee-shirt, tous autant qu'on est, consommateurs. Les traités qu'on signe, c'est des traités où on échange des baisses de droits douaniers contre des engagements justement d'être plus social, plus environnemental, plus respectueux d'un certain nombre d'accords. Donc c'est une régulation. Donc je crois que ça va dans le sens des Français. Tous les traités ne se valent pas, vous savez que le Mercosur fait aujourd'hui l'objet d'une commission d'évaluation, et on va le faire très sérieusement, parce que si monsieur BOLSONARO nous dit : j'arrête la déforestation, il faut effectivement qu'on ait les moyens de le vérifier et que ce ne soit pas un engagement en chocolat.

FABRICE LUNDY
Il ira jusqu'au bout ce Mercosur, il ira jusqu'au bout ce Mercosur ou pas, à votre avis ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, à ce stade, je pense qu'il faut vraiment prendre la mesure de cet accord, vous avez besoin de 28…

FABRICE LUNDY
Prenons notre temps, c'est ce que vous dites…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement…

FABRICE LUNDY
Prenons notre temps, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement. Prenons notre temps, mesurons exactement ce que nous avons, vérifions que les mécanismes de protection et de sauvegarde sont des vrais mécanismes de protection et de sauvegarde, et pas des bouts de papier qu'on ne saura pas activer, parce que c'est ça l'enjeu. En tout cas, moi, je suis très basique, je prends le texte, parce que beaucoup de gens ont parlé sans avoir le texte en main, ce qui est quand même remarquable, je prends le texte, on l'évalue, on a une commission d'experts, on regarde sur les cinq filières sensibles, bovins, sucre, etc, et ensuite, on en fait l'évaluation, et on prend une position, et vous avez 28 Etats qui doivent donner leur accord.

JULIE HAMMETT
Alors, face à ce contexte un peu tendu, ces colères, vous avez annoncé toute une série de mesures, et vous cherchez pour les financer 3 milliards d'euros pour boucler le budget 2020, dans ce contexte-là, c'est intéressant de regarder les chiffres de la croissance qui viennent de tomber ce matin, alors, elle plafonne cette croissance à 0,2 %, est-ce que c'est une déception quand on sait que les estimations tablaient plutôt sur 0,3 % ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je pense qu'aujourd'hui, on a un acquis de croissance de 1 %, voilà, donc ça veut dire qu'on ne fera pas moins de 1 %, il nous reste 6 mois pour faire les 0,4 % restants, donc on a un socle de croissance acquis. La deuxième chose, c'est que l'investissement dans les entreprises progresse, et ça, en règle générale, ça appelle les emplois et la croissance future. Ensuite, on a des effets techniques qui sont liés à l'industrie, puisque vous avez des raffineries qui ont fait leur maintenance au mois de juin, et donc ça fait un petit débord sur la partie industrielle, donc je ne crois qu'à ce stade, il n'y a pas de raison d'être angoissé sur nous.

FABRICE LUNDY
Vous tenez les 1,4 % comme prévu, la BANQUE DE FRANCE, l'INSEE disent : ça sera plutôt 1,3 %, alors, c'est moins bien que l'an dernier, ça reste mieux que l'Allemagne et l'Italie, nos principaux partenaires, mais quand même, qu'est-ce qu'on peut faire comment, comment est-ce qu'on boucle un budget avec 1,3 % de croissance, sachant que l'an prochain, ça n'ira pas beaucoup plus, ça sera peut-être en dessous justement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et d'ailleurs, notre trajectoire n'est pas beaucoup plus haute, on est à 1,4 % cette année, 1,4 % l'année prochaine, donc on est sur des niveaux de croissance qui sont tout à fait cohérents avec ce que vous indiquez. Donc comment on boucle un budget, eh bien, dans la mesure où on fait un énorme travail pour baisser les impôts, c'est aussi un moment où on peut revoir un certain nombre de niches fiscales, puisqu'il y a une logique, si vous baissez massivement les impôts, vous avez vocation à regarder…

FABRICE LUNDY
Lesquelles ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les arbitrages…

FABRICE LUNDY
On réduit les baisses de charges sur les entreprises ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les baisses de charges n'ont pas vocation à être réduites sur les entreprises à ce stade…

FABRICE LUNDY
Vous le promettez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les baisses de charges… nous sommes dans des ultimes arbitrages, ces arbitrages seront pris à la fin du mois d'août, donc on ne va pas préempter des décisions à venir…

FABRICE LUNDY
Rassurez les chefs d'entreprise, rassurez-les…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais en tout état de cause, je pense que les chefs d'entreprise, et je peux vous dire que je me bats pour eux, nous sommes bien conscients du niveau du coût du travail comparé entre la France et nos principaux compétiteurs, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et le Portugal, pour ne prendre que ces pays. Donc bien sûr, on est très attentif à ça, en revanche, moi, j'étais encore avec des chefs d'entreprise hier, une vingtaine de chefs d'entreprise en Charente, ils vous disent eux-mêmes : « on préfère que vous alliez attaquer les niches fiscales et les mesures spécifiques et que vous baissiez les impôts en face », et je crois que c'est vraiment la trajectoire à prendre, et puis, il faut baisser les dépenses publiques, moi, je vous donne un exemple, dans mon ministère, on réduit de 75 % le réseau territorial de la direction générale des entreprises, donc on n'y va pas à la petite cuillère, on y va de manière massive, en essayant de revoir les missions que nous assumons. Donc baisse de dépenses publiques…

FABRICE LUNDY
Ça ne va pas toucher beaucoup de fonctionnaires, 2.000 l'an prochain, en tout et pour tout, ce n'est pas beaucoup…

ERIC DECOUTY
Bion, vous dites que vous n'êtes pas déçue, mais malgré tout, et Fabrice en a fait état dans sa chronique tout à l'heure, l'argent que vous avez mis sur la table à la faveur de la crise des gilets jaunes, il a servi à quoi, donc on voit que la consommation, elle a baissé, que la crise des gilets jaunes n'est pas réglée, qu'elle est en train potentiellement de s'amplifier, et que la consommation baisse, alors cet argent, il a servi à rien…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord, la consommation ne baisse pas, c'est sa croissance qui ralentit légèrement…

FABRICE LUNDY
Deux fois moins qu'au premier trimestre…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc, elle est en croissance. La deuxième chose, c'est que l'annonce des cinq milliards d'euros de baisse de l'impôt sur le revenu, c'est en 2020 que vous allez la matérialiser. Elle est annoncée aujourd'hui, vous ne changez pas la loi fiscale pendant l'année, elle sera en place le 1er janvier 2020, donc cet effet d'appui sur la consommation sera présent en 2020. Et là encore, je pense que toutes ces annonces font un support, ce n'est pas un hasard si la France aujourd'hui a une décroissance les plus importantes de l'Europe, ce n'est pas un hasard.

ERIC DECOUTY
Donc vous restez optimiste, et contrairement à ce que vous disent les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne sais pas si les Français nous disent exactement ça, je pense que les Français s'inquiètent, pour une partie d'entre eux, sur leur pouvoir d'achat, mais à mon avis, ils n'ont pas d'opinion générale sur le renouveau de la croissance française, si vous me permettez…

FABRICE LUNDY
Pouvoir d'achat qui devrait augmenter…

JULIE HAMMETT
Autre sujet, la fraude fiscale, on en parle aujourd'hui, puisque les autorités fiscales suisses pourront communiquer à la France des renseignements sur des contribuables Français titulaires de comptes en Suisse au sein de la banque UBS et dont certains sont soupçonnés de fraude, il y en a beaucoup encore des fraudeurs comme ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ils ne nous envoient pas des mails pour nous indiquer qu'ils fraudent, donc c'est difficile d'évaluer le nombre de fraudeurs…

JULIE HAMMETT
Là, on parle de 40.000 évadés fiscaux potentiels…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ce qui est intéressant dans ce que vous dites, c'est que toute l'action que nous avons menée justement pour lutter contre la fraude fiscale est en train de porter ses fruits. Et donc c'est cette action qui a été déterminée de revoir un certain nombre de conventions, d'échanger de l'information, d'être beaucoup plus attentifs à un certain nombre de montages, que ce soit sur la fiscalité des entreprises ou sur la fiscalité individuelle, est en train de porter ses fruits, et donc, c'est plutôt une bonne nouvelle de montrer qu'on est capable de coopérer y compris avec des pays qui ne pratiquaient pas forcément la transparence fiscale naturellement, donc on voit qu'on progresse, et je veux dire aussi une chose, c'est que le prélèvement à la source, vous l'avez vu, ça a augmenté naturellement le montant des impôts parce que, naturellement, ça a permis de lutter contre de la petite fraude fiscale…

FABRICE LUNDY
Des rentrées, vous voulez dire, des rentrées fiscales, 1 milliard…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà…ce qui n'est quand même pas rien du tout…

ERIC DECOUTY
Madame la Ministre, alors, je voudrais faire une petite correction, le résultat de la procédure dont on parle aujourd'hui, c'est quelque chose à l'origine de laquelle vous n'êtes pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait…

ERIC DECOUTY
Ça date de 2016, donc c'est…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je pense que c'est un mouvement qui est quand même lancé depuis un certain nombre d'années…

FABRICE LUNDY
Depuis la crise de 2009, oui, en l'occurrence…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

JULIE HAMMETT
Les redressements risquent d'être salés suite à cette affaire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On applique la loi fiscale, donc ils seront en fonction de ce que l'on peut…

JULIE HAMMETT
Est-ce que ça peut aider à renflouer les caisses justement pour financer les mesures par exemple ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si vous avez plusieurs milliards de redressements, vous avez effectivement un effet sur la dette, vous avez un effet sur les finances publiques en général, mais c'est un effet one shot, ça ne dit rien du déficit budgétaire récurrent et je crois que l'objectif que nous avons, c'est de baisser ce déficit budgétaire. Je rappelle que l'année dernière à 2,5 %, il est au niveau le plus bas depuis plus de 10 ans, là encore il faut le rappeler parce que dans la représentation qu'on en a, ce n'est pas exactement ce qu'on entend.

JULIE HAMMETT
Je voulais qu'on revienne aussi sur cette menace du président Donald TRUMP, pas content du tout après l'adoption de la taxe GAFA qui vise les géants américains du numérique. Voilà ce qu'il a tweeté ce week-end, nous annoncerons bientôt une action réciproque substantielle après la stupidité de MACRON. Il évoque l'exportation des vins français vers les Etats-Unis, j'ai toujours préféré les vins américains aux vins français. Vous la prenez au sérieux, vous, cette menace ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas ce que je peux vous dire, c'est que nous avons quitté le G7 avec les Américains autour de la table qui étaient arrivés à un accord sur le fait qu'il fallait taxer les géants du numérique, qui ne sont pas nécessairement qu'Américains d'ailleurs à horizon 2020. Donc il même semble qu'il y a une cohérence dans notre action. Nous, nous avons dit que nous souhaitions négocier une taxation minimale des plateformes numériques au plan international et qu'il fallait se mettre d'accord. Au niveau de l'Union européenne à minima, au niveau de l'OCDE, c'était encore mieux parce qu'effectivement ça permettait d'avoir un alignement des Etats. On a objectivement des points de convergence, on est tous des Etats, on paie de l'éducation, on paie des infrastructures, on a donc des consommateurs en bonne santé, qui ont du pouvoir d'achat, qui sont prêts à acheter. Les plateformes du numérique captent de la valeur et ne paient que très peu d'impôts, c'est évidemment un sujet de concurrence déloyale par rapport aux commerces physiques et de manière générale de financement des Etats. Donc on a un intérêt à agir, cet intérêt est partagé, il a été concrétisé dans la négociation qu'a menée Bruno LE MAIRE au G7 et qui était très clair sur l'idée qu'il fallait y aller, l'OCDE travaille sur le sujet et nous avons 24 Etats sur 28 en Europe qui sont d'accords pour taxer le numérique et 5 ou 6 Etats européens qui sont en train de prendre une législation. Je suis confiante sur le fait qu'on est en train d'avancer massivement sur ce sujet là et je crois que la France peut se féliciter d'avoir un rôle d'avant-garde pour poser ce débat de manière continue, appuyée et effectivement en étant courageux, donc on va avoir quelques tweets, c'est la vie.

JULIE HAMMETT
Dernière petite question, on parle du changement de ton d'Emmanuel MACRON en marge de son déplacement donc à Brégançon pendant ses vacances, il a parlé d'humilité, on sent qu'il a reconnu quelques erreurs pendant les six derniers mois, est-ce qu'il en a manqué d'humilité selon vous, ces deux dernières années ? On sait qu'il y a des gros dossiers qui arrivent…

AGNES PANNIER-RUNACHER
A partir du moment où la perception des gens est qu'il a manqué d'humilité, alors il a manqué d'humilité. Vous voyez ce que je veux dire, la perception, c'est aussi la réalité et en particulier dans le métier de représentation.

JULIE HAMMETT
Mais il va falloir changer quoi pour éviter un nouvel automne 2018, là à la rentrée avec des dossiers comme la retraite, la PMA ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois que ces dossiers, ils sont différents, la retraite, c'est une grande concertation qui est lancée, ça va prendre du temps, on parle d'une réforme qui va se dérouler sur plus de 15 ans, donc on n'est pas du tout dans la même matérialité de temps que sur la PMA. Sur la PMA, il me semble qu'aujourd'hui il y a une majorité de Français qui est prête à cette décision, je crois que la loi bioéthique ouvre beaucoup d'autres questionnements qui sont très compliqués et qui en appellent à l'intime et au vécu de chacun sur la fin de vie etc… alors c'est peut-être ces sujets qui vont ressortir et de manière générale, comment changer d'attitude, c'est la concertation, c'est le fait d'être au plus près du terrain, tous les ministres aujourd'hui sont déployés en permanence citoyenne au moins une fois par semaine, là aussi, c'est une nouvelle méthode, une nouvelle façon d'être présent sur le terrain.

JULIE HAMMETT
On suivra tout ça évidemment dans les prochaines semaines. Merci beaucoup d'être venue nous voir, Madame la Ministre, sur le plateau ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er août 2019

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