Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec Europe 1 le 31 juillet 2019, sur les entreprises en difficulté et sur la 5G. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec Europe 1 le 31 juillet 2019, sur les entreprises en difficulté et sur la 5G.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances

ti :


INTERVENANTE
Il est huit heures dix-huit et vous recevez ce matin, Pierre de VILNO, la secrétaire d'Etat à l'Economie et aux Finances, Agnès PANNIER-RUNACHER.

PIERRE DE VILNO
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
Merci d'être avec nous en direct sur Europe 1. Avant de parler de vos dossiers un mot sur Christophe CASTANER, votre collègue de l'Intérieur, à nouveau critiqué dans l'affaire de la mort de Steve à Nantes pour la gestion des forces de l'ordre, certains observateurs sont extrêmement critiques, ça vous énerve ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, d'abord je veux dire que comme tout le monde moi je suis choquée par le fait qu'on ait retrouvé le corps parce qu'on a toujours le secret espoir qu'il y ait une explication et que ce jeune homme était en parfaite santé quelque part. Maintenant l'espoir est effacé et comme tout le monde j'ai été choquée et je le suis en tant que mère, quand vous voyez partir votre fils à une fête et qu'il ne revient pas c'est terrible, donc je veux le dire à sa famille et à ses amis. Et puis je comprends qu'il y ait des questions, c'est des faits qui sont terriblement tristes, terriblement choquants, c'est normal et c'est ce que veut faire le Premier ministre, de faire toute la lumière sur la façon dont à la fois cette fête a été montée et cette opération de police a été faite. L'IGPN a rendu son rapport qui marque un certain nombre de zones sur lesquelles il faut aller plus loin, d'où la saisie de l'Inspection générale de l'administration et donc on fait vraiment cet effort d'aller chercher la vérité au plus loin au niveau du Gouvernement. Et parallèlement vous avez une enquête judiciaire qui se poursuit et qui dispose de moyens d'investigation importants et qui pourra je pense apporter les réponses aux questions de la famille qui sont des questions parfaitement légitimes !

PIERRE DE VILNO
Et les appels à la démission de Christophe CASTANER, un mot là-dessus…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que la justice, on l'a vu, la justice ou ce type de polémique, on ne traite pas les sujets par tweets et par chroniques interposées, on est là encore dans un moment émotionnel où il faut désigner des coupables à la vindicte populaire alors que collectivement on n'a pas l'intégralité des faits et on est train de travailler dessus.

PIERRE DE VILNO
Merci pour cette réaction, Agnès PANNIER-RUNACHER. L'actualité qui vous concerne c'est bien sûr WHIRLPOOL et le sort des ex-salariés du site d'Amiens. La reprise par AGECO c'est 44 salariés gardés, 138 licenciés, ça vous satisfait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense qu'il faut prendre un peu de hauteur sur ce dossier parce que moi je m'y suis engagée personnellement.

PIERRE DE VILNO
Je le sais, c'est pour ça que je vous pose la question.

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai vu deux fois en assemblée générale l'ensemble des salariés ces deux derniers mois, j'étais encore avec eux il y a une dizaine de jours. Le plan est un peu plus positif que ça fort heureusement, c'est une reprise qui démarre à 44, qui doit monter à une centaine de salariés au fil des mois.

PIERRE DE VILNO
Donc il y a un espoir pour 70 salariés ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est plus qu'un espoir, c'est assez concret, vous avez des activités de menuiserie, vous avez des commandes derrière et je crois que la grande différence avec le plan précédent c'est que nous avons cherché des commandes.

PIERRE DE VILNO
Donc ce qui a été dit, 138 salariés licenciés, c'est faux, ce que vous dîtes ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce n'est pas ce que je dis puisque mécaniquement le projet de reprise démarre à 44 salariés, ce qui fait que vous devez licencier les 138 autres et ensuite vous les réembauchez au fil des montées en commandes et cela a été partagé avec l'ensemble des salariés. Certains rentrent en formation à leur retour de vacances précisément pour pouvoir être repositionnés sur les parties suivantes de la reprise. Par ailleurs, YNSECT a annoncé qu'il regardait très sérieusement une installation sur le site, c'est un site où il y a beaucoup de mètres carrés d'ailleurs qui ne sont pas occupés aujourd'hui et que les activités de WN n'occupaient pas du tout. Donc vous avez capacité à redensifier industriellement le site…

PIERRE DE VILNO
C'est-à-dire que vous avez trouvé une solution pour la pérennité du site, c'est que vous nous annoncé ce matin sur Europe 1 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La pérennité du site, exactement, et la deuxième chose c'est que nous sommes en train de travailler à deux choses, la première c'est de faire en sorte de remettre des activités qui puissent employer des anciens WN et qu'ils aient la priorité de considération pour l'embauche et ça on leur a garanti. La deuxième chose c'est qu'aujourd'hui ce qu'on ne fait pas d'habitude sur un dossier, on a déclenché Pôle Emploi avant la décision du tribunal de commerce parce qu'on voyait bien qu'un certain nombre, et moi c'est ce que j'avais dans les échanges avec eux, un certain nombre de salariés voulaient sortir du site et on peut comprendre et on leur a montré qu'ils avaient des possibilités d'embauche, aujourd'hui vous avez 70 salariés qui ont eu des rendez-vous avec des entreprises pour des recrutements, ça c'est très concret.

PIERRE DE VILNO
Où est-ce qu'on en est des autres dossiers notamment ASCOVAL ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
ASCOVAL le tribunal de commerce a rendu un avis qui modifiait le plan de reprise, donc l'activité continue, l'aciérie n'est pas très chargée mais elle a obtenu des commandes additionnelles en juin qui lui ont permis de travailler jusqu'à début juillet. Il y a une négociation en cours au niveau britannique pour savoir quel est le repreneur d''Hayange qui est le site qui a vocation à faire travailler ASCOVAL. Nous sommes en contact avec les différents repreneurs qui ont bien compris qu'ils ne peuvent pas faire la reprise d'Hayange sans notre accord puisqu'on peut faire jouer notre veto sur les investissements étrangers en France. Et comme Hayange est un site qui gagne de l'argent ils sont obligés de discuter avec nous. Donc là aussi on progresse, pendant ce temps ASCOVAL continue à dérouler son plan et pour le moment on est alignés par rapport à ce plan.

PIERRE DE VILNO
Et sur FORD Blanquefort on n'a rien pu faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur FORD Blanquefort on arrive à la fin de la négociation du contrat de reprise des terrains avec FORD. Là l'objectif est de réindustrialiser le site, c'est-à-dire que clairement FORD est parti en laissant 200 millions d'euros sur la table à peu près. Je le redis parce que…

PIERRE DE VILNO
Dîtes-le, vous êtes là !

AGNES PANNIER-RUNACHER
…je pense que c'est important, 20 millions d'euros pour la réindustrialisation, ces 520 millions d'euros vont être utilisés pour permettre à des entreprises de s'installer sur ce site qui est plutôt bien situé et dans une zone où vous avez des tensions en matière de compétences et d'emplois, donc une capacité à réindustrialiser qui paraît assez positive et assez favorable.

PIERRE DE VILNO
Tous ces dossiers même s'il y a des issues favorables comme vous nous le dîtes ce matin, Agnès PANNIER-RUNACHER, il y a eu quand même des soubresauts, c'est un doux euphémisme.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien sûr !

PIERRE DE VILNO
Qu'est-ce que vous répondez aux observateurs qui disent que quand l'Etat s'en mêle ça ne marche jamais ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En règle générale on va chercher l'Etat quand le malade est en situation de coma avancé, donc c'est toujours plus compliqué, c'est comme les services des urgences…

PIERRE DE VILNO
Mais après on critique le docteur !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et après on peut critiquer le docteur. Moi je vais vous donner quelques chiffres, aujourd'hui en France les entreprises en difficulté, donc c'est celles pour lesquelles on vient nous rechercher, nous en sauvons 90 %, nous sauvons trois emplois sur quatre, ce sont les résultats du CIRI et de la Direction interministérielle aux restructurations économiques. Donc grâce à l'action de l'Etat vous avez des milliers d'emplois qui sont sauvés chaque année. Ensuite on a effectivement des entreprises qui vont bien, des entreprises qui vont mal et on parle plus des entreprises qui vont mal. Si on prend un pas de recul…

PIERRE DE VILNO
Dans la vie en générale c'est pareil, quand ça va ça va mais quand ça ne va pas bien évidemment on soulève le problème !

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est pareil pour les humains, exactement, et c'est normal.

PIERRE DE VILNO
Et c'est normal.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En même temps c'est normal, on est aussi payés pour ça.

PIERRE DE VILNO
On est d'accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si on prend un pas de recul ce dont on s'aperçoit c'est que l'emploi industriel progresse en France en 2017, en 2018, en 2019, ce n'était pas arrivé depuis 2000, donc la dynamique générale est plutôt à une croissance de l'emploi industrielle. Elle est même à une situation totalement paradoxale de recherche de compétences et de difficultés à recruter, 50.000 emplois sont aujourd'hui ouverts dans l''industrie.

PIERRE DE VILNO
Sur GENERAL ELECTRIC vous allez suivre les salariés qui demandent de réduire le plan social ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur GENERAL ELECTRIC Bruno LE MAIRE a été très clair avec Larry CULP en demandant une réduction du plan social, il faut maintenant rentrer en négociations pour avoir du grain à moudre…

PIERRE DE VILNO
Et c'est ça qui est difficile.

AGNES PANNIER-RUNACHER
…et pour pouvoir effectivement travailler sur ce plan social.

PIERRE DE VILNO
Il y a quelques jours sur notre antenne Jean-Christophe FROMANTIN, le président de Paris Ouest La Défense, abordait le sujet de la 5G, il critiquait le manque de concertation du Gouvernement au niveau du déploiement de cette fameuse 5G et le fait d'une certaine manière qu'on laisse les opérateurs faire un peu comme ils veulent, vous lui répondez quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai été totalement stupéfaite parce que sa prise de position correspondait juste au moment où l'ARCEP était en train d'ouvrir une consultation sur le cahier des charges qui prévoyait précisément la question du déploiement. Donc j'ai failli lui répondre par tweet « je vous en prie…

PIERRE DE VILNO
« Attendez que ça se passe ».

AGNES PANNIER-RUNACHER
…faîtes partager vos opinions avec l'ARCEP plutôt que de les donner à Europe 1 » de manière peut-être très précise parce qu''il ne suffit pas de dire « je n'ai pas été concerté », il faut dire « qu'est-ce que vous attendez, comment vous voulez le faire ? » Aujourd'hui nous avons le cahier des charges le plus exigeant en Europe en termes de déploiement rural et en termes….

PIERRE DE VILNO
Donc ce ne seront pas les opérateurs qui diront « voilà comment je veux faire moi » ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est une concertation, c'est-à-dire qu'il faut à la fois imposer des objectifs de puissance et de déploiement comme nous le faisons, 25 % du déploiement doit se faire dans des territoires ruraux. Au fil du temps et pas « je commence par les grandes villes, je finis par les territoires ruraux » comme cela a été le cas de tous les autres déploiements, vous n'aviez jamais eu ce type d'objectif dans les cahiers des charges. Et, deuxièmement, on impose 240 mégahertz avec une montée de couverture de la population, mégabits évidemment, vous l'aviez compris. Donc par rapport à ça je pense qu'au contraire on a le cahier des charges le plus exigeant et par contre il faut effectivement discuter avec les opérateurs pour arriver à avoir des choses intelligentes. Si on impose la grande planification soviétique ça ne marchera pas beaucoup mieux !

PIERRE DE VILNO
Pas de soviétisme en France si j'ose dire. En France, et vous l'avez un peu dit tout à l'heure, on a une industrie qui est forte, qui essaye de se redresser, on a une industrie automobile par exemple qui est extrêmement forte et on cartonne en même temps en matière de services, comment on arrive à trouver le régulateur là-dessus ? Bercy insiste plutôt sur les services ou plutôt sur l'industrie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord vous avez beaucoup de services qui cartonnent grâce à l''industrie…

PIERRE DE VILNO
Donc c'est lié.

AGNES PANNIER-RUNACHER
…vous avez des points liés. Ensuite vous avez effectivement des services qui sont des services plutôt à la personne en direct qui ont aussi un bel avenir devant eux. Je pense que ce n'es pas parce qu'on accompagne l'industrie et effectivement on a mis l'accent sur l'industrie parce que la concurrence est plus forte que du côté des services, parce que ça créée de l'emploi induit dans les services qu'on lisse de côté les services. Nous notre objectif c'est évidemment de créer de la richesse, créer de la richesse sur les territoires et c'est vrai que l'industrie nous y aide plus parce qu'elles sont plus implantées sur tous les territoires là où les services se concentrent là où il y a des personnes, donc dans les agglomérations.

PIERRE DE VILNO
Un dernier mot sur la principale information que vous nous apportez ce matin, Agnès PANNIER-RUNACHER, YNSECT, cette entreprise spécialisée dans les protéines alternatives issues d'insectes, va donc arriver sur le site d'Amiens ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle considère avec beaucoup de sérieux le fait de s'implanter sur le site de WN, il y a les mètres carrés pour le faire, il y a un accompagnement d'Amiens Métropole, de la Région, de l'Etat et les compétences…

PIERRE DE VILNO
Vous y croyez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, je suis très positive sur cette possible implantation, nous n'avions pas livré le nom ces deux derniers mois alors que le dossier était déjà sur le feu, qu'YNSECT accepte qu'on communique veut dire qu'ils sont très engagés dans le dossier.

PIERRE DE VILNO
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 1er août 2019

Rechercher