Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à BFM/TV le 26 juillet 2019, sur les violences faites aux femmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à BFM/TV le 26 juillet 2019, sur les violences faites aux femmes.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, MALHERBE Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations;

ti :


APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous, vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, je voudrais que vous parler de Bernadette ce matin. Elle s'appelait Bernadette et hier soir cette femme, hier matin pardon cette femme a été écrasée par son mari, il lui a foncé dessus en voiture, il l'a écrasé contre un mur. Elle est la 81ème victime de crime d'un mari sur sa femme ou sa compagne depuis le 1er janvier et pourtant c'est censé être votre combat et on le voit bien depuis le début de l'année, ça n'arrête pas. Est-ce que ça veut dire que finalement vous êtes assez impuissante face à cela ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne crois pas que les politiques soient impuissantes face au drame, sinon je pense qu'il ne faut pas faire de politique si on pense qu'on est impuissant, je pense qu'on peut faire des choses, je pense qu'on peut les faire plus et mieux. En fait si on regarde rationnellement, je ne vais pas rentrer dans un débat de chiffres, il y a eu moins de féminicides en 2018 qu'en 2017, mais même s'il y en avait dix simplement, ce serait déjà dix de trop. Quand on regarde rationnellement ce qui s'est passé, la chose la plus difficile pour nous, responsables politiques, c'est que très souvent les dispositifs ont été activés. Par exemple dans le cadre de cette femme, elle avait déposé une plainte, il y avait une audience qui allait avoir lieu en octobre. Il y avait une interdiction de la part… pour son mari d'approcher.

APOLLINE DE MALHERBE
Il était placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de rentrer en contact avec son épouse.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà une interdiction de l'approcher, de rentrer en contact, et ça ne l'a pas arrêté. Et si vous voulez dans les cas de féministes qui se sont produits cette année, j'ai reçu à plusieurs reprises les parties prenantes, les proches des victimes, les services de police, de justice, ministère de l'Intérieur, de la justice, les élus locaux, les associations, pour retracer le parcours et voir là où ça avait failli. Quand ça a failli, on peut apporter des correctifs et quand toutes les politiques publiques ont été mises en oeuvre, ça veut dire qu'il faut qu'elles aillent plus rapidement.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est pour ça que je vous dis, j'utilise ce mot quand même d'impuissance parce que je me dis, il y a quand même une difficulté, vous êtes, on est face à des cas qui la plupart du temps et c'est ça qui est abominable a posteriori sont anticipables, parce que la femme a appelé à l'aide, parce qu'elle a dit, parce qu'elle a porté plainte, parce que le mari est sous contrôle judiciaire, et pourtant inexorablement ça avance.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, moi je ne veux pas, d'abord je pense évidemment aux proches à chaque fois et à la famille à chaque fois qu'une femme est tuée par son conjoint ou par son ex-conjoint. Et je ne vais pas là dire s'il s'était passé ci ou ça, ça ne se serait pas produit, parce que ce serait trop facile d'abord et parce qu'ensuite c'est un problème qu'on a aussi dans la lutte contre le terrorisme, c'est-à-dire que quand vous avez en face quelqu'un qui est déterminé à tuer, peu importe les conséquences parce que très souvent on voit des hommes qui nous disent, j'irai en prison. Donc on a là affaire à des gens qui sont des tueurs et il faut se le dire c'est extrêmement difficile. C'est la raison pour laquelle on crée ce Grenelle des violences conjugales. Le Grenelle des violences conjugales, c'est un outil qui va nous permettre de se mettre tous autour de la table, d'étudier les dysfonctionnements, de mettre chacun face à ses responsabilités…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais Marlène SCHIAPPA, on a un peu l'impression que quand on ne sait pas quoi faire, on propose un grenelle.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas vrai. D'abord ce Grenelle, c'est une demande des associations depuis des années. L'Alliance des femmes, ça fait depuis 2008, qu'elles demandent un Grenelle des violences conjugales. Moi j'écoute les associations qui sont les gens de terrain qui gèrent ces sujets-là au quotidien, qui reçoivent les appels, qui accompagnent les femmes au commissariat, etc… Et quand des dizaines d'associations me disent depuis longtemps, il nous faut un Grenelle des violences conjugales, pas comme une fin en soi mais comme un moyen de se mettre autour de la table et de prendre des actions communes, je les écoute. Et il y a un engagement très fort, ce Grenelle, il va se passer à Matignon. Il sera conclu par le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, qui prendra des engagements et qui instaura des nouvelles politiques publiques que l'on n'expertise de longue date. C'est-à-dire on n'attend pas le 3, 9, 19, ce Grenelle il aura lieu le 3, 9, 19 pour faire référence au numéro d'appel de protection des femmes du 39 19, qui n'est pas assez connu, mais on n'attend pas le 3, 9, 19 pour agir, ça fait 2 ans qu'on agit. On a lancé une plateforme avec des unités de policiers et gendarmes mobilisés 24 heures sur 24 pour accompagner les femmes. On a lancé le recrutement de 73 psychologues dans les commissariats pour les accompagner. On a augmenté les budgets des associations de 21,5 % en moyenne, il y a des associations, fois 2, fois 3, fois 4. On a donné un objectif au 39 19 de 100 % des appels, on n'a pas attendu le Grenelle pour agir, mais ce Grenelle, il sera l'occasion d'aller plus loin, de mettre le curseur plus loin, de se donner des objectifs très concrets, secteur par secteur.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il n'y a pas un problème aussi de rapidité de la justice, Marlène SCHIAPPA, quand on voit par exemple, reprenons ce cas donc de Bernadette qui a été tuée hier matin, le procès effectivement était prévu, mais il devait avoir lieu en octobre, de fait ce sera trop tard. Est-ce que tout cela n'est pas trop long ?

MARLENE SCHIAPPA
Si c'est trop long évidemment et il y a un delta surtout trop grand entre la politique publique qui est impulsée par le gouvernement et la réalité de ce qui se produit. C'est la raison pour laquelle la Garde des Sceaux a lancé une circulaire, par exemple sur les ordonnances de protection. Je vais vous donner un exemple, les téléphones « grave danger », c'est un dispositif qui existe depuis quelque temps, qui est efficace et pendant ce quinquennat…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une sorte de téléphone d'urgence d'appel pour que les femmes puissent alerter et être en contact direct avec la police ou la gendarmerie.

MARLENE SCHIAPPA
C'est cela, ce téléphone « grave danger », il est attribué sur décision de justice, quand on pense qu'une femme est en danger et qu'il faut qu'elle puisse appeler à l'aide pour éviter qu'un drame ne se produise. Le ministère de la Justice et moi, nous avons sécurisé les financements de ces téléphones «grave danger ». Il y en a environ 1000 qui sont payés par l'Etat, mais en fait il n'y en a pas 1000 attribués. Vous avez des centaines de téléphones « grave danger » qui dorment en ce moment dans des placards, dans un bureau quelque part parce qu'ils ne sont pas attribués par décision de justice.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui ne les attribue pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Il n'y a pas l'attribution au niveau de la justice, ça veut dire que un : ce dispositif n'est pas assez connu. Vous avez trop peu d'avocats qui demandent pour leur cliente des téléphones « grave danger », vous avez trop peu de femmes victimes de violences qui savent que cela existe et vous avez trop peu de magistrats qui ont connaissance de l'efficacité de ce téléphone « grave danger » et de la possibilité de les attribuer. Ca veut dire que là vous avez un delta entre l'impulsion donnée au niveau du gouvernement avec le financement qui est là et qui est sécurisé et la réalité sur le terrain.

APOLLINE DE MALHERBE
Cela dit-il…

MARLENE SCHIAPPA
C'est pour voir cela que l'on fait ce grenelle et pour trouver les solutions…

APOLLINE DE MALHERBE
Cela dit, Marlène SCHIAPPA, on a eu le cas récemment d'une femme qui a été assassinée par son mari et qui était en possession d'un téléphone « grave danger », mais le fait qu'elle appelle n'a pas laissé suffisamment au secours d'arriver.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, moi je suis allé voir il y a quelques mois à Angoulême à l'hôpital une femme que j'avais déjà vue , à qui j'avais rendu visite dans un centre d'hébergement et quelques mois après, alors que tout avait été mis en oeuvre, que son conjoint était sur le point d'être expulsé pour ces faits-là, qu'elle était dans un hébergement anonymisé, il l'a retrouvé, il a ouvert la fenêtre de la voiture et l'a poignardée, elle n'a pas eu le temps d'activer son téléphone « grave danger ». Elle s'en est sortie, je touche du bois et cette histoire-là c'est entre guillemets, bien finie si on peut dire ça comme ça parce qu'elle a quand même entre-temps été poignardée, elle était dans le coma, etc… donc c'est vraiment insupportable, mais elle a survécu. C'est pour ça que nous on travaille sur les bracelets sur le modèle de ce qui se fait en Espagne, des bracelets d'éloignement du conjoint.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui pour le coup sont mis sur le conjoint menaçant et qui du coup bipe s'il arrive dans une zone…

MARLENE SCHIAPPA
Le principe de ces bracelets, c'est qu'effectivement ça alertent immédiatement, la femme n'a pas à avoir la responsabilité, elle, d'appeler les secours ou d'alerter, mais il y a une alerte immédiate qui se met en oeuvre.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi vous ne le faites pas tout de suite si ça marche ?

MARLENE SCHIAPPA
On le fait. D'abord il y a une modification législative à apporter, ensuite il faut..

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'on a le temps d'attendre la modification législative, pendant ce temps-là, on le voit bien, il y a chaque semaine des nouveaux cas.

MARLENE SCHIAPPA
On ne l'attend pas, la Garde des Sceaux a lancé un travail et une expertise et il y a un député qui portera une proposition de loi juste après Grenelle à la rentrée pour faire en sorte que ces bracelets existent. Ensuite il y a des contraintes techniques et administratives, mais avec Nicole BELLOUBET, on est en train de les accélérer drastiquement d'une manière inédite pour faire en sorte justement que dès que possible, on ait ces bracelets qui soient à disposition et qui puissent éviter d'en arriver à des féminicides.

APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA, je voudrais qu'on parle de cette loi de bioéthique qui a été présentée cette semaine en conseil des ministres, la PMA, la procréation médicalement assistée, qui va être ouverte à toutes les femmes. Il y a une question sur laquelle on n'a pas encore toutes les réponses, c'est la façon dont on va exprimer la parentalité, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, cette loi d'abord, je crois que c'est important de préciser qu'elle a été travaillée, moi je suis en appui, elle a été travaillée par trois ministres qui sont expertes chacune dans leur sujet, la Garde des sceaux qui est juriste, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche qui est biochimiste, et la ministre des Solidarités et de la Santé qui est un médecin qui a beaucoup travaillé sur ces sujets. Et donc cette loi elle a été préparée dans la suite des Etats généraux de la bioéthique, et notamment sur les questions de filiation. Le gouvernement a considéré qu'il n'était pas souhaitable de bouleverser complètement la filiation, mais qu'il était nécessaire de donner un cadre très sécurisant pour les enfants qui sont nés de PMA de deux femmes. Ce qui va se passer, c'est qu'il y aura une déclaration devant notaire qui permettra d'indiquer la parentalité et la filiation avec les deux mères, dans le cas où ce n'est pas une femme célibataire mais c'est un couple de deux femmes, ce qui permettra justement d'avoir des documents d'état civil qui soient très précis et détaillés. Donc il y aura deux actes différents, il y aura l'acte simple dans lequel il n'apparaîtra pas la filiation par PMA, et il y aura l'acte plus complet qui sera…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire que l'acte premier, je vous demande pardon, mais ça veut dire que l'extrait d'acte de naissance, pour parler très concrètement, d'un enfant né de PMA, ne mentionnera que la mère qui a porté l'enfant ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas ça, c'est qu'il ne mentionnera pas le fait que l'enfant est né de PMA. En revanche…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quelle sera l'indication pour les deux parents ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors les deux parents seront indiqués, puisqu'il y a ces deux parents et qu'ils seront indiqués sur les documents d'état civil. Mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Avec le mot mère ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ce qui est très important pour moi de préciser à ce stade, c'est que là vous avez un projet de loi qui est présenté par le gouvernement en Conseil des ministres, et qu'ensuite il y a un débat parlementaire, et on connaît la crispation dans la société autour de ces sujets-là, je crois que c'est très important de respecter le temps du débat parlementaire et de ne pas faire, là je ne peux pas à votre micro faire comme si la loi était déjà votée…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc pour l'instant vous ne savez pas encore s'il y aura écrit mère et mère, ou parent 1, parent 2, vous n'avez pas de réponse là-dessus.

MARLENE SCHIAPPA
Non, on ne part pas du tout vers un parent 1, parent 2, ce n'est pas du tout le sujet. Ce que je suis en train de vous dire c'est qu'il y aura un acte simple d'une part, un acte plus long dans lequel il y aura la mention de naissance par PMA d'autre part, mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là je ne vous interrogeais pas sur la question de la naissance par PMA, mais simplement de la parentalité, c'est-à-dire la question de la nomination des deux parents.

MARLENE SCHIAPPA
Oui oui tout à fait, et c'est ce que je viens de vous dire, et je pense que ces sujets-là, il est très important de rester assez prudent et de rappeler qu'il y a un débat qui aura lieu en septembre avec les parlementaires, et que chacun pourra s'exprimer, et que le projet de loi qui est présenté à ce stade, c'est un projet qui sera ensuite amendé, travaillé par les parlementaires et la version finale elle sortira à l'issue des débats, donc qui commencent mi-septembre.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais j'imagine que vous ne vous lancez pas dans le projet de loi sans avoir la réponse à cette question qui est une question évidemment importante.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais je vous ai répondu.

APOLLINE DE MALHERBE
Non, je ne sais toujours pas comment ça sera écrit sur l'extrait d'acte de naissance.

MARLENE SCHIAPPA
Avec les noms des parents, et c'est la raison pour laquelle nous on ne veut pas bouleverser la filiation, et c'est la raison pour laquelle il faut passer par un notaire pour pouvoir déclarer la parentalité d'intention, et ça, ça protège les enfants. Je vous donne un exemple pour essayer d'être plus claire et plus concrète. On a, nous, une députée la République En Marche, Laurence VANCEUNEBROCK qui a eu des enfants par PMA, qu'elle a dû faire à l'étranger avec sa compagne, il y a quelques années. Eh bien il y a une faille dans la manière dont cela a été fait, puisque la mère, qui est la mère d'intention, qui n'est pas la mère qui a porté les enfants, ne figure sur aucun document d'état civil, et donc est contrainte par exemple de devoir adopter ses propres enfants. Nous, ce que nous voulons faire, c'est que la mère qui est la mère d'intention et qui n'est pas celle qui a porté les enfants, ne soit plus contrainte d'adopter les enfants…

APOLLINE DE MALHERBE
Et qu'il y ait donc une égalité sur l'extrait d'acte de naissance…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

APOLLINE DE MALHERBE
… entre la mère d'intention et comme vous dites la mère qui porté l'enfant.

MARLENE SCHIAPPA
C'est tout à fait ça, et de faire en sorte surtout que ce soit sécurisé, parce que le sujet que nous avons actuellement, c'est que vous avez par exemple un enfant qui va à l'hôpital, vous êtes sa mère, vous avez souhaité cet enfant, vous l'avez désiré, vous avez accompagné votre femme ou votre compagne pendant la grossesse, vous arrivez à l'hôpital et on vous dit : « Madame, vous n'avez aucun droit sur cet enfant, vous n'êtes pas son parent officiel, donc vous ne pouvez pas aller le voir, vous ne pouvez pas prendre de décision etc. etc. ». En cas par exemple de séparation ensuite, c'est très grave en termes de conséquences, c'est la raison pour laquelle on veut vraiment sécuriser ces filiations là, pour faire en sorte que ces sujets qui sont ensuite graves, n'arrivent plus.

APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA, est-ce que pour vous ça va de soi en fait ? Aujourd'hui vous pensez que la société est prête pour une PMA du coup sans père ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je pense que la société est prête, c'est ce que nous disent en tout cas les différents sondages qui existent, et je pense surtout que ce sont des sujets qui passionnent les gens qui sont concernés et qui sont engagés sur cela. J'ai une dame qui m'a dit : j'ai 42 ans, ça fait 7 ans que j'attends la PMA, c'était un engagement campagne de François HOLLANDE qu'il n'a pas tenu, et là ça fait 2 ans que je l'attends, et je vais arriver au bout de l'âge, mon horloge biologique tourne d'une part et d'autre part j'ai l'impression qu'il y a des gens qui se sentent toujours encore gênés par le fait qu'on accorde de nouveaux droits. Mais je pense qu'il y a surtout, si je suis très sincère avec vous, je pense qu'il y a surtout une grande majorité des Français qui sont indifférents par rapport à l'ouverture de la PMA pour toutes les femmes, parce qu'ils comprennent que ça ouvre un endroit pour certaines, mais que ça n'enlève rien à personne.

APOLLINE DE MALHERBE
Parlons des femmes en politique, c'est un nouveau combat et pourtant on sent bien que il y a quelque chose qui bloque, vous avez fait un appel à candidatures notamment à la République En Marche en vue des prochaines municipales, et les femmes ne candidatent pas ou en tout cas candidatent bien moins que les hommes. Comment est-ce que vous expliquez ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a énormément de mécanismes et on s'arrache les cheveux à chaque réunion sur ce sujet, parce qu'on a beau…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire que, ce que vous voulez dire c'est que la question, ce que vous constatez c'est que ce n'est pas uniquement qu'elles ne sont pas élues ou qu'elles ne seraient pas présentées par les partis, c'est que d'elles-mêmes elles ne se portent pas volontaires.

MARLENE SCHIAPPA
Il n'y a pas assez de candidatures. Nous, à chaque fois si vous voulez, pour chaque ville à la Commission nationale d'investiture regarde les candidatures qui sont présentées et vous avez 20 candidatures d'hommes pour une candidature de femme, donc effectivement il n'y a pas assez de candidatures de femmes, donc moi je voudrais lancer un appel ici à votre micro, Apolline de MALHERBE, pour dire à toutes les femmes qui nous écoutent que la République c'est elle, et la République a besoin d'elles, il faut qu'elles s'engagent. On ne peut pas continuer comme ça. Je veux dire, ce pays est administré majoritairement par des hommes. Vous avez uniquement 16 % des maires en France qui sont des femmes, c'est-à-dire que l'immense majorité des maires de France, de ceux qui prennent les décisions du quotidien, les décisions importantes sur les écoles, sur la propreté, sur la sécurité du quotidien, sur tous ces sujets-là, sur les modes de garde, sur les crèches, tous les gens qui prennent ces décisions, la majorité, plus de 80 % sont des hommes. C'est impossible, on est là dans une question, mais même pour des raisons pratiques et pour des raisons d'administration, qui n'est pas tenable. Donc il faut qu'on ait davantage de femmes qui soient maires, la République En Marche a investi des femmes sur des villes importantes, à Lille, à Rennes, dans beaucoup d'autres villes, mais ce n'est pas suffisant et on n'arrivera pas, très sincèrement, on n'investira pas 50 % de femmes parce qu'on n'a pas les candidatures de femmes. Donc il faut que toutes les femmes qui se disent : « Oh n'est peut-être pas pour moi, je ne sais pas si je serai à la hauteur, je ne sais pas si je vais arriver à…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'elles aient confiance en elles et qu'elles y aillent.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, qu'elles y aillent, parce que quand vous dites à un homme : est-ce que tu veux être candidat pour être maire, la plupart du temps, je suis désolé, ce n'est pas des clichés, c'est la vérité, la plupart du temps on a l'impression que la France l'attend et qu'évidemment il va être candidat parce que évidemment, il sera élu, il est le meilleur etc. C'est rarissime, qu'un homme dise « Ah, je ne sais pas si j'aurais les compétences ». Vous dites à une femme : pourquoi tu n'es pas candidate ? Elle va commencer par vous expliquer longuement pourquoi elle ne sera pas capable d'être candidate et pourquoi elle ne sera pas capable d'être maire Ça suffit, vous êtes capable d'être maire.

APOLLINE DE MALHERBE
Un dernier mot Marlène SCHIAPPA. Il y a cette pétition que certaines féministes ont lancée pour supprimer les hôtesses sur les podiums du Tour de France. Tour de France oblige, je voudrais quand même vous poser cette question : supprimer les hôtesses, le bouquet, la bise et le champagne, est-ce que vous estimez que c'est un des combats qu'il faut mener aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Oh, sur le bouquet et le champagne, je pense qu'on peut les garder. Vous savez, je suis assez… Vikash DHORASOO a dit : est-ce qu'on imagine Jeannie LONGO après une victoire, en sueur, être embarrassée par deux jeunes hommes sexys ? Je ne suis pas sûre. Il y a beaucoup de sports, par exemple dans les sports automobiles, dans lesquels on a mis fin à ça depuis plusieurs années, aux 24 Heures du Mans par exemple vous avez des élus ou des responsables, moi j'ai eu le plaisir de remettre une coupe en tant que membre du gouvernement, vous avez Pierre FILLON, le patron de l'ACO qui dirige les 24 heures du Mans, qui remet également une coupe, vous avez des anciens champions qui remettent des coupes, mais vous n'avez pas d'hôtesses qui viennent faire la bise et couronner les champions. Donc effectivement il y a quelque chose d'un peu surannée, maintenant si je suis très sincère, pour moi les priorités c'est d'abord de lutter contre les violences conjugales, les inégalités salariales, il y a des combats que je mène comme la précarité menstruelle et d'autres, dans le cadre du G7 on va travailler sur énormément de sujets de diplomatie féministe. Je comprends tout à fait cette pétition et le fait de dire que ça véhicule des choses assez stéréotypées, entre… la répartition des rôles entre l'homme champion et la femme qui fait une bise et qui est là parce qu'elle est sexy. Ce n'est pas mon combat du moment.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour autant ce n'est pas votre premier combat, mais vous le soutenez.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Marlène SCHIAPPA d'être venue ce matin sur RMC et BFM TV.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 août 2019

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