Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec France 2 le 26 juillet 2019, sur l'Union européenne et la question climatique, le Brexit et sur la désignation des membres de la Commission européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec France 2 le 26 juillet 2019, sur l'Union européenne et la question climatique, le Brexit et sur la désignation des membres de la Commission européenne.

Personnalité, fonction : MONTCHALIN Amélie de, DARET Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes;

ti :
GUILLAUME DARET
Ce matin, on va parler Europe puisque je reçois Amélie de MONTCHALIN, la secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Bonjour à tous, bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Alors actualité politique européenne extrêmement intense cette semaine, mais d'abord on va évoquer cette canicule qui n'a pas touché que la France, plusieurs records battus dans toute l'Europe et une question que fait l'Europe sur cette question du climat et du réchauffement climatique ? On a l'impression, pas grand-chose.

AMELIE DE MONTCHALIN
En fait déjà l'Europe essaye effectivement de dépasser l'idée que cela se traite par des plans nationaux d'urgence et qu'on aille au fond à la racine de ces mouvements climatiques qui sont tout à fait inhabituels, c'est le changement climatique et donc la France a proposé au mois de mars que nous nous fixions un objectif très ambitieux pour qu'en septembre, il y a une grande réunion aux Nations unies, mondiale, eh bien l'Europe arrive unie et qu'elle porte à la fois un message fort mais surtout des propositions. Et donc on était 4 pays ensemble au mois de mars, on était 8 au mois de mai et on a fini à 24 pays, dont 24 pays sur les 28 disent aujourd'hui que si on n'a pas de neutralité carbone en 2050, les phénomènes qu'on a vécu cette semaine vont se répéter. Donc sur les solutions, on essaie de mettre de l'argent pour investir, pour se transporter…

GUILLAUME DARET
Des choses concrètes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Des choses très concrètes pour la mobilité, pour les logements, pour aussi l'agriculture, pour avoir une vraie transition. Et puis quand il y a des moments comme ce qui s'est passé, on met des moyens en commun. Didier GUILLAUME a négocié sur la PAC, qu'on puisse avoir des aides pour les agriculteurs, qu'on puisse aussi avoir de l'argent parce qu'on voit bien qu'il y a beaucoup de récoltes qui vont être perdues, mais aussi les Canadair parce que souvent avec la sécheresse arrive les grands incendies et donc on met des moyens en commun. Et moi ce qui compte, c'est qu'on puisse avoir dans notre budget européen qui va être négocié dans les prochaines semaines, qu'on puisse mettre de l'argent pour que la transition se fasse et on voit bien qu'il y a des pays qui ont besoin d'investir massivement, la France aussi et donc, on veut mettre 1000 milliards dans cette transition climatique écologique environnementale. Ca concerne aussi la biodiversité, la pollution, c'est un effort massif et nous ce qu'on fait là-dedans, c'est qu'on est au fond les garants de l'accord de Paris, c'est à Paris que ça a été signé, on a besoin de conserver la vigueur de cet accord et donc l'appliquer pleinement en Europe.

GUILLAUME DARET
Alors c'est un de vos nombreux dossiers européens, on peut le dire, vous avez du travail à cet échelon-là, à Londres cette semaine Boris JOHNSON a fait son arrivée au 10 Downing Street, officiellement le nouveau Premier ministre britannique, une arrivée fracassante, on est à moins de 100 jours de la date prévue pour le Brexit. Il promet, je cite, un meilleur accord aux Britanniques jugeant que les termes actuels sont, je cite, inacceptables. Est-ce que la France est prête à renégocier cet accord ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je pense qu'il faut qu'on repose un peu les termes du débat. D'abord je préfère commenter les actes plutôt que les discours, surtout les discours de campagne ou les discours d'entrer au gouvernement …

GUILLAUME DARET
Là il est Premier ministre.

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc, moi je préfère qu'on puisse travailler avec lui, j'aurai des échanges avec mon homologue, Jean-Yves LE DRIAN avec le sien, Bruno LE MAIRE, on travaille avec le gouvernement qui est en train de se former. Le président recevra dans les prochaines semaines, Boris JOHNSON aussi en France.

GUILLAUME DARET
Peut-être à Brégançon dit-on ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne sais pas où et quand, pour le moment mais en tout cas nous avons envie de travailler avec lui, de travailler.

GUILLAUME DARET
Ca veut dire que ce n'est pas un épouvantail comme le disent certains.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais surtout on a besoin, vous savez c'est un partenaire qui restera un partenaire après le Brexit, c'est un pays qui restera très proche de nous. On a toujours eu des liens très forts, de défense, d'économie, des liens sociaux, culturels, donc la relation future sera forte.

GUILLAUME DARET
Mais est-ce que vous êtes d'accord pour renégocier l'accord qui a été négocié avec Theresa MAY, oui ou non ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Là-dessus, il faut être très clair, on a toujours dit que si le Royaume-Uni veut sortir de l'Union européenne et que s'ils veulent le faire de manière ordonnée, ce que nous avons de mieux c'est l'accord. Pourquoi on parle de cet accord ?

GUILLAUME DARET
Donc pas question de renégocier l'accord qui est sur la table ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais il n'a pas été imposé aux Britanniques, c'est 2 ans de travail entre les équipes de Michel BARNIER à Bruxelles, les équipes britanniques pour dire point par point, pragmatiquement, de manière réaliste, manière concrète, comment on peut marquer qu'il y avait un avant et un après. Ce n'est pas nous qui voulons qu'il y est un avant et un après.

GUILLAUME DARET
Il a été rejeté 3 fois par le Parlement britannique.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui et donc ce qu'on essaye de dire c'est que, dans cet accord on est juste en train de dire, voilà comment on se sépare, mais pour moi la clé, ce que j'aimerais faire dans les semaines qui viennent, c'est que nous puissions passer cette étape et négocier posément, calmement, dans des conditions apaisées, comment on travaille après, comment on travaille demain.

GUILLAUME DARET
Donc vous êtes prêts à négocier la relation future, mais l'accord de divorce, on ne revient pas dessus.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est ce qu'on dit tous parce qu'on pense que cet accord de divorce, si vous appelez comme ça, il a été préparé pendant 2 ans, il n'a pas été imposé comme une obligation britannique.

GUILLAUME DARET
Boris JOHNSON dit, on sortira coûte que coûte le 31 octobre même si c'est ce qu'on appelle un « no deal », même si c'est sans accord.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je sais qu'il dit ça, effectivement le Conseil européen a fixé cette limite. Ce que je vois moi, c'est que le projet européen, ça a été un projet de confiance, un projet de responsabilité de comprendre que l'autre applique les mêmes normes que moi, les mêmes règles que moi et donc je lui fais confiance. Ca veut dire je lui fais confiance pour que les biens et les personnes puissent passer d'un côté et de l'autre de la frontière.

GUILLAUME DARET
Vous préférez évidemment qu'il y ait un accord.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais oui parce que…

GUILLAUME DARET
Pour cette sortie à l'horizon du 31 octobre, mais est-ce que cette date du 31 octobre, elle pourrait être repoussée ou pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On a toujours dit qu'il faut qu'il y ait de très, très bonnes raisons pour repousser la date.

GUILLAUME DARET
Donc ne l'excluez pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
On ne peut pas… diplomatie si on a des lignes rouges absolues, souvent ça crée des tensions, donc nous on a toujours dit, on a fixé le 31 octobre, on a l'accord sur la table, ce qu'il y a à renégocié et ce qu'il y a encore à négocier, c'est la relation future et il faut que nous soyons responsables. Cela veut dire que nous soyons clairs, prévisibles, c'est ce que je vous dis et puis il faudrait qu'en face, on arrive à créer une relation de travail, qu'on ne soit pas dans les jeux, les postures, les provocations, c'est ça qu'on essaie de faire. Mais je tiens à dire, il faut vraiment que les Français comprennent, si il n'y a pas d'accord, au fond ça veut dire que nous n'aurons pas de relations de confiance, les Suisses et les Norvégiens, ils ne sont pas dans l'Union européenne, mais on leur fait confiance parce qu'on a créé avec eux une relation commerciale, une relation culturelle, une relation économique apaisée. Ce qu'on cherche nous, c'est l'apaisement.

GUILLAUME DARET
Vous voulez garder cet accord de confiance pour la suite.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement.

GUILLAUME DARET
Cette relation future avec le Royaume-Uni, ce sera l'un des gros dossiers de la future présidente de la commission, elle a été élue mais elle n'est pas encore officiellement en fonction, l'Allemande Ursula VON DER LEYEN, elle parcourt l'Europe pour constituer son équipe. Elle était cette semaine à Paris, vous l'avez rencontré avec le président de la République, Emmanuel MACRON. Quel portefeuille la France souhaite obtenir dans la commission ? On parle du climat ou de l'économie.

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous ce qu'on dit, c'est que la bonne nouvelle pour l'Europe c'est qu'on a un projet, on a une équipe et on a quelqu'un qui a du courage et qui veut vraiment mettre en oeuvre rapidement. Ce qui compte, ce n'est pas juste qui est là, c'est quelle capacité on a pour que ça donne des résultats. Moi, ce que je voudrais dans 5 ans, c'est que les citoyens européens quand on refera la campagne européenne, ils votent sur des résultats et pas sur des nouvelles promesses.

GUILLAUME DARET
La France souhaiterait obtenir quel portefeuille aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc nous aujourd'hui ce qu'on dit, c'est qu'on regarde les priorités de la France, le climat, les migrations, la création d'emplois, l'Europe sociale, le commerce, on a on a fixé avec le président depuis 2 ans maintenant un certain ombre de thèmes, on échange avec Ursula VOIN DER LEYEN. Vous savez si nos idées sont portées par des gens qui sont pleinement européens, qui ont des belles idées, qui sont courageux et qui sont prêts à les porter, on n'a pas besoin que ce soit un Français.

GUILLAUME DARET
Ségolène ROYAL serait une bonne candidate pour la Commission ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne vous parle pas de personnes.

GUILLAUME DARET
Brune POIRSON, Jean-Pierre RAFFARIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ca dépend du portefeuille, aujourd'hui …

GUILLAUME DARET
Quand est-ce qu'on connaîtra le nom, sans citer aujourd'hui de nom ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, de toute façon il faut que pour le 25 août on ait donné notre nom, parce qu'ensuite le 15 septembre se sera présenté et pour que tout le monde puisse travailler à partir du 1er novembre, après des auditions au Parlement, les commissaires ils sont proposées par Ursula VON DER LEYEN, ils sont validés par le Parlement. Ce qui permet justement de s'assurer que ce qu'ils vont faire, c'est aligner avec ce que les citoyens ont donné comme signal au moment des élections, avec l'agenda que les chefs d'Etat se sont fixés.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN et puis bonnes vacances, ça commence officiellement aujourd'hui pour le gouvernement et consignes fermes, studieuses, vacances studieuses, mais aussi un peu de repos.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vais effectivement comme vous imaginez, sur le Brexit suivre un certain nombre de dossiers de presse.

GUILLAUME DARET
Travailler, le président de la République a dit, on travaille mais on se repose un peu aussi également.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et puis être avec mes enfants au calme.

GUILLAUME DARET
Merci à vous en tout cas.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 août 2019

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