Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à LCI le 23 août 2019, sur les incendies en amazonie, le G7, le Brexit et les réformes en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à LCI le 23 août 2019, sur les incendies en amazonie, le G7, le Brexit et les réformes en France.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

ti :

JULIE HAMMETT
Mon invité ce matin c'est Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

JULIE HAMMETT
On va évidemment parler du G7 et d'un des sujets qui sera abordé lors du sommet, ce sont les incendies en Amazonie. Emmanuel MACRON parle d'une crise internationale, voilà ce qu'il a tweeté : « Notre maison brûle. Littéralement. L'Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. C'est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence. » Ces incendies durent depuis trois semaines, il était urgent qu'Emmanuel MACRON se saisisse du dossier ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ils durent depuis trois semaines, mais surtout ils durent aussi depuis 50 ans en termes de déforestation de l'Amazonie, et donc on l'a vu, depuis 50 ans, 20 % de cette forêt a disparu, or c'est un réservoir considérable - ça a été dit par le président de la République – poumon pour l'Humanité, réservoir également de biodiversité, et donc, finalement, c'est ce qu'on appelle un bien commun, et un bien commun, eh bien ça veut dire que la communauté internationale doit absolument tout faire pour le préserver. D'ailleurs, vous avez vu que, non seulement le président de la République, mais le secrétaire général des Nations Unies, s'est également exprimé, fortement.

JULIE HAMMETT
Ce n'est pas ce que dit Jair BOLSONARO, lui il répond, il dit qu'Emmanuel MACRON a « une mentalité colonialiste », il dit que « la communauté internationale n'a pas son mot à dire. L'Amazonie est à nous, pas à vous », voilà.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'Amazonie c'est une forêt qui est à cheval sur huit pays, et il se trouve que la France elle est notamment concernée puisque, en Guyane, nous avons une partie de l'Amazonie, et d'ailleurs nous faisons en sorte d'avoir une gestion qui soit exemplaire de ce point de vue- là. Donc, je crois que le président BOLSONARO va vite en besogne, en s'exprimant ainsi. Et donc, tout simplement, on est aujourd'hui, je crois, au 21e siècle, à un moment de bascule, où, on le voit, les solutions aux problèmes qui se posent, aux problèmes climatiques, aux problèmes environnementaux, aux problèmes économiques, ça ne peut pas être des réponses purement nationales, il y a besoin de coordination, il y a besoin de travail en commun, et donc le G7 est une des enceintes, ce n'est pas la seule, mais c'est une des enceintes. Et à partir du moment où on a un G7, en plus, renouvelé, avec un élargissement, de nouvelles puissances qui sont invités, qui sont présentes, je pense à l'Inde, 1,3 milliard de la population mondiale, c'est important, qui va s'engager sur un certain nombre de chantiers environnementaux, eh bien oui, c'est une instance qui a la légitimité pour parler, discuter, de ce problème-là.

MARIE-EVE MALOUINES
On comprend bien le constat, on voit bien que l'Amazonie c'est le poumon de la planète, on l'a toujours dit, mais, il y a un président au Brésil et lui il dit « je fais ce que je veux chez moi », et même les ONG qui luttent contre la déforestation, il supprime leur subvention, que peut faire le G7 sinon constater son impuissance finalement ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, le Brésil a contracté un certain nombre d'engagements internationaux, le Brésil est signataire de l'accord de Paris, d'ailleurs, à un moment, le Brésil, on se demandait s'il n'allait pas s'en éloigner, sortir de l'accord de Paris, pour l'instant le président BOLSONARO a ancré le Brésil dans l'accord de Paris, ne serait-ce qu'en faisant en sorte, en disant qu'il allait le respecter, lorsqu'il a contracté cet accord avec l'Union européenne. Mais ça veut dire que, cet accord de Paris, il prévoit un certain nombre d'engagements du Brésil, un engagement de replantation de plusieurs dizaines de milliers d'hectares, un engagement de lutte contre la déforestation…

JULIE HAMMETT
Visiblement, là, il ne les respecte pas….

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien c'est pour ça…

JULIE HAMMETT
Vous disposez de quels moyens de pression, est-ce que par exemple agir sur le Mercosur, est-ce que la France pourrait ne pas ratifier le traité entre l'Union européenne… ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, naturellement. Lorsqu'un président dit « nous respecterons l'accord de Paris », et si nous voyons que dans les mois, les années à venir, ce n'est pas le cas, eh bien écoutez, on sera fondé, en tous les cas, les Parlements qui se prononceront, Parlement européen, Parlements nationaux, seront fondés à en tirer toutes les conséquences.

MARIE-EVE MALOUINES
Donc, vous dites clairement aujourd'hui, ça met en cause la signature du Mercosur ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je dis c'est que, quand on prend un engagement dans un accord, et c'est des engagements qui ont été pris par le président BOLSONARO dans le Mercosur, eh bien nous on veut voir la réalité des faits, et si ces engagements ne sont pas respectés, eh bien écoutez, à ce moment-là c'est l'ensemble des engagements qui tombe, voilà.

MARIE-EVE MALOUINES
Dans le Mercosur, vous le dites clairement ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais je dis que, et on l'a dit déjà au mois de juillet, on regardera très clairement comment il met en oeuvre ses engagements, et s'il ne les mets pas en oeuvre, eh bien écoutez, il sera temps d'en tirer des conséquences.

FABRICE LUNDY
Est-ce que la France peut proposer ses moyens de lutte contre les incendies ? On sait que la France a une grande expertise en matière de lutte contre les feux, notamment au travers de cette Sécurité civile qui est excellente, est-ce que vous allez proposer l'aide au Brésil ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que, encore une fois ce n'est pas la France seule….

FABRICE LUNDY
Non, bien entendu.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On est sur ces biens communs…

FABRICE LUNDY
Mais déjà ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Sur bâtir, un peu, des coalitions d'actions, ce sera le cas dans différents domaines, mais en tous les cas si nos amis Brésiliens sont prêts à être aidés, accompagnés, que toutes les bonnes volontés viennent au secours, je crois qu'il faut le regarder.

JULIE HAMMETT
Là ils disent qu'ils n'ont pas les moyens, effectivement, de lutter contre cet incendie, ce qui est extrêmement inquiétant.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On le voit bien, parce que, en Europe, un certain nombre de pays, parfois, ont été confrontés, effectivement, à des saisons de feux particulièrement difficiles, au Portugal, en Grèce, et dans ces cas il y a une solidarité européenne qui joue, donc, travailler sur des mécanismes de solidarité, ça va dans le bon sens.

FABRICE LUNDY
Et comme on est frontalier, ça aurait été l'occasion.

JULIE HAMMETT
Vous pointez du doigt, directement, la politique anti-écolo de Jair BOLSONARO, c'est lui qui est responsable aujourd'hui de ce désastre ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
…En tous les cas, quand on est dirigeant d'un grand pays, on a une responsabilité, la responsabilité de faire en sorte de mettre en place des politiques, des moyens, pour préserver des engagements qui ont été pris dans des cadres internationaux, et donc, encore une fois, il est important que lui-même, et que l'ensemble de l'Humanité, prenne conscience. On est d'ailleurs, avec ce G7, dans un moment où, je crois, des prises de conscience se font. Nous allons, avec ce G7, assister à la mise en place de véritables coalitions d'actions sur des sujets concrets parce que – et ça va nous changer - parce que pardon, pour avoir fréquenté un certain nombre d'instances de ce type-là, au G20, etc., dans des réunions ministérielles, souvent ça ressemble à des batailles où chaque pays va essayer de mettre tel mot, de glisser… savoir si la croissance on va la qualifier d'inclusive ou pas. Pardon, ce qui compte c'est des actions, c'est ce qu'attendent les citoyens, et le G7, à Biarritz, ça va être ça. Ça va être une coalition, vous l'évoquiez dans votre journal, pour réduire la pollution du secteur textile, ça va être également une coalition pour réduire la pollution du secteur maritime, ça permet d'engager les acteurs, les professionnels, dans ces démarches vertueuses - dès cet après-midi d'ailleurs, à l'Elysée, des engagements vont être pris par un nombre très important d'entreprises, de fédérations professionnelles.

JULIE HAMMETT
Mais qu'est-ce qui va être décidé vis-à-vis du Brésil ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, le G7 ce n'est pas une instance qui prend des sanctions ou quoi que ce soit, c'est une instance - revenons à l'essence de ce qu'est le G7, créé par la France en 75 - c'est une instance de dialogue informel où, effectivement, les dirigeants d'un certain nombre de grands pays peuvent partager la situation telle qu'elle est et travailler sur des remèdes, des actions.

JULIE HAMMETT
Mais il n'en ressortira rien de concret, c'est ça que vous dites, le 26 août ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le G7 c'est une étape importante parce que, un mois plus tard, les mêmes, seront tous réunis à New-York, à l'assemblée générale des Nations Unies, et donc, ce que je veux dire, c'est que le diagnostic qui va être partagé, les propositions, peut-être, que les uns ou les autres vont mettre sur la table, eh bien elles vont être un moment majeur, elles vont pouvoir quelque part, peut-être, initier une dynamique, et c'est ça qui compte aujourd'hui.

FABRICE LUNDY
Est-ce que l'action, ou plutôt la non-action, de responsables politiques - alors le Brésil par exemple, le président brésilien - pourrait un jour être poursuivie devant une juridiction pour crime climatique par exemple ? On entendait tout à l'heure votre collègue Brune POIRSON clairement dit : « voilà, un jour il faudra rendre des comptes à la justice. »

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr c'est que, on le voit, un certain nombre de grands principes, internationaux, qui nous semblaient acquis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, peuvent être battus en brèche, hélas. C'est le cas par exemple pour le droit international humanitaire, quand on voit ce qui s'est passé en Syrie, et d'ailleurs David MILIBAND, vous savez, cet ancien homme politique britannique, qui maintenant travaille beaucoup sur les sujets humanitaires, parle aussi d'un monde, finalement, avec une nouvelle impunité. On ne peut pas se résoudre à ce qu'il y ait de nouvelles impunités lorsqu'on s'en prend à des femmes et des hommes vulnérables, lorsqu'on s'en prend effectivement à des biens communs…

FABRICE LUNDY
Donc BOLSONARO, un jour, pourrait…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je ne suis pas là pour pointer du doigt X ou Y, mais ce que je veux dire c'est que…

MARIE-EVE MALOUINES
Il faudrait instaurer un crime contre le climat par exemple ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr c'est qu'il faut travailler sur des mécanismes de « redevabilité », on ne peut pas prendre des engagements et ne pas les tenir, la « redevabilité » je crois que c'est au coeur de tout ça. C'est pourquoi, d'ailleurs, le président République a tenu aujourd'hui à rencontrer les différents segments de la société civile, pour recueillir leurs recommandations, pour également dire comment nous on veut agir, et comment on va se faire évaluer aussi, parce que maintenant, on est très lucide et très conscient, nous devons aussi rendre des comptes.

JULIE HAMMETT
Alors justement, vous parliez de cette société civile plutôt remontée, on parle de ces ONG qui comptent boycotter justement le G7, et elles expliquent pourquoi. Regardez. - (problème technique de la chaîne) – Elles le boycottent puisqu'elles disent que finalement il n'y a pas assez d'accréditations et que le centre de presse ne leur était pas ouvert, donc au sommet. Vous avez finalement changé d'avis là-dessus, est-ce que ce n'est pas une erreur, quand même ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, vous savez, le travail avec les ONG, il ne s'agit juste du travail aujourd'hui à l'Elysée, c'est un travail qui s'est conduit depuis des mois et des mois.

MARIE-EVE MALOUINES
Justement, elles disent que ce travail n'a pas été bien mené parce qu'il y avait des réunions qui ont été reportées sans cesse, elles disent ça aussi. Dès le mois de juin il y avait une lettre des ONG qui se plaignaient que ces réunions soient constamment reportées.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, moi je peux témoigner de ce que j'ai vécu, et d'un travail, et de débats très féconds, avec les différentes ONG. Je me suis moi-même rendu au Conseil économique et social pour entendre justement le C7, c'est-à-dire les représentants des citoyens - vous savez, il y a le B7 pour les représentants du business, le L7 pour les représentants des syndicats - j'ai entendu le C7, ils m'ont remis des propositions, que j'ai remises au président de la République. Le 2 juillet nous avons eu toute une journée complète qui a été consacrée justement à faire venir les ONG, françaises et internationales, pour entendre la société civile. Il se trouve que le président de la République, à ce moment-là, il devait venir, mais il y a eu ce sommet européen exceptionnel qui a été convoqué, et donc il devait y être, et aujourd'hui il va continuer à écouter. Donc, encore une fois, il y a eu un travail depuis des mois et des mois, j'ai peur que certains veuillent faire un peu le coup d'éclat médiatique, « je boycotte, donc on parle de moi », c'est un peu dommage parce que beaucoup de propositions ont été faites, ont été mises sur la table, et que nous allons…

MARIE-EVE MALOUINES
Vous pensez que c'est ce que fait OXFAM, GREENPEACE, WWF qui sont quand même assez puissants et qu'ils en sont réduits à dire sur un G7, à faire un coup d'éclat plutôt que de d'y aller et de participer ? Parce que l'an dernier, ils avaient accès à la salle de presse donc est-ce que ce n'est pas simplement une petite maladresse ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non mais je crois que cette histoire de salle de presse a été réglée franchement.

JULIE HAMMETT
On est revenu dessus mais au départ…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et regardez d'ailleurs, nous avons repris un certain nombre d'éléments que nos amis canadiens avaient… Enfin, avec lesquels ils avaient innové. Ce conseil pour l'égalité entre les hommes et les femmes qui comporte des représentants des sociétés civiles de nombreux pays, nous l'avons reconduit. Il va conduire aujourd'hui à l'adoption justement d'un véritable partenariat pour l'égalité avec des pays qui s'engagent à adopter des lois, donc c'est du concret, c'est du tangible. C'est pour ça que j'ai envie de dire arrêtons les polémiques parce qu'il y a beaucoup de choses qui ont été faites, qui ont été mises sur la table et surtout qui vont avoir une réalité, une réalité juridique à la suite de ce travail.

FABRICE LUNDY
Est-ce que ça ne va pas s'accélérer aussi sous la pression des entreprises ? On voit comme un certain nombre de grandes entreprises, notamment autour du patron de DANONE, Emmanuel FABER justement, va participer à ce G7 à sa manière avec un certain nombre d'initiatives notamment pour lutter contre les inégalités. Est-ce que les entreprises quelque part ne vont vous pousser, ne vont pas prendre le relais du politique ? Le politique parfois frileux par rapport à tous les populistes un petit peu partout.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'on est, je le disais, à un moment de bascule historique dans l'ordre géopolitique du monde - on y reviendra peut-être – mais également dans une forme de crise du capitalisme contemporain. Il est clair que les classes moyennes depuis dix ans ont énormément souffert et qu'aujourd'hui, il y a des gens qui travaillent et qui ne s'en sortent pas. On l'a bien vécu avec la crise de l'automne dernier. Et que par conséquent le politique, mais comme les entreprises, doivent comprendre qu'on change de paradigme. Et le président de la République, il a vraiment ça, je peux vous dire, chevillé au corps. Il veut vraiment qu'on travaille à une nouvelle économie sociale de marché parce que le capitalisme glouton qu'on a connu, il n'est pas soutenable.

JULIE HAMMETT
Alors en tout cas, ce sera donc le premier G7 de Boris JOHNSON. Emmanuel MACRON a reçu le Premier ministre britannique hier en amont et au coeur des conversations, évidemment ce Brexit prévu le 31 octobre prochain. On voulait clarifier avec vous un petit peu la position d'Emmanuel MACRON. Mercredi il affirmait que la renégociation dans les termes proposés par les Britanniques n'était pas une option possible et il a fait preuve de beaucoup plus de souplesse hier avec son homologue, avec le chef du gouvernement britannique. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Personne ne va attendre jusqu'au 31 octobre sans essayer de trouver une bonne solution. Simplement si nous ne trouvions pas de bonne solution, on ne peut pas du jour au lendemain se retourner. Donc il faut essayer d'avoir un mois utile. Ce mois utile va mobiliser évidemment Michel BARNIER, son équipe de négociateurs, les négociateurs côté britannique, pour permettre de trouver ce qui peut répondre à des éléments de contrainte mais sans changer les équilibres profonds de l'accord de retrait.

JULIE HAMMETT
Donc il s'aligne en quelque sorte sur la position d'Angela MERKEL qui est de dire : il est possible finalement de retrouver un accord dans les 30 prochains jours.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je répète la fin de la phrase du président de la République : sans changer les équilibres profonds de l'accord de retrait.

JULIE HAMMETT
Il est prêt à céder sur quoi alors ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça veut dire que très clairement, il y a un accord de retrait qui a été agrée entre l'Union européenne et le gouvernement britannique. Là aussi, il y a un moment où une signature ça doit s'honorer et donc ce qui signifie que s'il y a des nouveautés techniques qui doivent permettre de trouver des solutions, il faut les regarder, mais pour l'instant elles n'ont pas été mises sur la table de façon crédible.

FABRICE LUNDY
Combien de temps pour trouver un accord ? Trente jours ou deux ans ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'accord, il existe.

MARIE-EVE MALOUINES
Mais c'est ça qu'on ne comprend pas. Il y a un accord, le président l'a dit, il y a un accord, il a été négocié. Le problème, c'est qu'il ne passe pas au Parlement donc sauf élément nouveau genre élections législatives ou référendum, on est sur cet accord et c'est ça et pas autre chose. Et hier il dit : il faut respecter les équilibres profonds. Donc ça veut dire qu'on pourrait revoir un peu le contenu de l'accord ou alors est-ce qu'il y a un élément nouveau qui a été mis sur la table dont vous ne pouvez pas parler parce qu'ils sont encore en train d'en discuter ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je n'ai pas le sentiment qu'il y ait eu de grandes nouveautés techniques qui aient été apportées, donc nous verrons. Le Parlement britannique reprend sa session le 3 septembre donc nous verrons ce qui est dit par ce Parlement britannique. Mais ce qui est sûr, et le président l'a rappelé hier, il y a quand même deux éléments sur lesquels il faudra un respect intégral. C'est le respect de l'intégrité du marché intérieur parce que nos consommateurs, ils ont le droit de savoir ce qu'ils ont dans leurs assiettes. Donc on a besoin à un moment, dès lors que le Royaume-Uni n'est plus dans l'Union européenne, il y a un certain nombre de contrôles qui doivent être faits etc, etc. Donc le marché intérieur doit être respecté. Par ailleurs, vous le savez, il y a la stabilité en Irlande qui est intangible parce que, on l'a vu, il y a quelques menaces de bombes qui ont été entendues. Et donc les accords du Vendredi Saint…

FABRICE LUNDY
Il y a vingt ans, oui.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ne doivent pas être mis à bas par…

FABRICE LUNDY
Frontières ou pas entre les deux Irlande ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais ce qui est sûr, c'est que…

FABRICE LUNDY
Pour concilier les deux quelque part.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est pour ça qu'il y a ce fameux débat autour du backstop. C'est un peu technique peut-être pour les téléspectateurs mais pour dire que…

JULIE HAMMETT
Le fameux filet de sécurité qui empêcherait de réinstaurer une frontière physique entre l'Irlande…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà. Et ça signifie que le Royaume-Uni reste dans une union douanière avec l'Union européenne et ça signifie qu'effectivement le Royaume-Uni n'a pas totalité de marge de manoeuvre en matière de politique commerciale. Mais ça pour l'instant, les Britanniques n'ont pas mis de meilleures solutions sur la table.

MARIE-EVE MALOUINES
Vous avez parlé du Parlement. Ça veut dire qu'il pourrait y avoir des petits ajustements techniques et Boris JOHNSON pourrait obtenir, lui, un vote du Parlement sur la base de ces ajustements.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait de nouveautés techniques qui aient été mises sur la table. Donc nous allons voir dans les prochaines semaines mais ce qui est sûr, c'est que nous on se prépare. Le gouvernement a fait un gros travail avec les filières professionnelles pour préparer les entreprises éventuellement effectivement à un hard Brexit, à un no deal. Le Premier ministre d'ailleurs réunira dans les prochaines semaines à nouveau une réunion interministérielle pour finaliser cette préparation, ces préparatifs parce que, oui, nous avons des relations économiques fortes avec le Royaume-Uni. Nous avons d'ailleurs des relations de façon générale très fortes avec le Royaume-Uni en matière de défense et ces relations doivent perdurer. Très clairement, c'est l'ambition qu'a affichée le président et d'ailleurs le Premier ministre britannique.

JULIE HAMMETT
Alors en cette rentrée, beaucoup de dossiers chauds. On en a beaucoup parlé : les retraites, la PMA, déjà des manifestations annoncées sur plusieurs jours en septembre et même en octobre. Le président qui parle d'un changement de méthode, c'est un peu ce qu'on entend depuis quelques jours au sein du gouvernement. Il veut beaucoup de solidarité couplée avec beaucoup plus de proximité et d'humilité. Plus d'humilité donc, vous comprenez comment, vous qui êtes dans l'équipe gouvernementale ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, on ne sort jamais indemne des événements qu'on a pu vivre l'automne dernier. Cette violence parfois aveugle, hélas, de certains ultras et donc il est clair qu'à l'issue du grand débat national, le président a fait un certain nombre d'annonces. D'annonces de fond et d'annonces de méthode parce qu'on a entendu aussi le cri d'une France qui se sent périphérique, qui a l'impression qu'elle a moins accès aux services publics que d'autres et c'est pourquoi nous allons déployer, vous savez, FRANCE SERVICE, le fait que dans chaque canton de France il y ait un accès à un panier de service public qui est indispensable. Et donc, nous allons également sur la méthode continuer à mettre en oeuvre ce que le président a annoncé à l'époque au mois d'avril : c'est aussi le fait d'être en proximité, en humanité, le fait de tenir des permanences de terrain. Moi je l'ai fait longtemps comme conseiller général mais je le fais comme ministre.

JULIE HAMMETT
Il reste une poignée de secondes.

FABRICE LUNDY
En fermant des centres des impôts au moment où le prélèvement à la source suscite beaucoup, beaucoup de questions de la part des contribuables.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le ministre des Comptes publics l'a sûrement aussi évoqué sur votre antenne. Il va multiplier les points de contact qui vont être multipliés par deux à peu près sur les territoires. Donc je crois qu'il y a ce souci d'être toujours plus enraciné au plus près du terrain et faire aussi descendre sur le terrain un certain nombre de cadres, de directeurs de nos administrations parce qu'ils doivent aussi regarder comment ça fonctionne, non pas seulement dans des bureaux mais sur le terrain.

JULIE HAMMETT
Une toute dernière question. Il nous reste vraiment quelques secondes.

MARIE-EVE MALOUINES
Le dispositif annoncé par Gérald DARMANIN pour la lutte contre la fraude fiscale, c'est un petit signal aux gilets jaunes ? On essaie de rendre l'impôt plus juste ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui. C'est surtout indispensable. On est à un moment où justement le consentement à l'impôt, on voit qu'il décroît, il y a besoin donc de montrer que nous sommes intraitables face aux fraudeurs.

JULIE HAMMETT
Merci beaucoup Jean-Baptiste LEMOYNE d'avoir pris le temps de répondre à nos questions. On sait que votre agenda est chargé, vous partez à Biarritz d'ailleurs cet après-midi. Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 août 2019

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