Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 23 août 2019, sur les incendies en Amazonie, le G7, les taxes sur les géants d'Internet et les poursuites judiciaires au Japon contre l'ancien patron de Renault. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 23 août 2019, sur les incendies en Amazonie, le G7, les taxes sur les géants d'Internet et les poursuites judiciaires au Japon contre l'ancien patron de Renault.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances

ti :
SEBASTIEN KREBS
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

SEBASTIEN KREBS
Merci d'être avec nous ce matin en studio à la veille du lancement de ce G7 à Biarritz. « Notre maison brûle », voilà ce qu'a tweeté Emmanuel MACRON hier soir en reprenant la célèbre phrase de Jacques CHIRAC face aux gigantesques incendies qui ravagent l'Amazonie. Il ajoute ce sujet à l'ordre du jour du G7. Que va faire la France pour faire pression sur le Brésil ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut qu'on soit extrêmement affirmatifs. Je crois qu'aujourd'hui sur le changement climatique, il y a ceux qui sont dans le déni, ceux qui crient au loup mais ils ne font aucune proposition et nous, nous prenons nos responsabilités. Et au plan international, nous mettons le sujet sur la table des sept plus grandes démocraties en termes économiques du monde pour en faire un sujet mondial. Parce que l'Amazonie, c'est 20 % de la captation du CO2 mondial, là où pour vous donner une idée, la France elle représente 1,2 % des émissions de CO2 mondiale. Donc on peut faire beaucoup de choses chez nous et on fait beaucoup de choses mais ce sujet-là, on doit l'assumer, même s'il gratte, même s'il fâche comme étant un sujet que nous devons porter et que nous devons porter face à des Etats-Unis qui, pour le dire gentiment, pas totalement investis et qui sont sortis de l'Accord de Paris. D'où l'intérêt de se saisir du G7 et de ce moment qui est quand même un moment où toutes les caméras de télévision sont braquées sur les dirigeants politiques et où l'Europe peut aussi jouer ce rôle de conducteur d'avant-garde pour faire prendre conscience aux autres pays de leurs responsabilités par rapport au sujet.

SEBASTIEN KREBS
Est-ce qu'il faut par exemple arrêter toute discussion sur l'accord commercial qui se négocie avec le Brésil, l'accord avec le Mercosur ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien au contraire. Je rappelle que l'accord du Mercosur prévoit une clause de respect des engagements de Paris avec un mécanisme de sanctions si ce n'est pas respecté. Qui a demandé à ce que cette clause soit mise dans l'accord du Mercosur ? C'est la France et on est complètement cohérent avec notre position.

SEBASTIEN KREBS
Mais si ce n'est pas respecté justement, est-ce qu'il ne faut pas agiter la menace d'arrêter complètement toute discussion ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est bien l'objet. C'est-à-dire que pas de bras, pas de chocolat. Vous ne voulez pas vous investir dans le sujet des accords de Paris, vous n'aurez pas accès aussi facilement que vous le souhaitez à nos marchés. Et c'est l'enjeu de cet accord. Il est clair qu'on est en train de l'évaluer et probablement ça va appeler une réflexion autour de cet accord. Je rappelle qu'il n'est pas mis en oeuvre aujourd'hui, il est dans une phase d'adoption par l'ensemble des parlements européens. Et là l'enjeu, c'est de savoir est-ce qu'à ce stade on estime qu'on ne peut pas le mettre en oeuvre ou on le met en oeuvre et on pense que le mécanisme qui bloque les échanges dans l'accord est suffisamment puissant pour justement permettre d'installer ce rapport de force avec le président brésilien.

SEBASTIEN KREBS
Encore faut-il que ce mécanisme de sanctions puisse fonctionner.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est exactement le sujet et c'est pour ça que nous sommes en train de revoir le contenu exact de l'accord pour voir si ce mécanisme est suffisamment opérationnel pour faire ce rapport de force. Mais encore une fois, il faut installer un rapport de force avec le gouvernement brésilien si on veut obtenir quelque chose. Le fait de dire « on s'en lave les mains » fera que la forêt amazonienne continuera à brûler.

SEBASTIEN KREBS
Alors venons-en à ce G7 donc qui commence demain et dont certains observateurs se demandent bien à quoi il va servir. La photo sera belle, ça on le sait, il fera beau sur la plage à Biarritz. Qu'est-ce que vous en attendez vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Très clairement d'avoir notamment cette discussion. J'en attends également un certain nombre d'avancées sur le volet du développement économique en Afrique avec un partenariat qui soit plus fort pour le développement africain et tout le travail qui est fait par le Conseil consultatif pour l'égalité entre les hommes et les femmes qui doit nous permettre de faire des avancées matérielles sur la situation des femmes dans le monde et dans chacun de nos pays. Et effectivement, moi je suis très impliquée dans ce sujet parce que la promotion des femmes dans l'économie c'est un levier de performance, ce n'est pas seulement un sujet d'égalité et de justice sociale. Et nous avons, là aussi, un agenda qui est très chargé.

SEBASTIEN KREBS
Est-ce que ce format-là a encore du sens, on le disait avec Didier FRANÇOIS à l'instant, à la création du G7, les 7 pays représentaient 62 % de l'économie mondiale, aujourd'hui 45 % seulement. Est-ce qu'on peut prendre des décisions sur l'économie mondiale en l'absence de géants comme la Chine ou la Russie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, la Russie, vous l'avez vu, elle est sortie du G7 pour des raisons qui sont liées à ses positions sur l'Ukraine, mais le président MACRON continue à l'associer, et là aussi ça fait partie de notre diplomatie internationale, c'est-à-dire de maintenir la pression et de dire les choses, que ce soit sur les droits de l'homme ou d'autres sujets d'intervention internationale, tout en maintenant la discussion, le fil de la discussion avec les pays. Le fil de la discussion il est ouvert avec la Russie, il est ouvert avec la Chine, et au niveau du G7, nous avons un modèle économique et un modèle de démocratie qui est proche, qui doit nous rendre plus fort dans notre capacité à faire des propositions au plan international, et justement à influencer des pays comme la Russie et à influencer des pays comme la Chine.

SEBASTIEN KREBS
Et pourtant on a le sentiment que ce monde occidental, que ces 7 pays ne sont plus du tout sur la même longueur d'ondes. Est-ce que vous craignez qu'il y ait un clan en gros des populistes, TRUMP – JOHNSON contre tout le reste ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un très bon sujet, vous les avez totalement raison, on est à un moment un peu historique d'essoufflement de notre modèle démocratique occidental où vous avez du doute qui s'installe, qui s'installe dans les populations, et où nous avons une responsabilité qui est totalement assumée par le président de la République, d'essayer de redonner du souffle au modèle économique européen et au modèle politique européen, pour faire en sorte qu'on sorte de cet isolationnisme et de cet unilatéralisme qui est très dangereux pour l'Europe. Le risque…

SEBASTIEN KREBS
Ça va être un G7 de rapport de force, vous le disiez, rapport de force, ça va être un G7 d'affrontement sur les GAFA, le climat, l'Iran, le Brexit, ça ne manque pas les sujets.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, vous avez complètement raison, les sujets ne manquent pas, mais si on n'assume pas d'avoir une position forte, répétée, et de mettre les sujets qui fâchent sur la table, on n'avancera pas. Et aujourd'hui on a une responsabilité au niveau européen, qui est majeure, parce que nous sommes le pays qui est finalement en termes d'économie, est plutôt dans une meilleure posture que les autres, et qui en termes politiques est plutôt dans une meilleure posture que les autres. Comparaison n'est pas raison, ça ne veut pas dire qu'on est dans la meilleure posture possible, mais en tout état de cause, nous avons un équilibre des institutions, qui semble meilleur qu'au Royaume-Uni actuellement, que l'Italie qui cherche un gouvernement, que l'Allemagne qui est dans une coalition où ils ont un petit peu du mal à trouver aussi des points de convergence entre les différents membres du gouvernement, donc c'est à nous de prendre là le flambeau de l'Europe. Le sujet c'est la relance du projet européen et la relance de la force du projet européen par rapport à une Chine, à une Russie et des Etats-Unis qui sont prêts à nous effacer de la carte du monde.

SEBASTIEN KREBS
Que dira Donald TRUMP qui menace de mesures de rétorsion face à la taxe qui va frapper les GAFA en menaçant par exemple de taxer le vin français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je rappelle que Donald TRUMP avait déjà menac de taxer le vin français sans que la taxe GAFA soit sur la table, donc on est là aussi dans un rapport de force. Je crois qu'il faut tenir bon, évidemment, d'abord parce que les autorités américaines, au moment du G7 de Chantilly, avaient accepté qu'il y ait une taxation des GAFA, et avait accepté que l'OCDE propose un schéma de taxation qui soit mis en oeuvre dès 2020. Donc là c'est un recul par rapport à une position diplomatique qu'ils ont tenue. Par ailleurs nous avons un certain nombre de pays qui nous soutiennent. Encore une fois on est un peu devant les autres et nous prenons un peu les coups, mais nous avons d'autres pays, l'Espagne, qui sont en train de regarder une taxation des plateformes numériques, et nous avons aussi une vraie réalité…

SEBASTIEN KREBS
Donc tant pis, on ira jusqu'au bout, vous irez jusqu'au bout, même si on en vient à cette taxe sur le vin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Toujours la même chose. Le fil du dialogue il doit être constamment ouvert, et on a tout à gagner à rester à la fois très serein, mais à affirmer, avec une certaine fermeté, nos positions. Jusqu'ici, ça a plutôt fait avancer les sujets.

SEBASTIEN KREBS
Emmanuel MACRON verra le Premier ministre japonais. Carlos GHOSN, qui est sous contrôle judiciaire très strict au Japon, son épouse Carole GHOSN demande à Emmanuel MACRON de d'intercéder auprès du gouvernement japonais. Que peut faire le président français là-dessus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on a toujours une position constante sur ce dossier, comme on l'a vis-à-vis de nos citoyens qui sont face à des justices étrangères, c'est-à-dire s'assurer qu'ils aient un traitement équitable, tout en respectant la justice de ces pays. Donc effectivement, nous allons à nouveau réaffirmer l'intention que nous avons sur ce dossier, tout en acceptant, et c'est bien légitime, le Japon est une grande démocratie, que le Japon déroule son processus judiciaire normalement, mais nous ferons tout l'appui consulaire nécessaire auprès de Carlos GHOSN.

SEBASTIEN KREBS
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER d'être venue ce matin en studio. Je rappelle que vous êtes la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. Bonne journée, bon week-end.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée, merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 août 2019

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