Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à LCI le 27 août 2019, sur la taxation des Géants d'internet et la politique économique en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à LCI le 27 août 2019, sur la taxation des Géants d'internet et la politique économique en France.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous faites votre rentrée sur LCI, merci d'être avec nous ce matin. Vous rentrez tout juste de Biarritz, je crois que vous êtes rentré d'ailleurs dans l'avion du président MACRON.

BRUNO LE MAIRE
Hier soir, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tard sans doute. Si vous deviez choisir un mot pour qualifier ce sommet de Biarritz, ce serait lequel ?

BRUNO LE MAIRE
Efficace.

ELIZABETH MARTICHOUX
Efficacité.

BRUNO LE MAIRE
C'était un sommet efficace.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui n'est pas banal pour un sommet.

BRUNO LE MAIRE
Ce qui n'est pas banal parce que des G7, des G20, il y en a beaucoup. Ils se multiplient, ils donnent lieu à de très grandes déclarations de principe et puis il n'y a rien qui se passe. Là, le G7 français, sous l'impulsion du président de la République, a été utile et efficace. On a fait bouger les lignes sur l'Iran. On a fait bouger les lignes sur la taxation du numérique. On a fait bouger les lignes sur la taxation minimale, sur le fonds vert pour le climat. On a fait bouger les lignes sur l'Amazonie. Donc sur tous les sujets qui sont aujourd'hui les grands sujets de la planète, les sept plus grands dirigeants de la planète ne se sont pas réunis pour rien. Ils se sont réunis pour faire bouger les choses. Et je crois que c'est aujourd'hui ce que nos concitoyens attendent de leurs responsables politiques : moins de paroles, plus de décisions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors efficacité, il va falloir le prouver dans la mise en oeuvre de ce qui a été annoncé. On s'arrête sur votre dossier, on peut le dire comme ça, la taxe GAFA. Vous avez fait voter à l'Assemblée nationale une taxe GAFA nationale. Un compromis a ou aurait été trouvé pour une taxe internationale. Bruno LE MAIRE, si j'ai bien compris, à Biarritz vous vous êtes mis d'accord ou vous avez trouvé un accord pour qu'un accord soit trouvé l'an prochain en fait. C'est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Biarritz, c'est la preuve que la stratégie française sur la taxation du digital a payé. Elle a payé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voulez dire que vous avez été assez Trumpiste d'ailleurs dans cette affaire.

BRUNO LE MAIRE
Peut-être.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez été unilatéral, vous avez imposé votre taxe.

BRUNO LE MAIRE
On a été Trumpiste au sens où on a compris que nous sommes dans un monde où le rapport de force compte. Et si on veut défendre nos intérêts et faire valoir nos convictions, il faut y aller avec toute l'énergie nécessaire. Ça fait deux ans qu'avec le président de la République nous disons : il y a un trou dans la fiscalité internationale. Vous avez des entreprises, elles n'ont pas de présence physique, elles ont cinquante, cent personnes par exemple en France. Elles réalisent des bénéfices considérables grâce au numérique parce qu'elles ont trente, quarante, cinquante millions de client et elles ne payent quasiment pas d'impôts. Mais personne ne peut accepter ça ! Donc depuis deux ans, nous avons pris le sujet à bras le corps et nous avons toujours dit : nous voulons une solution internationale. Nous sommes passés par l'Union européenne, nous n'y sommes pas arrivés. Du coup, nous avons dit : puisqu'il n'y a pas de solution internationale possible, on va adopter une taxe nationale qui a été adoptée à l'unanimité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Quel accord avez-vous trouvé à Biarritz ?

BRUNO LE MAIRE
Et je constate que grâce à cette taxe nationale, nous avons fait bouger les lignes. Que les Américains ont dit : ah ! il faut peut-être regarder effectivement cette taxe digitale ; on ne peut avoir une multiplication de taxes nationales, il vaut mieux une taxe internationale. Et l'accord entre le président TRUMP et le président MACRON, il repose là-dessus. Trouvons le plus vite possible une taxation internationale des activités du numérique pour que ça remplace cette taxe française aujourd'hui où une multiplication de taxes nationales qui ne seront bénéfiques pour personne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le plus vite possible, c'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Le plus vite possible, ça veut dire que dès les jours qui viennent, nous allons avec mon homologue américain Steven MNUCHIN avec lequel nous avons remarquablement travaillé, nous avons passé des heures ensemble ce week-end…

ELIZABETH MARTICHOUX
Chez vous d'ailleurs, vous vous êtes retrouvé dans votre résidence familiale.

BRUNO LE MAIRE
Chez moi à Saint-Pée-Sur-Nivelle, ce qui facilite la discussion parce que c'est un bel endroit, le Pays basque est un très bel endroit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Ça a été décisif ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que passer du temps ensemble, passer du temps dans un lieu qui est détendu ça facilite la discussion. Nous avons passé toute la journée de samedi à regarder les paramètres techniques. Nous avons ensuite présenté cette solution. Nous avons eu une discussion avec le président TRUMP le dimanche soir, Emmanuel MACRON, le ministre des Finances américain, le président TRUMP et moi-même pour expliquer cette solution. Nous nous sommes revus dimanche soir avec le conseiller économique de la Maison Blanche Larry KUDLOW qui a accepté cette proposition. Et donc l'idée c'est 1 : dès qu'il y a une solution internationale, elle remplace la taxe nationale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon. Dès sa mise en oeuvre ou dès qu'on a trouvé la solution ?

BRUNO LE MAIRE
Dès qu'il y a un accord.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça veut dire qu'avant même la mise en oeuvre…

BRUNO LE MAIRE
Nous n'attendrons pas la ratification de cet accord à l'OCDE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon. Vous mettrez en sourdine la taxe nationale quand vous aurez trouvé une solution même si elle n'est pas encore en oeuvre. Qu'on comprenne bien.

BRUNO LE MAIRE
La taxe nationale aujourd'hui, Elizabeth MARTICHOUX, elle s'applique. Elle a été votée par le Parlement français et elle s'applique au 1er janvier 2019.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est rétroactive, oui.

BRUNO LE MAIRE
Elle portera sur l'ensemble du chiffre d'affaires de 2019 de ces entreprises. Nous espérons pouvoir trouver d'ici la fin 2019, avec les acteurs de l'OCDE, avec les Américains, un accord sur une solution internationale. Si cette solution est adoptée en février, mars, avril, mai à l'OCDE, elle sera adoptée, elle ne sera pas ratifiée. Nous la mettrons quand même en oeuvre. Nous n'attendrons pas la ratification par l'ensemble des Etats membres de l'OCDE. Nous substituerons la taxe internationale à la taxe nationale dès qu'elle sera adoptée à l'OCDE. Et le deuxième point sur lequel nous avons fait une avancée, c'est de dire : mais si jamais les entreprises qui ont payé la taxe nationale ont trop payé par rapport à la taxe internationale, elles bénéficieront d'un crédit du montant de ce trop payé.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est probable que la taxe internationale soit en deçà des 3 % que vous avez fait voter ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
La taxe nationale aura une base plus large puisqu'elle couvrira toutes les activités énergie de toutes les grandes entreprises.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Elle sera sur le chiffre d'affaires ou les bénéfices ?

BRUNO LE MAIRE
Elle ne portera pas sur le chiffre d'affaires. J'ai toujours dit que ce n'était pas la meilleure solution mais c'était la seule solution disponible. Ce que je constate une fois encore, c'est que la France a été leader sur la taxation du numérique. Qu'elle a porté ça au niveau européen. Et que le fait qu'elle l'adopte à l'unanimité au Parlement, et je veux en remercier tous les parlementaires français et tous les partis qui se sont associés à cette décision, nous a permis de discuter avec les Etats-Unis et de dire : vous voyez bien qu'il y a un problème, que ce numérique doit être taxé comme les autres.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas seulement ça qui les a fait céder. Finalement, qu'est-ce qui a débloqué la situation ? Parce qu'on se rappelle de Donald TRUMP qui avait qualifié, de mémoire, de « sottise » cette taxe GAFA.

BRUNO LE MAIRE
Je pense que le G7 a permis d'expliquer ce qu'il en était et a permis de faire comprendre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce qui a été décisif ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, je crois vraiment que les discussions ont été décisives pour faire comprendre qu'il y avait un trou dans la fiscalité internationale. Des entreprises qui ont quarante, cinquante millions de clients en France, qui ont quarante ou cinquante emplois et pas plus et qui font des bénéfices qui se chiffrent en milliards d'euros et qui paient des impôts qui se chiffrent en millions d'euros. Ça pose un problème.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai que les GAFA ne sont pas pro-TRUMP non plus.

BRUNO LE MAIRE
Nous avons réglé cette difficulté-là. La deuxième chose qui, je pense, a permis de progresser, c'est tout simplement l'état d'esprit de Biarritz. Il y a eu un esprit à Biarritz. J'appellerais ça « l'esprit de Biarritz ».

ELIZABETH MARTICHOUX
L'esprit de Biarritz !

BRUNO LE MAIRE
Oui, l'esprit de Biarritz. Un esprit constructif. On a échangé, on a discuté à tous les niveaux. Et quand il y a un esprit de bonne volonté, il y a des choses positives qui en sortent. Ça a été vrai sur la taxation du numérique, ça a été vrai aussi sur l'Iran.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes mystique ce matin : l'état d'esprit de Biarritz. On revient à des préoccupations importantes. Ça a suscité une certaine émotion, pardon. Est-ce que le vin français sera donc épargné des menaces de représailles ? Ecoutez ce qu'Emmanuel MACRON disait hier soir sur France 2.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Il ne faut pas céder à toutes les menaces. On a pacifié les choses, je pense que ce n'est plus à l'ordre du jour. Maintenant, il faut qu'on arrive à trouver cet accord sur une taxation internationale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors c'est dit sans être dit. Emmanuel MACRON dit : je pense qu'ils seront épargnés. Qu'est-ce que, vous, vous en dites ce matin ? Est-ce que la menace est écartée ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense exactement la même chose. La menace est écartée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Il faut maintenant obtenir cet accord. Avant Biarritz, la menace était réelle. C'est-à-dire que nous étions à deux doigts d'avoir une taxation sur les vins français, et comme ancien ministre de l'Agriculture, croyez bien que j'attache beaucoup d'importance aux viticulteurs. Après Biarritz, la menace s'éloigne. Elle n'est pas définitivement écartée mais elle s'éloigne et elle va dépendre évidemment du travail que nous allons faire dès les jours qui viennent avec mon homologue américain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, je le disais, vous faites votre rentrée sur LCI. C'est important de faire un point sur la situation, l'état de santé de l'économie française. Comment va-t-elle ?

BRUNO LE MAIRE
Bien. Bien, elle va bien dans un contexte international qui est préoccupant. Regardez aujourd'hui le niveau des investissements des entreprises, il est bon. Regardez l'indice de consommation, il se tient.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en reparler.

BRUNO LE MAIRE
Regardez ce qui se passe en termes d'emploi. Nous avons aujourd'hui le niveau de chômage qui est le plus faible depuis dix ans et le chômage reste à mes yeux… Je sais que parfois on met ça un peu de côté, ça reste à mes yeux le premier problème économique français. Qu'il n'y ait pas assez d'emploi pour tout le monde, que chacun ne puisse pas trouver un travail, ne puisse pas construire sa vie par le travail, ça reste pour moi le problème numéro un de l'économie française. Nous sommes en train d'apporter des solutions qui fonctionnent et nous avons un niveau de croissance qui est solide, même si je considère que de manière globale dans la zone euro, le niveau de croissance est insuffisant et qu'il faut y apporter des solutions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Geoffroy ROUX DE BEZIEUX d'ailleurs dit ce matin dans les colonnes du Monde : « Il y a toujours un risque de récession. » Vous êtes aussi sur la défensive ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne dirais pas ça. Je n'emploierais pas ce mot-là. Je considère aujourd'hui que nous avons une croissance solide en France : 1,4.

ELIZABETH MARTICHOUX
1,4 %, vous maintenez ce chiffre ?

BRUNO LE MAIRE
Je donnerai un chiffre confirmé d'ici un mois au moment de la présentation du budget. Aujourd'hui, c'est 1,4. Nous verrons d'ici un mois s'il y a besoin ou non de réviser ce chiffre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre sentiment ? Votre sentiment ?

BRUNO LE MAIRE
Ça dépendra des indicateurs dont je disposerai d'ici quelques semaines donc je suis prudent. Je dis c'est 1,4 aujourd'hui, mais nous aurons un chiffre définitif au moment de la présentation du budget pour la croissance française. Mais le problème clé, il a été beaucoup discuté d'ailleurs au G7, c'est qu'on ne peut pas se satisfaire du niveau de croissance dans la zone euro. Enfin, quand on regarde la croissance en Allemagne, quand on regarde la croissance moyenne dans la zone euro, elle est totalement insuffisante.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quels sont les leviers ?

BRUNO LE MAIRE
Les leviers, c'est que les Etats qui ont aujourd'hui les capacités budgétaires de le faire – ce n'est pas le cas de la France mais c'est le cas de l'Allemagne - doivent investir davantage. Pas investir n'importe comment, je ne parle pas de relance keynésienne. Je ne crois pas du tout à une relance keynésienne qui consisterait à dépenser beaucoup d'argent public sur n'importe quel type de dépenses. En revanche, des investissements ciblés sur l'innovation, sur la recherche, sur les nouvelles technologies, sur tout ce qui permettra à l'Europe de rester une grande puissance entre la Chine et les Etats-Unis. Ces investissements, je le redis et je le dis depuis six mois à nos amis allemands, ils sont indispensables.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors, est-ce que ça bouge côté Berlin ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne désespère pas que Berlin bouge…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas très optimiste.

BRUNO LE MAIRE
Je ne désespère pas, je suis lucide. Je connais aussi les contraintes qui peuvent exister chez nos partenaires allemands et je respecte ces contraintes. Je dis simplement que la zone euro ne peut pas être une somme d'Etats où chacun reste dans son coin sans qu'il y ait de solidarité collective. La solidarité collective, c'est de se dire : ceux qui doivent rétablir leurs comptes publics, c'est le cas de la France, doivent le faire. Ceux qui doivent faire des réformes structurelles, c'est aussi le cas de la France, doivent le faire et c'est ce que nous faisons avec le président de la République et le Premier ministre. Et ceux qui ont des capacités budgétaires, là aussi par esprit de solidarité vis-à-vis des autres Etats membres…

ELIZABETH MARTICHOUX
Doivent le faire.

BRUNO LE MAIRE
Doivent investir davantage.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une question qu'a soulevée hier François-Xavier PIETRI dans La Matinale qui est intéressante, ça ne vous a pas échappé. Les Français ont versé douze milliards d'euros sur le Livret A depuis janvier. Ils épargnent peut-être pas comme jamais, je n'ai pas les chiffres, mais comme rarement.

BRUNO LE MAIRE
Ils épargnent beaucoup, je vous le confirme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors que comme rarement, pas comme jamais mais comme rarement, le gouvernement a remis plusieurs milliards pour le pouvoir d'achat des Français. Ils n'y croient pas ? Ils pensent que vous allez prendre d'un côté ce que vous leur avez donné de l'autre ? Ils ne consomment pas, les Français. C'est un problème.

BRUNO LE MAIRE
C'est effectivement une difficulté. Il y a aujourd'hui beaucoup d'épargne, une épargne qui est extraordinairement abondante et qui ne s'investit pas assez dans l'économie française. Donc d'abord, nous avons mis dans le projet de loi PACTE, la loi PACTE qui a été adoptée, toutes sortes de dispositifs qui doivent permettre aux Français d'investir davantage dans l'économie française. L'épargne retraite que nous avons mis en place…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le ruissellement à l'échelle individuelle.

BRUNO LE MAIRE
Non. Je ne crois pas du tout au ruissellement. Je l'ai toujours dit. Donc on met en place des dispositifs. Par exemple l'épargne retraite, on a simplifié les plans d'épargne retraite. Ils vont servir à financer l'économie française et j'espère que beaucoup de Français, qui aujourd'hui font de l'assurance-vie mais très peu d'épargne retraite, vont faire plus d'épargne retraite qui financera notre économie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous en êtes sûr ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je n'en suis pas sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que ça ne marche pas pour l'instant.

BRUNO LE MAIRE
Parce que nous venons de le mettre en place. Mais aujourd'hui, nous avons un dispositif d'épargne retraite qui est simple, qui est souple, où chacun peut décider s'il sort en capital ou s'il sort en rente, un produit que vous pouvez porter tout au long de votre vie professionnelle, ce n'était pas le cas avant. Donc j'espère que cette simplification donnera des résultats et permettra aux Français d'investir davantage dans leur économie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment vous expliquez quand même ce degré de méfiance, dans le fond, que les Français ont à l'égard de votre politique ? S'ils croyaient aux résultats, leur bas de laine serait un petit peu moins gros.

BRUNO LE MAIRE
Il faut du temps, Elizabeth MARTICHOUX. Pourquoi est-ce que je crois à la stabilité dans le poste que j'occupe ? C'est que les Français ont besoin de temps et je les comprends. Ils ne vont pas nous croire comme ça sur parole. Ils ont besoin de temps pour savoir si nous tenons notre politique économique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous en demandez beaucoup encore ? Un nouveau quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
Un nouveau quinquennat d'Emmanuel MACRON, j'y suis évidemment plus que favorable, mais on n'en est pas là aujourd'hui. En revanche le temps, la constance dans les décisions, la constance dans la politique c'est, je pense, ce qui permettra aux Français de retrouver la confiance et d'investir davantage dans leur économie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, la constance dans les déclarations. D'abord on se remet dans l'oreille, si vous voulez bien, celle d'Emmanuel MACRON hier soir sur les retraites.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Je préfère qu'on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge. Parce que si vous avez un accord sur la durée de cotisation, quand vous rentrez tard dans la vie professionnelle, vous finissez plus tard. Mais généralement c'est que vous êtes rentré tard parce que vous avez fait des études. Et quand vous commencez tôt, vous cotisez plus longtemps donc vous partez plus tôt. Ça me semble plus juste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, Bruno LE MAIRE, mais c'est à peu près le contraire de ce que le chef de l'Etat, et vous étiez présent à l'époque, avait déclaré dans sa conférence de presse en avril. Il avait dit qu'il était plutôt pour une mesure sur l'âge pivot. Pas l'âge légal mais l'âge pivot en deçà duquel on a une petite pénalité et au-delà duquel on a un bonus pour le départ à la retraite. Là, il préconise plutôt de toucher aux durées de cotisation. C'est un virage sur l'aile.

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne suis pas une grande fan des jeux de mots mais, enfin, il bat en retraite.

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois absolument pas, Elizabeth MARTICHOUX, que ce soit un virage sur l'aile. C'est l'expression, la position du président de la République de la justice. Il faut que cette réforme soit juste. La deuxième chose qui me paraît essentielle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Juste et moins risquée ? Pardon : juste et moins risquée ?

BRUNO LE MAIRE
Juste et acceptée par les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord.

BRUNO LE MAIRE
Vous ne passerez en force sur rien. Voilà, c'est une réalité. C'est la réalité de nos démocraties et je pense que c'est une bonne réalité. Laissons les rapports de force aux rapports internationaux. C'est ce que j'ai fait sur la taxation du digital et je l'assume parce que ça donne des résultats. Mais pour tout ce qui est le fonctionnement de notre démocratie nationale, il y a besoin d'écoute, il y a besoin de dialogue. La réforme des retraites, par définition elle nous concerne tous. Nous sommes tous confrontés au vieillissement de la population ; tous confrontés à un moment ou à un autre au départ à la retraite et nous voulons savoir de quoi nous allons disposer. Je demande vraiment que nous prenions tout le temps nécessaire pour expliquer notre réforme. Pas simplement aux partenaires sociaux, aux Français eux-mêmes. Qu'est-ce que ça veut dire la réforme par points ? Pourquoi est-ce que c'est plus juste ? Pourquoi est-ce que ça garantira que chacun en fonction de sa cotisation aura le même niveau de retraite ? Comment est-ce qu'on va régler le problème des enseignants, le problème d'un certain nombre de personnels de fonctionnaires qui aujourd'hui peuvent être inquiets ? Comment est-ce qu'on va traiter la question des primes ? Comment est-ce qu'on va traiter les régimes spéciaux ? Vous imaginez qu'il faut du temps pour expliquer tout cela. Prenons du temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ne pas en rajouter en prenant une mesure qui d'emblée peut crisper les syndicats ?

BRUNO LE MAIRE
Evitons de crisper ou de braquer. Mais ce n'est pas les syndicats, ce n'est pas une question de syndicats.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais éviter de crisper c'est très chiraquien, si je puis dire et Dieu sait si vous avez été, quoique de droite, un contempteur, un critique de ce type de politique extrêmement prudente.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une question de syndicats, c'est une question de méthode et c'est une question de respect des Français. Il faut prendre le temps nécessaire pour expliquer aux Français ce que nous voulons. En revanche sur l'ambition, il ne faut pas en rabattre sur l'ambition.

ELIZABETH MARTICHOUX
Même si on ralentit le rythme des réformes ?

BRUNO LE MAIRE
Il ne faut pas en rabattre. Même si on prend un peu plus de temps sur la réforme des retraites, ce temps-là doit être utilisé pour avoir une réforme ambitieuse. Et plus nous prendrons le temps nécessaire pour expliquer, plus je pense que nous pourrons avoir une réforme ambitieuse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes à l'aise avec ça.

BRUNO LE MAIRE
Du moment que l'ambition de la réforme reste la même, oui. Ce qui compte pour moi, c'est qu'au bout du compte nous ayons refondé un système de retraite par répartition qui aujourd'hui, depuis qu'il a été créé, crée beaucoup d'injustice, beaucoup d'iniquité et beaucoup de confusion dans l'esprit des Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous les entendez vos amis de droite, on les entend et vous en avez été. Ne pas toucher à l'âge légal, c'est évidemment renoncer à un levier qui permettrait d'assainir les comptes. Vous êtes sensible à l'assainissement des comptes.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Mais je vous redis qu'au bout du compte, je viens de parler de la méthode, sur l'ambition : l'ambition doit être la même. Le système doit être équilibré en 2025, et ça c'est un point clé de la réforme. Le système doit être juste, c'est-à-dire que chaque Français doit se dire : pour la même cotisation, j'aurai le même niveau de retraite que mon voisin. Et en troisième lieu, le système doit nous permettre de travailler tous davantage globalement.

ELIZABETH MARTICHOUX
De toute façon, les Français travailleront plus Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
De toute façon, nous devons tous collectivement travailler plus. D'abord en baissant le chômage, ensuite en permettant aux jeunes qui rentrent sur le marché du travail de rentrer plus facilement sur ce marché du travail. Et, point qu'on oublie très souvent, en permettant à tous ceux qui ont plus de cinquante ans - c'est aujourd'hui mon cas - qui peuvent être licenciés…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez quel âge, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Pile cinquante ans. Et je vois toutes les personnes qui ont cinquante-deux…

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon anniversaire.

BRUNO LE MAIRE
Cinquante-trois ans qui ont tellement de mal à retrouver un travail. On ne profite pas de leur expérience, on dit qu'ils coûtent trop cher. On ne veut pas leur redonner un emploi facilement. C'est une des questions majeures de la société française. Nous vieillissons et nous n'utilisons pas assez les compétences de tous ceux qui ont plus de cinquante ans. Ça doit aussi faire partie de notre réflexion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, cette interview touche à sa fin. Vous serez candidat municipales ?

BRUNO LE MAIRE
Non. Vous savez, j'ai été candidat à des élections législatives, candidat à des élections municipales, régionales. Aujourd'hui je suis ministre de l'Economie et des Finances à temps plus que plein.

ELIZABETH MARTICHOUX
Benjamin GRIVEAUX a été votre secrétaire d'Etat, il est candidat désigné par la République en marche à Paris. On ne sait pas si Cédric VILLANI va y aller à la candidature. Vous le savez peut-être ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je n'en sais absolument rien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas encore. Est-ce qu'en tout état de cause ce serait un bon candidat aussi Cédric VILLANI ?

BRUNO LE MAIRE
Je soutiens la candidature de Benjamin GRIVEAUX. Il a été investi par la République en marche, il vient d'être rejoint par Mounir MAHJOUBI qui a aussi travaillé avec moi au ministère de l'Economie et des Finances et je connais très bien Cédric VILLANI. C'est un garçon d'une qualité exceptionnelle. Je souhaite qu'il mette cette qualité exceptionnelle au service de notre ambition commune pour Paris et donc au service de cette équipe constituée autour de Benjamin GRIVEAUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonne rentrée et à très vite sur LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 septembre 2019

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