Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, à BFMTV-RMC le 28 août 2019, sur les violences lors des manifestations de "Gilets jaunes" et la police. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, à BFMTV-RMC le 28 août 2019, sur les violences lors des manifestations de "Gilets jaunes" et la police.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité donc Christophe CASTANER, ministre de l'Intérieur. Bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Cela fait plusieurs semaines que vous ne vous êtes pas exprimé dans une grande interview. Je vous remercie d'être là. Est-ce que vous serez toujours ministre de l'Intérieur dans les prochains jours ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, vous savez, en général l'incertitude dans l'engagement ministériel plane toujours et donc il appartient au président de la République et au Premier ministre d'organiser la vie ministérielle. Moi je suis là pour être utile, utile au gouvernement, utile aux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça parce qu'on attend le commissaire européen. Vous n'avez toujours pas le nom du commissaire européen ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne serai pas commissaire européen.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non ! Vous, vous ne le serez pas mais peut-être qu'un membre du gouvernement le sera, ce qui entraînera un petit réajustement ministériel.

CHRISTOPHE CASTANER
Le président s'est exprimé il y a quelques jours, vous le savez, sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a dit qu'il ne souhaitait pas un remaniement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Florence PARLY ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais objectivement je ne sais pas et vous vous doutez bien que je ne communiquerai pas sur ce sujet qui ne relève pas de ma compétence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dix mois difficiles ? Dix mois à la tête de ce ministère difficile. Franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, ce ministère est extrêmement difficile. C'est le ministère du quotidien. Vous avez des tensions quotidiennes sur tous les sujets. Il faut faire face. Le rôle d'animateur de ce ministère de chef, de ce ministère de premier flic de France, de ce ministère est un engagement total, permanent, constant, difficile. Mais c'est aussi un honneur, une expérience, un vécu avec des moments…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des erreurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais certainement. Vous savez, qui n'a pas fait d'erreur dans son propre engagement ? Moi, j'en ai fait certainement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que regrettez-vous ? Tiens, comme ça, on va faire un petit bilan de dix mois puis on va passer aux faits et à l'actuel. Mais que regrettez-vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Peut-être ce que je regrette avant tout, c'est qu'on n'ait pas assez écouté le ministère de l'Intérieur et notamment les préfets qui étaient les premiers à l'automne à faire état de cette tension qui existait sur les territoires et qui pré-annonçait la crise des gilets jaunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce ministère a aussi ses réseaux-là, cette information-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les préfets avaient alerté. Les préfets avaient alerté.

CHRISTOPHE CASTANER
Ils avaient fait remonter ces inquiétudes-là mais d'autres aussi. D'autres avaient fait remonter ces inquiétudes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui n'a pas écouté ?

CHRISTOPHE CASTANER
Globalement, nous sommes passés à côté. Nous, les responsables politiques, et je fais partie de ces responsables politiques. Donc peut-être effectivement que nous n'avons pas assez montré la capacité du ministère de l'Intérieur qui est partout sur le territoire présent. C'est le service public le plus proche de tous les Français entre les policiers, les gendarmes, les services de la préfecture, les sapeurs-pompiers aussi que nous accompagnons, et donc c'est cet indicateur-là. Moi mon rôle, c'est aussi de faire entendre cette parole de la France profonde. Je suis un provincial, certains me le reprochent d'ailleurs. Je suis un provincial et je l'assume. Et je sais ce que dit la terre et ce ministère, je l'incarne aussi pour cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Ce n'est pas un bon ministre, CASTANER », vous avez entendu ça.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Il n'est pas à la hauteur de la fonction. »

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, oui. Les professeurs de ministre de l'Intérieur sont nombreux, ceux qui sont capables de le faire sont assez moins nombreux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. 13 200 policiers et gendarmes pour le G7, deux policiers blessés, 160 interpellations - c'est bien cela – durant le G7. Finalement ça c'est assez bien passé sur le terrain sécuritaire. Est-ce que vous avez le sentiment là d'avoir un peu sauvé votre peau de ministre ? Non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, je regarde très régulièrement BFM et je vois très régulièrement « le test pour Christophe Castaner ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. J'ai vu ça moi aussi.

CHRISTOPHE CASTANER
Ça a dû arriver vingt fois, trente fois, quarante fois et je l'ai vu aussi pour le G7. Vous savez ce qui compte, c'est que justement nous n'ayons pas parlé de problèmes de sécurité. En soit c'est historique. Depuis Seattle en 1999, jamais un grand rassemblement national ne s'est passé aussi bien en matière de sécurité. J'ai en tête en Allemagne, la dernière fois que le G7 s'est réuni en Europe, où il y a eu près de mille blessés et des émeutes urbaines extrêmement violentes. J'ai en tête Gênes ou Londres où il y a eu un mort sur des moments comme ça. J'ai en tête en France le sommet de l'OTAN à Strasbourg. Dix mille policiers pourtant étaient mobilisés et il y a eu un quartier entier ravagé, une pharmacie, un hôtel incendié et de très nombreux dégâts. Là, tout s'est bien passé et c'est tant mieux. Et c'est tant mieux pourquoi ? Parce que ça a permis justement que ce G7 soit utile, que ce G7 s'engage sur la question des réductions des inégalités, sur la question du réchauffement climatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin sur la question de la réduction des inégalités, je n'ai pas vu grand-chose moi. Qu'avez-vous vu d'ailleurs ? Quelles décisions ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai vu par exemple l'engagement des sept grands pays à faire des lois sur l'égalité femme-homme au sein de l'entreprise. Je pense que c'est fondamental. J'ai vu un accord historique sur la taxation des GAFA. Juste avant, vous savez que le président américain avait dit « pas question etc » et il y a eu un accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va attendre l'OCDE quand même. On va attendre l'OCDE.

CHRISTOPHE CASTANER
Ensuite il faut la mise en oeuvre mais j'ai vu des accords politiques et c'est essentiel. Puis j'ai vu autre chose. J'ai vu la fierté de la France de réussir à réunir, comme ça, les plus grands leaders des grandes démocraties mondiales et de le faire dans un contexte où, oui, la France avait un rôle déterminant à jouer. Le président de la République a été un élément clé de cela, donc oui il y a aussi de la fierté. Je l'ai vu dans le Pays basque. J'étais lundi avec les acteurs. Et je l'ai vu aussi auprès des
Français qui sont fiers de cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos du Pays basque, et puis je vais parler des policiers et des violences contre les policiers, les pompiers et les gendarmes qui sont en forte augmentation. A propos du Pays basque, est-ce que les commerçants de Biarritz mais aussi ceux de Bayonne, d'Anglet, d'Hendaye seront indemnisés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous allons y travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez y travailler mais oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non. Bien sûr, la réponse est oui et je l'ai annoncé au nom du président de la République aux mairies de Biarritz lundi soir avec un calendrier extrêmement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais même ceux de Bayonne, d'Anglet ou d'Hendaye ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous allons regarder toutes les réalités de ceux qui ont connu une baisse de chiffre d'affaires. Les principales baisses de chiffre d'affaires sont ceux qui sont dans le principal secteur sécurisé. Il était nécessaire de le sécuriser à Biarritz et donc j'ai fait des annonces en présence de tous les maires, en présence des commerçants, au nom du président de la République. Et Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'Etat auprès de Bruno LE MAIRE, se rendra dans quelques jours sur place. Il est normal aussi que nous les accompagnions. Mais vous savez comme moi aussi l'impact majeur de l'image du territoire du Pays basque et de Biarritz dans le monde entier. 1 600 journalistes étaient là, les chaînes du monde entier ont parlé de la beauté, de la force, de la puissance du Pays basque. C'est ça aussi un investissement. Les commerçants, ils savent qu'il faut investir dans l'avenir et le maire de Biarritz a porté cela avec courage et avec efficacité. Nous étions à ses côtés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les violences contre les policiers, les pompiers et les gendarmes aussi en très forte hausse. Les outrages et violences à agents ont augmenté de plus de 60 % presque en vingt ans, plus 15 % en un an. Pourquoi ? Pourquoi, Christophe CASTANER ? Que se passe-t-il ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que nous sommes dans une société qui est de plus en plus violente, où on banalise la violence et l'agression. Prenez le cas des pompiers, trois agressions par jour. La moitié de ces agressions sont liées aux patients eux-mêmes que les pompiers viennent protéger, viennent quelquefois sauver qui, parce qu'il y a des problèmes d'alcool, des problèmes de drogue quelquefois mais aussi des problèmes psychologiques, psychiatriques, sont eux-mêmes les auteurs de ces agressions. Donc il nous faut les protéger. C'est ce que je fais avec les policiers et les gendarmes, c'est ce que je fais avec les pompiers. Juste un exemple pour les pompiers : depuis quelques jours, et je présenterai le dispositif la semaine prochaine, nous avons permis aux pompiers de s'équiper de caméras piétons. Le fait de pouvoir filmer leurs interventions, c'est une très bonne façon de se protéger. Les policiers en sont équipés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les pompiers seront équipés. Les policiers en sont déjà équipés mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Pas tous et donc nous continuons à augmenter. Et je peux vous dire que c'est quelque chose qui avait été mis en place d'ailleurs côté policier pour limiter les contrôles à l'époque dits au faciès. Et en réalité, c'est un vrai outil de lien social entre la personne qui a contrôlé et le policier. Ce sera aussi un outil très efficace pour les fonctionnaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, il n'y a plus de respect pour l'autorité. Il y a même de la haine exprimée, de la haine exprimée à l'encontre des policiers, des gendarmes, de tous ceux qui représentent la force publique.

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense que nous devons reconstruire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le savez.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez, le pacte républicain c'est ça et c'est justement ce respect. J'ai été maire pendant dix-sept ans d'une petite commune du Sud de la France. J'ai vu comment les choses ont pu se déliter, comment on conteste l'enseignant et on critique l'enseignant, le policier, le maire, l'élu, le représentant, les journalistes au fond aussi. Tout ce qui représente des institutions aujourd'hui, on trouve normal. Et puis vous avez la théorie du complot, vous avez les réseaux sociaux qui vous donnent votre vérité qui n'est pas la vérité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faut-il changer la loi et prévoir de la prison ferme avec mandat de dépôt pour les agresseurs de policiers ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est déjà le cas et la peine, elle est même doublée pour les officiers de police judiciaire, pour les maires j'ai en tête le maire de Signes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les syndicats demandent à ce qu'on renforce encore finalement la protection des policiers, la protection juridique des policiers et qu'on condamne plus fermement encore les agresseurs de policiers.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais ils sont légitimes à demander ces condamnations. Ils ne demandent pas un changement de la loi. Je vais être honnête avec vous, je passe beaucoup de temps avec les partenaires sociaux : ce sujet n'est jamais venu dans la discussion comme une demande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jamais ?

CHRISTOPHE CASTANER
Par contre, ils ont le sentiment qu'effectivement il y a des sanctions judiciaires qui ne sont pas en rapport avec ce qui se passe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Mais les délinquants arrêtés, on les retrouve le lendemain. Souvent, pas toujours, mais ça arrive. Christophe CASTANER, ça arrive.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que ça arrive, mais je vais vous dire une chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Et ce n'est normalement pas le ministre de l'Intérieur… La prison n'est pas toujours la meilleure solution. Sur le mouvement des gilets jaunes où il y a eu de très grandes violences contre les policiers et les gendarmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va y venir.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a eu de très nombreuses sanctions, de très nombreuses sanctions d'emprisonnement. Toutes n'aboutissent pas à l'emprisonnement avec l'incarcération, ce qu'on appelle le mandat de dépôt. Mais moi, je pense que la prison ne doit pas être automatique, n'est pas toujours la solution. Par contre la sanction, oui, et il y a d'autres formes de sanctions. L'indemnisation, la réparation. Sur les radars, systématiquement quand une personne est attrapée, mise à la disposition de la justice et est condamnée, nous filons la facture. Parce que détruire un radar c'est quelquefois plusieurs dizaines de milliers d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de radars, les radars de quatre mètres de haut ?

CHRISTOPHE CASTANER
Peu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ? Combien vandalisés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas eux. Puis je ne vais pas rentrer dans une logique de chiffres parce que je n'ai pas envie d'alimenter une machine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, d'accord mais enfin il y en a 450 qui devaient être installés, nouveaux, qui devaient être…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais ils le seront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils le seront avant la fin de l'année ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ils le seront. Nous maintenons notre calendrier. Nous rparerons les quelques-uns qui ont été détruits parce que les radars sauvent des vies. Ils ne rapportent pas d'argent, ne tombons pas dans ces travers-là, mais ils sauvent des vies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a coûté combien à l'Etat, la destruction des radars ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce qu'on relève au titre des gilets jaunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des gilets jaunes. Et les derniers ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça a un coût d'un peu moins de 500 millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
500 millions d'euros.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est surtout des vies qui n'ont pas été sauvées et ça, ça n'a pas de valeur, ça ne se mesure pas en millions d'euros. Ce sont des souffrances, des personnes qui ont été blessées avec des blessures qu'ils subiront toute leur vie. C'est ça aussi. La prévention routière, elle a besoin aussi des radars.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors sans les policiers et gendarmes, la République serait-elle tombée ? Je vous pose la question parce que les syndicats de policiers le disent.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je l'ai dit aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle serait tombée sans les policiers et gendarmes l'hiver dernier ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il ne s'agit pas de dire qui a défendu quoi. Les policiers et gendarmes ont fait très bien leur travail et leur engagement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous pose la question : est-ce qu'elle serait tombée ? C'est ce que disent les policiers.

CHRISTOPHE CASTANER
Moi ce que je veux dire, c'est que certains voulaient la faire tomber. Et parce qu'ils étaient là, mais parce que la République était là et était présente, la République n'est pas tombée. Mais certains voulaient la faire tomber. Oui, il y avait des factieux qui… Je ne parle pas des manifestants, des gilets jaunes, de ceux qui ont exprimé une colère, colère légitime qu'il nous faut et qu'il nous fallait entendre aussi. Mais il y a des femmes et des hommes dans ce pays qui veulent faire tomber la République et qui sont prêts à tout pour cela. Et donc nos forces de l'ordre sont légitimes effectivement quand elles s'engagent. Elles sont légitimes parce que leur fonction, c'est de défendre la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je donne les chiffres, les gilets jaunes, les derniers chiffres. Vous me corrigez si je dis des bêtises. 2 448 blessés côté manifestants, 1 717 parmi les forces de l'ordre, la police des polices saisie de 265 enquêtes judiciaires pour des violences illégitimes présumées, 105 transmises au parquet. On est bien d'accord. Ces chiffres sont à peu près les bons ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Y a-t-il eu des violences irréparables contre certains gilets jaunes ? Oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord je vais répondre à cette question mais je vais vous dire : il ne faut pas comparer les uns aux autres. On n'est pas entre deux bandes qui se sont battues. Il y a d'un côté la police, la gendarmerie qui est légitime à utiliser la force. Et de l'autre, il y a des gens qui sont venus porter la violence et donc on n'est pas dans un combat de bande. Je ne mets pas au même niveau ceux qui préservent les commerçants, les habitants, les villes de la destruction comme certains ont voulu la porter, la destruction, et ceux viennent pour casser. Attention à ne pas mettre les deux au même niveau. Il y a eu des blessés, il y a eu des blessés dans les deux camps et je l'ai toujours dit même si on n'a pas voulu m'entendre sur ce sujet. Un blessé, qu'il ait un gilet jaune, qu'il ait un képi bleu, qu'il soit un manifestant, qu'il soit un maire, qui que ce soit, c'est un blessé de trop. Et quelquefois, il y a eu des blessés graves y compris chez les manifestants. Je n'ai jamais contesté cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON a parlé de violence : « Il n'y a pas eu de violence irréparable. Mettez-vous à la place de celui qui a perdu un oeil ou qui a perdu un membre !

CHRISTOPHE CASTANER
Emmanuel MACRON a complété…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment peut-on dire cela ? Je vous pose la question.

CHRISTOPHE CASTANER
Monsieur BOURDIN, vous avez écouté la totalité de l'intervention.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai écouté.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a dit qu'effectivement, nous n'avons pas été les situations que nous avons déjà vécues dans l'ordre public. Je pense à Malik OUSSEKINE, je pense à Rémi FRAISSE, où il y a eu des morts directement liées à l'intervention de la police. Et non, il n'y en a pas eu alors même que nous avons eu 55 000 manifestations dans le cadre du mouvement des gilets jaunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Zineb REDOUANE, où en est-on de l'enquête ? Cette octogénaire marseillaise.

CHRISTOPHE CASTANER
L'enquête se poursuit mais attention. Zineb REDOUANE est sur son balcon, elle ne manifeste pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Atteinte chez elle par une grenade lacrymogène.

CHRISTOPHE CASTANER
Elle ne manifeste pas, elle est atteinte par une grenade lacrymogène.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Elle va à l'hôpital parce qu'elle est blessée dans ce cadre-là et l'enquête indique qu'elle meurt d'un choc opératoire. Alors je veux bien qu'on accuse la police de tout mais il faut être cohérent. D'un côté, il ne faut pas dire : elle est là aussi pour protéger Marseille, et de l'autre dire : oui, mais elle serait responsable de tout. Il y a une enquête. Il y a eu un tir de lacrymogènes contre les manifestants, et c'est un tir certainement en cloche comme on dit, et sur le balcon une grenade lacrymogène est tombée et a blessé gravement Zineb qui, du coup, est décédée d'un choc opératoire. Je pense à elle, je pense à sa famille. Je ne dis pas que ça n'est pas grave. C'est grave, elle est morte. Mais qu'on n'accuse pas la police d'avoir tué quelqu'un, qu'on ne la traite pas d'avoir assassiné quelqu'un. Ça n'est pas le cas. Il n'empêche que cette personne est morte et que, du coup, nous devons là aussi revoir notre façon d'intervenir sur la voie publique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où en est-on ? Il y a une responsabilité de la police dans son cas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a une enquête qui est en cours, je n'ai pas accès à l'enquête.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout cela, dites-vous, rend nécessaire - je parle de tout ce qui s'est passé ces derniers mois - rend nécessaire une évolution en profondeur de la doctrine et des méthodes. Ça n'a pas toujours plu aux policiers, cette petite phrase que vous avez prononcée…

CHRISTOPHE CASTANER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors ça veut dire quoi ? Mobilité, plus de mobilité, plus d'autonomie des forces de l'ordre si j'ai bien compris, usage du LBD mieux encadré. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire s'il y a d'autres manifestants, vous n'utilisez plus le LBD ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a deux choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord dans l'urgence, et les mesures que vous évoquez sont des mesures que nous avons pris avec Laurent NUNEZ dans l'urgence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l'urgence, oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Après le 1er décembre, nous avons changé en profondeur l'intervention parce que la doctrine d'emploi, notamment à Paris, consistait à figer les manifestants à un endroit quitte à les laisser tout casser et on intervenait après. Nous avons décidé de changer cela parce que les images qu'on a connues le 1er décembre étaient totalement inacceptables Je vais vous dire : quand vous êtes ministre de l'Intérieur et que vous faites ça, vous prenez un vrai risque. Mais j'assumais parce que la République avait besoin que nous prenions cette décision. Et puis, nous avons réagi immédiatement mais j'ai attendu que nous soyons à froid, c'est-à-dire sortis du contexte de tensions que nous avons connues, pour mettre à plat tout le schéma national d'ordre public. Je suis prêt à revoir la totalité de l'ordre public en France pour trouver les meilleures solutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai mis en place un groupe d'experts avec des anciens magistrats, avec des flics, avec des journalistes, avec des spécialistes de ces questions pour qu'ils nous éclairent, pour qu'ils regardent ce qui se fait ailleurs à l'étranger. Moi, je n'ai aucun tabou.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes prêt à interdire l'usage du LBD.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais l'usage LBD aujourd'hui ce que j'en sais, c'est que chaque nuit, chaque jour il est utilisé et il est utile pour protéger les policiers, pour intervenir. Vous parliez des violences tout à l'heure. Vous savez, moi si dans les écoles de police on pouvait apprendre aux policiers à attraper les voleurs en jouant à chat en leur tapant sur l'épaule, je serais très favorable. Mais ce n'est pas la réalité. Votre première question, elle est sur celle de la violence de la société contre nos forces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Nos forces, elles ont besoin de se défendre et donc le LBD sert aussi à neutraliser quelqu'un qui les menace, que ce soit en ordre public ou que ce soit cette nuit dans des quartiers difficiles que nous connaissons en France. C'est ça la réalité. Si vous n'avez pas le LBD, vous avez un problème du coup qui ne reste plus que l'arme administrative. Par contre dans les manifestations, il nous faut des gens qui soient mieux formés à l'usage notamment du LBD ou à d'autres types d'armes. Et donc je souhaite effectivement que la totalité des policiers, pas seulement ceux qui sont chargés de l'ordre public, les CRS ou les escadrons, soient formés sur ces sujets, soient mieux formés sur ces sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mieux, meilleures formations.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je ne suis pas en train de vous donner les conclusions. Je réunirai à nouveau ce groupe d'experts dans les semaines qui viennent. Je présenterai un schéma national avec Laurent NUNEZ qui prend en compte ces réalités-là. Sur d'autres sujets, les engins lanceurs d'eau ont fait la démonstration de leur utilité encore ce week-end d'ailleurs à Bayonne. Nous en avons peu en France, l'Allemagne en a beaucoup. Peut-être que du coup il nous faut aussi utiliser ces moyens-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors plusieurs questions. La mort de Steve, où en est l'enquête ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il y a l'enquête judiciaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Est-ce que la police n'a aucune part de responsabilité dans la mort de Steve ?

CHRISTOPHE CASTANER
Jean-Jacques BOURDIN, dès le mardi qui a suivi la fête de la musique, devant l'Assemblée nationale j'ai pris la parole et j'ai moi-même évoqué le lien possible entre l'intervention policière et la disparition du jeune homme. Donc là-dessus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une responsabilité possible des forces de l'ordre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ensuite, il appartient à l'enquête de déterminer… Il y a peut-être un lien et je l'ai évoqué moi-même. Vous voyez, j'étais le premier à un moment où l'on ne parlait pas de Steve CANICO, assez peu, j'ai été le premier devant l'Assemblée nationale à dire cela parce qu'il y a une intervention qui interroge et l'enquête de l'IGPN montre qu'elle interroge. Nous aurons en interne l'enquête de l'IGA qui sera rendue dans quelques jours, que je rendrai publique et dont je tirerai toutes les conséquences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que savez-vous de cette enquête ?

CHRISTOPHE CASTANER
Rien pour l'instant, elle n'est pas encore terminée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous tirerez toutes les conséquences même si les forces de l'ordre sont en partie responsables ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je l'ai toujours fait. A chaque fois qu'il y a eu un signalement sur un fait policier incriminant un policier, j'ai demandé qu'une enquête soit ouverte. Et ces enquêtes, elles sont sous l'autorité du procureur. Mais je voudrais dire une chose simple : il n'appartient pas au ministre de la Justice ou au ministère de la Justice de dire la vérité. La vérité, elle appartient à la justice et la justice fait son oeuvre et nous mettrons tout à disposition de la justice. Elle prend un peu plus de temps. Vous savez qu'en plus la procédure sera dépaysée, de nouveaux juges d'instruction seront désignés dans quelques jours. Moi je leur fais toute confiance. Et s'il y a faute, il doit y avoir sanction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les policiers sont fatigués. Suicides dans la police, de nombreux suicides dans la police. Est-ce que vous prévoyez un nouveau plan de lutte contre… un plan de lutte anti-suicide en quelque sorte ?

CHRISTOPHE CASTANER
En fait il faut mener le combat sur tous les fronts. D'abord sur l'accompagnement du risque au suicide et je l'ai fait très tôt. Je vais vous dire, y compris parce que dans ma vie professionnelle, dans ma vie personnelle j'ai été confronté à cela, ma première rencontre avec les gendarmes, dans l'instance du débat avec les gendarmes, j'ai abordé la question du suicide. A tous les voeux que j'ai faits en début d'année aux syndicats policiers, j'ai abordé la question du suicide et j'ai mis en place un plan ambitieux de signalement. Il prend du temps. Actuellement les formations se font commissariat par commissariat. Nous devons aller plus loin mais ça ne suffit pas. La question, c'est aussi les conditions de travail de nos policiers et de nos gendarmes. La question, c'est aussi l'honneur de la police et la gendarmerie. La mise en cause systématique de la police et la gendarmerie ces derniers mois est aussi un sujet de pression et difficile à vivre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les syndicats demandent d'urgence une loi d'orientation, une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure. Vous prévoyez cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je l'ai annoncé. Ce travail sera un grand livre blanc, un grand débat national sur la sécurité. Je l'ai annoncé dans mes voeux à la police en début d'année donc on travaille déjà avec les partenaires sociaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ce grand débat ? Il est lancé quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je vais être très concret, moi je n'attends pas la loi. Je n'attends pas la loi. Je pense qu'il faut aller plus loin. Et dans les améliorations des conditions de travail, je voudrais vous dire par exemple que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les citoyens seront consultés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Donnez-moi une minute sur la première question et je réponds sur la seconde, qui est majeure aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

CHRISTOPHE CASTANER
Je souhaite améliorer leurs conditions de travail, nous l'avons fait financièrement, c'est non négligeable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les heures supplémentaires sont payées ou pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
En début d'année prochaine l'ensemble des agents du CEA, c'est-à-dire l'essentiel des policiers, et tous les sous-officiers de gendarmerie, auront connu une augmentation salariale de 120 à 130 euros nets mensuels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les heures supplémentaires seront payées ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les heures supplémentaires c'est un chantier que nous aurons et je souhaite, d'ici la fin de l'année, que nous commencions à payer et à apurer une partie de la dette.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'espère parce que, Laurent NUNEZ était venu, je me souviens, je ne sais plus si c'était en décembre ou janvier, il m'avait dit que les heures supplémentaires allaient être payées, ça y est, que le plan était… mais enfin on est fin août !

CHRISTOPHE CASTANER
On est en négociation avec les partenaires sociaux, qui ne souhaitent pas que tout soit payé d'un coup pour certains, certains souhaitent les garder pour partir un peu plus tôt avant la retraite, tout ça sera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début du paiement quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je souhaite que ce soit à la fin de cette année, pour une première partie. Mais vous savez, je ne paye pas « mes dettes », je paye les dettes de ceux qui ont supprimé 12.500 postes dans la police et la gendarmerie, c'est ça aussi. Et donc, des mesures fortes ont été prises, d'un point de vue salarial. Nous travaillons actuellement sur le changement des cycles horaires, actuellement les policiers ils ont un week-end tous les six week-ends, la vie familiale elle en prend un coup, dans ce que nous sommes en train de proposer ils auront un week-end de trois jours tous les deux week-ends, ils auront un mercredi tous les deux mercredis, ça c'est fondamental aussi. Jamais personne n'a ouvert ce chantier-là, nous l'ouvrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mercredi tous les deux mercredis…

CHRISTOPHE CASTANER
Et un week-end de trois jours tous les deux week-ends, nous y travaillons, nous étions encore en réunion hier avec les partenaires sociaux sur ce sujet-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est important.

CHRISTOPHE CASTANER
Donc je vais vous dire, l'essentiel, dans un suicide, ce n'est pas, au fond, le facteur déclenchant, c'est tout un ensemble, et les conditions de travail font partie de cet ensemble, et quand nous investissons 900 millions d'euros pour refaire les casernes de gendarmerie et les commissariats, quand nous achetons 6000 voitures pour qu'ils aient des voitures dignes et de qualité, nous aidons aussi ces conditions de travail. Et puis vous m'avez posé une question sur le Grand débat, je souhaite que la question de la sécurité soit appropriée par tous les citoyens et je souhaite que dans les semaines qui viennent nous ayons des discussions sur la sécurité, qui aient lieu dans toutes les sous-préfectures, dans toutes les préfectures, dans tous les commissariats, dans toutes les casernes de gendarmerie, je souhaite qu'elles soient ouvertes à la discussion, à la rencontre avec nos concitoyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les retraites, est-ce que les policiers garderont leur statut spécial ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous entrerons dans la discussion, ils ont un statut, je défends ce statut spécial, qui leur permet une bonification dite du 1/5e…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, mais avec le système universel ce statut risque de sauter ou d'être ébréché.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, le système universel, dans son rapport Jean-Paul DELEVOYE le précise bien, il y a des métiers, des fonctions, qui nécessitent qu'on prenne en compte la difficulté, et donc ils ont cette bonification du 5e, je la défends, et je souhaite obtenir que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'explique ce que c'est, c'est une année de plus, une année de cotisation supplémentaire, toutes les cinq années.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, je souhaite défendre cela pour l'ensemble…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, en contrepartie, une cotisation un peu plus haute.

CHRISTOPHE CASTANER
Une cotisation un peu plus haute, et puis surtout un métier extrêmement difficile, qui fait que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous défendez cela, ce sera maintenu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je me suis engagé devant les policiers à défendre le fait que pour les policiers actifs nous sauvions ce système-là. Jean-Paul DELEVOYE, qui a rencontré aussi les partenaires, a tenu aussi ce discours-là. Mais, vous savez, non seulement pour les policiers et les gendarmes, qui ont un statut militaire, mais je souhaite qu'il s'applique aussi aux policiers municipaux qui ont un rôle majeur, je souhaite qu'il s'applique aussi aux pompiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux dernières questions. La BRI, Brigade de Recherche et d'Intervention de la police à Paris, va-t-elle disparaître ?

CHRISTOPHE CASTANER
Aucune décision n'est prise à l'instant présent, je pense qu'il faut améliorer la coordination avec le RAID, qui intervient, qui est intervenu aussi sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant il n'y a pas de suppression…

CHRISTOPHE CASTANER
Pas de décision prise sur ce sujet, mais l'efficacité, l'importance de la BRI est majeure, mais nous avons actuellement le GIGN, le RAID, la BRI, peut-être qu'on peut effectivement travailler à l'amélioration d'un système, mais sans mettre en cause la qualité des femmes et des hommes qui sont – surtout des hommes – qui sont au sein de la BRI à Paris, dont je sais l'histoire de l'engagement, mais dont je sais l'engagement quotidien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les insultes, les injures homophones dans les stades, que faire, interrompre définitivement les matchs, que faire ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord les dénoncer, parce que, vous aimez le foot, j'aime le foot, et donc ça n'a pas sa place, et il ne faut pas jeter l'opprobre sur tous les supporters, tous les supporters ne sont pas homophobes ou racistes, mais certains le sont, et donc oui il faut des sanctions, elles existent, et que nous appliquons. Mais moi je crois à la régulation du système par le système aussi, je ne crois pas à la décision de dire il faut des lois, des lois, des lois, toujours des lois. Nous avons des instances qui ont marché contre le hooliganisme, souvenez-vous de ce que nous vivions dans les stades en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdiction de stades, donc, voilà.

CHRISTOPHE CASTANER
Toute une série de sanctions sont possibles, il faut les développer, moi je suis prêt à y travailler évidemment avec la ministre en charge des Sports, mais aussi avec la Fédération française, avec la Ligue, je pense que c'est dans ce cadre-là qu'il faut le faire, mais ne jetons pas l'opprobre sur tous les supporters.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis je vais me faire l'avocat, le défenseur des supporters. De très nombreux clubs de supporters qui ne peuvent plus se déplacer pour aller encourager, je n'aime pas le mot supporter, c'est un anglicisme, mais encourager leur équipe.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais aller plus loin dans votre question. Il nous arrive d'interdire, effectivement, à des supporters d'un club de se rendre dans la ville…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trop d'interdictions, Monsieur CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Je sens le passionné de Nîmes défendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, le passionné, pas que de Nîmes, je défends tous les clubs.

CHRISTOPHE CASTANER
Au-delà de cela, l'objectif est que tous les clubs, et tous les supporters, puissent se déplacer, mais nous devons assurer la sécurité. Il y a quelquefois des confrontations pour lesquelles nous avons besoin de mobiliser énormément de forces. Alors, d'un côté, je dois assurer la sécurité de tous les Français, je dois prendre en compte les conditions de travail des policiers et des gendarmes, et je dois aussi assurer, donc si je sais que je n'ai pas les moyens de bien assurer la sécurité d'un match, parce que je n'ai pas les forces disponibles, je préfère assumer que le préfet prenne la décision d'interdire aux supporters de venir. Il faut que ce soit le moins souvent possible, mais si l'enjeu de sécurité est en cause, je ne négocie pas, je ne cède pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir ce matin.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2019

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