Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à CNews le 29 août 2019, sur la sécheresse, les pesticides, le bien-être animal, l'homophobie dans les stades et les municipales. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à CNews le 29 août 2019, sur la sécheresse, les pesticides, le bien-être animal, l'homophobie dans les stades et les municipales.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour. L'humanité n'a jamais connu un été aussi brûlant, la France souffre, a souffert, souffre des canicules de forte intensité et de sécheresse. Les agriculteurs en appellent à l'Etat, c'est-à-dire à vous. Bienvenue Didier GUILLAUME. Bonjour.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les constats, on les entend partout, maintenant les actes. Est-ce que vous confirmez ce matin que la Commission de Bruxelles va accorder un milliard d'euros d'avance sur la PAC aux agriculteurs ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, et ce sera versé le 16 octobre. Nous avons obtenu ça parce que c'est très important. Le dérèglement climatique il est là, et les choses vont s'accentuer. La sécheresse, qui fait suite à celle de l'année dernière, rend la situation dramatique. Des éleveurs sont à bout, certains veulent décapitaliser, c'est-à-dire arrêter l'élevage ou envoyer des animaux à l'abattoir. D'autres n'ont plus les moyens de faire manger leurs bêtes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi le 16 octobre, pourquoi attendre encore 50 jours ?

DIDIER GUILLAUME
Parce que les avances de l'Union européenne ne peuvent arriver que le 16 octobre, au moment où les premiers accords de la PAC vont être versés, et puis c'est le moment où les éleveurs, qui auront tapé dans leurs stocks, utilisé le fourrage déjà aujourd'hui, auront besoin d'argent pour en acheter et pour faire manger leurs animaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comment se répartit le milliard ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien ça, ça sera fait par les services du ministère…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est classique et c'est équitable, surtout.

DIDIER GUILLAUME
Oui oui, bien sûr ça sera très équitable. Mais au-delà de cette avance qui est faite, nous avons obtenu de la Commission européenne, et je veux les remercier, c'était de haute lutte, nous avons obtenu le fait de pouvoir faucher les jachères. C'est quoi des jachères ? Tout simplement il faut permettre au sol de se régénérer, donc il y a des endroits qu'on ne peut pas cultiver. On a obtenu la possibilité de couper des jachères, de faucher des jachères dans près de 70 départements, afin de donner un peu plus d'aliments pour le bétail, c'était quelque chose de très important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a la solidarité et l'entraide qui a joué entre agriculteurs, ça c'est bien, pour éviter que les bêtes soient prématurément exécutées ou envoyées à l'abattoir. Mais toute cette semaine, et la sécheresse, vous en parlez, c'est l'eau, l'eau, l'eau. Alors, pendant des années on a voulu qu'il y ait des retenues d'eau, des stockages d'eau de pluie. Pourquoi ça ne se fait pas et est-ce que ça va se faire ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien ça ne se fait pas parce qu'il y a toujours eu certaines associations qui étaient contre, on est allé au tribunal etc. Il y a encore…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Des recours.

DIDIER GUILLAUME
… des recours, il y a encore la situation aujourd'hui dans les Deux-Sèvres. Nous avons obtenu, avec le ministère de la Transition écologique et solidaire, nous avons fait une instruction, arbitrée par le Premier ministre, pour à nouveau faire des retenues d'eau. Enfin, on ne va pas regarder l'eau tomber du ciel pendant 6 mois et la chercher les 6 autres mois de l'année. Il s'agit de capter l'eau de pluie, la retenir dans des bassins, dans ce qu'on appelle des retenues collinaires, bref, peu importe, pour pouvoir la restituer après dans les sols lorsqu'il y a sécheresse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En fonction des besoins.

DIDIER GUILLAUME
Là où il y a de l'eau, là où on peut irriguer, il n'y a pas de sécheresse. L'agriculture sera résiliente si elle est irriguée. Mais on ne peut pas faire n'importe quoi. Et je termine si vous me le permettez, les agriculteurs aujourd'hui utilisent 30 % de moins de volume d'eau qu'ils ne l'utilisaient il y a 10 ou 15 ans. Donc les agriculteurs font attention, ne font pas n'importe quoi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça veut dire, concrètement, dans l'année qui vient, des retenues d'eau. Combien en France ?

DIDIER GUILLAUME
Une soixantaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une soixantaine. Et comment vous allez convaincre les écologistes ?

DIDIER GUILLAUME
Ah mais justement, ça va se faire sur des projets de territoires, discuter avec eux. Pourquoi les écologistes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans violence.

DIDIER GUILLAUME
Mais évidemment. Pourquoi les écologistes seraient contre a priori ? L'eau qui tombe du ciel retournera au sol, simplement pendant un certain temps elle sera captée et servira lorsqu'il y en aura besoin. Je pense que c'est ça le pragmatisme. Si on veut continuer à avoir une agriculture française et ne pas importer une agriculture que nous ne voulons pas de l'étranger, alors il faut que notre agriculture française soit résiliente et puisse avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus que l'agriculture et les agriculteurs sont en train d'évoluer, il y a une transformation profonde du métier, chez les jeunes, les femmes, etc. Bon.

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, la transition agro écologique elle traverse toutes les filières agricoles. Cette année, l'année 2018, ça a été un record pour les conversions en bio, en agriculture bio. 6 000 agriculteurs de plus cette année sont convertis en bio. Nous sommes à 7,5 % de la surface agricole utile, en bio. L'objectif est de passer à 15, et nous allons y arriver.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En veillant à ce que les prix n'augmentent pas, ça c'est dans les grandes lignes, maintenant c'est autre chose.

DIDIER GUILLAUME
Alors le problème sur les prix, c'est l'organisation de la chaîne de valeurs. Aujourd'hui, l'agriculteur ne gagne pas assez d'argent, le transformateur ne gagne pas assez d'argent, et les grandes surfaces ne répartissent pas assez les choses. Il faut veiller à une répartition.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne sais pas si vous vous souvenez, au mois de mai, à la fin mai, vous étiez venu et je vous avais demandé s'il ne fallait pas, je ne dis pas une taxe ou un impôt sécheresse, pour cette année, mais est-ce qu'il ne faut pas des suppléments d'aides au titre de calamité, pour les agriculteurs aujourd'hui ?

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, impôt, les gens…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je veux des solutions.

DIDIER GUILLAUME
Les gens sont un peu vaccinés sur les impôts. Je ne crois pas qu'il y ait d'impôts, une taxe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non. Alors ?

DIDIER GUILLAUME
Il y a ce qu'on appelle le régime des calamités agricoles, l'État verse de l'argent, une fois qu'on a regardé les choses, l'année dernière c'était plus de 200 millions d'euros qui ont été versés pour la sécheresse de l'année dernière, ça sera sûrement pareil cette année, voire un peu plus. Mais il faut…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« Voire un peu plus », c'est-à-dire ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien je n'en sais rien, je prends…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que ça peut doubler, ça peut être de 400, du 500 millions ?

DIDIER GUILLAUME
On ne peut pas parler de centaines de millions, je pense que la sécheresse cette année est plus forte que celle de l'année dernière, donc il est possible qu'il y ait plus de dossiers cette année, mais la solidarité de l'Etat sera au rendez-vous, et les calamités agricoles le seront. Mais ça ne peut pas suffire. On sait que le dérèglement climatique est là qu'on va avoir des épisodes cévenols, des ouragans de grêle, de la chaleur etc., donc j'ai lancé un groupe de travail, dont je demande que les conclusions soient données à la fin de l'année ou au début de l'année 2020, afin de mettre en place une assurance généralisée pour les agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour le climat.

DIDIER GUILLAUME
Rendez-vous compte Jean-Pierre ELKABBACH, toutes les professions en France sont obligées d'assurer leur outil de travail, sauf les agriculteurs, ce n'est pas obligatoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont à 30 ou 35 %.

DIDIER GUILLAUME
Il faut, oui, un tiers des agriculteurs s'assure, et encore pas sur tout parce que c'est trop cher, et il n'y a pas de mutualisation. Je souhaite, nous avons lancé ça avec les agriculteurs, avec le Syndicat des assureurs, avec GROUPAMA, avec le CREDIT AGRICOLE, pour faire en sorte qu'il y ait une assurance généralisée et que les agriculteurs puissent s'assurer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu que dans le sondage que nous publions avec Romain ce matin, une des priorités des Français c'est l'alimentation.

DIDIER GUILLAUME
C'est la santé et l'alimentation. Moi je suis ravi de cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la responsabilité, pas de vous, mais des agriculteurs…

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui, il faut dire aux Françaises et aux Français que l'agriculture française est une des meilleures du monde. Tout le monde nous l'envie, et que l'alimentation française…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est votre job…

DIDIER GUILLAUME
Non non non…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… la tribune dans le journal L'Opinion, eh bien c'est votre travail, de dire que souvent on est les meilleurs.

DIDIER GUILLAUME
Mais, excusez-moi, Jean-Pierre ELKABBACH, si vous, journaliste expérimenté, vous ne croyez pas à la réalité et à la science, alors qui va le croire ? L'agriculture française…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes là et les scientifiques avec nous.

DIDIER GUILLAUME
L'agriculture française est la plus durable au monde, et l'alimentation française est la plus sûre, la plus saine et la plus tracée. Et moi je pense qu'il faut continuer cela, c'est pour ça que notre modèle agricole doit continuer à se transformer, transition vers l'agroécologie, il faut diminuer par deux l'utilisation des pesticides…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, stop…

DIDIER GUILLAUME
En 2025 nous allons diminuer de 50 % l'utilisation des pesticides.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les pesticides, justement, de Langouët dans l'Ille-et-Vilaine, vous avez vu que le maire écologiste ne veut pas de produits phytosanitaires à moins de 150 m de toute maison ou bâtiment professionnel. En même temps on lui a donné tort et raison, c'est la polémique et en même temps la confusion. Quelle est la solution ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais ça c'est la justice. Moi je n'ai pas à parler de la justice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a des règles.

DIDIER GUILLAUME
Il y a des règles, il y a une loi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça sera combien ? Lui il dit 150 m.

DIDIER GUILLAUME
Mais attendez, mais non non, mis c'est n'importe quoi ! Il n'y a pas de 150, 200, 300, ça dépend du territoire. Si au bout d'un champ il y a un mur ou il y a une haie, il n'y a pas de problème pour continuer à épandre, même si nous voulons sortir des pesticides. Mais nous mettons en place des chartes départementales, des chartes territoriales dans lesquelles les riverains, les agriculteurs, les élus, sous l'autorité du préfet, doivent se mettre d'accord pour les zones d'épandage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas le maire qui décide, mais…

DIDIER GUILLAUME
Non non, et c'est l'Etat qui a la procédure, et s'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord, alors nous mettrons en place ce qu'on appelle des zones de non-traitement, le Conseil d'Etat nous l'a demandé, il faut être sûr, il faut faire attention à tout cela. Mais ce que je veux dire quand même concrètement, c'est que dans la plupart du temps, ce n'est pas l'agriculture, ce n'est pas l'arboriculture, ce n'est pas de la viticulture, c'est approcher des villages, ce sont les lotissements qui ont poussé et qui sont allés s'implanter au milieu des champs. Et après on nous dit : mais regardez… C'est comme ce maire de Gironde qui a mis un panneau à l'entrée de son village en disant : « Ici, excusez-moi, il y a des coqs qui chantent le matin, il y a peut-être des chiens qui aboient, il y a peut-être même des tracteurs, si vous n'en voulez pas, allez ailleurs ». Mais c'est ça la campagne, c'est ça la ruralité, et donc dans une zone peut-être de 2 m autour, ça…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien, parce qu'on va retenir, vous avez dit 2 m.

DIDIER GUILLAUME
2, 3 m, 5 m, dans ces eaux-là, mais attention, parce que si les bandes sont trop larges, lorsqu'il n'y a pas de danger, aujourd'hui il faut sortir des pesticides, donc nous allons en sortir, mais jusqu'à preuve du contraire aujourd'hui ils sont autorisés. Il faut protéger les riverains. Moi mon rôle c'est de protéger les Françaises et les Français, de protéger leur santé, de faire ce mouvement de transition…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien.

DIDIER GUILLAUME
Non non non, non non pas très bien, de faire ce mouvement de transition agroécologique. Mais il y a des endroits où il n'y a pas de risque, et s'il n'y a pas de risque, je crois qu'il faut laisser les agriculteurs. Vous savez, je vais vous dire une chose, les agriculteurs on leur en demande beaucoup, parfois même on leur en demande trop, et ils bougent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, ils castagnent…

DIDIER GUILLAUME
Non non non, attendez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non, là il y a des violences inadmissibles pendant cet été.

DIDIER GUILLAUME
Et ils font des transitions. Moi j'ai condamné les attaques de permanence de députés, parce qu'on ne va pas aller barrer une permanence…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites la justice, la justice pour tout le monde, pour tous les délits.

DIDIER GUILLAUME
Ça, après, ce n'est pas le…. Mais vous savez, les agriculteurs ils vivent sur la terre, et les agriculteurs ne sont pas des empoisonneurs, ils ne veulent pas polluer la terre de laquelle ils vivent. Et j'aimerais que les citoyens comprennent cela. La réconciliation, l'apaisement du débat est indispensable. Ensemble nous devons avancer, c'est très important, ce n'est pas les uns contre les autres, il faut réconcilier les villes et les campagnes, la société et l'agriculture, le citoyen et l'agriculteur, c'est indispensable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, ça c'est…

DIDIER GUILLAUME
Non, c'est indispensable, parce que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On est d'accord, mais pas de violence, pas d'attaque…

DIDIER GUILLAUME
Je ne veux pas la guerre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… pas les maires qui servent de cible ou les élus qui servent de cible.

DIDIER GUILLAUME
Je ne veux pas la guerre de l'alimentation, je ne veux pas la guerre entre les uns et les autres. Les menaces de mort, tout à l'heure on a vu dans votre journal….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est scandaleux !

DIDIER GUILLAUME
…le maire qui démissionne. C'est inacceptable. Enfin, la démocratie c'est quoi ? C'est le vivre ensemble. Eh bien c'est pareil entre les paysans et la société. Mais il faut se parler, et il faut évoluer, il faut expliquer aux citoyens qui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-ce qu'on fait.

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est ce qu'on fait et c'est très bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous entendez la colère qui vient des montagnes, des campagnes, et maintenant même des villes, la prolifération des sangliers, il paraît que…

DIDIER GUILLAUME
…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, j'ai entendu ça, ça m'a surpris. 4 millions de sangliers sur le territoire, un record, ils détruisent les récoltes, ils ravagent les champs, etc. Quelle est la solution, qu'est-ce que vous proposez ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, il y a les sangliers et les grands animaux, parce que dans la forêt…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien les cerfs, les chamois, qui abîment aussi les forêts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les sangliers.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien aujourd'hui il faut prélever plus de sangliers, sauf qu'il y a de moins en moins de chasseurs, et donc s'il y a de moins en moins de chasseurs il y a de moins en moins la possibilité de les prélever. Donc il y a eu une rencontre entre la présidente de la FNSEA et le président de la Fédération nationale de chasse, je crois cette semaine, pour arriver à travailler dans ce secteur. Si nous continuons comme cela, il va y avoir beaucoup de cultures qui vont être ravagées par les hordes de sangliers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien il faut tuer des sangliers, et pour tuer des sangliers il faut qu'il y ait des gens qui les tuent, il faut des chasseurs, donc il faut prélever plus de sangliers, c'est le travail que nous faisons. Alors…

-Brouhaha-

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'après ce que je lis, certains paysans disent qu'il faut réduire de 2 tiers les sangliers.

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas si c'est la moitié, deux tiers ou trois quart, peu importe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il faut réduire.

DIDIER GUILLAUME
Il faut réduire. Aujourd'hui il y a beaucoup trop de sangliers qui dévastent nos cultures. Et attention, les cultures, mais le nombre de sangliers qui passent sous la barrière, qui rentrent sous l'autoroute, c'est absolument pareil. Il y a des dangers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et puis il y a les loups, parce qu'il y a de nouvelles plaintes, j'ai vu que dans les Hautes-Alpes il y a des loups et les éleveurs etc. vous disent : il faudrait choisir, entre les loups et nous. Est-ce qu'il faut là aussi donner l'autorisation d'abattre quelques loups supplémentaires ?

DIDIER GUILLAUME
Mais moi, entre l'éleveur et le prédateur, je choisis toujours l'éleveur, toujours. Mais je suis pour la biodiversité. Nous venons de mettre en place un plan loups. Ce plan loups il dit quoi ? Il dit que nous avons la possibilité de faire des prélèvements, jusqu'à 17 % de la population de loups. Le gouvernement a annoncé cette année, pour la première fois, qu'il n'y avait plus de 500 loups sur le massif français. Le loup n'est plus une espèce en voie de dépeuplement. Il faut prélever des loups, nous en prélevons, il y a des loups, par l'ONCFS, les éleveurs chasseurs peuvent défendre leurs troupeaux. Le problème des Hautes-Alpes, je vais m'y arrêter 30 secondes parce que hier soir il y a eu une manifestation assez forte devant la préfecture etc. Ces jeunes sont désespérés, parce que quand on voit 30 ou 40 brebis qui sont dérochées, ce n'est plus possible cela, sauf que c'est dans un parc naturel et que dans des parcs naturels on ne peut pas tirer, aujourd'hui, c'est la loi, c'est comme ça partout, sauf s'il y a un décret, et je souhaiterais que nous puissions prendre un décret, ça ne peut être pris que par le Premier ministre ou la ministre de la Transition écologique et solidaire, que l'on puisse voir la possibilité, non pas de tuer, mais d'effaroucher, que l'éleveur qui a le permis de chasse puisse défendre son troupeau.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais … qu'ils disent au loup : ouh ouh ouh, loup, sauve-toi ? Non.

DIDIER GUILLAUME
Non, effaroucher c'est mettre un coup de fusil.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça a un sens chez les chasseurs.

DIDIER GUILLAUME
Non mais pas forcément de tuer, mais d'effaroucher, c'est-à-dire les faire partir. Non, il ne faut pas plaisanter avec ça. Parce que moi j'ai vu de la détresse, j'ai vu des éleveurs pleurer, j'ai vu des éleveurs qui n'en peuvent plus de tout ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je continue. Je ne veux pas revenir sur une des querelles de l'été, vous avez assisté avec Jacqueline GOURAULT à une corrida, vous avez expliqué que vous regrettez d'avoir choqué etc., mais j'espère que vous gardez votre liberté pour assister ou non à des corridas, quand vous voudrez, quand vous ne serez plus ministre, quand vous serez ministre etc. Mais ce qui m'intéresse c'est de savoir : qu'est-ce que vous préparez contre la souffrance animale, et que vous pouvez dire ce matin ?

DIDIER GUILLAUME
Ce gouvernement travaille beaucoup pour le bien-être animal et contre la maltraitance. Je suis le premier ministre de l'Agriculture à avoir une conseillère, un docteur vétérinaire qui est en charge de cela. Et nous allons faire des annonces dans les semaines qui viennent, avec le président de la République et le Premier ministre, donc je ne peux pas les annoncé ce matin, mais des annonces comme jamais il y a eu. D'abord nous travaillons aujourd'hui tous les jours lorsqu'il s'est agi de fermer un abattoir dans l'Indre, parce qu'il y avait de la maltraitance, nous l'avons fait. Lorsque qu'il y a quelques jours une association a montré une vidéo sur un élevage de lapins, immédiatement j'ai…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est les lapins, les poules….

DIDIER GUILLAUME
Mais immédiatement j'ai envoyé les services vétérinaires et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y aura des mesures pour éviter ça ?

DIDIER GUILLAUME
Mais il y a les mesures. Immédiatement nous avons pris des mesures. Lorsque la loi EGALIM, la loi sur l'agriculture et l'alimentation a été votée, il a été pris la décision par le Parlement de ne plus pouvoir augmenter, construire des élevages où il y a autant de poules en cages avec si peu. Donc nous travaillons sur le bien-être animal. Nous allons travailler sur les élevages de porcs qui sont des choses très importantes, nous allons travailler sur la volaille, dans tous les secteurs mais c'est un peu tôt parce que nous sommes en concertation, nous allons annoncer de grandes mesures. Nous voulons travailler, moi je veux travailler avec les associations, avec les associations welfaristes, parce que c'est très important d'avancer dans cette direction. Le bien-être animal c'est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Les dirigeants politiques, surtout dans les démocraties, ont le devoir de réduire la maltraitance animale, la souffrance animale…

DIDIER GUILLAUME
Vous savez cet été, là avec la canicule, quand j'ai pris la décision d'interdire entre 13h00 et 18h00 le transport de tous les animaux sur le territoire français, ça n'avait jamais été fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il ne faut pas de d'abord protéger la cause humaine ? Est-ce qu'il n'y a pas aujourd'hui un risque ? Par exemple je vois que le dernier … à Nantua, des tags antispécistes ont été inscrits sur le Mémorial des déportés et des résistants de la Deuxième guerre, avec « Abattoirs = camps d'extermination », c'est bien ça ?

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, j'ai vu un dessin cet été sur Twitter. Twitter c'est la pire et la meilleure des choses, mais j'ai vu un dessin sur Twitter faisant le lien entre le camp de concentration d'Auschwitz et puis l'épandage de pesticides, en disant « on envoie les gens à la morgue ». On ne peut pas faire ce genre de truc, et je le condamne fermement. Et moi je veux d'abord défendre le citoyen, défendre l'éleveur. Chacun a le droit de manger ou de ne pas manger de la viande. Aujourd'hui on voit bien que les gens vont en manger moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Surtout qu'il y a des efforts de viande synthétique.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais ça c'est encore autre chose. C'est financé par des grandes entreprises américaines, ce n'est pas, moi, le modèle de viande que je souhaite. On a le droit de manger de la viande ou de ne pas en manger, mais ce que je souhaite, c'est que les Français mangent de la bonne viande. Il ne s'agit pas de se dire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils en mangent de moins en moins.

DIDIER GUILLAUME
Ils en mangent de moins en moins, mais la viande il faut sûrement en manger moins, mais en manger mieux. Et moi j'aimerais que dans les restaurants à Paris, ou ailleurs en France, on puisse manger de la viande française. Or aujourd'hui si on va dans un restaurant, si on veut une entrecôte, elle est allemande, si on veut du veau, il est néerlandais, si on veut du jambon, il est espagnol. Excusez-moi, nous avons en France cela. Donc il faut aussi que le client consommateur demande, exige, et je vais lancer un grand travail sur l'étiquetage, sur la provenance des produits, parce qu'il est indispensable que le citoyen consommateur soit éclairé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, vous êtes un homme politique qui n'a pas peur de son ombre et qui ne mâche pas ses mots. Trois, quatre questions. Un, l'homophobie, le développement de l'homophobie sur les stades et les arbitres qui sont contraints d'arrêter 10 minutes, 5 minutes, un match de foot. Qu'est ce qu'on dit ?

DIDIER GUILLAUME
Je trouve ça formidable moi que les arbitres arrêtent. Enfin. Enfin. C'est scandaleux ce qui se passe dans les stades. On sait bien, les insultes ont toujours existé, ce n'est pas le sujet, mais enfin, les choses ont évolué aussi aujourd'hui, et insulter un joueur pour son orientation sexuelle, ce n'est pas possible, et il faut que tous ces gens comprennent que les supporters ne sont pas des gens qui sont complètement dingos, ils peuvent aimer, ils peuvent être chauvins, Clochemerle, en France on aime ça, on est des gaulois en France, on aime se bagarrer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais l'homophobie, avec des banderoles et des cris, des chants.

DIDIER GUILLAUME
Voilà, eh bien moi je suis ravi, ravi que l'arbitre hier ait arrêté un moment la rencontre entre Nice et l'Olympique de Marseille, je suis ravi qu'il y ait des sanctions qui aient été prises, je crois que c'est à Ajaccio et Nancy, très bien, il faut continuer comme ça. Zéro tolérance, tolérance zéro pour le racisme, pour l'homophobie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne les laisse pas entrer dans les stades si on les a repérés.

DIDIER GUILLAUME
Ah ben oui, ça il faudrait savoir qui sont-ils, mais vous savez il y a beaucoup de gens qui sont interdits, enfin il y a des gens qui sont interdits d'aller dans les stades, mais on ne peut pas, on ne peut plus accepter cela. Tolérance zéro, et Marlène SCHIAPPA a bien fait d'intervenir sur le sujet et elle va continuer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et elle sera là dimanche avec moi à 19h00. Mardi, Cédric VILLANI sera candidat à la Mairie de Paris, et refuse le choix de Benjamin GRIVEAUX, tout à l'heure Gérard LECLERC l'expliquait très bien. Il se présenterait sans étiquette, en sorte de dissident. Est-ce que c'est une faute politique ?

DIDIER GUILLAUME
Je crois que ce n'est pas bien qu'il fasse cela. Il est dans le camp de la majorité présidentielle, il a soutenu Emmanuel MACRON, il a été désigné pour être député de la majorité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quoi, on l'exclut du parti ?

DIDIER GUILLAUME
Ah mais non, mais vous savez, l'exclusion ce n'est pas le sujet, je pense que ce n'est pas possible que les choses se passent comme ça. Il ne peut pas y avoir à la fois Benjamin GRIVEAUX, qui est le candidat, et puis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il affaiblit Benjamin GRIVEAUX.

DIDIER GUILLAUME
S'il se présentait, évidemment il affaiblit Benjamin GRIVEAUX et nous met en grandes difficultés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça n'annonce pas un troisième homme ou une troisième femme, entre nous ?

DIDIER GUILLAUME
J'ai vu qu'à Paris il y avait beaucoup de gens qui étaient intéressés par la Ville de Paris, il y a d'autres candidats, les écologistes, etc. Bon, tout cela il faudra que ça se décante, pour l'instant on n'est que sur une supputation d'une éventuelle candidature de Cédric VILLANI, moi j'en appelle vraiment à la raison, tout cela ne serait pas sérieux pour la majorité présidentielle et il ne serait pas responsable politiquement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne vous laisse pas partir sans vous parler des socialistes. Je ne sais pas si vous avez lu le journal Le Monde…

DIDIER GUILLAUME
Malheur, bien sûr je l'ai lu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… il y a des articles sur les ex-frondeurs, les orphelins de Solferino qui se lâchent, et ce n'est pas beau, d'abord ce qu'ils disent sur François HOLLANDE : « Il était faible, c'est un traître au PS et à la gauche ». Mais cette longue liste des socialistes, qui avaient été récompensés par HOLLANDE, et qui aujourd'hui après la défaite s'expriment, se lâchent, et on voit des torrents de haine. C'est ça la gauche et le PS ?

DIDIER GUILLAUME
Ecoutez, moi je ne suis plus au Parti socialiste depuis 2017. Bon. J'ai été écoeuré de lire cela, écoeuré. C'est ma famille la gauche…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est violent.

DIDIER GUILLAUME
J'ai vécu tous ces moment-là, mais que l'on soit après, à ce point aussi un imbu de sa propre, pour cracher à la figure du président de la République, des uns et des autres, chacun pense ce qu'il veut.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ils se détestent entre eux. Manuel VALS, AYRAULT, MOSCOVICI, CAMBADELIS, Julien DRAY, etc. …

DIDIER GUILLAUME
Oui, j'ai vu ça, j'ai vu ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils se détestent…

DIDIER GUILLAUME
Et puis vous en aurez d'autres aujourd'hui et encore d'autres demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors ?

DIDIER GUILLAUME
C'est affreux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez bien fait de partir.

DIDIER GUILLAUME
Je ne regrette pas quand je lis ça, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a l'impression qu'autour du cadavre du PS c'est le bal des fossoyeurs, de ceux qui l'ont… C'est ça la politique ? Heureusement qu'il y a d'autres sujets. Merci d'être venu.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on continue à se voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2019

Rechercher