Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, à Europe 1 le 29 août 2019, sur le statut de l'élu local et la violence contre les maires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, à Europe 1 le 29 août 2019, sur le statut de l'élu local et la violence contre les maires.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien.

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales

ti :

SONIA MABROUK
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Vous êtes attendu, très attendu sur le projet de loi autour du statut de l'élu, après les multiples menaces et intimidations visant notamment des maires de petites communes qui crient, qui vous crient leur désarroi, que leur répondez-vous ce matin ?

SEBASTIEN LECORNU
La situation dans laquelle se trouvent les 600 000 élus locaux de ce pays et notamment les 35 000 maires de France est une situation qui me préoccupe beaucoup. Je l'ai été, maire, de Vernon, je sais l'engagement des élus locaux, ils sont d'ailleurs en grande partie des bénévoles ou des quasi bénévoles, ils rendent le service public de proximité au quotidien et comme souvent pour les engager, mais aussi pour les engager d'ailleurs dans le syndicalisme ou dans les engagements associatifs, cet engagement, c'est souvent gratuit pour les autres, mais pas gratuit pour celui qui le fait. Depuis de nombreuses années, on assiste à deux sentiments qui montent chez les maires et un troisième que vous venez de décrire. Les deux premiers sentiments, c'est Dieu que c'est compliqué d'être maire, toutes ces normes qu'il faut appliquer, qui sont de plus en plus difficiles et qui disent au fond « mais attendez, moi, ce n'est pas mon métier à la base que de faire de la politique ou d'être fonctionnaire, technicien de ces questions ». Donc il y a une réponse à apporter dans le projet de loi, simplification des normes. La deuxième chose qui est peut-être encore plus délicate et le grand débat national et les 96 heures de débat entre le président de la République et les maires de France l'ont démontré, c'est le sentiment de dépossession, mais en plus c'est plus compliqué qu'avant, mais en plus le sentiment je ne sers à rien parce que c'est toujours décider au-dessus, parce qu'il y a des grandes régions…

SONIA MABROUK
Pardonnez-moi Sébastien LECORNU, vous êtes dans le constat ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, non, attendez…

SONIA MABROUK
Vous nous décrivez ce que vivent et ressentent les maires.

SEBASTIEN LECORNU
Mettons aussi un constat précis sur les choses, sinon on ne va pas s'en sortir. Donc le deuxième sentiment, c'est le sentiment de dépossession, ça sert à quoi d'être maire si tout est décidé dans les étages au-dessus ? Pour le coup le projet engagement de loi, projet engagement et proximité, il répond à ça, c'est la première fois qu'on va redonner du pouvoir aux maires. Jusqu'à présent depuis maintenant près de 20 ans des lois successives ont plutôt dépossédé les maires, faire remonter des compétences…

SONIA MABROUK
Redonner du pouvoir… Diminuer les charges, juste un instant pardon, comment concrètement ceux qui nous écoutent ce matin et qui ont peur parce qu'on n'a pas parlé de ce sentiment-là, qui ont peur, des maires qui ont peur et qui pour la plupart sont devenus le réceptacle, la colère de leurs administrés, comment même vous les protégez, j'allais même dire, physiquement ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais on y vient et c'est le troisième point, mais entendez-moi bien sûr la dépossession, vous faire engueuler pour quelque chose dont vous n'êtes plus responsable est la pire des situations. Voilà. Prenez les compétences eau et assainissement, qui sont des compétences du quotidien pour nos concitoyens qui nous écoutent et qui payent leurs factures d'eau, aujourd'hui cette compétence-là elle est rigide de par la loi, on ne laisse pas forcément les maires s'occuper de… qui va savoir comment on va faire pour administrer cette compétence eau et assainissement ? Le projet de loi va permettre de remettre de la souplesse.

SONIA MABROUK
Donc on résume, clarification des compétences, abaissement des normes…

SEBASTIEN LECORNU
Simplification… ça c'est absolument indispensable et le troisième sentiment, vous l'avez dit, il est nouveau, c'est les agressions, ce sont les pris à partie.

SONIA MABROUK
Il est essentiel, il est inquiétant.

SEBASTIEN LECORNU
2018, 361 faits, 60 % de faits globalement ce sont des injures, des menaces, soit verbale, soit sur les réseaux sociaux puisque bien évidemment la plupart de ces personnes ne sont pas forcément des grands courageux et le font de manière anonyme et 40 %, c'est encore plus préoccupant, nous sommes sur des agressions physiques. Si on regarde de près les 40 % sur les agressions physiques, ce sont souvent, dans bien des cas, des maires qui ne sont pas dans leurs bureaux, mais qui sont sur le terrain et qui vont directement au contact d'une situation, une rue qu'il faut fermer, un terrain qui va être envahi par des gens du voyage, que sais-je, et c'est à ce moment-là du contact que l'irréparable se produit. Là on va prendre un certain nombre de mesures très nouvelles et très concrètes.

SONIA MABROUK
Un exemple concret ?

SEBASTIEN LECORNU
La première des choses en amont, il faut permettre aux maires d'aller moins au contact, donc il faut leur permettre de tout simplement toucher au portefeuille d'un certain nombre de contrevenants, ça s'appelle les amendes administratives. Aujourd'hui je suis maire, je suis obligé physiquement d'aller au contact, peut-être que demain et c'est ce que nous allons faire dans le projet de loi…

SONIA MABROUK
C'est déjà possible, Sébastien LECORNU ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, les amendes administratives, ce n'est pas possible puisque ce sont des outils en général qui sont dévolus au préfet, donc on va les faire descendre du préfet vers le maire. Ca va permettre aux maires, j'étais encore avec un certain nombre de maires qui font cette demande de manière récurrente, c'est de pouvoir toucher un porte-monnaie des contrevenants à distance.

SONIA MABROUK
Oui mais pardonnez-moi, c'est déjà possible pour les préfets.

SEBASTIEN LECORNU
A distance, donc nous le donnons aux maires et c'est nouveaux, Sonia MABROUK. Tout ça dans un cadre de droit encadrés bien évidemment, il ne s'agirait pas qu'un maire fasse n'importe quoi en touchant au portefeuille de ses concitoyens et donc bien sûr le concitoyen pourra se protéger en allant devant le juge. Ensuite vous avez une fois que l'irréparable a été produit, une fois que l'agression a été produite, il y a plusieurs choses à faire. La première, c'est déjà avoir une réponse pénale, aujourd'hui elle est quasiment systématique. 95 % des agressions sur des personnes étant dépositaire de l'autorité publique fait l'objet d'une réponse pénale. Ensuite il y a quelque chose de nouveau à faire et nous allons faire avec ce projet de loi, c'est ne pas laisser les maires tout seul. Aujourd'hui vous avez un maire…

SONIA MABROUK
Attendez, attendez, c'est important, non, je voudrais juste parce qu'à droite, parlons quand même du climat, à la tête des Républicains hier sur notre antenne Jean LEONETTI, voilà ce qu'il dit, il dit qu'il y a une responsabilité qui est la vôtre finalement par rapport à ce climat-là, parce que vous avez délaissé et parfois dénigré les maires.

SEBASTIEN LECORNU
C'est lamentable de dire ça. Laisser à penser que c'est le gouvernement, que c'est l'Etat français qui serait responsable des violences qui sont commises contre les maires, c'est inacceptable et d'ailleurs j'aimerais que les Républicains condamnent aussi avec beaucoup plus de force les différentes atteintes qui sont faites sur les permanences des députés de La République En Marche. Opposer l'Etat, les maires…

SONIA MABROUK
Vous trouvez que l'opposition de droite n'est pas assez ferme ?

SEBASTIEN LECORNU
… opposer l'Etat et les communes, ce n'est pas être Républicain. Et donc je préférai que les Républicains…

SONIA MABROUK
Attendez c'est important…

SEBASTIEN LECORNU
Et notamment le patron par intérim des Républicains fassent preuve de davantage de républicanisme, si des gens aujourd'hui s'en prennent aux maires, ce n'est absolument pas de la faute du gouvernement. Rentrons dans le détail, si vous le voulez bien. La plupart de ces agressions, qui les commet, souvent des personnes qui sont en prise avec des problèmes d'alcool, d'addiction aux drogues, c'est de la faute du gouvernement ça ? Je ne le crois pas. Parfois des personnes qui ont des troubles psychiatriques importants, j'ai regardé la quinzaine d'agressions qui ont eu lieu ces trois derniers mois, on est souvent sur des personnes qui ont des problèmes psychiatriques. Donc l'enjeu ensuite pour nous, c'est de ne pas abandonner les maires. Là, on va faire des choses nouvelles, vous me posez la question sur les choses nouvelles, Sonia MABROUK, je vous y réponds.

SONIA MABROUK
Il y a les choses nouvelles…

SEBASTIEN LECORNU
Soutien psychologique.

SONIA MABROUK
Attendez, attendez Sébastien LECORNU, pardon, il y a la présence, c'est important le président de la République également, est-ce que vous confirmez qu'il sera présent au congrès des Maires, congrès qu'il avait …

SEBASTIEN LECORNU
On part dans tous les sens, oui il ira au congrès des maires, mais le maire…

SONIA MABROUK
Oui, mais c'est très bien, les gestes sont importants.

SEBASTIEN LECORNU
… en Haute Garonne qui a été agressé, il y a maintenant deux mois, et que je vais aller voir demain, ce qui le soucie, ce n'est pas de savoir si Emmanuel MACRON va aller au congrès des maires, ce qui le [préoccupe], c'est de savoir est-ce qu'on va l'abandonner, comme malheureusement ça a été le cas depuis trop longtemps ou est-ce qu'on va l'accompagner ? Et donc la véritable question c'est l'accompagnement et donc maintenant il faut le dire avec force aussi, on a parfois laissé tomber les élus dans le passé, dans le passé récent…

SONIA MABROUK
Vous le reconnaissez…

SEBASTIEN LECORNU
Plus ou moins récent…

SONIA MABROUK
C'est important de le reconnaître.

SEBASTIEN LECORNU
C'est 10 ou 15 ans, moi je vous le dis, bon donc aujourd'hui il faut accompagner les maires, les accompagner sur le terrain juridique. Rendez-vous compte, un maire aujourd'hui est victime, il va devoir payer de ses propres poches, de ses propres deniers l'accompagnement juridique pour aller en justice, on va le prendre en charge.

SONIA MABROUK
Sébastien LECORNU, il faut que l'autorité judiciaire aille jusqu'au bout également.

SEBASTIEN LECORNU
Mais vous mélangez tout Sonia MABROUK, avant déjà qu'elle aille jusqu'au bout, il faut que le maire puisse se défendre. Est-ce que le maire doit payer son avocat de sa propre poche ou est ce qu'on doit le payer parce qu'il y a une solidarité nationale qui s'applique ? La réponse est, nous devons le payer à sa place. Le soutien psychologique, je vous pose moi la question Sonia MABROUK, est-ce qu'il faut faire moins pour un maire…

SONIA MABROUK
Mais moi je vous pose la question Sébastien LECORNU, est-ce que vous êtes sûr qu'on mélange tout ?

SEBASTIEN LECORNU
Je vous réponds. Je vous réponds pour la première fois l'État français, la solidarité nationale va prendre en charge justement l'accompagnement psychologique.

SONIA MABROUK
Et on vous a bien entendu.

SEBASTIEN LECORNU
Tout ça est nouveau et pour le coup ça participe à la réponse du gouvernement.

SONIA MABROUK
Et vous avez raison de le rappeler, mais j'insiste quand même, pardonnez-moi et ce n'est pas mélanger les choses sur la justice et l'autorité judiciaire, parce qu'apporter une réponse, souvent, souvent ce n'est pas le cas, ça n'a pas été fait.

SEBASTIEN LECORNU
95 % de réponses pénales, les chiffres sont têtus, Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Et pour les 5 % et pour ceux qui souffrent ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour des raisons qui peuvent être diverses, ça peut être lié au fait que par exemple les faits en question n'étaient pas forcément liés au mandat de l'élu, vous pouvez avoir des violences qui peuvent aussi se produire dans d'autres cadres, donc là aussi moi, je fais confiance à l'autorité judiciaire. Le maire que je vais voir demain, les auteurs de son agression ont été identifiés, interpellés et condamnés.

SONIA MABROUK
Les élections municipales approchent, quelle est la règle, Sébastien LECORNU, pour les ministres, nombreux, à vouloir se lancer ? Doivent-ils quitter le gouvernement, peuvent-ils cumuler un poste au gouvernement et un mandat local ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce sera au président de la République et au Premier ministre de le dire, je pense qu'ils le feront à l'occasion d'ailleurs du séminaire gouvernemental qui aura lieu la semaine prochaine. En tout cas je souhaite que la plupart de mes collègues puissent être candidats à des élections municipales.

SONIA MABROUK
Vous, vous êtes le seul dans ce gouvernement à être sûr de vous présenter en tant que tête de liste à Vernon dans l'Eure.

SEBASTIEN LECORNU
Moi, je n'ai pas encore pris ma décision si j'étais tête de liste ou pas, parce que je ne suis plus maire…

SONIA MABROUK
Elle trotte quand même beaucoup dans votre tête.

SEBASTIEN LECORNU
… depuis 2015, je serai de nouveau candidat à l'élection municipale, je suis resté le chef de l'équipe municipale, il y a un maire aujourd'hui qui s'appelle François OUZILLEAU qui fait un travail absolument remarquable, soit je serai tête de liste, soit il sera tête de liste, mais je le ferai savoir aux Vernonnais…

SONIA MABROUK
Mais vous serez engagé de manière certaine.

SEBASTIEN LECORNU
… en janvier ou en février prochain et je serais engagé dans ces élections municipales.

SONIA MABROUK
Sébastien LECORNU, vous avez des ambitions.

SEBASTIEN LECORNU
Municipales…

SONIA MABROUK
Des ambitions légitimes que vous assumez, pourquoi alors…

SEBASTIEN LECORNU
J'espère regagner la mairie de Vernon avec François OUZILLEAU…

SONIA MABROUK
Permettez-moi de poser la question, pourquoi alors en vouloir à Cédric VILLANI, pas vous personnellement, mais pourquoi en vouloir à Cédric VILLANI qui a des ambitions, pas moins légitimes que les vôtres ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que vous avez raison, le problème n'est pas personnel. Le vrai sujet, c'est est-ce que certains à Paris, je ne suis pas Parisien, je le dis avec humilité, prudence, est-ce que certains à Paris veulent l'alternance et une autre voix que celle proposée par Anne HIDALGO ? La réponse est simple Sonia MABROUK, c'est dans l'unité qu'on est capable de créer l'alternance, et certainement pas dans la décision. Si celles et ceux qui veulent proposer autre chose, une autre voix à Anne HIDALGO se divisent, par définition, il n'y aura pas d'alternance.

SONIA MABROUK
Pour conclure, est-ce qu'il faut l'exclure du parti ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce sera au parti de le décider.

SONIA MABROUK
Mais vous, vous avez une idée ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, j'aime bien l'unité.

SONIA MABROUK
C'est un collègue que vous apprécié, c'est un grand mathématicien, c'est un profil atypique, c'est un profil original.

SEBASTIEN LECORNU
J'aime beaucoup aussi Benjamin GRIVEAUX, c'est un profil original, je pense qu'on a besoin, mais c'est Benjamin GRIVEAUX qui est le candidat investi et donc si on veut battre Madame HIDALGO à la tête de la Mairie de Paris, il faut donc soutenir le candidat investi.

SONIA MABROUK
C'est-à-dire que Cédric VILLANI est déjà parti pour vous, merci Sébastien LECORNU…

SEBASTIEN LECORNU
Il faut surtout permettre l'alternance. Merci Sonia MABROUK de m'avoir invité.

SONIA MABROUK
… d'avoir été notre invité ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2019

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