Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à BFMTV le 1er octobre 2019, sur l'incendie dans une usine SEVESO de Rouen, les pesticides et le bien-être animal. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à BFMTV le 1er octobre 2019, sur l'incendie dans une usine SEVESO de Rouen, les pesticides et le bien-être animal.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Didier GUILLAUME est notre invité. Bonjour.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Nous allons tout de suite parler de Rouen parce que nous avons besoin d'informations. Les Rouennais, les Français ont besoin de savoir. Transparence totale sur les analyses en cours. On a eu des premiers résultats, on attend d'autres résultats si j'ai bien compris.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'on met tant de temps pour analyser des fumées, de la suie, des boules d'hydrocarbure ? Pourquoi met-on tant de temps ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je n'en sais rien. Je n'en sais rien. Adressez-vous aux scientifiques. Je ne le suis pas, vous non plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous êtes au gouvernement, vous savez.

DIDIER GUILLAUME
Oui, d'accord, mais je ne suis pas scientifique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis tout ça parce que la population pense que vous cachez quelque chose.

DIDIER GUILLAUME
Oui, j'ai compris cela. J'étais à Rouen hier après-midi, Christophe CASTANER y était allé, Jean-Michel BLANQUER, Agnès BUZYN, Elisabeth BORNE et le Premier ministre. La volonté du gouvernement, du Premier ministre et du président, elle est très claire : la transparence totale. Rien ne sera caché, tout sera mis sur la table. Qu'est-ce que c'est ce pays ? Vous pensez, vous Jean-Jacques BOURDIN, que le gouvernement voudrait cacher des choses ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne pense rien. Moi, je veux savoir le résultat des analyses.

DIDIER GUILLAUME
Mais enfin qui peut croire, qui peut penser que le gouvernement agirait comme d'antan où on nous disait « le nuage n'a pas traversé la frontière » ? Justement, nous sommes allés plus loin. Ç'a pu nous être reproché. Le panache a dépassé Rouen et la Seine-Maritime et nous sommes allés jusque dans les Hauts-de-France. Un : transparence totale. Totale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc transparence totale. Aujourd'hui vous dites « on ne sait pas encore ».

DIDIER GUILLAUME
Non. Demain on aura les résultats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on ne sait pas si la fumée est dangereuse.

DIDIER GUILLAUME
Nous aurons les résultats demain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne sait pas si les suies sont dangereuses.

DIDIER GUILLAUME
Non. Moi je ne le sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne sait pas quels étaient les produits qu'il y avait dans…

DIDIER GUILLAUME
Si, mais bien sûr que si. Nous savons quels sont les produits qu'il y avait dans l'usine SEVESO puisque toutes les usines SEVESO ont une liste de produits. Donc ça, c'est très clair, et les produits on le sait. On sait qu'il y a une pollution sur Rouen. On sait qu'il y a de l'amiante qui a brûlé. On sait qu'il y a tout un tas de choses. Simplement ce qu'il faut savoir, oui ou non la pollution qu'il y a eu est grave et peut avoir des conséquences sur la santé. Tout sera publié entre demain et après-demain sur ce qui s'est passé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre demain et après-demain.

DIDIER GUILLAUME
Oui. Les analyses sortiront demain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demain on aura les résultats.

DIDIER GUILLAUME
Non. On aura les analyses. Après ce qu'il faut, c'est que le groupe d'experts et l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'environnement, de l'alimentation et du travail, disent ce qu'il en est. Ce n'est pas à moi de le dire, ce n'est pas au Premier ministre, c'est aux scientifiques. Mais nous voulons la transparence totale, il y a urgence, plus qu'urgence. Parce que quand je vais hier à Rouen, quand je vois à BFM ce matin encore que des citoyens veulent savoir, qu'ils veulent rentrer dans la salle, mais c'est normal. Ils veulent savoir si ce qu'ils ont respiré ça peut avoir des conséquences sur la santé ou pas. Et figurez-vous que le gouvernement est aussi pressé que les habitants de Seine-Maritime et de Rouen pour avoir ces résultats. Donc toutes nos équipes, nous avons travaillé tout le week-end, toutes les équipes sont à pied d'oeuvre 24/24-7/7 pour aller le plus vite possible, pour que le Premier ministre ou le gouvernement en tout cas puisse donner les résultats de cela et ce qu'il faudra prendre. Et c'est la raison pour laquelle en attendant, nous avons mis en place un principe de précaution très fort. Ce principe de précaution peut inquiéter. Je le vois bien. J'entends me dire : « Vous nous dites que ce n'est pas dangereux de respirer l'air mais regardez, vous interdisez la commercialisation du lait, vous interdisez le… »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

DIDIER GUILLAUME
Ça s'appelle le principe de précaution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais venir là-dessus mais j'ai quand même quelques questions. Est-il vrai que LUBRIZOL aurait procédé à des augmentations de capacité de produits dangereux sans évaluation environnementale en janvier et juin ?

DIDIER GUILLAUME
Je n'en sais fichtre rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas ?

DIDIER GUILLAUME
Non. J'espère que ce n'est pas le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le cas, je vous le dis. « L'établissement LUBRIZOL a bénéficié de ces assouplissements. L'exploitant donc de LUBRIZOL a demandé et a présenté deux demandes successives d'augmentation des quantités de substances dangereuses. C'est le préfet qui a dit oui et non l'Autorité environnementale indépendante. »

DIDIER GUILLAUME
Moi je pense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, il y a des questions.

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous répondre. Mais c'est normal qu'il y ait des questions et c'est normal d'y répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Didier GUILLAUME, vous voulez que je vous dise ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais vous pouvez tout me dire, ce n'est pas le problème.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais tout vous dire, oui.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr, mais bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fuite de mercaptan dans cette usine, un gaz nauséabond.

DIDIER GUILLAUME
Oui. Et alors ? Et alors ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
LUBRIZOL condamné. Condamné. 2015, deux mille litres d'huile minérale déversés dans le réseau d'évacuation. 2017, l'usine fait l'objet d'une mise en demeure en raison de dix-sept manquements. Il y a des précédents à LUBRIZOL.

DIDIER GUILLAUME
Vous voyez, justement. Vous voyez bien que les contrôles sanitaires fonctionnent, que les scientifiques fonctionnent, que les agences indépendantes de l'Etat fonctionnent et que l'entreprise, celle-ci comme une autre, est condamnée lorsqu'il y a un problème. Ça me rassure, ça me rassure dans le contrôle sanitaire des populations. Après il y a une enquête en cours

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas d'où vient, quelle est l'origine de l'incendie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne sait pas. Peut-être extérieure.

DIDIER GUILLAUME
Moi ce que j'ai dit très clairement hier et la position du gouvernement, c'est pollueur-payeur. Il faudra que l'entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
LUBRIZOL paiera.

DIDIER GUILLAUME
Celle qui est responsable de l'incendie. Je ne peux pas m'avancer plus que ça puisqu'on entend dire que ça pourrait venir… Bon. Mais il faudra que celui qui est responsable paye. Ce n'est pas aux contribuables français, ce n'est pas aux contribuables rouennais, ce n'est pas à ceux qui payent des impôts à Rouen de payer pour se protéger et pour protéger les paysans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ceux qui vont payer la facture aussi, ce sont les paysans, pardon.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais tous ces paysans en Seine-Maritime mais dans d'autres départements aussi.

DIDIER GUILLAUME
Oui, cent douze communes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'on a interdit de vendre…

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est normal. Mais Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est normal ? Non, je ne dis pas que c'est…

DIDIER GUILLAUME
Si nous n'avions pas pris cette décision, ce matin je serais en face de vous, vous me diriez : « Non mais ça ne va pas ? Vous êtes complètement timbré, monsieur GUILLAUME. Vous laissez des paysans et on va prendre des risques pour notre alimentation et pour notre lait. » Mais nous avons pris ce principe de précaution dont j'espère, je leur ai dit hier, que dans deux jours, trois jours, quatre jours plein de choses pourront être levées. Je l'espère. Ça serait mieux quand même que l'on sache… On ne sait pas ce qu'il y a dans les suies, les études vont être faites. On sait que c'est une pollution. Une fois qu'on saura ce qu'il y a dans les suies, si c'est dangereux ça continuera le principe de précaution ; si ce n'est pas dangereux, nous lèverons les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des aliments peuvent être souillés.

DIDIER GUILLAUME
Peut-être.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des suies dans les champs.

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment faire maintenant ? Que vont faire les agriculteurs qui sont confrontés à cela ?

DIDIER GUILLAUME
C'est exactement le travail que nous avons fait hier pendant deux heures avec l'ensemble de la profession agricole de Normandie et des Hauts-de-France, parce que ça va aussi dans l'Oise, dans la Somme. On est en train d'expertiser tout cela. Un travail a été fait 24 heures sur 24, tous les jours depuis jeudi soir, avec les services de l'Etat, la DGA, la Direction générale de l'alimentation, avec les experts et avec la Chambre d'agriculture pour regarder comment les choses peuvent se faire. Moi ce que j'ai dit hier très clairement, c'est qu'on a interdit la commercialisation du lait pour les vaches qui broutent dans les champs. Il se trouve que là-bas, il y a encore un peu d'herbe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut traire ces vaches régulièrement.

DIDIER GUILLAUME
Evidemment. Elles sont traient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le lait est jeté.

DIDIER GUILLAUME
Donc le lait est jeté, et moi ce que j'ai demandé hier très clairement et je veux le redire sur votre antenne, ce n'est pas aux éleveurs de jeter leur lait. C'est aux entreprises et aux coopératives de collecte de venir collecter le lait. Parce qu'il est inacceptable que l'éleveur qui est déjà très touché, il traie ses vaches et il jette le lait. Ce n'est pas ça la vie d'éleveur. Donc moi je suis là aussi pour le dire très clairement. Il faut que les coopératives et les entreprises de collecte viennent collecter le lait et c'est à elles de le traiter et de le jeter. Ils seront indemnisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les agriculteurs, tous ceux qui sont concernés, seront indemnisés.

DIDIER GUILLAUME
Oui, Jean-Jacques BOURDIN. Pour une bonne et simple raison : c'est que ce sont des victimes. Ils ne sont coupables de rien, ce sont des victimes. La famille chez qui je suis allé hier, en gros c'est mille euros de chiffre d'affaires par jour. Vous vous rendez compte, mille euros de chiffre d'affaires par jour. Si c'est un mois, c'est trente mille euros, l'exploitation elle est finie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est fini.

DIDIER GUILLAUME
C'est fini. Donc nous avons pris des mesures, j'ai annoncé au nom du gouvernement qu'ils seraient indemnisés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

DIDIER GUILLAUME
Le plus vite possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi « le plus vite possible  ?

DIDIER GUILLAUME
Dans quelques jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Etat de catastrophe naturelle ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas, ça, pour l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez prendre un arrêté ?

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas moi qui prends la décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas vous mais…

DIDIER GUILLAUME
Ce que je veux vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

DIDIER GUILLAUME
Je veux vous dire que pour les agriculteurs, dès la semaine prochaine ou dans les dix jours, nous aurons les premières avances qui leur seront apportées parce qu'ils ne pourront pas tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès la semaine prochaine, dans les dix jours ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce qu'ils n'ont pas la trésorerie pour tenir.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr que non, ils n'ont pas la trésorerie. Je les vois tous les jours. Et parce qu'ils n'ont pas cette trésorerie, on ne peut pas les laisser dans la difficulté, donc on va regarder cela évidemment avec les assurances, avec GROUPAMA, avec toutes les assurances, avec la MSA, la Mutualité sociale agricole, puis avec les chambres d'agriculture et on va avancer dans cette direction. On ne peut pas laisser des éleveurs et des agriculteurs. J'ai rencontré hier un agriculteur bio. Le propre du bio, c'est que les animaux soient dehors. S'ils sont à l'intérieur, ce n'est plus du bio.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

DIDIER GUILLAUME
Tout cela, c'est des questions qu'il faut aborder, qu'il faut lever. Nous avons pris le dossier à bras le corps et nous allons regarder les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'on parle de bio, parlons pesticides.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les consultations publiques que vous avez ouvertes – vous, le gouvernement - sur l'arrêté fixant la distance à respecter entre zone d'épandage et habitation s'achèvent aujourd'hui, ce soir. Donc vous proposez dix mètres ou cinq mètres selon les cultures, vous confirmez ?

DIDIER GUILLAUME
Alors je rappelle pour être très précis parce que vous êtes quelqu'un de précis, ce n'est pas le gouvernement, c'est le Conseil d'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Conseil d'Etat, c'est vrai.

DIDIER GUILLAUME
C'est important. La plus haute juridiction administrative saisie par une association qui dit : il faut faire des mesures de protection. Le Conseil d'Etat, le gouvernement s'adressent à l'ANSES, la même agence, la même autorité sanitaire indépendante, qui nous dit : pour mettre un principe de précaution qui fasse qu'il n'y ait pas de danger, il faut mettre dix mètres pour les cultures hautes, les arbres, et cinq mètres pour les cultures basses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La vigne et les céréales.

DIDIER GUILLAUME
Voilà. C'est comme cela que nous avons bâti cet arrêté, dix mètres et cinq mètres. Aujourd'hui certaines associations disent : ça ne va pas, il faudrait aller beaucoup plus loin. D'autres disent : ça ne va pas, il faudrait mettre zéro. Mais sur ce point, Jean-Jacques BOURDIN, c'est comme celui que nous évoquions juste avant. Ce n'est pas aux politiques de décider ce qui est dangereux ou pas dangereux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va décider ?

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas aux politiques de décider ce qui est de droit au pas de droit. Pour le droit, c'est le Conseil d'Etat, et pour la dangerosité c'est l'ANSES et c'est pour ça que nous nous appuyons sur l'ANSES. Ce sont aux scientifiques, aux groupes d'experts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous allez prendre l'avis… On est d'accord mais la dernière décision, c'est vous qui la prenez.

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est nous qui la prendrons, mais je ne vais pas la prendre sur, comment dire, une exagération…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez la prendre sur la base de quoi ?

DIDIER GUILLAUME
Sur la base de ce que nous dit l'ANSES et sur la base de l'étude qui sera faite de cette consultation. Vous savez, lorsqu'un maire construit une station d'épuration, construit une usine, il y a des enquêtes publiques. C'est toujours comme ça, ce n'est pas nouveau tout cela. Ce n'est pas nouveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dix mètres, cinq mètres, c'est le Conseil d'Etat, vous me l'avez rappelé. Dix mètres, cinq mètres.

DIDIER GUILLAUME
C'est l'ANSES dix mètres, cinq mètres, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, l'ANSES. Vous voulez me parler de l'ANSES ?

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous en parler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'après vous, le document… Dites-moi, l'ANSES se base sur le document de l'Autorité européenne de sécurité des aliments. On est bien d'accord.

DIDIER GUILLAUME
Pas uniquement. Je ne sais pas, pas uniquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais en partie. Vous savez de quand date ce document ?

DIDIER GUILLAUME
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 2014.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est la première chose. Et ce document repose sur des données issues d'études, d'études qui ont été faites quand ? Dans les années 80. Donc pardon, moi je veux bien mais…

DIDIER GUILLAUME
Mais vous avez raison, mais vous savez, moi mon objectif, l'objectif du gouvernement, c'est de protéger les Français, c'est de protéger les Français au niveau de leur santé et moi mon objectif, ce n'est pas de faire n'importe quoi, c'est de dire vous allez pouvoir répandre n'importe où.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il va y avoir une zone d'interdiction d'épandage ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui bien sûr, oui bien sûr ça s'appelle des ZNT, des zones de non traitement, ces zones, elles seront devant les habitations, mais parallèlement à cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
5 ou 10 mètres, c'est votre choix aujourd'hui ?

DIDIER GUILLAUME
Non, c'est le choix qui nous est, je réponds, c'est le choix qui nous est préconisé par l'autorité indépendante de sécurité sanitaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le choix qui sera appliqué.

DIDIER GUILLAUME
En fonction de ce qui sera dit dans la consultation, ce matin ce que je peux vous dire, 48.000 personnes sont allées sur les sites, ce n'est pas mal, 48.000.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si on vous dit majoritairement il faut 150 mètres, que dites-vous ?

DIDIER GUILLAUME
En fonction des arguments…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que dites-vous ?

DIDIER GUILLAUME
Je vous réponds, si c'est sur des arguments scientifiques, je réponds oui, si c'est des arguments militants et politiques nous répondons non. Et donc après il y a aussi de la technique, si on nous dit, tant qu'il n'y a pas tel ou tel matériel pour épandre, il faut aller plus loin et si l'ANSES nous dit cela, nous irons plus loin. Mais je comprends vos questions,

JEAN-JACQUES BOURDIN
Didier GUILLAUME, la décision doit être prise.

DIDIER GUILLAUME
Elle sera prise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 1er janvier…

DIDIER GUILLAUME
On le sait depuis longtemps, 1er janvier 2020, ce sera appliqué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon appliqué le 1er janvier, donc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant on est à 5 mètres et 10 mètres…

DIDIER GUILLAUME
On va voir, 48.000 personnes, ce n'est pas mal, on va étudier cela. Des experts, une société va…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De toute façon les agriculteurs sont contre.

DIDIER GUILLAUME
Tout le monde est contre, les agriculteurs sont contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui d'accord mais ils sont en colère.

DIDIER GUILLAUME
Les agriculteurs sont contre de mettre des zones de non traitement ou certains et les associations sont contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les agriculteurs sont stigmatisés dans cette affaire ?

DIDIER GUILLAUME
Ils le sont, oui ils le sont. Je pense vraiment que les agriculteurs sont vraiment stigmatisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par qui ?

DIDIER GUILLAUME
Par la société, par les habitants des villes, par les habitants des métropoles. Aujourd'hui je le disais en début d'année déjà, je pense qu'il faut une réconciliation. Je pense vraiment qu'on ne peut pas continuer à montrer du doigt les agriculteurs. Moi, j'en connais, vous en voyez, vous sûrement aussi, ils font leur travail remarquablement bien. On leur demande la transition agro-écologique, on leur demande le bien-être animal, on leur demande de sortir des pesticides, la France va diminuer sa dépendance aux produits phytopharmaceutiques de 50 % dans les toutes prochaines années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes les champions d'Europe de l'épandage de pesticides.

DIDIER GUILLAUME
Mais nous sommes, Jean-Jacques BOURDIN, nous sommes les champions du monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il faut vraiment qu'on fasse des efforts.

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais je vais vous dire, nous sommes pour la troisième année consécutive, les champions du monde de la durabilité de l'agriculteur. Alors vous me direz, peut-être au royaume de des aveugles, les borgnes sont rois, nous avons l'agriculteur la plus durable du monde depuis trois ans, nous avons l'alimentation la meilleure d'Europe. Moi, quand je vais au conseil des ministres de l'Agriculture, ils nous envient tous notre alimentation. Donc je ne veux pas stigmatiser, l'alimentation que nous mangeons, elle est bonne, simplement la demande sociétale aujourd'hui que je comprends veut qu'il y ait moins de pesticides…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est bonne l'alimentation, même avec des bêtes qui avalent du soja brésilien OGM.

DIDIER GUILLAUME
Mais justement l'objectif, c'est qu'elles n'avalent pas de soja OGM brésilien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais enfin on l'importe, combien, 3,5 millions de tonnes de soja.

DIDIER GUILLAUME
Vous donnez des chiffres sur des dizaines et des dizaines de millions de tonnes autres qui ne sont pas du soja brésilien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord ou pas, 61 % vient du Brésil.

DIDIER GUILLAUME
C'est pour ça que le président de la république a annoncé la mise en place d'un plan protéine végétal…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour sortir, on va arrêter cette importation.

DIDIER GUILLAUME
Il faut totalement l'arrêter et qu'on soit en autonomie protéique végétale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Souveraineté protéinique.

DIDIER GUILLAUME
Souveraineté protéinique, c'est indispensable, nous y travaillons au niveau européen, nous y travaillons au niveau français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le bien-être animal, vous restez en charge du bien-être animal, vous le souhaitez ?

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr, bien sûr et dans les tous prochains jours, les prochaines semaines, le gouvernement va annoncer des mesures comme jamais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'ai envie d'en savoir un peu plus.

DIDIER GUILLAUME
Non, vous avez envie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment non ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, vous avez envie, mais je ne vous répondrai pas ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais attendez…

DIDIER GUILLAUME
Mais ce n'est pas ce matin que ça va être annoncé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez que je vous dise ? Nous sommes le 1er octobre, je recevais il y a peu de temps Aurore BERGE, que vous connaissez, qui est députée la République En Marche, qui dit : « Maintenant, ça suffit, il faut que le gouvernement prenne des décisions ».

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a tapé du poing sur la table. Proposition de loi à l'Assemblée nationale, que demande Aurore BERGE ? Vous allez me répondre, si vous êtes favorable ou pas. Sur la corrida, par exemple, interdiction aux mineurs, oui ou non ?

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas le sujet, les mineurs ne vont pas voir les corridas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais oui ou non ? Vous dites non.

DIDIER GUILLAUME
Mais ça ne me gêne pas, ce n'est pas ça le sujet, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, mais la réponse, c'est le sujet.

DIDIER GUILLAUME
Jean-Jacques BOURDIN, excusez-moi je ne vais pas remettre une pièce sur la corrida, bon, mais simplement ce que je veux vous dire, aujourd'hui, d'accord, il y a 100 000 animaux de compagnie qui sont euthanasiés tous les ans parce qu'ils sont abandonnés par le propriétaire. C'est ça qui m'importe plus que le reste. Et ce qui m'importe, moi, dans les annonces que le président de la République souhaite que le gouvernement fasse, peut-être les fera-t-il lui-même, sur le bien-être animal, ce qui m'importe c'est tous les sujets sur lesquels nous travaillons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, lesquels ?

DIDIER GUILLAUME
Quand on parle du broyage des poussins, aujourd'hui, il faut en sortir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdiction du broyage des poussins…

DIDIER GUILLAUME
Evidemment que je suis pour l'interdiction du broyage des poussins, mais il faut trouver la façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La castration à vif des porcelets ?

DIDIER GUILLAUME
Ça fait partie de tous ces sujets. Evidemment Jean-Jacques BOURDIN je ne vais pas vous répondre ce matin, il y aura de grandes annonces qui vont être faites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les animaux sauvages dans les cirques ?

DIDIER GUILLAUME
... comme jamais, des annonces comme jamais. Mais vous voyez bien...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand, quand ?

DIDIER GUILLAUME
Dans les 15 jours qui viennent, enfin, dans le mois d'octobre. Mais vous voyez bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous ne savez rien de tout ça.

DIDIER GUILLAUME
Je sais à peu près tout de tout ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ne pas le dire ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien parce que je suis désolé, mais ce n'est pas moi qui vais l'annoncer, et ce n'est pas ce matin chez BOURDIN qu'on va le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ?

DIDIER GUILLAUME
Pourquoi, parce que c'est comme ça, nous verrons bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les animaux sauvages, la présence d'animaux sauvages dans les cirques ?

DIDIER GUILLAUME
Mais, le sujet, il est, vous le voyez bien, il est d'arriver d'objectiver le principe de précaution, moi c'est ça qui m'importe. On le voit sur Rouen, on le voit sur les zones de nos traitements. Il est de se dire : nous devons avancer comme jamais sur le bien-être animal. Mais en même temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, on fait des delphinariums…

DIDIER GUILLAUME
Mais en même temps, écoutez-moi bien, moi je suis en charge, ça vous en parlerez à Elisabeth BORNE, moi je suis en charge des animaux liés à l'élevage. Il faut parler du bien-être animal, il faut aussi parler du bien-être de l'éleveur. Moi, les éleveurs, ils aiment leurs animaux, et je ne veux pas laisser dire que ce sont des gens qui font souffrir les animaux. Alors il y a du travail à faire, nous avançons. Quand je dis ça, je sais déjà ce qui va m'arriver sur les réseaux sociaux, mais je suis habitué, mais ce n'est pas grave tout ça, mais ce que je sais, c'est que nous allons annoncer des mesures fortes dans tout un tas de filières, pour avancer comme jamais ça n'a été avancé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, ça va concerner quoi ces mesures ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, je vous ai dit que c'était dans le mois d'octobre, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui non mais d'accord, ça va annoncer quoi ?

DIDIER GUILLAUME
Faites-moi venir dans quelques temps et je vous le dirai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va annoncer ?

DIDIER GUILLAUME
Nous sommes en pleine concertation avec les filières d'élevage, je souhaite rencontrer assez rapidement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'élevage.

DIDIER GUILLAUME
Oui, bien sûr, l'élevage, tout l'élevage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est tout, le bien-être animal, dans les mesures ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je suis en charge de l'élevage, toutes les filières d'élevage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes en charge du bien-être animal.

DIDIER GUILLAUME
Et les animaux de compagnie. Moi je ne m'occupe pas des delphinariums et des cirques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On pourrait faire quoi ?

DIDIER GUILLAUME
Et deuxièmement je vais rencontrer les associations welfaristes, les associations pour leur en parler, parce que je les ai déjà rencontrées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les animaux de compagnie, on peut faire quoi ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien nous sommes en train de travailler, je vais donner une mission à un député, une mission parlementaire à un député très compétent sur le sujet, justement pour travailler là-dessus, un député de la majorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que pourrait-on imaginer pour améliorer les choses ?

DIDIER GUILLAUME
Mais nous imaginerons ensemble, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non non mais d'accord…

DIDIER GUILLAUME
Non non, mais je ne vais pas vous répondre à cette question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les animaux de compagnie…

DIDIER GUILLAUME
Mais attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les animaux de compagnie, le public ne comprend pas Didier GUILLAUME !

DIDIER GUILLAUME
Eh bien moi je vais vous dire ce qu'il comprend le public, c'est que chaque année il y a 100 000 animaux de compagnie qui sont euthanasiés, parce qu'ils sont abandonnés par leur propriétaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, comment faire ?

DIDIER GUILLAUME
Je pense qu'il y a des gens qui ne sont pas digne d'avoir des animaux de compagnie. Mais par contre, je ne veux pas stigmatiser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les responsabiliser ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, il faudra les responsabiliser, mais là c'est pareil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les propriétaires d'animaux de compagnie, qui les abandonnent ?

DIDIER GUILLAUME
Là c'est pareil, j'avais un vieux monsieur, dans mon coin, dans ma ruralité, qui me disait : c'est comme le curé qui à la messe engueule les paroissiens qui sont là, parce que les autres ne viennent pas. Donc moi je ne vais pas stigmatiser l'immense majorité des gens qui ont des animaux de compagnie, qui les traitent, qui les aiment, moi j'ai toujours eu un chien chez moi, tout s'est bien passé, ce n'est pas le sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ceux qui les abandonnent seront punis par la loi.

DIDIER GUILLAUME
Oui, il faudra qu'ils le soient, mais ce n'est pas moi qui vote la loi. Il faudra qu'ils le soient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Punis par la loi.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Celui qui abandonne un animal de compagnie sera puni par la loi.

DIDIER GUILLAUME
Oui, il faudra qu'il le soit, sur l'autoroute, quand on part en vacances, etc. On ne prend pas un animal de compagnie pour se faire plaisir et puis quand je pars en vacances, on l'abandonne. Moi, tous les gens que je rencontre, qui aiment leurs animaux, ils ne les abandonnent pas, ils les traitent bien. C'est comme les éleveurs, éleveurs de brebis, éleveurs de vaches, ils aiment leurs animaux et ils essaient de faire le mieux possible pour eux et ils avancent, ils avancent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, j'ai une information qui tombe, Didier GUILLAUME, une usine Seveso, seuil haut, mise à l'arrêt dans l'agglomération rouennaise, une autre.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien c'est ce que disait CHIRAC : « Les merdes volent en escadrille ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Didier GUILLAUME d'être venu nous voir ce matin.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2019

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