Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les tensions commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis, à Bruxelles le 1er octobre 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les tensions commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis, à Bruxelles le 1er octobre 2019.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Réunion informelle des ministres européens du commerce, à Bruxelles (Belgique) le 1er octobre 2019

ti :

Q - Un des points importants aujourd'hui était de faire le point sur les relations avec les Etats-Unis, en sachant que les sanctions Airbus qui vont sortir, que plusieurs Etats membres vont être visés de manières différentes. Comment ce débat a été abordé avec les ministres ? Avez-vous senti certaines différences de tonalité ou de position par rapport à la position qui doit être prise avec les Etats-Unis ?

R - Il y a eu une grande unité européenne pour constater que l'Europe a toujours tendu la main à tout moment. Nous nous sommes engagés dans un agenda positif. Il y avait eu un communiqué conjoint Trump-Juncker en juillet 2018. Sur ce cas précis, la Commission, mais également les Etats-membres lorsque nous avions des rencontres avec Robert Lighthizer, ont toujours défendu une approche à l'amiable. Dès lors que cette approche ne serait pas retenue par les Américains nous nous mettons en position le moment venu de répondre par le contentieux qui a trait à Boeing. Unité et fermeté sont deux mots clés qui sont revenus régulièrement. Le souhait est qu'il puisse y avoir de l'ouverture mais pour l'instant on ne la sent pas du côté américain.

Q - Les Etats-Unis disent que dans ce cas-ci l'Europe se place au-dessus des règles de l'OMC parce qu'elle a maintenu ses soutiens à Airbus. Où en est-on par rapport à ce règlement et pourquoi cherche-t-on une solution à l'amiable plutôt que de gérer le contentieux ?

R - Chacune des parties a péché, pour prendre un vocabulaire religieux. Maintenant, essayons de nous mettre d'accord sur des disciplines concernant ces dispositifs, ces subventions, plutôt que de s'engager dans une escalade et dans des éléments de rétorsion de part et d'autres. Car au final ce sont les entreprises et les consommateurs qui en paient le prix. Pour l'instant, nous constatons que ce message est peu entendu par nos amis américains.

Q - Justement, si votre appel à une négociation ou à un accord à l'amiable n'est pas entendu et que les Américains décident d'utiliser cette autorisation de l'OMC pour mettre des sanctions, est-ce que vous avez parlé de la possibilité de mettre des sanctions utilisées dans le passé par l'OMC pour pouvoir réagir tout de suite, ne serait-ce que de manière symbolique et pas forcément attendre une décision sur Boeing ? Parce que plusieurs Etats-membres ont laissé entendre que c'est un point d'échauffement entre la France et l'Allemagne notamment.

R - Si les Etats-Unis s'engagent dans cette voie-là, nous allons étudier les possibilités qui nous sont offertes par le droit. Vous l'avez signalé, il y a à la fois des décisions à venir, mais également des décisions passées. Tout mérite d'être regardé, dès lors qu'en tous les cas, il n'est pas concevable de laisser passer des décisions qui ne sont pas dans la bonne dynamique transatlantique que nous appelons de nos voeux.

Q - Avez-vous pu trouver un accord avec les autres partenaires des Etats-membres ?

R - C'est un tour de table, chacun exprime des positions. La synthèse sera faite. À ce stade, nous sommes dans une position de principe qui est unité et fermeté. Elle a été réaffirmée.

Q - Concernant le prochain rendez-vous. Quand sera la prochaine fois que vous pensez en parler avec vos homologues ?

R - Le prochain conseil des ministres se tient le 21 novembre. Mais d'ici là, nous nous tenons informés. Les téléphones vont chauffer. C'est ce qui a fait que les Européens par le passé ont toujours su trouver le bon équilibre, donc nous allons garder cette position. Peut-être également un mot parce que nous avons évoqué le sujet du Mercosur. Vous savez que sur ce point-là, la France est particulièrement ferme, au regard d'un certain nombre de manquements du Brésil à la parole prise lors des accords de Paris. Je retiens qu'un certain nombre d'Etats membres ont signalé qu'ils avaient aussi des préoccupations fortes sur cet accord. La représentante de l'Irlande a signalé qu'il y avait eu l'adoption d'une motion parlementaire appelant au rejet de ce traité. Egalement une prise de parole de la représentante de l'Autriche disant qu'il y avait aussi eu une décision parlementaire et que le nouveau gouvernement était lié par cette décision parlementaire jusqu'à maintenant. Je le signale parce que cela montre que la France n'est pas la seule à avoir tiré la sonnette d'alarme. Par ailleurs, je me réjouis d'une chose qui m'a marqué. C'est pour moi le premier repas informel où je vois autant de ministres du commerce prendre la parole pour évoquer le nécessaire lien entre politique commerciale et politique climatique et environnementale. Je le faisais systématiquement et j'avais un peu le sentiment d'être à l'avant-garde, mot pudique pour dire isolé. Là, je me sentais assez conforté. Je le signale car je pense qu'il y a une inflexion et que les prises de parole fortes du président de la République rencontrent un écho croissant sur ces sujets-là.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 octobre 2019

Rechercher