Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, à LCI le 2 octobre 2019, sur l'incendie d'une usine classée Seveso à Rouen et sur le budget pour 2020. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, à LCI le 2 octobre 2019, sur l'incendie d'une usine classée Seveso à Rouen et sur le budget pour 2020.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI. Il y a un chiffre qui claque ce matin dans l'actualité. 5 253 tonnes qui ont brûlé à Rouen depuis l'incendie de l'usine LUBRIZOL. C'est vrai que ça percute quand même les déclarations rassurantes et successives des différents ministres, y compris le Premier ministre qui s'est rendu sur place et qui n'arrive pas à convaincre. On en parle depuis plus de quarante-huit heures. Est-ce que vous admettez, est-ce que vous identifiez un défaut, une erreur de communication à l'origine par exemple ?

GERALD DARMANIN
Ce qui s'est passé à Rouen est grave et touche la population rouennaise, normande et finalement les Français. Le site Seveso, c'est un site évidemment compliqué, classé comme tel, et si vous dites qu'il y a une erreur de communication – vous parlez de 5 200 tonnes – bien au contraire. Je pense que le Premier ministre, c'est lui qui a rendu public notamment le nombre de produits chimiques qui étaient à disposition malheureusement et qui ont brûlé. C'est lui qui a rendu public le fait que c'était effectivement de l'amiante qui était sur les toits de cette usine et il a dit qu'il rendrait publique l'intégralité de toutes les études commandées par l'intégralité des organes scientifiques. Et d'ailleurs ce soir même, je crois que le préfet ne sera plus seul mais entouré de scientifiques, notamment le chef si j'ai bien compris de pneumologie de Rouen, pour témoigner et apporter une caution bien sûr scientifique aux questions manifestement que les Rouennais se posent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça permettra effectivement de répondre à certaines angoisses mais petit, quand même, petit exercice si vous le permettez, petit flashback. On va réécouter ce que Christophe CASTANER – il a été le premier ministre à se rendre sur place – déclarait le jeudi 26 septembre à Rouen. Ecoutez.

CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR – 26 septembre 2019
Selon les premières analyses qui ont été réalisées dès cette nuit et qui sont poursuivies ce matin, il n'y a pas de dangerosité particulière même si, nous le savons, l'inhalation des fumées présente en soi sa part de dangerosité.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est toute la difficulté de communiquer, Gérald DARMANIN. Le ministre qui dit à la fois « il n'y a pas de dangerosité mais c'est dangereux de respirer », vous comprenez que ça puisse créer quand même, est-ce que vous pouvez reconnaître que ça puisse créer de la confusion, de l'inquiétude, un message comme celui-là même s'il est factuellement exact.

GERALD DARMANIN
Si le ministre de l'Intérieur ne s'était pas rendu sur place, où il a d'ailleurs salué le travail des pompiers, des centaines de pompiers qui au péril de leur vie sont intervenus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas tous équipés d'ailleurs à la hauteur manifestement.

GERALD DARMANIN
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Dans la nuit, il y a eu ce drame. On ne connaît pas d'ailleurs l'origine de ce drame aujourd'hui. Ce drame, il a permis je crois d'abord d'une part de protéger le site, les alentours, la ville de Rouen sans aucune victime. Parce que ça fait plusieurs jours qu'on discute effectivement d'un lieu de pollution dans la Seine, dans l'air, les suies qui sont tombées, la question des agriculteurs. Ce sont des questions évidemment très importantes, je comprends tout à fait la grande inquiétude de la population rouennaise, il n'y a pas eu de victimes. Les pompiers sont intervenus, les services de l'Etat ont bien fonctionné et, par ailleurs aujourd'hui, la transparence est faite sur l'intégralité des études.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout ça est vrai. Quelle leçon vous en tirez néanmoins ? Vous ne pouvez pas ne pas prendre acte comme nous que six jours après, l'inquiétude est toujours là et, au contraire, elle est même alimentée par des messages qui sont perçus - qui sont perçus - comme confus. Quelle leçon vous en tirez ?

GERALD DARMANIN
Mais il n'y a pas de leçon pour l'instant à tenir d'une situation qui n'est pas terminée. Aujourd'hui le principe de précaution s'est appliqué, les enfants ne sont pas allés dans les écoles évidemment tant que les sites étaient en question, notamment en termes d'études scientifiques. Nous n'avons pas l'intégralité des études d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui, elles seront rendues publiques lorsqu'elles seront dévoilées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc aucune leçon.

GERALD DARMANIN
Pour l'instant, on est dans la crise encore. Pour l'instant, il y a encore une situation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites « trop tôt ».

GERALD DARMANIN
Bien évidemment. Il y a une situation encore qui est très grave. Je pense aux agriculteurs dont ils vont voir qu'une partie de leur récolte, peut-être une partie de leur élevage, peut-être sera remis en cause et je crois que le ministre de l'Agriculture a eu raison d'annoncer les dédommagements qui étaient prévus. Il y a la question de la catastrophe technologique. Aujourd'hui le gouvernement étudie la demande d'une partie des élus mais qui ne semble - je dis qui ne semble - pas tout à fait correspondre à ce qui s'est passé à Rouen. La question de d'où vient le drame. Moi j'ai entendu parfois des choses très compliquées dans la confusion que vous évoquez. Il y a eu un faux communiqué qui a été fait par quelqu'un ou par des personnes de la préfecture. Un faux communiqué.

ELIZABETH MARTICHOUX
On en a parlé d'ailleurs des fake news qui ont été construites.

GERALD DARMANIN
La confusion est manifestement entretenue. J'ai vu sur les réseaux sociaux qu'il était dit que le préfet avait pris un arrêté pour agrandir le stockage sans étude préalable. Ce n'était pas dans ces hangars qui ont brûlé. Donc il y a aussi beaucoup de fake news et il faut donc prendre le temps, rassurer la population et on comprend que la situation effectivement a été et est grave à Rouen.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que le président doit aller sur place ? Est-ce que ce serait utile pour rassurer les Rouennais et au-delà ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai pas à dicter le comportement du président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que ce serait utile ?

GERALD DARMANIN
Mais il me semble que quatre ministres plus le Premier ministre, des conférences de presse quotidienne, du préfet de région, un Premier ministre qui par ailleurs est Normand, je le rappelle. Je crois que l'Etat est bien au rendez-vous et communique comme il le faut.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'Etat n'a pas failli, c'est ce que vous nous dites et il a été au rendez-vous. Gérald DARMANIN, on va parler du budget. C'est votre affaire en tant que ministre des Comptes et du Budget. Vous martelez depuis plusieurs semaines que jamais personne n'a autant baissé les impôts. Neuf milliards en 2020, quarante milliards sur le quinquennat. Justement puisqu'on évoquait à mots couverts la méfiance qu'il peut y avoir par rapport à la parole publique, les Français n'y croient pas. Sondage OpinionWay pour Les Echos la semaine dernière : 60 % des Français ne font pas confiance à Emmanuel MACRON pour baisser les impôts. Vous avez raté la cible ?

GERALD DARMANIN
Non mais, il faut lire le sondage complètement. Les Français ne croient pas à la baisse de l'impôt sur le revenu. C'est d'ailleurs assez normal puisqu'elle n'est pas encore votée. Cette baisse d'impôt sur le revenu sera votée par les parlementaires désormais dans quinze jours. Je donnerai des consignes à la Direction générale des finances publiques pour que, dès le mois de janvier grâce au prélèvement à la source, ça se voit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce sera anticipé dès janvier.

GERALD DARMANIN
Exactement. En janvier sur les feuilles de retraite, sur les feuilles de salaire, il y aura une baisse des impôts donc une augmentation du pouvoir d'achat de nos compatriotes, des dix-sept millions de foyers qui payent l'impôt sur le revenu. En revanche dans le sondage OpinionWay, ce qui est très intéressant c'est qu'une majorité de Français croient en la baisse de la taxe d'habitation. Dans le sondage de l'année dernière, ils n'y croyaient pas. Pourquoi ? Entre temps, la taxe d'habitation est arrivée. Il y a eu une baisse de la taxe d'habitation en octobre dernier et 80 % des Français vont connaître à partir d'aujourd'hui et d'hier, l'envoi de leur taxe d'habitation qui baissera de nouveau d'un tiers.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui peut brouiller le message, je vais vous donner un exemple : le couac, le fameux couac autour de l'exonération… De la suppression, pardon, de l'exonération fiscale pour les aides à domicile pour les personnes de plus de soixante-dix ans. Elle a été annoncée un lundi matin par voie de presse, elle a été annulée le lendemain par le Premier ministre dans la précipitation. Ce genre de tête-à-queue nourrit la méfiance évidemment. A ce sujet, est-ce que vous avez trouvé les trois cents millions qui doivent remplacer ceux qui ont été finalement annulés ? Vous les avez trouvés ou pas ?

GERALD DARMANIN
Moi je voudrais revenir quelques instants sur la mesure. Que nous l'ayons collectivement mal expliquée, qu'elle soit mal rentrée dans l'atmosphère, c'est une chose. Le Premier ministre l'a retirée, dont acte. C'est dans le projet de loi de finances.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et finalement pas seulement Muriel PENICAUD, comme vous l'aviez dit dans un premier temps.

GERALD DARMANIN
Ce qui est important, ce qui est important me semble-t-il, c'est qu'il faut qu'on se pose la question de quels sont les grands sujets de demain, et le grand sujet de demain, c'est la dépendance. Il faudra bien qu'on trouve à un moment entre nous, entre Français, la question de savoir comment on finance cette dépendance. Parce que dans la mesure qui a été proposée, il y avait beaucoup plus d'argent pour la dépendance, pour les personnes âgées dépendantes.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord.

GERALD DARMANIN
Et il y a des gens qui sont dépendants et qui n'ont pas plus de soixante-dix ans. Il y a des Alzheimer précoces, il y a des personnes qui sont handicapées qui ont moins de soixante-dix ans et qui sont moins aidées par la solidarité nationale. Vous me posez la question de savoir quels sont les trois cents millions d'économies.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, est-ce que vous les avez retrouvés ?

GERALD DARMANIN
Pardon de le dire, ce n'est pas trois cents millions puisque c'était trois cents millions d'euros d'économies dans le budget de Madame PENICAUD, mais c'était cent quatre-vingts millions d'euros de dépenses de la Sécurité sociale. Les gens qui ne bénéficiaient plus de l'exonération…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous avez compensé cette économie qui a disparu ?

GERALD DARMANIN
Les gens qui avaient cette exonération sociale passaient dans le droit commun des deux euros d'abattement par heure. C'est 2 % du budget de Muriel PENICAUD, les douze milliards deux cent soixante-dix millions d'euros. On a l'occasion jusqu'au mois de décembre d'avoir une discussion parlementaire. Nous allons supprimer, puisqu'il est dans le projet de loi de finances, la disposition souhaitée par le Premier ministre de cette exonération et on aura l'occasion de discuter avec la ministre du Travail, puisqu'elle va me faire des propositions j'imagine, des économies que nous pourrions faire en échange…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord.

GERALD DARMANIN
Pardon de le dire, en échange de ce qui se passe également sur les dépenses de la Sécurité sociale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pour l'instant, vous ne dites pas « on les a trouvés », vous dites « on en discute » et ce ne sera pas annoncé comme ça par voie de presse…

GERALD DARMANIN
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera donc public d'une certaine façon. Ce sera annoncé pendant la discussion budgétaire par exemple. Vous n'excluez pas que ce soit…

GERALD DARMANIN
On a trois mois pour en discuter. Je rappelle d'ailleurs que, encore une fois, ce sont des économies sur l'Etat et des dépenses sur la Sécurité sociale. Et en année d'après, c'était plus de crédit d'impôt. Les gens déclarant plus, ils avaient plus de crédit d'impôt. Donc il y a un système de cent millions à peu près à trouver, non pas trois cents. On aura l'occasion d'en discuter dans les semaines qui viennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas encore mûr.

GERALD DARMANIN
On y travaille. On y travaille dans la concertation sinon vous allez nous dire que c'est un couac.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas, il faut les trouver. Ça, c'est impératif.

GERALD DARMANIN
On verra la discussion parlementaire. Si ailleurs dans d'autres missions, s'il y a des économies qui sont portées…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sinon vous pourriez mettre un peu plus encore dans le déficit.

GERALD DARMANIN
Mais attendez, de quoi parlons-nous ? On parle de trois cents millions, c'est 2 % du budget de Muriel PENICAUD.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais je cherche à savoir si vous allez exactement compenser à l'euro près.

GERALD DARMANIN
J'ai bien compris votre demande mais je ne crois pas que ce soit le lieu ici où on fasse les arbitrages budgétaires. Je voudrais répéter les choses : trois cents millions d'euros d'un côté, quatre cents milliards de dépenses de l'autre, je crois qu'il faut relativiser le débat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une question précise. J'aimerais que vous soyez, pardon, aussi assez précis et bref à propos des personnes âgées puisqu'il s'agissait bien des personnes âgées. Dans votre budget, les pensions des retraités qui gagnent moins de deux mille euros brut seront revalorisées au niveau de l'inflation.

GERALD DARMANIN
C'est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
1,3-1,4. Et pas les autres.

GERALD DARMANIN
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les autres, ce sera 0,3 au delà de deux mille euros.

GERALD DARMANIN
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Que se passe-t-il pour ceux qui touchent quelques euros de plus que deux mille euros ? Vous voyez ce que je veux dire ? Ceux qui ont cent à deux mille quatre, deux mille cinq euros et qui seront pénalisés par rapport à ceux qui touchent mille cent quatre-vingt-dix-sept euros ? Est-ce que là vous allez faire un geste pour eux ? C'est ça ma question.

GERALD DARMANIN
Ceux qui seront à moins de deux mille euros auront évidemment, comme vous l'avez dit, l'indexation à l'inflation ; ceux qui auront plus de deux mille euros seront à 0,3 %. Je le dis d'autant plus que ce qu'il faut regarder, ce n'est pas simplement l'augmentation de la retraite qu'elle soit à l'inflation ou qu'elle soit 0,3. D'ailleurs je constate que dans le projet de Monsieur DELEVOYE, c'est une grande nouvelle pour les retraités, ce n'est plus annexé à l'inflation mais c'est annexé sur les salaires qui sont plus dynamiques. Donc la réforme de Monsieur DELEVOYE, elle est plus favorable pour les personnes qui touchent des retraites. Et par ailleurs - donc il y a un seuil, à partir de ce seuil il faut accepter l'idée qu'il y a moins de deux mille et il y a plus de deux mille euros - par ailleurs ce qui est intéressant, c'est que ça correspond aussi à la suppression de la taxe d'habitation pour les gens qui sont entre deux mille et deux mille cinq cents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pardon, vous ne regarderez pas la situation de ceux qui sont passés juste au-dessus, justement peut-être l'année dernière, et qui donc vont voir leur pension être finalement plus basse que ceux qui ont moins ?

GERALD DARMANIN
C'est le principe des seuils mais c'était déjà le cas l'année dernière lorsqu'on avait fait le seuil à mille deux cents euros. Et encore une fois, je voudrais le redire, ceux qui touchent aujourd'hui entre deux mille et deux mille cinq cents euros, ils bénéficient, notamment les personnes âgées, de la suppression de la taxe d'habitation. Entre trois cents et quatre cents euros de moyenne de suppression…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites que ça s'équilibre.

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas que ça s'équilibre. Il y a un gain de pouvoir d'achat évident. La personne retraitée qui a deux mille cents euros par exemple et qui est célibataire, imaginons qu'elle n'ait pas de demi-part fiscale, qu'elle ne soit pas en couple. Certes elle aura peut-être la réindexation à 0,3 rue de l'inflation, c'est-à-dire une différence d'à peu près un point, mais elle aura la suppression de la taxe d'habitation et elle va bénéficier de trois cents euros également – trois cent cinquante même précisément - de baisse d'impôt sur le revenu dès le mois de janvier. Donc cette personne âgée qui est à plus de deux mille euros, elle aura un gain de pouvoir d'achat très important par la suppression de l'impôt prévue par le président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est votre réponse. Puisqu'on parlait de baisse d'impôts, on en parle, il y en a une qui avait choqué et qui choque toujours beaucoup de Français, c'est la suppression de l'ISF remplacé par l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière. Sur cette réforme, le président avait déclaré ceci au printemps dernier dans le cadre de la conférence de presse.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – le 25 avril 2019
Mais comme c'est une réforme pragmatique, elle sera évaluée en 2020 et nous regarderons son efficacité. Si elle n'est pas efficace, nous la corrigerons. C'est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Gérald DARMANIN, « nous la corrigerons en 2020, cette réforme, si besoin », c'est ce que dit le président. Le problème, c'est que le comité chargé d'évaluer cette réforme est bien embarrassé. Il a pondu trois cents pages hier sans rien pouvoir conclure sur l'efficacité de cette réforme deux ans après. Est-ce que ça ne sent pas un peu le fiasco ?

GERALD DARMANIN
Oui. Vous avez déformé les propos du président. Il a dit « nous l'évaluons en 2020 », je crois qu'on est en 2019.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Nous la corrigerons en 2020 si besoin. »

GERALD DARMANIN
Non, non. On peut regarder la bande. Il a dit « nous l'évaluerons en 2020, et si jamais elle n'est pas positive nous la corrigerons. » Pourquoi c'est important de le faire en 2020 ? L'année 2019 est la première année pleine de la suppression de l'impôt sur la fortune. Puisque nous l'avons supprimé dans le budget 2018, les gens qui payaient l'impôt sur la fortune – ce n'est pas mon cas – ne l'ont pas payé en 2019 et donc l'année prochaine, nous pourrons en déduire qu'il y a une année pleine de suppression de l'ISF. D'ailleurs, je voudrais faire trois remarques. La première, c'est que les très gros, les très riches, les très gros propriétaires n'ont pas été épargnés. L'impôt sur la fortune immobilière qui l'a remplacé, on a vu que les revenus c'est le double de ce que nous avions prévu. Deux, c'est un impôt qui permettait de produire plus et d'embaucher plus. Est-ce qu'on peut considérer qu'en France - c'est ce que dit aussi le rapport, sur trois cents pages il dit quand même quelque chose d'intéressant - il dit que d'une part l'ISF touchait les petits riches et pas les gros qui bénéficiaient notamment de l'optimisation fiscale et qui échappaient à l'impôt sur la fortune, notamment la réforme de Monsieur HOLLANDE de 2013 qui était très néfaste pour notre économie. Le chômage baisse continuellement avec une augmentation, pardon de le dire, de l'investissement dans les PME. Le rapport le dit également.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais vous connaissez, vous, quelqu'un, Gérald DARMANIN, qui a économisé de l'argent avec la suppression de l'ISF et qui l'a réinvesti dans une PME plutôt que de le mettre en épargne ou de le dépenser ?

GERALD DARMANIN
Personnellement, je vais vous dire quelque chose. Moi je ne connais pas grand monde qui paye l'ISF dans mon entourage personnel. Par contre je connais les Tourquennois, les habitants de Tourcoing. Les habitants de Tourcoing, ils ont de 16 à 17 à 18 % de chômage depuis dix ans et ils voient que de l'autre côté de la frontière belge, il n'y a pas l'ISF. Par contre, il y a encore des usines textiles. Là, ils sont à 3, 4, 5 % de taux de chômage dans les villes juste à côté de Tourcoing. A Courtrai par exemple. Donc ce qu'on voit, c'est que l'idéologie fiscale qui poussait à dire « il faut que les riches payent » et quand les riches sont partis de l'autre côté de la frontière, l'emploi est parti également.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question, est-ce que…

GERALD DARMANIN
Donc je préfère qu'on supprime l'ISF et qu'on baisse le chômage sans idéologie que d'avoir une idéologie fiscale et de donner aux Belges la richesse et l'emploi que les petits Tourquennois devraient avoir demain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Gérald DARMANIN, il y a un article dans votre projet de budget, c'est le 57, numéro 57. Sauf erreur, on en a parlé tout à l'heure dans la Matinale de Pascale de LA TOUR DU PIN, il légalise la collecte à des niveaux massifs, les collectes de données personnelles sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? Pour traquer la fraude fiscale qui est un de vos chantiers. Est-ce que vous allez oui ou non utiliser nos données personnelles collectées sur les réseaux sociaux ou les sites d'achats - ça va du BonCoin à Facebook - pour lutter contre la fraude fiscale ? La CNIL est inquiète.

GERALD DARMANIN
Non. La CNIL d'abord a validé…

ELIZABETH MARTICHOUX
La Commission nationale informatique et libertés qui est le gendarme, on va dire, de la vie privée.

GERALD DARMANIN
Vous avez réussi à dire beaucoup de contre-vérités en une phrase, en quelques instants.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas le gendarme de la vie privée, la CNIL ?

GERALD DARMANIN
D'abord la CNIL a validé un dispositif en disant « il y a des inquiétudes autour de ce dispositif qui peut être légal s'il est adopté par le Parlement. »

ELIZABETH MARTICHOUX
« A ce stade, la proportionnalité de ce nouvel outil de surveillance - il parle de votre outil - n'est pas assuré. » Je ne l'ai pas inventé.

GERALD DARMANIN
Non, non. La CNIL a dit : moi, je pense que ce n'est pas du pouvoir réglementaire, c'est-à-dire propre au ministre - mais c'est du pouvoir du Parlement propre place à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ce que j'ai fait, j'ai donc déposé l'article 57 du projet de loi de finances et le Conseil d'Etat, protecteur de nos libertés également, a dit : ce n'est pas du domaine législatif du Parlement mais du pouvoir réglementaire. J'ai quand même donné raison à la CNIL en proposant que ce soit bien dans le projet de loi de finances et que les parlementaires l'acceptent. De quoi s'agit-il ? Il ne s'agit pas de chercher sur le BonCoin ou sur Facebook vos données personnelles. Il s'agit de savoir si Monsieur X ou Madame Y explique lorsqu'elle dit au fisc français : « j'ai passé plus de six mois de mon temps aux Etats-Unis, en Espagne ou en Grande-Bretagne, là où peut-être la fiscalité notamment sur le capital ou sur l'immobilier, est moins chère. Je ne suis pas résident fiscal en France même si je suis Français mais je suis résident fiscal aux Etats-Unis. » Et ça, c'est une grande preuve - je pense que ce n'est pas le cas de Monsieur ou Madame MICHU - c'est le cas de quelques personnes qui utilisent notamment le fait qu'ils aient des propriétés ailleurs pour pouvoir payer moins d'impôts et échapper au fisc français, comme en Grande-Bretagne, comme dans les pays du Sud de l'Europe. Nous utiliserons les données des réseaux sociaux comme possibilité de renforcer le contrôle fiscal que nous pourrons faire. Il ne s'agit pas d'utiliser le BonCoin. D'ailleurs je vous rappelle que ce n'est pas fiscalisé les échanges sur le BonCoin, c'est comme la brocante, comme les Puces du marché de Tourcoing par exemple. Mais d'utiliser ces armes pour mieux contrôler les grands fraudeurs fiscaux.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas, vous restez droit dans vos bottes sur cet article : pas question de le retirer alors que la CNIL s'inquiète.

GERALD DARMANIN
Le Parlement en discutera.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et puis les députés et les sénateurs pourront apporter leur touche.

GERALD DARMANIN
Ils pourront le modifier s'ils souhaitent le modifier. Ils pourront le supprimer s'ils souhaitent le supprimer. On aura l'occasion d'en discuter au Parlement. Moi je souhaite qu'il soit maintenu parce que je pense que la fraude fiscale, c'est un coup de poignard au pacte républicain et qu'il ne faut pas être naïf.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous annoncez ce matin, Gérald DARMANIN très brièvement, une nouvelle organisation des jeux en France. Ils étaient éclatés sous diverses tutelles et autorités. Vous en créez une, vous nous l'annoncez ce matin sur LCI : vous créez une autorité nationale des jeux en France.

GERALD DARMANIN
Ce matin, nous portons avec Bruno LE MAIRE une ordonnance en Conseil des ministres, qui crée une nouvelle autorité, qui remplace l'ARJEL, qui s'appelle l'ANJ, qui va prendre le pouvoir de trois ministères, dont le ministère des Comptes publics, mais aussi le pouvoir qu'avait l'ARJEL, qui sera donc installée à partir de l'année prochaine. L'ordonnance que nous présentons avec Bruno LE MAIRE, c'est à la fois la privatisation de la FRANÇAISE DES JEUX, d'une part, et d'autre part la création de cette autorité qui doit regarder la lutte contre l'addiction pour les jeux, qui doit fixer les prix et surtout les autorisations des jeux qui aujourd'hui étaient fixés par plusieurs ministères, dont le ministère des Comptes publics et qui doit garantir l'indépendance d'une autorité, vu les enjeux très importants des jeux en ligne notamment.

ELIZABETH MARTICHOUX
La privatisation de la FRANÇAISE DES JEUX ce sera abouti quand ?

GERALD DARMANIN
Alors, elle va être lancée, me semble-t-il au mois de novembre, et je crois que le ministre de l'Economie aura l'occasion de le préciser, pour qu'au début de l'année prochaine la FRANÇAISE DES JEUX soit privatisée, l'Etat gardera une part de capital…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant la fin de l'année, donc.

GERALD DARMANIN
Et je rappellerai, et je voudrais le dire d'ailleurs à vos téléspectateurs, que l'Etat français continuera à toucher 3,5 milliards d'euros de recettes fiscales et sociales de la FRANÇAISE DES JEUX. Ce n'est pas parce qu'on privatise la FRANÇAISE DES JEUX, que l'Etat s'assoit évidemment sur les recettes d'une partie de la FRANÇAISE DES JEUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot pour finir, la plainte qui visait Eric ZEMMOUR pour des propos antimusulmans, il a prononcé une charge violente, d'une rare violence contre l'immigration et l'islam, pas d'islamistes, « l'islam, tous nos problèmes sont aggravées par l'islam, c'est la double peine, par l'immigration ». Il l'avait déjà été condamné pour incitation à la haine raciale. Ça mérite une condamnation à nouveau ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne suis pas à la place de la justice ; je trouve que monsieur ZEMMOUR, pour qui j'ai de l'estime, est parti du côté obscur de la force, et manifestement il a quitté de journalisme pour entrer dans la politique auprès de Marion MARECHAL-LE PEN. Moi, personnellement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez qu'il va se présenter ? Vous le voyez comme ça.

GERALD DARMANIN
Je ne sais pas, en tout cas ce serait d'ailleurs ne plus conforme au discours qu'il porte, qui ne soit pas un discours de commentateur ou d'analyste, mais bien de personne qui a des convictions désormais extrêmement éloignées des miennes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Que vous qualifiez comment ?

GERALD DARMANIN
Eh bien c'est des convictions qui relèvent d'une partie de madame Marion MARECHAL-LE PEN. Monsieur ZEMMOUR dit : « MARECHAL nous voilà », et ça c'est un problème, à propos de Marion MARECHAL, évidemment, c'est un problème évidemment important que de commenter un « journaliste », je sais que LCI d'ailleurs a regretté le fait d'avoir diffusé le discours de monsieur ZEMMOUR, qui relève désormais non plus du commentaire journalistique oui de l'analyse journalistique, mais de l'alliance objective avec l'extrême droite française. Je le regrette, parce que le ZEMMOUR que j'ai connu dans mon adolescence, qui s'intéressait à la politique, est désormais assez passé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est passé du côté obscur.

GERALD DARMANIN
En tout cas, c'est l'analyse que j'en ai. Et je trouve que de manière générale, aller vers les hypothèses que défend Marion MARECHAL-LE PEN, me paraît très éloigné des convictions républicaines qui sont les miennes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Gérald DARMANIN d'avoir été ce matin sur le plateau de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2019

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