Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à CNews le 3 octobre 2019, sur le Brexit, les commissaires européens, les tensions commerciales avec les Etats-Unis et le couple franco-allemand. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à CNews le 3 octobre 2019, sur le Brexit, les commissaires européens, les tensions commerciales avec les Etats-Unis et le couple franco-allemand.

Personnalité, fonction : MONTCHALIN Amélie de, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes;

ti :

ROMAIN DESARBRES
La guerre commerciale entre Bruxelles et Washington, le Brexit, Amélie de MONTCHALIN, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, a choisi CNews pour parler ce matin à Jean-Pierre ELKABBACH. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que c'est vrai que quand l'Europe est malmenée, elle a des effets directs sur nous, sur l'emploi, la croissance et notre stabilité ? Amélie de MONTCHALIN, merci d'être venue.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous et d'abord bonjour. Boris JOHNSON prévient les Européens dans son langage imagé et cru : c'est à prendre ou à laisser. La France, elle prend ou elle laisse ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La France, elle dit d'abord que ce n'est pas un jeu, qu'on n'est pas là pour être au casino, on n'est pas en train de faire du bluff. Il y a des gens, des entrepreneurs, des entreprises, des agriculteurs, des pêcheurs, des familles à qui on doit, calme et responsabilité. La fébrilité qui anime les uns et les autres, ça donnerait l'impression qu'au fond Boris JOHNSON pourrait nous dire ce qu'il veut en deux heures alors que ça fait deux ans que ça dure et qu'on a du mal à nous organiser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Apparemment il ne sait pas, il ne s'en souvient pas. Ou il n'a pas intérêt à s'en souvenir.

AMELIE DE MONTCHALIN
Boris JOHNSON il a un problème, c'est qu'il faut qu'il négocie, bien sûr, avec l'Union européenne mais c'est surtout qu'il n'a plus de majorité au Parlement. C'est que le paysage politique britannique est totalement divisé. Et donc, il est en train de faire une bataille autant dans son Parlement, dans sa vie intérieure politique qu'avec nous, les Européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il y a trois pays.

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, le Royaume-Uni, c'est trois pays. Il y a ceux qui veulent sortir coûte que coûte et qui disent « l'Union européenne, on ne les voit plus jamais ». Ça, c'est les Brexiters durs. Il y a ceux qui disent « l'Europe, c'est formidable. Il faut qu'on soit dedans parce que c'est notre avenir ». Ça, c'est les Remain et la jeunesse. Et puis on a les socialistes au milieu qui ne savent pas trop, qui pensent qu'au fond économiquement, il faut rester avec l'Europe mais pas trop politiquement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui. Mais auquel des trois pays l'Europe doit-elle parler ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais nous, on parle avec les gouvernements. On croit à la souveraineté. Il y a eu un référendum, le peuple britannique s'est prononcé. C'est au peuple britannique qui a ses institutions de trouver une solution. Le problème de Boris JOHNSON, c'est qu'il nous dit « c'est à prendre ou à laisser », mais qu'est-ce qu'on sait de ce que pense le Parlement britannique de sa proposition ? Aujourd'hui, je ne sais pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il veut le réduire au silence une nouvelle fois. Il a dit qu'il siège mais qu'il veut arrêter qu'il siège.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais c'est bien pour ça, vous voyez, que nous les Européens, on va bien sûr échanger, on va bien sûr analyser. On est en train de parler d'un sujet hyper grave. Je vous dis, il y a des agriculteurs, des pêcheurs, des entreprises qui dépendent de cette décision. Mais on ne va pas lui dire d'accord tout de suite, là en deux heures, si on ne sait même pas ce que pense son Parlement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais vous savez l'impression que vous donnez tous ? C'est que l'Europe a peur de monsieur JOHNSON.

AMELIE DE MONTCHALIN
On n'a pas peur du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'un continent entier est à la merci de monsieur JOHNSON et de ses caprices.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce n'est pas une question de peur. C'est une question de respect de quelques principes forts qu'on a posés. On a un principe, c'est les normes. Moi, je ne veux pas qu'arrive sur nos marchés, dans nos supermarchés du lait avec des antibiotiques, des vaches malades, que les pêcheurs soient soumis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attention à ces accusations. Du lait avec des antibiotiques, c'est-à-dire que là-bas ils mettent des antibiotiques et on le boit ici.

AMELIE DE MONTCHALIN
Non. Ce que je vous dis, c'est qu'aujourd'hui on a des normes très strictes qui permettent qu'au sein de l'Union européenne, on se fasse confiance et que les entreprises aient une concurrence loyale et que les consommateurs soient protégés. Je veux que dans le futur, les mêmes choses s'appliquent donc on a besoin de contrôle, donc on a besoin de savoir ce qui rentre et qui sort. Donc Boris JOHNSON fait des propositions ; il faut qu'on regarde si par exemple sur le sujet des normes, c'est respecté. Je ne veux pas non plus qu'on ait paradis fiscal aux portes de l'Europe. Pourquoi ? Parce que nos entreprises ici, on leur demande de respecter des enjeux environnementaux, sociaux, fiscaux. Il faut qu'on puisse travailler de manière loyale. Le Royaume-Uni, vous savez, ils seront toujours à cinquante kilomètres de nous. Le tunnel, il ne fera pas plus de kilomètres demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez ce qu'il vous a répondu ? On va l'entendre. Il veut sortir de l'Europe à ses propres conditions. Boris JOHNSON.

BORIS JOHNSON, PREMIER MINISTRE DU ROYAUME-UNI
Ce que les gens veulent, ce que les pro et anti-Brexit veulent, ce que le monde entier veut, c'est qu'on en finisse calmement avec le sujet du Brexit et qu'on avance. C'est pourquoi nous sortirons de l'Union européenne le 31 octobre quoiqu'il arrive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il faut lui donner satisfaction ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Satisfaction sur quoi ? Sur le fait qu'ils veuillent partir le 31 octobre ? C'est une décision souveraine du peuple britannique. C'est à eux de décider. On a un accord sur la table qui permet de le faire de manière ordonnée. On préférerait que ce soit fait de manière ordonnée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord.

AMELIE DE MONTCHALIN
S'ils veulent le faire autrement, on s'est préparé. On a fait des investissements majeurs dans les ports, on a fait des investissements majeurs dans les contrôles qu'on veut pouvoir faire et donc on s'est préparé. Est-ce que je le souhaite ? Bien sûr que non. Est-ce que de manière responsable on doit être prêt ? Bien sûr que oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous parlez beaucoup avec le président de la République hier, aujourd'hui, cette nuit probablement et peut-être dans la journée. Est-ce qu'il dit qu'il faut que l'Europe ouvre encore des chantiers, parce qu'on est à vingt-huit jours du 31 octobre, et qu'on recommence à donner des délais, que l'on traîne ? Ou on va vers le 31 définitif avec ou sans deal, avec ou sans l'accord ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce que dit le président, c'est qu'il ne faut pas qu'on cède ni à la panique et qu'on ne soit pas fébrile. On a posé des principes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez. Mais la panique, on cède à Boris JOHNSON, non ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne cède pas à la panique mais on cède à JOHNSON ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non. On a des principes, on est ferme. On a dit « on veut que les normes soient respectées. On veut que la paix en Irlande soit respectée. On veut que nous ayons une relation loyale dans le futur. » On ne peut pas avoir, je vous dis, un paradis fiscal à nos portes. Donc une fois qu'on a posé ces principes, on travaille, on échange. Soit on arrive à se mettre d'accord sur des choses qui sont des ajustements : très bien, tant mieux. Soit ce n'est pas possible et donc on s'est préparé. Je rappelle que c'est un choix britannique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est une affaire britannique.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'il y a des conséquences graves sur toute l'Europe.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais vous imaginez si…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chacun va souffrir mais le Royaume-Uni, d'après Boris JOHNSON, peut très bien vivre sans nous, sans le continent.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est là qu'il faut dire la vérité, i faut que Boris JOHNSON dise la vérité aux Britanniques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment que le Royaume-Uni continuera d'avoir des liens avec l'Europe. Le Royaume-Uni ne va pas se retrouver au milieu de l'Atlantique comme une île perdue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a le soutien de Donald TRUMP.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais d'accord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est fort de ce soutien-là.

AMELIE DE MONTCHALIN
Enfin, les cinq millions de camions qui vont de Calais à Douvres tous les ans pour apporter des produits au Royaume-Uni, je ne vois pas comment ils vont passer par le tunnel ou par le bateau depuis les Etats-Unis. On a des relations très fortes, on a des relations culturelles. Il y a trois cent mille Français à Londres, il y a cent cinquante mille Britanniques en France. Donc les principes qu'on a avec le président, c'est de dire « on a des choses qu'on dit depuis deux ans et demi sur lesquelles on ne cédera pas. On est prêt à s'ajuster, on est prêt à dialoguer. » C'est Michel BARNIER qui porte la voix des vingt-sept pays de l'Union sur le sujet, mais moi ce qui compte c'est qu'on dise la vérité. C'est un choix britannique. Une ministre aujourd'hui française ne peut pas venir vous dire « voilà ce que je pense, voilà ce que je veux », parce que sinon ça s'appelle de l'ingérence et ça veut dire qu'il n'y a plus de démocratie en Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quelle est la tendance ? Vous avez parlé avec les Européens, je pense, cette nuit. Quelle est la tendance ? On est un peu critique, sceptique ou on va encore accorder un délai et des fleurs à monsieur JOHNSON ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On veut tous un accord parce qu'on sait que c'est dans l'intérêt commun qu'il y ait un accord. On a tous des principes et on ne va pas renier aujourd'hui ce qu'on a fait depuis deux ans et demi de travail. Et donc on se dit tous : soit on arrive à s'ajuster parce qu'on réussit à, au fond, trouver un nouveau compromis ; soit si ce n'est pas le cas, on ira au no deal et on se prépare et c'est pour ça que ça fait deux ans et demi qu'on se prépare.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pour tous les Français et les Européens qui pensent que l'on craint les chantages et les menaces de monsieur JOHNSON, qu'est-ce que vous dites ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je dis que ce n'est pas comme ça qu'on agit. On travaille pour eux, pour les Européens, pour les entreprises. On s'est préparé. Il y a sept cents douaniers qui sont prêts dans les ports. Il y a des nouveaux contrôles à Boulogne, on travaille avec les pêcheurs. Bien sûr qu'on aimerait bien que cette situation arrête de perdurer. Ça crée de l'incertitude, ça crée beaucoup de bruit, mais ce n'est pas une question de peur, c'est une question de responsabilité. Il y a des gens, il y a des vies et des familles et c'est pour eux qu'on travaille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu, la Bourse hier a chuté.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les entreprises sont inquiètes même si elles sont préparées etc. Elles pensent qu'elles vont perdre encore avec les contrôles douaniers, les taxes, des milliards et des milliards de dollars ou d'euros

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais ça s'appelle la démocratie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui.

AMELIE DE MONTCHALIN
Parfois les référendums amènent à des choix difficiles. Mais mon rôle, le rôle des politiques à Bruxelles ce n'est pas de décider pour les Britanniques. C'est leur choix à eux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut penser que le président de la République en parlera peut-être à Rodez, quand il va voir les agriculteurs demain à Clermont et ce soir. Où il parlera probablement des migrants, de la sécurité autour des villes, de ce qui s'est passé à Rouen. Est-ce qu'il faut qu'il aille à Rouen, le président ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je pense qu'il faut que sur ce sujet de Rouen, on soit très clair, très ferme et surtout très transparent. Le président, je ne sais pas si c'est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« Il faut qu'on soit » où « on est » ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais il faut qu'on continue à l'être. On l'est depuis le début. L'Etat dit tout ce qu'il sait et il faut qu'on arrive, par ces faits, à rassurer la population et qu'on arrête les craintes infondées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais vous n'y arrivez pas. Ce n'est ni Tchernobyl, ni Fukushima mais est-ce que c'est une catastrophe ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais c'est une catastrophe industrielle. C'est une catastrophe parce qu'on voit que ça crée énormément de peur. Ensuite il faut qu'on arrive à ramener la situation d'abord de manière sanitaire à l'endroit où elle doit être, c'est-à-dire que les gens puissent vivre en sécurité dans un endroit sain, et surtout qu'on puisse rassurer la population en apportant des faits et c'est pour ça que le préfet, tous les services sanitaires, le ministre de la Santé, les ministres travaillent en ce sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on peut imaginer que le moment venu, il ira s'adresser directement aux Rouennais.

AMELIE DE MONTCHALIN
J'imagine que les choses se feront par étape mais aujourd'hui pour moi, l'essentiel, c'est qu'on arrive à avoir les faits qui me permettent à la population de reprendre sa vie normale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bruxelles. Hier il s'est produit un moment assez drôle… Enfin, drôle… Politiquement significatif. François-Xavier BELLAMY, Geoffroy DIDIER, c'est-à-dire la droite française LR, sont partis en guerre contre Sylvie GOULARD auditionnée par les députés européens. Ils veulent l'empêcher de devenir commissaire, ou en tout cas l'affaiblir. Hier j'ai suivi les moments de ce direct : ils l'ont massacrée.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi ce qui m'a choquée, c'est qu'on a deux députés de la droite républicaine LR, François-Xavier BELLAMY et Geoffroy DIDIER, qui ont eu les mêmes mots que les députés Front national, Rassemblement national, qui posaient des questions à Sylvie GOULARD. Ça veut dire que la dérive qu'on voit en France de ce rapprochement entre l'extrême droite, c'est deux tiers des militants maintenant LR qui nous disent qu'ils se rapprochent, qu'ils sont près à des accords avec le FN. Cette dérive-là, elle arrive au Parlement européen. Alors qu'ils aient envie de se venger de leurs 8 % aux européennes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ressemblait à un règlement de comptes, c'est ça ?

AMELIE DE MONTCHALIN
J'ai l'impression, en tout cas c'est l'impression que ça donne. Parce qu'on ne va pas parler, ni du marché intérieur, ni de la défense. Sylvie GOULARD porte la défense européenne. C'est un projet que la France porte, par notamment la droite républicaine, depuis des décennies. Elle en est aujourd'hui responsable, personne ne lui pose des questions là-dessus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors on trouve que son portefeuille est immense, mais...

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est une chance pour la défense de pouvoir s'occuper de choses importantes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ça. Ecoutez François-Xavier BELLAMY, hier, dans le style et la manière directe de parler à Sylvie GOULARD. Il en avait d'ailleurs le droit, mais écoutez-le.

FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY, DEPUTE LR AU PARLEMENT EUROPEEN
Nous ne sommes pas ici pour juger bien sûr, mais avec mes collègues du PPE nous voulons simplement vous rappeler vos propres mots. Comment comprendre que ce qui vous a écarté du gouvernement en France, ne vous empêche pas d'exercer avec la sérénité et l'indépendance requise des fonctions de commissaire ? Est prendre au sérieux ce mandat stratégique, et nos partenaires européens, que de ne pas appliquer les mêmes règles ici que dans la politique nationale ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire qu'à travers Sylvie GOULARD, c'est encore une vengeance contre Emmanuel MACRON qui l'a nommée ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, ses arguments je les réfute dans la forme. Il y a une commission Parlement qui regarde les conflits d'intérêts. Cette commission a considéré que Sylvie GOULARD pouvait passer l'étape suivante. Cette audition devait permettre de parler de ce qui fait le coeur battant de l'Europe qui est le marché intérieur, qui est ce que Jacques DELORS a créé pour l'Europe. La droite républicaine dit avoir des grandes intentions européennes, je n'ai pas entendu quel était le sujet évoqué par François-Xavier BELLAMY. Ce que j'entends en revanche, c'est que j'aimerais savoir si les leaders politiques nationaux des Républicains aujourd'hui, cautionnent l'idée que quand on a en face de soi une commissaire française, la question qu'on doit lui poser, c'est de remuer des affaires dont elle a déjà expliqué le contenu, et qui ont déjà été traitées par une autre commission Parlement. J'aimerais aussi qu'on comprenne qu'est-ce que les Républicains aujourd'hui ont à dire, alors qu'on pleurait encore il y a deux jours Jacques CHIRAC, sur le fait qu'il ait cette porosité si grande entre leurs idées, leur style, leurs attaques, leurs approches, alors qu'on a dit l'Extrême droite et Les Républicains de l'autre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous êtes en train de nous dire qu'à Bruxelles, la droite et certains éléments de la droite LR, qui vont d'ailleurs manifester contre la PMA dimanche, que ces éléments-là, peut-être sans l'accord ou l'assentiment des dirigeants multiples de LR, accélèrent la dérive vers le Front national ou le Rassemblement national ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est un peu ce que je dis, et je dis surtout que quand Sylvie GOULARD est chargée de la politique industrielle, de la politique de défense, de comment on a de la souveraineté numérique, je crois que quand j'écoute les débats ici en France, ce sont des choses que les Républicains demandent et qu'ils l'ont face à elle et qui ne lui posent aucune question de fond, je me demande quand même d'où vient cette dérive et qu'est-ce qu'elle traduit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en même temps il y a des règlements de compte entre ce parti, qui est le PPE, qui a eu pendant des années les postes à haute responsabilité, il y a deux responsables qui ont été écartés, Manfred WEBER, l'Allemagne, de la présidence, et deuxièmement un Hongrois TROCSANYI, qui a été écarté. Est-ce que Sylvie GOULARD risque d'être éliminée comme commissaire ? Est-ce qu'il y a ce risque ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le Parlement va décider aujourd'hui, je crois qu'ils peuvent vous pose des questions, il y a une deuxième audition, ils peuvent faire beaucoup de choses. Ce que je vois moi, c'est que ce Parlement européen était habitué à cogérer les choses entre les socialistes et la droite. Il fermait les portes, il se mettait en accord et ça marchait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne marche plus.

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, de manière démocratique, vous avez un bloc, un groupe vert, qui est très important, qui porte une ambition climatique forte. Vous avez ce groupe Renaissance que nous incarnons, qui a une vraie ambition pour l'Europe et qui cherche à mettre sur l'agenda européen de nouveaux sujets, et donc les deux autres ils sont un peu déboussolés, ils ne comprennent plus comment ça marche. Mais je dirais, ce n'est pas à nous de faire les frais du fait qu'ils n'ont pas gagné les élections comme ils le voulaient. On porte en Europe une voix légitime, on a le droit de mettre en avant des sujets, et Sylvie GOULARD qui porte pour la France un projet essentiel de rapprochement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça on a compris, vous la soutenez. Est-ce que vous l'avez eue depuis ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr qu'on se parle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'elle dit ? Est-ce qu'elle a souffert de la manière dont elle a été traitée par les Français ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Elle dit qu'elle aurait aimé pouvoir incarner, expliquer les projets qu'elle a pour l'Europe. C'est un projet essentiel. Comment on crée des emplois demain, comment on crée la prospérité demain. Je crois que tous les tous les Français, tous les Européens, ça les intéresse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'elle risque d'être sortie de son poste où elle est désignée Commissaire européen ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans ma position, je ne peux pas vous dire ce que va faire le Parlement, d'ailleurs je ne sais pas si le Parlement lui-même sait ce qu'il va faire. Il y a un processus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis après une élection.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et ensuite il y a une élection et il y a un vote, donc les choses se font dans le temps long, on a une quinzaine de jours devant nous, et il y a d'autres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est la droite française qui l'attaque en premier lieu. Parce que le représentant de la France Insoumise…

AMELIE DE MONTCHALIN
BOMPARD.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
BOMPARD, a été …

AMELIE DE MONTCHALIN
Très digne, a posé des questions pour…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... les Italiens socialistes etc. ont posé des questions, elle a répondu en italien, elle a répondu en anglais…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et en allemand.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en allemand, dans toutes les langues qu'elle connaît, et elle maîtrise peut-être des dossiers, mais il y a ce passé qu'on lui reproche. Les Etats-Unis, cette nuit des Etats-Unis ont imposé pour 7,5 milliards de dollars de taxes sur des produits européens importés. J'ai vu les vins, les fromages, les olives les avions ; autorisés par l'OMC en raison des subventions qui avaient été accordées à AIRBUS. C'est un mauvais coup pour l'économie européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Bruno LE MAIRE l'a dit hier, c'est une erreur politique majeure des Américains. Vous savez, dans ces processus de guerre commerciale, à la fin ça peut être la guerre, donc c'est pour ça que nous ce qu'on appelle c'est la désescalade et Bruno LE MAIRE l'a très bien dit. Les Américains nous disent : voilà ce qu'on va faire le 18 octobre, on aimerait pouvoir négocier, je pense que la position européenne ce sera bien sûr de discuter. Maintenant on ne sera pas naïfs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Américains ont dit à l'OMC le 18 octobre, c'est-à-dire dans 15 jours, est-ce que cela s'applique ou est-ce qu'il y a encore un temps de négociations pour éviter que ça s'applique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je crois à la désescalade, je crois au courage politique, je crois surtout que l'on ne va pas se lancer dans une guerre commerciale comme ça sans réagir, et que surtout on soit bien conscient, c'est aussi au détriment des Américains que c'est en train de se faire. Pourquoi ? Si on taxe AIRBUS, qu'est-ce qui va en profiter ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais enfin, les intérêts américains, ce n'est pas la peine des les défendre, Donald TRUMP qui est assez grand pour ça, avec ses tweets, il a encore dit : c'est une grande victoire des Etats-Unis, cette nuit.

AMELIE DE MONTCHALIN
Très bien, et c'est surtout la victoire de la Chine. Parce que taxer AIRBUS, à la fin ça profite à qui ? Aux avions chinois. Je ne suis pas sûr que c'est ce que veuille faire vraiment Donald TRUMP.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors à quand des représailles en réciprocité de la part de l'Europe ? Parce que vous pouvez aussi taxer les produits américains.

AMELIE DE MONTCHALIN
La Commission européenne a toujours dit que si cette erreur politique majeure était faite, elle ne serait pas naïve et qu'on pouvait réagir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aurait des réactions européennes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Maintenant, je crois personnellement qu'il est essentiel, comme l'a dit Bruno LE MAIRE hier, que nous puissions chercher la désescalade et que nous puissions ne pas être dans la surenchère réciproque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pendant ce temps vous avez remarqué que l'Europe n'apporte pas de solutions concrètes aux questions que se posent les citoyens sur la sécurité, l'immigration, les nouvelles technologies etc., et que la croissance…

AMELIE DE MONTCHALIN
On y travaille, c'est bien l'agenda qu'on a fixé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pendant ce temps, regardez les quelques images qui viennent de Chine à l'occasion des 70 ans de la Chine de Mao, la montée de la puissance chinoise à travers la défense et l'armée.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est bien pour ça et président de la République nous dit qu'au fond un projet de souveraineté européenne, il faut qu'on assume notre puissance, on est, on voit bien, on vient d'en parler, entre les Etats-Unis et la Chine, qui n'ont qu'une envie c'est qu'on ait à la fin l'obligation de choisir entre l'un ou l'autre. Pourquoi l'Europe ne peut pas assumer sa puissance ? On est un grand continent. On est 500 millions de consommateurs, on a des pays qui ont une présence militaire, on a une technologie tout à fait de point puisque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parlez plus aux citoyens, associez-les.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc pour les citoyens, ce qu'on veut faire pour eux, c'est comment on crée des emplois, comment on vous protège, comment effectivement on protège nos frontières, c'est tout l'agenda qu'on a avec Ursula VON DER LEYEN, c'est tout le travail d'ailleurs qui est le mien au quotidien avec tous les ministres français, c'est qu'on crée cette souveraineté pour les citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous parlez de Ursula VON DER LEYEN, nouvelle présidente de la Commission, elle a créé un poste de commissaire chargé de protéger notre mode de vie européen, et on entend dire comme critique, elle trouve là des relents xénophobes et une rhétorique dangereuse et populiste. Est-ce qu'il faut qu'elle change l'intitulé de sa…

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce que je sais, c'est qu'avec le président de la République, mardi à Strasbourg, pour fêter le Conseil de l'Europe, et on a parlé de quoi ? De nos valeurs européennes, des droits de l'homme, de nos droits sociaux, de tout ce qui fait... Je pense qu'une partie de notre mode de vie européen…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on ne change pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi ce que j'entends dans notre voix européenne, c'est aussi comme a créé des droits pour les citoyens, c'est qu'on les protège, c'est qu'on a créé une économie sociale de marché, c'est qu'on a créé au fond une protection.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elle a raison de dire mode de vie européen.

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc il faut qu'elle explique, qu'elle l'explique bien, que ce n'est pas une question de se fermer au monde, mais je sais bien pour protéger, ce qui fait notre identité, mais surtout ce qui fait que les citoyens européens, on a créé autour des droits, des protections, et ça je pense que c'est un atout, et ils doivent d'ailleurs, ces atouts et ces protections, être accessibles à tous, quel que soit leur lieu de naissance et leur origine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce que dit l'Europe aujourd'hui, aujourd'hui l'Allemagne a 29 ans, l'Allemagne réunifiée fête aujourd'hui…

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui le 3 octobre, effectivement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Devant le Reichstag, les événements qui se sont produits il y a 29 ans, c'était…

AMELIE DE MONTCHALIN
La réunification.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La réunification de l'Allemagne après tant d'années de divisions. L'Assemblée nationale va voter aussi le traité…

AMELIE DE MONTCHALIN
Là dans quelques heures, je vais y aller juste après cet entretien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce matin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le traité d'Aix-la-Chapelle…

AMELIE DE MONTCHALIN
On espère qu'elle ratifie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ratifie, MACRON, MERKEL, dans la continuité de ce qu'avait fait du général de GAULLE avec Konrad ADENAUER. Et ça va avec les Allemands, il va y avoir un Conseil des ministres, je crois que c'est le 16 octobre, mixte à Toulouse, mais vous aller encore baratiner, mais avec des mesures concrètes pour les citoyens.

AMELIE DE MONTCHALIN
Non. Il y a eu un moment, c'est la réconciliation, la réconciliation c'était aussi très symbolique, aujourd'hui on a la convergence, qu'est-ce que pour les citoyens français, pour les citoyens allemands, concrètement on fait pour eux, dans les régions transfrontalières mais partout, comment on innove ensemble, comment on crée de l'industrie ensemble et comment on crée des emplois ensemble. Je pense que les Français et les Allemands…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Du concret, du concret, du concret !

AMELIE DE MONTCHALIN
... attendent de nous des résultats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec l'assentiment et l'association des citoyens. Merci d'être venue, vous portez la passion de l'Europe et c'est intéressant, parce que ça nous concerne directement…

AMELIE DE MONTCHALIN
Tous les jours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... on l'a vu pour la croissance, les emplois, la stabilité, ce dont va parler sans doute à Rodez ce soir le président de la République, avec la réforme des retraites, et nous, nous en parlerons dimanche avec Jean-Paul DELEVOYE, qui vient en exclusivité sur Cnews, dans l'émission « Sans détours », dimanche à 19h00.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2019

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