Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 3 octobre 2019, sur les revendications des policiers concernant leurs conditions de travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 3 octobre 2019, sur les revendications des policiers concernant leurs conditions de travail.

Personnalité, fonction : NUNEZ Laurent.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur

ti :

SONIA MABROUK
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

SONIA MABROUK
Du jamais vu. Des milliers de policiers dans la rue pour la Marche de la colère. C'est un avertissement pour vous ?

LAURENT NUNEZ
Eh bien c'est d'abord une manifestation qui a indiscutablement mobilisé, donc, qui portait sur un certain nombre de thématiques que nous prenons en compte au ministère de l'Intérieur. Nous avons beaucoup de discussions avec les policiers, avec les organisations syndicales. Je les rencontre souvent, Christophe CASTANER les rencontre aussi également très souvent, et bien évidemment nous discutons de l'ensemble de ces sujets, et je crois que beaucoup a été fait pour les policiers, et il reste à faire et ce sera le sujet du Livre blanc qui va nous occuper à partir de la mi-octobre.

SONIA MABROUK
On va en parler bien sûr. On peut comprendre le malaise de la police, mais ça interpelle quand même, Laurent NUNEZ, de voir des personnes en charge de l'ordre républicain, manifester ainsi.

LAURENT NUNEZ
Alors, d'abord le malaise dans la police, comme vous l'appelez, il est dû au fait que vous savez depuis 2015, depuis les attentats, et puis ensuite on a eu des manifestations contre la loi El Khomri en 2016, on a eu le mouvement des Gilets jaunes, dont on sort, avec des manifestations qui ont parfois été très violentes, avec des mots très durs prononcés à l'endroit des policiers, à l'encontre des policiers et des gendarmes, et puis surtout des violences commises contre eux, qui font que les violences commises contre eux, d'une manière générale dans la société, font que les policiers ont été, et les gendarmes, ont été rudement éprouvés sur la période écoulée, et c'est aussi ce qu'ils voulaient s'exprimer hier, ce ras-le-bol contre des violences qui sont portées à leur endroit, qui sont commises par une infime minorité de la population française, parce que les ¾ de la population sont très satisfaits de l'action de la police.

SONIA MABROUK
C'est légitime qu'ils manifestent.

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, toute revendication est légitime dans notre pays.

SONIA MABROUK
Même si ça doit se poursuivre ?

LAURENT NUNEZ
Et cette revendication nous l'avons écoutée, nous l'avons même comprise, avec le ministre de l'Intérieur, et nous allons continuer à discuter avec eux. Mais vous savez, beaucoup a été fait pour améliorer les conditions de travail des policiers, depuis que nous sommes au ministère avec Christophe CASTANER, vous savez, en matière de cycle horaire, on a décidé d'expérimenter un cycle horaire qui va être très bénéfique pour les policiers et leur famille.

SONIA MABROUK
On va en parler. Juste, Laurent NUNEZ, est-ce que c'est légitime, pardonnez-moi, que les policiers manifestent, et s'ils doivent le faire de nouveau, est-ce que vous leur dites : eh bien finalement la place des policiers n'est pas dans la rue ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, il y a un certain nombre de policiers, mais il y a eu une mobilisation hier, certaine, mais vous savez, d'autres policiers et les gendarmes, les policiers également étaient à leur poste hier. Donc on a eu un certain nombre qui ont exprimé une revendication légitime, et d'autres qui étaient au travail. Et puis il n'y a pas d'annonces…

SONIA MABROUK
Combien dans la proportion, d'ailleurs ? On dit qu'il y avait 20 000 policiers dans la rue, sur combien au total ?

LAURENT NUNEZ
On ne compte pas, je veux dire, on ne compte pas les manifestations de policiers, on ne fait pas de comptage, c'est une tradition…

SONIA MABROUK
Ils se sont comptés eux-mêmes, quand même.

LAURENT NUNEZ
Ils se sont comptés eux-mêmes, voilà, ils ont donné un certain nombre de chiffres, on n'a aucune raison de penser que ces chiffres ne sont pas bons.

SONIA MABROUK
Alors, pour les rassurer, vous dites que le budget de la police va augmenter, mais tout n'est pas qu'une question de budget, les policiers attendent Laurent NUNEZ, de la reconnaissance, de la considération, du soutien, et à les entendre, vous ne leur en témoignez pas suffisamment.

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord, quand on dit : tout n'est pas une question de budget, sans doute, mais c'est quand même important, puisque vous savez que dans la période écoulée, les considérations, l'attention budgétaire portée à nos forces de sécurité intérieure, n'a pas toujours été à la hauteur dans les années écoulées. Nous, nous sommes présents, nous sommes au rendez-vous, on a un budget qui l'année prochaine va encore augmenter, le budget de la police ce sera + 5 %, on a une indemnité qui a été décidée l'année dernière dans le cadre d'un protocole en décembre 2018, qui va trouver son plein régime l'année prochaine. Vous savez, les policiers vont toucher 130 € mensuels en plus, donc il y a une attention budgétaire qui est portée, je vous passe le programme immobilier, le programme d'équipement en véhicules…

SONIA MABROUK
Je vais vous donner un exemple concret, Laurent NUNEZ…

LAURENT NUNEZ
Cette attention, elle est réelle, et j'insiste, elle n'a pas toujours existé par le passé, y compris par ceux qui nous donnent beaucoup de leçons.

SONIA MABROUK
Dans nos reportages, on entend des policiers se plaindre de voir des délinquants aussitôt arrêtés, aussitôt relâchés, et en plus, et en plus les narguer. Bref, les policiers dénoncent selon eux le laxisme de certains juges. Ils ont raison ?

LAURENT NUNEZ
Alors, je ne me permettrais pas de dire que les juges sont laxistes…

SONIA MABROUK
Non, mais la réalité sur le terrain…

LAURENT NUNEZ
Non, non non. La réalité c'est que j'ai aussi beaucoup d'exemples d'une action policière qui est menée avec beaucoup d'efficacité, avec des interpellations qui sont suivies de peines de prison ferme, et donc je…

SONIA MABROUK
Je parle des autres exemples, alors.

LAURENT NUNEZ
Oui, mais ces autres exemples ils ne doivent pas empêcher le travail des policiers. Effectivement, il y a un certain nombre d'interpellations et de déferrements, qui ne se traduisent pas par des condamnations, mais il y a une procédure…

SONIA MABROUK
Et pourquoi ? Est-ce qu'il faut durcir la loi ou la faire appliquer tout simplement ?

LAURENT NUNEZ
Il y a une procédure dans notre pays, voilà, il y a aussi les droits de la défense qui rentrent en jeu, et c'est légitime. Que dirait-on si on était systématiquement condamné, sans procès ? Voilà, il y a les procès, il peut arriver effectivement qu'un certain nombre d'individus ne soient pas condamnés, ce qui agace toujours les policiers qui ont procédé à leur interpellation…

SONIA MABROUK
Pas de laxisme, selon vous, de certains juges ?

LAURENT NUNEZ
... ce que je peux comprendre, mais il n'y a pas de laxisme, et on l'a bien vu avec les actions remarquables qui ont été menées en termes d'investigations judiciaires dans le cadre notamment des exactions commises en marge du mouvement des Gilets jaunes, où on a vu que la réponse judiciaire avait été extrêmement ferme.

SONIA MABROUK
Autre point de crispation pour les policiers, leur retraite, leur statut. Alors, le président de la République va parler de cette réforme sensible ce soir à Rodez, peut-être qu'un policier dans l'assistance va lui poser la question sur le statut particulier. Est-ce qu'il pourrait confirmer, le président, qu'il y aura prise en compte de la dangerosité de leur métier ? C'est acté au plus haut sommet de l'Etat ?

LAURENT NUNEZ
Alors, ce qui est acté, le Haut-commissaire a fait un certain nombre de recommandations au gouvernement, donc, et qui intègrent, enfin qui prennent en compte, pardon, la situation qui est celle des policiers qui exercent un métier dangereux, un métier difficile, qui fait qu'ils bénéficient d'un certain nombre d'avantages tout à fait légitimes dans le cadre du régime actuel.

SONIA MABROUK
Mais c'est acté ?

LAURENT NUNEZ
Dans le cadre du régime universel, les recommandations du Haut-Commissaire sont qu'on continue à prendre cette spécificité, notamment liée à la dangerosité du métier, mais ça où nous allons en discuter avec les organisations syndicales et le Haut-commissaire, c'est ce qui est prévu pour l'ensemble d'ailleurs des catégories, pour l'ensemble des Français dans notre pays, et notamment quand elles représentent des catégories professionnelles. Il y a des discussions qui vont s'engager, donc bien évidemment que nous prendrons en compte la dangerosité du métier, mais dans des conditions que nous allons négocier avec les organisations syndicales.

SONIA MABROUK
Mais, Laurent NUNEZ, si vous promettez cette dérogation pour les policiers, alors on imagine, la ministre de la Santé Agnès BUZYN va aussi la promettre pour les infirmiers libéraux, la ministre Elisabeth BORNE peut la promettre pour les agents de la RATP. Votre réforme elle ressemble à un gruyère, plein de trous.

LAURENT NUNEZ
Je suis en train de vous dire que nous avons conscience et nous savons qu'il y a une dangerosité du métier. Point un. Point deux, que nous allons discuter pour définir le périmètre de cette... les agents de police qui sont concernés par cette dangerosité, et nous allons en discuter. Encore une fois, ce qui est mis sur la table se sont des recommandations…

SONIA MABROUK
Quelle prudence, hein, dans vos mots ce matin.

LAURENT NUNEZ
Non, ce n'est pas de la prudence, c'est qu'on doit discuter, on doit négocier, et c'est normal, cette négociation elle s'ouvre, elle s'ouvrira chez nous à partir du 18 octobre, où nous recevrons avec Christophe CASTANER et le Haut-commissaire, les organisations syndicales. Mais il faut négocier, et c'est normal. Simplement, dans la recommandation…

SONIA MABROUK
En attendant, vous négociez sous la pression.

LAURENT NUNEZ
Mais ce qui doit être rassurant pour les policiers, c'est que cette dangerosité, cette spécificité du métier, le Haut-commissaire l'a vue et l'a exposée, il nous l'a dit.

SONIA MABROUK
A Rouen, Laurent NUNEZ, on insiste sur l'inquiétude – et c'est normal – des riverains, sur le désarroi des agriculteurs, sur la colère de commerçants, mais il ne faut pas oublier, oublier les policiers, CRS, ce sont ce qu'on appelle les primo-intervenants, ils étaient là pendant l'incendie, et disent-ils, sans protection, ni consigne. Là encore ils sont les oubliés ?

LAURENT NUNEZ
Non. Alors vous avez effectivement des équipages qui sont toujours les primo-intervenants, il y a eu deux ou trois équipages me semble-t-il, qui sont intervenus immédiatement, qui eux n'étaient pas forcément équipés effectivement, mais qui l'ont été très rapidement, et les effectifs ensuite qui sont venus sur le site, notamment pour établir ce qu'on appelle un périmètre de sécurité, c'est-à-dire que le préfet prend une décision donc de protéger le site, d'éviter que des personnes y pénètrent, donc les forces de l'ordre protègent du fait ce périmètre. Ces effectifs ont été effectivement équipés de masques, mais ce que je peux dire, un…

SONIA MABROUK
Oui, la deuxième vague, mais c'est quand même frappant que les primo-intervenants soient arrivés avec des masques de papier, alors qu'on sait que c'est une usine chimique quand même.

LAURENT NUNEZ
Oui, c'est-à-dire que la salle de commandement qui était à la manoeuvre, n'a pas donné de contre-indication et de nécessité de porter des masques. Donc, par précautions…

SONIA MABROUK
Là encore, communication dépassée.

LAURENT NUNEZ
Par précaution, les autres effectifs ont été équipés, je dis bien par précaution, puisqu'à ce jour il faut savoir qu'il n'y a pas d'arrêts maladie qui sont liés à cette intervention pour les plus, enfin, environ 250 effectifs au total sont intervenus, il n'y a pas d'arrêts maladie, et surtout des mesures ont été prises pour que tous ceux qui le souhaitent puissent voir un médecin de prévention, et un certain nombre je crois que 25 ou 30 policiers ont effectivement souhaité voir un médecin, mais pour l'instant il n'y a pas d'arrêts maladie, il n'y a pas de raison d'être inquiet.

SONIA MABROUK
Alors, la liste des produits utilisés dans cette usine, qui est un site Seveso, a tardé à être communiquée, elle a été communiquée. L'une des raisons avancées, c'est le risque terroriste. C'est pour ça qu'on ne communique pas ce genre de liste ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, c'est pour ça qu'on prend des précautions avant de les communiquer. Ces listes sont protégées, c'est normal, vous savez, les sites Seveso, Seveso haut, dans la prévention de la menace terroriste, ont toujours été des cibles, nous le savons. Les cibles c'est les grands rassemblements de personnes, ça peut être un match de football, ça peut être un spectacle, et puis ça peut être un site Seveso haut. Donc c'est aussi…

SONIA MABROUK
Mais d'ailleurs, vous excluez tout acte malveillant qui pourrait expliquer le départ de feu ?

LAURENT NUNEZ
Franchement, on ne peut rien exclure, il y a une enquête criminelle…

SONIA MABROUK
Rien n'est exclu, même un acte malveillant, terroriste ?

LAURENT NUNEZ
Il y a une enquête criminelle qui a été ouverte et qui permettra de faire la lumière sur cette affaire. Mais il faut laisser les investigations se dérouler, il y a la police judiciaire qui est saisie, et il y a aussi la gendarmerie nationale qui travaille sur ce dossier. Voilà, nos forces mènent ces investigations sous l'autorité de la justice.

SONIA MABROUK
Mais rien n'est exclu, dites-vous ce matin.

LAURENT NUNEZ
On ne peut jamais rien exclure. Vous savez tant que la lumière n'aura pas été faite sur cet acte, est-il criminel, accidentel ? Voilà, l'enquête permettra de le déterminer.

SONIA MABROUK
Merci Laurent NUNEZ, merci d'avoir été notre invité ce matin sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2019

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