Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à Public Sénat le 8 octobre 2019, sur l'attentat terroriste au sein de la Préfecture de police de Paris, la politique de l'immigration, la loi sur le statut de l'élu et la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à Public Sénat le 8 octobre 2019, sur l'attentat terroriste au sein de la Préfecture de police de Paris, la politique de l'immigration, la loi sur le statut de l'élu et la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti :
ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin, c'est Julien DENORMANDIE. Bonjour !

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Vous êtes ministre chargé de la Ville et du Logement. Merci d'être avec nous ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Vous êtes avec nous pendant 20 minutes, pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée ce matin par Stéphane VERNAY. Bonjour Stéphane.

STEPHANE VERNAY, DIRECTEUR DU BUREAU PARISIEN OUEST FRANCE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Vous dirigez le bureau parisien du quotidien Ouest France. On va commencer, Julien DENORMANDIE, avec cette audition ce Christophe CASTANER, ce matin au Sénat, à huis clos ; cet après-midi à l'Assemblée nationale, audition publique. Il doit s'expliquer le ministre, il a failli ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je crois qu'on doit pouvoir faire toute la transparence sur ce qui s'est passé et comprendre, comprendre où ont été les failles, et à ce titre, c'est important que cette audition puisse participer à cet édifice d'identification des failles. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que personne ne peut comprendre qu'aujourd'hui, a sein de la Préfecture de police, des personnes puissent se radicaliser, sans que pour autant le signalement, la détection, n'aient pu être totalement opérationnels. Donc il faut comprendre, il faut évidemment corriger, et il faut prévenir pour qu'un tel drame ne puisse se reproduire. Et donc à ce titre, je crois que c'est important, l'ensemble des démarches, les inspections, l'enquête également, mais également les auditions.

STEPHANE VERNAY
Alors, il faut comprendre, vous dites, mais est-ce que vous comprenez que certaines voix réclament sa démission ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas, parce que je pense que c'est pour le coup vraiment de la petite politique que de faire ça. Je crois qu'aujourd'hui le débat il est tout entier tourné vers l'identification, la prévention, les actes de correction qui doivent être apportés pour faire en sorte encore une fois qu'un tel drame ne puisse se reproduire. Mais le Premier ministre l'a dit, le président et le Premier ministre ont toute leur confiance en Christophe CASTANER, et je crois que certains opposants politiques font pour le coup vraiment de la petite politique en s'attaquant au ministre de l'Intérieur, en sa personne, et non pas en se concentrant sur ce qui aujourd'hui a conduit à pouvoir avoir un tel drame, et donc tous les éléments de prévention qu'il nous faut porter. Moi je suis, et tout le gouvernement tout entier, tourné vers la protection des Français. Personne ne peut accepter que de telles situations se passent, et donc toute notre énergie elle est mise, et toute l'énergie du ministre de l'Intérieur elle est mise, pour pouvoir faire en sorte que de tels drames ne se reproduisent pas.

ORIANE MANCINI
Mais vous comprenez le sentiment d'incompréhension des Français devant un tel drame ? On se dit : comment il n'a pas pu être repéré alors qu'il y avait des signaux ?

JULIEN DENORMANDIE
Bien sûr, surtout que ça fait au final des années. Bien sûr. Et c'est pour ça qu'il faut aujourd'hui comprendre comment un tel cas peut parvenir. Mais évidemment, dans votre question même on voit bien que le sujet n'est pas la question du ministre de l'Intérieur en tant que personne, mais la question du drame tel qu'il s'est déroulé, avec une personne qui manifestement s'est radicalisée depuis des années.

ORIANE MANCINI
Et peut-être une certaine naïveté de l'Etat aussi, face à des gens qui sont dans des services publics, à l'intérieur du système et qui…

JULIEN DENORMANDIE
Je ne crois pas qu'on puisse parler de naïveté, par contre il y a très certainement des failles, ici ou là. Comment se fait-il qu'aujourd'hui on ait pu avoir un tel drame et qu'une telle personne ait pu sévir au sein même de la Préfecture de police, en se radicalisant petit à petit, avec parfois des signalements mais qui manifestement n'ont pas été suivis d'effets ? Donc c'est tout ça qu'il faut comprendre, qu'il faut améliorer, encore une fois avec un seul souci, c'est la protection des Français.

STEPHANE VERNAY
Alors, dans ses missions de contrôle le Parlement va pouvoir écouter le ministre de l'Intérieur, la délégation parlementaire au renseignement, ce matin au Sénat, cet après-midi à l'Assemblée, sauf que comme on touche au Secret défense, ça va être à huis clos et finalement, même s'il y a des mesures de correction à prendre, on ne saura pas tout, tout ne va pas filtrer, tout ne sera pas rendu public.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, il y a ces commissions et puis, mais je crois que tout le monde peut comprendre le caractère de confidentialité ou de Secret défense ici ou là. Je veux dire, en plus des enquêtes administratives, il y a en plus une enquête de justice…

STEPHANE VERNAY
Donc toute la lumière, toute la transparence sera faite sur les dysfonctionnements ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, toute la transparence, et je crois que cette transparence elle est évidemment nécessaire, parce qu'encore une fois, et ça n'est pas un sujet qui concerne quelques personnes ici ou là, c'est un sujet qui concerne la sécurité des Français, donc à ce titre, évidemment toute la transparence sera faite, expliquée, et les mesures devant être prises seront prises. Je n'ai aucun doute là-dessus, aucun doute. Après, que certains pans du dossier relèvent du confidentiel défense ou du Secret défense, ça aussi je crois que chacun peut le comprendre.

ORIANE MANCINI
Autre sujet, le débat sur la politique migratoire, il avait lieu hier à l'Assemblée nationale, il aura lieu demain au Sénat, est-ce que vous entendez l'opposition et notamment Les Républicains, qui disent : « les discours c'est bien, mais il faut des actes » ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, moi je crois que ce débat il était très utile…

STEPHANE VERNAY
Vous l'avez suivi ? Est-ce que vous avez suivi les 5 heures de débat ? Ça a duré 5 heures.

JULIEN DENORMANDIE
Alors, moi j'étais…

STEPHANE VERNAY
27 orateurs, 3 ministres, 5 heures.

JULIEN DENORMANDIE
Il s'avère que j'ai dû suivre une heure et demie ou 2 heures, pas les 5 heures, mais enfin, j'en ai... je me suis renseigné sur ensuite les conclusions.

STEPHANE VERNAY
Qu'est-ce que vous en avez retenu ? Est-ce que vous pensez que c'est un débat vraiment utile ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je pense.

STEPHANE VERNAY
Dans sa forme ?

JULIEN DENORMANDIE
Dans sa forme, peut-être que, ici ou là la forme peut être améliorée, parce que…

STEPHANE VERNAY
5 minutes ou 10 minutes par orateur.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, après ça c'est les institutions qui fonctionnent comme cela.

STEPHANE VERNAY
Vous aviez le sentiment que les députés s'écoutaient les uns, les autres ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est les institutions qui fonctionnent comme cela. Est-ce que dans la forme de tels débats peuvent être améliorés…

ORIANE MANCINI
Il ne vaut pas mieux un vrai débat plutôt qu'une succession d'orateurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Peut-être, peut-être. Après, sur le fond, moi j'ai trouvé qu'il y avait des points mis en avant par les orateurs, qui étaient extrêmement importants et utiles. Chacun a pu donner sa vision et je crois que ces visions…

STEPHANE VERNAY
Ça a quand même donné l'occasion à Marine LE PEN d'une charge quand même assez violente dans l'hémicycle.

JULIEN DENORMANDIE
Oui mais vous savez, ça a donné surtout l'occasion à beaucoup d'autres qu'au Rassemblement national, de s'exprimer sur ce sujet qui est aussi important.

STEPHANE VERNAY
Alors notamment Guillaume LARRIVE, est-ce que vous avez été surpris par les propos de Guillaume LARRIVE, si vous les avez vus ou si vous les avez lus après coup ? Un certain nombre de demandes qu'il a faites, qui étaient quand même très fortes aussi, qui étaient un peu étonnantes, sur la suppression du droit du sol, des choses comme ça, ou la remise en cause par exemple des Conventions européennes des droits de l'homme ?

JULIEN DENORMANDIE
En fait vous avez deux, moi je trouve que ce débat il a montré plusieurs choses. La première chose c'est que vous avez des positionnements politiques qui sont très clairs, et je crois que c'est une des grandes vertus de ce débat que d'avoir pu montrer des positionnements politiques des uns et des autres. Vous avez d'un côté le Rassemblement national qui est dans le rejet, tout simplement dans le rejet, mais qui vit aussi de cela, de la peur qu'ils font eux-mêmes nourrir au sein des Français, s'agissant de l'immigration. Vous avez toute une partie de la droite qui se dit droite républicaine, qui aujourd'hui n'est entrée que dans une course poursuite avec le Rassemblement national, sur ce sujet, c'est ça la réalité, c'est ça la réalité.

STEPHANE VERNAY
C'est ce qui vous est apparu hier.

JULIEN DENORMANDIE
C'est ce qui m'est apparu hier à plusieurs titres. Et puis…

STEPHANE VERNAY
Et la gauche, le fait que la gauche dise : tout ça c'est un faux débat…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, c'est là où j'allais en venir. De l'autre côté vous avez d'autres personnes qui en font presque un sujet tabou, ce qui serait une folie quand précisément vous avez les extrêmes qui en font un totem, qui en font leur fonds de commerce, qui en font une politique de rejet. Moi je n'oublie pas qu'il y a 15 jours vous aviez une convention des droites, mais qui est ni plus ni moins que de l'extrême droite, où était invitée à leur plateau une personne qui est Eric ZEMMOUR, qui prêchait une théorie du grand remplacement, qui est une théorie meurtrière, meurtrière pour la République, infiniment, parce que fondée uniquement dans le rejet de l'autre, mais meurtrière aussi dans les faits, regardez ce qui s'était passé à Christchurch en Nouvelle-Zélande, avec un tueur de masse qui se revendiquait de cette théorie du grand remplacement. Et donc la folie ce serait quoi ? Ce serait d'un côté de laisser ceux qui en font un sujet tabou, ne pas en parler, et de l'autre côté de laisser ceux qui en font un totem, s'accaparer cette question de l'immigration. Parce qu'à la fin des fins, moi je veux que ce soit des humanistes, des humanistes de partis liés à la République qui gèrent ces questions migratoires, mais jamais, jamais des politiques d'extrême, où on a encore vu, qui ne sont pas dans un projet, qui sont dans un rejet, un rejet de l'autre. Et dans une société qui parfois est si fragmentée, pour laquelle le sujet de la cohésion de la Nation est si important, mais notre responsabilité, celle de tout le gouvernement, celle du président de la République, c'est précisément de porter le débat, de dire qu'aujourd'hui il est possible d'avoir une politique migratoire qui associe beaucoup d'humanité, mais aussi de la fermeté, c'est par exemple comme ça qu'on est sûr que le droit d'asile ne sera jamais dévoyé. Donc ce débat il est essentiel, essentiel, pour montrer justement les positions politiques des uns et des autres.

ORIANE MANCINI
Vous nous avez dit que vous avez entendu des propositions intéressantes hier lors des débats à l'Assemblée nationale, est-ce qu'il y a des propositions de l'opposition que vous avez entendues et que vous pourriez reprendre, qui vous paraissent bien ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui il y a six thèmes mis en avant par le Premier ministre, et parmi ces six thèmes, qui vont de l'aide publique, au développement, jusqu'à l'amélioration au niveau européen, on sait que c'est un vrai sujet…

STEPHANE VERNAY
La refondation de l'espace Schengen.

JULIEN DENORMANDIE
L'espace Schengen, plusieurs députés mettant en avant également la question des Dublinés, ce fameux accord de Dublin. Il y a la question de l'accueil, la question de l'intégration, là aussi plusieurs députés de tous bords ont fait des propositions. Moi je trouve que c'est intéressant, parce que les positionnements politiques ont été très clairs hier, et ça c'est pour moi le plus important. Et ensuite des propositions ont été émises par les uns et par les autres, et le Premier ministre a dit : eh bien moi, a minima j'ai six grands axes sur lesquels je souhaite qu'on puisse discuter, qui feront l'objet ensuite de décisions, des décisions soit dans des textes déjà existants, soit, ou plutôt en cours de discussion, soit pas dans des textes législatifs, parce que relevant de la mise en oeuvre de circulaires ou de textes réglementaires, et donc c'est très important en ce sens. Donc encore une fois pour moi ce débat hier il était vraiment important, et j'espère qu'il a pu éclairer les uns et les autres, même si dans la forme peut-être qu'il y a des débats plus dynamiques, avec des questions/réponses plutôt que des prises de parole à des tribunes. Mais ça ce sont nos institutions qui les organisent.

ORIANE MANCINI
Ce sera peut-être pour la prochaine fois. Autre sujet, la loi sur le statut de l'élu, elle arrive cet après-midi en séance au Sénat. C'est une loi qui est largement inspirée des travaux du Sénat, travaux faits depuis plusieurs mois, et pourtant le gouvernement ne s'en empare que maintenant, à 6 mois des municipales, est-ce qu'il n'y a pas un peu d'opportunisme ?

JULIEN DENORMANDIE
Il s'avère que moi j'ai une particularité, c'est que j'appartiens au même ministère que Sébastien LECORNU. Ce ministre est cet ami qui je crois ne prépare pas cette loi depuis 6 mois, mais prépare cette fois depuis beaucoup plus longtemps que 6 mois. Il l'a fait avec beaucoup d'intelligence, beaucoup de concertation, avec les sénateurs, avec les députés, avec les élus locaux, surtout. Donc ça fait des mois et des mois qu'il y travaille, d'ailleurs je crois que le contenu de la loi montre que ça n'est pas du tout un travail improvisé, que c'est un travail de longue haleine, un travail qui a fait l'objet de beaucoup de concertation en amont. Et par ailleurs, et par ailleurs le contexte a fait que la lumière a été mise sur cette question, et notamment sur ce projet de loi plus récemment. Mais cette lumière qui a été mise suite des événements tragiques, notamment ayant eu lieu cet été, cette lumière qui n'a été mise que récemment sur ce texte, ne doit surtout pas laisser penser au fait que ce texte serait un texte qui débarque aujourd'hui, sorti d'un tiroir du ministre LECORNU. Non. Le ministre LECORNU, je peux vous dire que ça fait des mois et des mois qu'il travaille sur ce sujet. Ça fait un an qu'il a été nommé ministre des collectivités, et au premier jour, lorsqu'il a été nommé, il m'avait déjà parlé de ce projet de loi. Donc ce n'est absolument pas de l'opportunisme, au contraire c'est beaucoup de travail, beaucoup de travail, je crois que c'est comme ça qu'on avance.

STEPHANE VERNAY
Alors, la loi s'appelle « Engagement et proximité », l'objectif de cette loi c'est de permettre ou c'est d'inciter un certain nombre de citoyens à s'engager dans la vie publique, notamment au niveau municipal. Les points clés c'est quoi ? La rémunération des élus, leur protection juridique…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

STEPHANE VERNAY
... leur niveau d'information au sein des intercos, le fait de leur donner les moyens de participer beaucoup plus à la vie publique. Est-ce que vous pensez que ça c'est quelque chose qui peut servir de levier dès les prochaines municipales et créer des vocations pour les prochaines municipales ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien je l'espère, parce que déjà je vois…

STEPHANE VERNAY
Ça ne va pas être un peu court ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas c'est un message qui est envoyé, c'est un message très clair qui dit : la République, de manière générale, si le texte est voté, et puis le gouvernement de manière particulière, témoigne…

STEPHANE VERNAY
Vous pensez qu'il sera voté quand ? Là, le Sénat c'est tout de suite, pour ainsi dire, c'est dans la foulée.

JULIEN DENORMANDIE
Je ne pourrais pas vous dire, je n'ai pas les dates précises, mais je crois que l'objectif du ministre LECORNU c'est vraiment de le faire adopter avant les municipales, en tout cas le plus rapidement possible. Après je n'ai pas les dates précises en tête. Mais ce qui est sûr c'est que ce projet de loi, il envoie un signal, il envoie un signal de considération, un témoignage de considération vis-à-vis des maires, mais vis-à-vis des 500 000 élus locaux parce que dans notre pays il y a 500 000 élus locaux qui font parfois un don de soi pour pouvoir justement aider leurs compatriotes. Et puis deuxièmement, il vise à apporter des réponses très précises, vous l'avez dit, sur le statut, sur l'accompagnement juridique, sur l'accompagnement des frais de garde, sur la question des rémunérations. Et puis troisième élément, essentiel à mes yeux, il vise aussi à mettre plus de proximité, parce que trop souvent on a toujours imaginé le tout en grand, le tout XXL, donc on allait toujours vers…

STEPHANE VERNAY
Avec les grandes intercommunalités.

JULIEN DENORMANDIE
... la plus grande région, la plus grande interco, et parfois on a oublié que ce qui marchait le mieux dans notre société, marchait le mieux dans notre vie, c'était cette proximité, ce dont on a besoin c'est beaucoup de proximité, d'accompagnement, et donc ce projet de loi il remet aussi cette notion de proximité au centre de la vie institutionnelle locale, et je crois que c'est une belle avancée.

ORIANE MANCINI
Allez, on va passer à vos dossiers, Julien DENORMANDIE, à commencer par la rénovation énergétique des bâtiments. Le bâtiment c'est 45 % des consommations d'énergie, 25 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. Vous, vous souhaitez lutter contre les passoires thermiques, et pourtant dans la loi énergie-climat qui a été votée il n'y a pas si longtemps, vous n'avez pas souhaité voter de mesures coercitives. Pourquoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que vous avez, alors déjà un fléau, vous l'avez dit, le bâtiment c'est beaucoup de gaz à effet de serre, donc c'est un... mais c'est surtout quelque chose qui est une triple injustice. Une injustice économique, parce que vous chauffez et dépensez de l'argent pour chauffer de l'air qui ensuite part dans l'atmosphère, une injustice écologique évidemment et puis une injustice sociale parce que très souvent ce sont les plus modestes qui paient les factures les plus élevées. Et donc…

STEPHANE VERNAY
Ce que vous avez coutume d'appeler la double peine.

JULIEN DENORMANDIE
C'est ça, mais je dis même la triple peine parce que je rajoute économique, social et environnemental. Et alors qu'est-ce qu'on fait face à ça ? Il y a deux possibilités. Il y a une possibilité qui était effectivement de tout interdire tout de suite. La difficulté elle est laquelle ? La difficulté c'est que dans le parc de logements aujourd'hui, actuel, une personne sur deux qui vit dans le parc de logements locatifs, une sur deux, vit dans une passoire thermique, et donc soit vous mettiez du coercitif, soit vous mettiez, non pas ce coercitif, mais, qui par exemple était une interdiction de location, mais vous mettiez en place un volet, qu'on a mis dans la loi, qui d'un côté incite et ensuite oblige. Concrètement ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'entre aujourd'hui et 2023 on va inciter comme jamais tous les propriétaires à faire les travaux dans leur logement. Et à partir de 2023, on va dire : eh bien maintenant, entre 2023 et 2028 vous avez l'obligation de faire les travaux, et vous ne serez pas pris à défaut, puisqu'on vous a dès maintenant expliqué quel allait être ce chemin qu'on vous demande de faire. Et pourquoi c'est important ? Parce que si vous voulez emporter les gens vers cette transition écologique, si vous voulez les accompagner, eh bien moi je crois profondément que ça se fait par justement ces mesures d'incitation, mais avec cette vision claire, en disant : si à la phase d'incitation vous ne l'avez pas fait, eh bien on vous dit qu'il y a les obligations et à toute obligation il y a évidemment des sanctions, c'est ça le sens de la loi qu'on a passée.

STEPHANE VERNAY
Pour vous c'est la bonne méthode pour atteindre l'objectif de 500 000 rénovations de passoires thermiques par an ? Parce qu'il faut quand même expliquer qu'on n'y est pas.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, on est à 360.

STEPHANE VERNAY
300/360.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

STEPHANE VERNAY
Donc vous pensez que c'est le bon levier pour arriver aux 500, voire dépasser cet objectif dans un délai court, par exemple dès l'année prochaine ou d'ici 2023 ?

JULIEN DENORMANDIE
Pour moi, le sujet et les personnes qui le présentent ainsi ont raison, parce que c'est un sujet extrêmement compliqué, extrêmement compliqué. On sait par exemple que faire des travaux chez ce qu'on appelle les propriétaires bailleurs ou dans les grandes copropriétés, c'est extrêmement compliqué, mais pour moi, face à ce sujet compliqué, il faut avancer les idées simples, si je puis me permettre. Pourquoi ? Parce qu'en fait la clé elle est assez simple, il y a deux enjeux fondamentaux : il faut mieux accompagner et il faut diminuer le reste à charge, mieux accompagner et diminuer le reste à charge. C'est ça la clé du succès. Alors, c'est exactement comme ça qu'on avance au sein du gouvernement, avec mes collègues Elisabeth BORNE et Emmanuelle WARGON. Mieux accompagner, on a décidé de mettre 200 millions d'euros pour structurer, territoire après territoire, un meilleur accompagnement.

STEPHANE VERNAY
En vous appuyant sur les collectivités locales.

JULIEN DENORMANDIE
En s'appuyant sur les collectivités.

STEPHANE VERNAY
Sur les régions…

JULIEN DENORMANDIE
Parce qu'il faut appeler un chat un chat, on a un système qui est devenu complètement dingue. Aujourd'hui moi je le constate tous les jours, vous avez parfois des retraités modestes à qui on demande de faire 5, 6, 7 dossiers de demande de soutien, parce que personne n'a réussi à simplifier cet accompagnement. Donc la complexité ça doit être pour nous, la simplicité ça doit être pour les Français. Et donc ça, premier axe, première jambe, on améliore l'accompagnement, 200 millions d'euros qu'on met en oeuvre, et on a entrepris avec ma collègue Emmanuelle WARGON un tour de France de toutes les régions, pour faire en sorte justement que territoire après territoire on structure cet accompagnement. Et deuxième élément, il faut diminuer le reste à charge, parce qu'aujourd'hui vous avez beaucoup de ménages, notamment les modestes et les plus modestes, qui ne font pas les travaux du fait d'un reste à charge trop élevé, et c'est pour ça par exemple qu'on transforme le crédit d'impôt en une prime, pour faire en sorte que l'argent de l'Etat, les subventions soient versées dès maintenant et pas dans un an et demi. Là aussi c'était juste de la folie.

STEPHANE VERNAY
Sur la thématique de l'accompagnement, est-ce que vous pouvez nous dire un mot des arnaques à la rénovation thermique, et ce que vous faites avec Bercy ou ce que vous avez l'intention de faire avec Bercy pour mettre fin au démarchage abusif etc., qui…

ORIANE MANCINI
Les arnaques qui sont en hausse de 20 %.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Pour moi c'est un enjeu clé. La rénovation énergétique, j'en ai fait un marqueur très fort de ce second temps du quinquennat au sein de mon ministère, mais il faut la prendre de bout en bout, et notamment aujourd'hui on voit qu'il y a des fraudes, et de plus en plus de fraudes, vous avez raison. Alors face à ces fraudes, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut renforcer ce qu'on appelle les agréments. Il y a toute une politique qui s'appelle la politique RGE, qui renforce ces agréments, c'est ce que nous sommes en train de faire avec mes collègues de Bercy notamment. Il faut faire en sorte qu'une transparence totale soit donnée aux consommateurs, là-dessus, à l'utilisateur. Et puis au-delà des fraudes, il y a un troisième sujet sur lequel moi j'ai vraiment voulu que le gouvernement mette le paquet, c'est le démarchage abusif. Mais…

STEPHANE VERNAY
Là, sur ce point, vous allez sévir ?

JULIEN DENORMANDIE
On va sévir, pour…

STEPHANE VERNAY
Ce n'est pas que de l'incitatif là pour le coup.

JULIEN DENORMANDIE
Ce n'est pas que de l'incitatif, là pour le coup c'est complètement du coercitif. On ne doit plus avoir dans notre pays des personnes qui sont appelées 6 fois, 7 fois, 8 fois par jour, alors en plus souvent sur des téléphones fixes…

STEPHANE VERNAY
Des personnes âgées...

JULIEN DENORMANDIE
Souvent des personnes âgées qui doivent se déplacer 6, 7 ou 8 fois par jour, parce que derrière vous avez des personnes qui sont souvent des charlatans, qui vous disent : ah ben moi je peux vous faire un truc à 1 €, etc. Il faut savoir par exemple que l'Etat, l'Etat ne démarche jamais par téléphone pour de tels projets de rénovation énergétique. Donc si quelqu'un est appelé en se faisant passer... son interlocuteur se fait passer pour l'Etat, ça n'est pas possible, on ne démarche pas par téléphone sur de la rénovation énergétique. Et donc là on va prendre des mesures très fortes pour lutter contre ce démarchage abusif, avec mes collègues de Bercy notamment.

ORIANE MANCINI
Autre sujet ô combien important, le mal-logement. La Fondation Abbé Pierre rend aujourd'hui son rapport, tous les voyants sont au rouge en région parisienne en matière de logement, dit ce rapport, 4 millions de personnes mal logées en France, 1,2 million en Ile-de-France et la Fondation Abbé Pierre dit : la mobilisation politique n'est pas à la hauteur des dégâts que provoque le mal logement. Qu'est-ce que vous dites ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien je crois qu'il y a une très forte mobilisation politique, et j'échange de manière plus régulière avec la Fondation Abbé Pierre, vous savez on a des combats en commun très forts, je pense au logement d'abord, notamment cette politique du logement d'abord que souligne la Fondation Abbé Pierre, qu'on a construite avec eux, mais je pense aussi à la lutte contre les marchands de sommeil, contre l'habitat insalubre sur lequel on a là aussi énormément avancé, énormément travaillé. Alors, face à ce mal logement, il fallait changer des choses, changer la loi notamment, c'est ce qu'on a fait avec la loi ELAN. J'en veux pour preuve, vous savez, il y a les marchands de sommeil maintenant qui commencent à se faire taper aussi fort que je le souhaitais, par les tribunaux, suite à ce que la loi ELAN a permis, et c'est très très bien ainsi. Il faut que l'impunité elle change de camp, il faut que ces marchands de sommeil ils soient considérés pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des véritables trafiquants de misère. Et donc c'est... On commence à avoir des victoires mais la guerre elle est encore longue, face à ces criminels que sont par exemple les marchands de sommeil. Et puis dernier point, il faut construire plus, construire davantage dans certains territoires, et y compris évidemment des logements sociaux.

ORIANE MANCINI
Julien DENORMANDIE, dans cette émission les téléspectateurs peuvent vous poser des questions et la question qu'ils ont choisi de vous poser, elle concerne le logement social. On va la regarder.
C'est une question sur Twitter de Hypo 134 : « Serait-il possible de mieux prendre en compte les demandes de permutations ? ».

JULIEN DENORMANDIE
C'est un de mes grands combats, pour moi c'est essentiel et je remercie cette personne de poser la question. D'ailleurs, en fait, dans le logement social il y a la construction, construire plus, ce qu'on est en train de faire, et moi je ne lâcherai rien, on a déposé par exemple un recours sur le cas de Neuilly dont vous avez sûrement entendu parler, où la justice avait donné raison à la collectivité pour ne pas appliquer le quota SRU, et moi j'ai déposé un recours pour que le quota SRU puisse être appliqué. Il faut construire plus de logements sociaux. Mais il y a un deuxième sujet qui est qu'aujourd'hui, quand vous donne un logement social, on vous le donne pour toute votre vie. Toute votre vie, sauf si vos revenus augmentent etc., mais jamais on ne se pose la question de faire de la mutation au sein du parc social. Peut-être par exemple que lorsque vos enfants ont quitté votre foyer familial, eh bien vous pourriez avoir un logement plus petit, avec un loyer moins cher. Ce serait de bonne politique. Et donc par la loi j'ai fait en sorte que tous les 3 ans l'organisme qui attribue des logements désormais revoit la situation des locataires, pour se demander : ne peut-on pas permettre d'avoir un logement qui soit de plus petite taille avec un loyer plus bas, et donc répondant mieux aux aspirations des personnes y vivant ? Par la même, ça permet de faire plus de mouvements au sein du parc social, et donc de prendre en compte les mutations qu'évoque la personne qui pose la question.

STEPHANE VERNAY
Sans transition, une dernière question sur un tout autre sujet…

ORIANE MANCINI
Et rapide.

STEPHANE VERNAY
Est-ce que vous ferez partie des ministres qui seront candidats aux municipales, et si oui, où ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne serai pas tête de liste, je me pose la question…

STEPHANE VERNAY
Mais vous serez sur une liste.

JULIEN DENORMANDIE
Je n'ai pas encore arrêté mon choix, je le ferai d'ici la fin de l'année, pour plusieurs raisons, mais…

STEPHANE VERNAY
Et alors, si vous choisissez de l'être, ce serait dans quel coin ?

ORIANE MANCINI
Il essaie, hein !

JULIEN DENORMANDIE
Je prendrai ma décision d'ici la fin de l'année, je ne l'ai pas encore prise au moment où je vous parle.

ORIANE MANCINI
Eh bien vous reviendrez nous en parler, on l'espère, Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Avec grand plaisir.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Stéphane VERNAY.

STEPHANE VERNAY
Merci.

ORIANE MANCINI
Demain, à votre place, Julien DENORMANDIE, ce sera Sébastien CHENU, le porte-parole du Rassemblement national.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2019

Rechercher