Déclaration à la presse de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la politique de l'immigration au sein de l'Union européenne, à Luxembourg le 8 octobre 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration à la presse de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la politique de l'immigration au sein de l'Union européenne, à Luxembourg le 8 octobre 2019.

Personnalité, fonction : MONTCHALIN Amélie de.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes

Circonstances : Conseil de justice et des affaires intérieures, à Luxembourg le 8 octobre 2019

ti :
Bonjour. Comme vous le savez, se tiennent actuellement des commémorations et des hommages, à la préfecture de police, où sont Christophe Castaner et Laurent Nunez. C'est pour cela qu'aujourd’hui je représente la France lors de ce conseil des affaires intérieures où il va être notamment, longuement et je vais dire dans le détail, question du sujet migratoire. Vous le savez, la France, l'Allemagne, l'Italie et Malte ont travaillé à la Valette il y a quelques semaines à ce qu'on appelle un préaccord pour que nous puissions apporter une réponse humanitaire, solidaire, européenne, crédible à la question des débarquements et des flux migratoires en Méditerranée centrale. Ce préaccord vise à ce que nous puissions, avec justement un dialogue entre les premiers pays de débarquement que sont l'Italie et Malte et des pays de destination que sont la France et l'Allemagne, apporter une solution rapide à ces personnes qui sont en demande de soin et que nous évitions d'avoir des tractations trop longues et qui mettent en danger la vie des personnes.

Cet accord, nous allons en discuter. Certains pays nous disent être intéressés de pouvoir rejoindre l'effort collectif parce que nous ne réglerons pas ce sujet uniquement à quatre pays. D'autres pays nous disent vouloir des explications. D'autres enfin nous disent vouloir comprendre quels seraient les engagements qu'ils auraient à prendre. Je tiens à dire ici d'ores et déjà que ce préaccord est là pour gérer une situation immédiate sur laquelle nous sommes aujourd'hui en attente de solution. Cela ne règle pas tout, il faudra que, le temps venu, nous travaillions avec la Commission comme s’y engagent d'ailleurs les commissaires-candidats sur la réforme de Schengen, sur la réforme du droit d'asile.

Et nous avons deux principes, comme l'ont rappelé le Premier ministre et Christophe Castaner hier à l'Assemblée nationale avec Jean-Yves Le Drian, très forts. Le premier principe c'est la solidarité. Il ne peut pas y avoir de pays qui soient résignés ou indifférents au sein de l'Union européenne. C'est une question qui nous concerne tous. Nous sommes tous, les uns et les autres, concernés différemment parce que notre localisation géographique est différente. Mais cela nous concerne tous. Et le deuxième enjeu c'est la responsabilité. Il nous faut avoir de meilleurs contrôles aux frontières extérieures pour pouvoir savoir qui arrive sur l'espace européen et pour pouvoir nous organiser. Donc c'est l'enjeu de ces discussions aujourd'hui.


Q - L'une des critiques qui est faite à ce dispositif, et notamment en Allemagne aussi dans la classe politique allemande, à la CDU, c'est de créer un véritable appel d'air concernant les filières, justement.

R - Vous savez treize personnes ont trouvé la mort hier soir autour de Lampedusa. Ce sont des femmes, des enfants, des femmes enceintes. Je pense qu'humainement, nous avons à apporter une solution pour que ces personnes soient prises en charge et qu'elles puissent être relocalisées à partir des pays où elles débarquent. C'est un enjeu humanitaire. D'ailleurs le préaccord de la Valette c'est un enjeu temporaire. Nous savons également, je ne veux pas rentrer dans ces qualificatifs, que nous devons être beaucoup plus fermes sur le contrôle de nos frontières extérieures pour savoir qui arrive et que nous puissions surtout empêcher les passeurs et les trafiquants de contourner nos règles parce que nous ne sommes pas capables de nous organiser. Et ensuite, avoir des principes de solidarité entre nous. Comme je vous le dis, il ne peut pas y avoir de pays au sein de l'Union européenne qui soient résignés ou indifférents. Certains pays sont plus exposés que les autres, nous prenons notre part d'effort, d'engagement, mais nous devons travailler collectivement.

Q - Quelle va être la part de la France dans la relocalisation justement ?

R - Vous savez, depuis un an, la France est le pays qui a le plus accueilli de demandeurs d'asile qui étaient sur ces bateaux, soit plus de 600 personnes depuis un an qui sont arrivées en France. Nous n'avons pas de règles mécaniques, mathématiques. D'ailleurs, ce sont des personnes qui ont des dossiers, qui ont des vies, qui doivent être étudiés. Souvent l'OFPRA et des délégués dans les ports où arrivent ces personnes, que nous puissions étudier leur situation et accueillir au mieux les réfugiés qui sont dans des situations de demande de protection, parce qu'ils fuient des terrains de persécution ou de guerre. Donc cela, c'est la position française. L'Allemagne fait également ce travail. Donc, nous n'avons pas de règles mathématiques, ce n'est pas un sujet mathématique, c'est un sujet humanitaire et nous pensons que plus globalement, notre effort désormais doit vraiment porter sur la réforme du droit d'asile en général et sur la refonte de Schengen. Le président l'a dit plusieurs fois, Schengen avait deux jambes, une jambe qui disait "liberté intérieure de mouvements" parce qu'il y avait une protection des frontières extérieures. Ces deux jambes aujourd'hui ne sont pas équilibrées et tant que nous n'aurons pas recréé l'équilibre, nous serons dans une situation compliquée.

Q - Vous espérez rallier combien de pays à cette initiative ?

R - Aujourd'hui, on est sur à peu près une dizaine. Il faut que les choses se confirment. L'objectif, ce n'est pas d'avoir un chiffre précis de pays, l'objectif c'est de créer une dynamique. Nous ne pouvons pas laisser l'Italie et Malte gérer seuls c'est pourquoi la France et l'Allemagne ont eu ce préaccord à la Valette, et nous cherchons à pouvoir voir surtout quelles autres formes de solidarité des pays peuvent exercer face à ces arrivées, non seulement de manière temporaire mais plus généralement, et ce sont les engagements d'Ursula von der Leyen, de remettre sur la table Dublin, Schengen, l'agence européenne de l'asile, et que nous puissions avoir dans ce cadre-là une action collective de l'intégralité des pays de l'Union européenne.

Q - Est-ce qu'il y aura des renvois de certaines personnes vers la Libye ? C'est une des critiques qui est faite par les ONG qui disent que la Libye n'est pas un pays sûr.

R - Vous avez peut être vu la lettre envoyée par le Haut-commissariat aux réfugiés, l'Office international des migrations, avec qui nous travaillons énormément pour notamment que les réadmissions puissent se faire avant même que les personnes se trouvent en Libye. On a un travail à faire avec effectivement les pays de transit, les pays d'origine. Ces personnes qui prennent la mer ne sont souvent pas des Libyens, ce sont des personnes qui viennent d'ailleurs.

On a toute la chaîne à construire. C'était l'objet aussi des discussions du 22 juillet dernier à Paris où nous avions réuni les ministres des affaires étrangères, les ministres qui sont aujourd'hui présents de l'intérieur et également le Haut-commissariat aux réfugiés, l'Office international pour les migrations. C'est avec eux que nous travaillons donc les renvois ne se font pas en Libye spécifiquement. Vous savez c'est sur toute la chaîne sur laquelle nous devons travailler.

Q - Sur les autres routes migratoires parce qu'il y a des pays aussi comme Chypre, la Grèce et la Bulgarie qui vont présenter une initiative tripartite demandant plus de solidarité de l'Europe, est-ce que cet accord en se focalisant sur la Méditerranée centrale [inaudible] ?

R - Vous voyez, il y a deux enjeux. Il y a un enjeu temporaire, urgent, humanitaire. Que faisons-nous des bateaux qui sont avec des personnes en attente de soin et d'accueil dans des conditions décentes ? C'est cela qui a été négocié et discuté à la Valette. On le voit bien, il y a une question plus générale qui concerne la Méditerranée orientale, qui concerne aussi les flux qui arrivent par l'Espagne, qui concerne toute l'Europe. Comment nous remettons sur pied un système qui nous permet de nous organiser. Ce n'est pas une question d'être durs, d'être mous. C'est une question d’être crédibles, d'être efficaces. Pourquoi ceux qui auraient des principes seraient uniquement les eurosceptiques et les populistes et ceux qui veulent fermer les frontières de manière absolue ce qui, on le voit, n'est pas une solution, et pourquoi nous n'arriverions pas à avoir de la responsabilité, des contrôles, savoir qui arrive, et ensuite de la solidarité.

Je vous le dis, résignation et indifférence ne peuvent pas valoir sur ces sujets donc évidemment, ce que nous observons aujourd'hui en Méditerranée orientale sera également discuté. Et cela nous pousse à agir de nouveau de manière coordonnée avec la Commission européenne. J'ai écouté les auditions des commissaires qui se présentent sur ces sujets, évidemment ils prennent des engagements forts parce que c'est tout aussi important. Mais je vous le dis, il y a une situation humanitaire urgente en Méditerranée centrale que nous voyons se répéter, il y a trop de morts, il y a trop de situations qui demandent que nous agissions de manière responsable, concrète, européenne, maintenant. Et c'est pour cela que le préaccord est proposé pour six mois et non pour une durée indéfinie. Et puis il y a tout ce que nous voulons mettre sur la table. Vous savez que la France, sur ce sujet et je le porte d'un point de vue diplomatique avec Laurent Nunez et Christophe Castaner et avec Jean-Yves Le Drian bien sûr. C'est un sujet que Josep Borrell et l'intégralité des diplomates travaillons pour que nous ayons une situation coordonnée, non seulement en Europe, mais, je vous en ai parlé, avec les pays d'origine et de transit.

Q - Y-a-t-il une véritable volonté politique, la sentez-vous ?

R - Je la sens, en tout cas je la porte. Nous avons un certain nombre de pays avec qui nous avons des dialogues extrêmement rapprochés. C'est une grande partie de mon activité diplomatique depuis six mois, c'est d'aller chercher des alliés, pas des alliés symboliques, pas des alliés pour l'image, mais que nous puissions rétablir de la confiance. Les citoyens européens nous demandent de la protection, ils ne nous demandent pas de fermer les frontières, ils nous demandent que nous soyons organisés. C'est un test d'efficacité. Si les seuls, à la fin, qui arrivent à dire qu'ils arrivent à avoir une position constante dans le temps, ce sont les populistes et ce sont ceux qui pensent que l'Europe peut devenir une forteresse, je crois que nous perdons collectivement parce que ce n'est pas une solution. Donc la volonté politique est extrêmement forte parce que les enjeux sont importants. Et vous voyez bien que la France, c'était le cadre du débat hier à l'Assemblée nationale, est dans une position particulière parce que nous avons notamment des mouvements secondaires qui sont liés aux arrivées de 2015-2016. Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 octobre 2019

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