Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France 2 le 9 octobre 2019, sur l'attentat terroriste au sein de la Préfecture de police de Paris, la question des pesticides, le suicide des agriculteurs et les indemnisations après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France 2 le 9 octobre 2019, sur l'attentat terroriste au sein de la Préfecture de police de Paris, la question des pesticides, le suicide des agriculteurs et les indemnisations après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez le ministre Didier GUILLAUME, ce matin.

CAROLINE ROUX
Oui, le ministre de l'Agriculture, alors que vous l'avez certainement vu, la FNSEA a organisé des blocages partout en France, un mouvement de colère pour dénoncer l'agri-bashing.

CAROLINE ROUX
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Nous allons parler de l'agriculture, mais d'abord un mot de la tuerie de la préfecture. Emmanuel MACRON, lors de l'hommage, a dénoncé l'hydre islamiste et nous demande à tous d'être vigilants. Ça veut dire veiller au changement de comportement de nos voisins, de nos amis, de nos collègues de travail. La société de vigilance voulue par le président, n'est-ce pas prendre le risque de faire de chaque musulman pratiquant un suspect ?

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr que non. Bien au contraire. L'islam est une magnifique religion et les musulmans sont des gens qui ont le droit de pratiquer leur religion, ce n'est pas ça le sujet, mais la société de vigilance c'est que chacun, vous comme moi, comme nos voisins, comme nos enfants, comme nos familles, puissent dire : mais attention, il peut y avoir des changements de comportements. Ce n'est pas la société de la délation, c'est la société du vivre ensemble au contraire, celle où on peut vivre tranquillement les uns avec les autres, quelles que soient nos religions. Mais Emmanuel MACRON a montré du doigt, il a verbalisé quelque chose.

CAROLINE ROUX
Mais c'est quoi la différence entre la vigilance et le soupçon ?

DIDIER GUILLAUME
Mais il n'y a pas le problème de soupçons, chacun est libre d'exercer sa religion, mais un homme par exemple qui refuse de serrer la main une femme dans un bureau, ici même à France Télévisions, c'est un sujet. Après il faut…

CAROLINE ROUX
Et qu'est-ce qu'on en fait, par exemple ? Vous prenez cet exemple-là, qu'est-ce qu'on en fait ? Dans notre quotidien à nous, qu'est-ce qu'on en fait ?

DIDIER GUILLAUME
Je pense qu'il faut en parler, il faut lui parler. On vit dans une société où les gens sont côte-à-côte, il faut qu'ils soient ensemble, il faut lui parler, il faut en parler au chef de service, il faut en parler dans le bureau, il faut en parler sur le plateau, je crois que c'est ça qui est important.

CAROLINE ROUX
Très bien. On en parle au chef de service. Qu'est-ce que fait le chef de service ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je n'en sais rien ! Je ne peux pas…

CAROLINE ROUX
Mais nous non plus, c'est le président qui nous qu'il faut qu'on soit dans une société de vigilance.

DIDIER GUILLAUME
Mais madame, quatre morts à la Préfecture de police de Paris, vous vous rendez compte ? De quoi parlons-nous là ? On n'est pas là pour polémiquer, on est dans un pays où on polémique sur tout. Quatre morts, un homme qui est à la Préfecture de police de Paris a égorgé et a tué ses collègues.

CAROLINE ROUX
Avec des failles au sein même de l'Etat.

DIDIER GUILLAUME
Ça doit bien nous interroger. Il y a une Commission d'enquête qui est mise en place, Christophe CASTANER le ministre de l'Intérieur, a été auditionné à plusieurs reprises. La transparence mais doit être faite. Ce gouvernement veut la transparence, partout, tout le temps, mais…

CAROLINE ROUX
Vous avez raison, il ne faut pas polémiquer, il faut des solutions…

DIDIER GUILLAUME
Il faut des solutions.

CAROLINE ROUX
Et l'une des solutions proposées par le président de la République, qui nous interpelle tous, c'est de dire : maintenant il nous faut une société de vigilance, et il dénonce l'ennemi, l'hydre islamiste, c'est pour ça que je vous interroge ce matin. Est-ce que vous êtes de ceux, par exemple, qui considérez qu'il y a une forme de « dénislamisme », c'est un mot utilisé à la Une du Figaro il y a 2 jours, qui a fait polémique, qui explique en gros qu'il y aurait un déni collectif vis-à-vis de l'islamiste et des dangers de l'islamisme. Est-ce que vous êtes de ceux-ci ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais, il faut dire les choses très clairement, je veux le répéter devant vos téléspectateurs, c'est essentiel, il ne s'agit pas de montrer du doigt, il ne s'agit pas de viser l'islam ou les musulmans, mais il s'agit de viser l'islam politique, il s'agit de viser le salafisme, il s'agit de visées celles et ceux qui veulent détruire notre République et notre société. Et là il ne faut pas faire aucun cadeau, il faut être clair, c'est pour ça que…

CAROLINE ROUX
Mais il y a eu un déni à votre avis ?

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est pour ça que j'ai apprécié le discours d'Emmanuel MACRON, du chef de l'Etat, quand il parle d'hydre islamique. Il faut évoquer les choses, verbaliser. On ne parle plus, et je pense qu'il faut, à la fois dans le vivre ensemble, la société de vigilance c'est le vivre ensemble, mais soyons toutes et tous vigilants. On est vigilant quand une mamie va traverser la route…

CAROLINE ROUX
Donc il y a une forme de déni, ou pas, Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
... on va peut-être l'aider, on va être vigilant peut-être pour aider un de nos amis, quelqu'un qui se radicaliserait. Parce que se radicaliser c'est mettre à mal, c'est attaquer la République, et nous sommes toutes et tous des filles et des fils de la République.

CAROLINE ROUX
Comme le disait Jacques CHIRAC, c'était une citation de Jacques CHIRAC. CETA, sécheresse, tensions sur les pesticides, déconsidération du métier, les agriculteurs sont en colère. Quel mot, vous, vous mettez sur la crise qu'ils sont en train de traverser ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord, moi je veux les saluer, et je veux dire qu'hier ils ont été responsables, les responsables syndicaux comme les agriculteurs…

CAROLINE ROUX
Il y a eu des blocages.

DIDIER GUILLAUME
Oui, ils ont fait leurs manifestations, il n'y a eu aucun dérapage et je veux les saluer. Pourquoi ? Parce qu'ils vivent un moment comme jamais. Aujourd'hui le dénigrement, l'agri-bashing, comme vous dites, n'a jamais été aussi fort.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi, d'ailleurs, l'agri-bashing, au quotidien, dans leur vie ?

DIDIER GUILLAUME
Le quotidien, leur vie, c'est-à-dire que je suis dans mon champ, je me fais descendre de mon tracteur parce que « tu es un pollueur, tu es un empoisonneur ». Ça veut dire, on va on va prendre un arrêté, comme j'ai vu tout à l'heure dans votre journal…

CAROLINE ROUX
C'était en Gironde.

DIDIER GUILLAUME
Il y a un maire qui prend un arrêté en Gironde, à 100 m, pourquoi pas 100 km ? Tout ça n'a pas de sens. Il faut…

CAROLINE ROUX
Elle a tort cette maire que l'on a vue à l'instant ?

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr qu'elle a tort. D'abord elle a tort parce que lorsqu'on est un maire, on ne prend pas des arrêtés et qui ne sont pas légaux. Donc, quand on est un maire on doit respecter la législation. Et au contraire, il faut discuter, lutter contre l'agri-bashing, c'est tout simplement dire : on va mettre du rationnel dans tout cela.

CAROLINE ROUX
Comment faire ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je vais vous le dire, les paysans font un travail remarquable, les gens, vous comme nous, comme dans toutes nos villes, nos villages, on mange les produits issus de l'agriculture. L'agriculture française, pour la troisième année consécutive, elle a été considérée comme la plus durable du monde, et donc par rapport à cela, il faut arrêter cela, il faut que cette coupure entre le rural et l'urbain cesse. Il faut se parler…

CAROLINE ROUX
Il ne suffit pas de le dire.

DIDIER GUILLAUME
Non mais, il faut que nos concitoyens comprennent. Aujourd'hui on n'est pas sur la rationalité, c'est comme sur le sujet précédent, on est dans l'hystérisation collective.

CAROLINE ROUX
Alors, revenons à la rationalité, revenons à la discussion qui est en cours, puisque les zones non traitées, ces zones font l'objet d'un débat, d'une concertation, d'une consultation. Alors, il y avait un projet de fixer entre 5 et 10 m, une distance minimale entre les habitations et les zones d'épandage des pesticides. Par exemple, vous dites : il faut se parler. Comment est-ce qu'on met d'accord les riverains, qui craignent, qui ont peur pour leur santé, celle de leurs enfants, à propos des pesticides, et les agriculteurs ? 5 m, 10 m, est-ce que ça suffira ?

DIDIER GUILLAUME
Mais écoutez, là c'est typiquement le sujet. Le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative, nous dit : il faut mettre des zones de traitement. Que fait le gouvernement ? Nous nous appuyons sur l'ANSES, l'ANSES c'est une autorité indépendante, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire. Alors, si on ne croit plus à cela, effectivement, ça commence à poser problème. Et donc l'ANSES dit : il faut mettre 5 et 10 m, ça protège les riverains. Donc nous mettons dans l'arrêté, 5 et 10 m. Après il faut faire le débat. Possibilité de mettre en place des chartes de riverains. Il y a des endroits où 10 m c'est beaucoup, il y a des endroits où ce n'est pas assez, donc il faut discuter sur le terrain. Le principe de précaution…

CAROLINE ROUX
Comment l'histoire se termine ? L'histoire se termine par la concertation au niveau local, c'est à ça que vous croyez ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, beaucoup.

CAROLINE ROUX
Ou par une norme qui sera imposée, non ?

DIDIER GUILLAUME
Il va y avoir les deux, c'est-à-dire qu'à l'issue de la consultation il y a eu plus de 50 000 personnes qui sont allées sur les sites Internet du ministère, pour dire : voilà ce que l'on veut. Nous allons faire, dans le mois qui vient, le bilan de cette consultation publique, et ensuite le gouvernement prendra un arrêté, et cet arrêté sera discuté sur le terrain, et en fonction de ça, les choses pourront bouger, tout simplement. De la discussion, du bon sens, de la rationalité. Enfin, lorsque... Ou alors on arrête de manger de l'alimentation issue de l'agriculture française. Elle est bonne cette alimentation.

CAROLINE ROUX
Deux agriculteurs se suicident chaque jour en France, j'imagine que c'est un sujet que vous suivez au quotidien.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr.

CAROLINE ROUX
Comment on fait quand on est ministre de l'Agriculture et que ces chiffres-là tombent chaque jour sur votre bureau ?

DIDIER GUILLAUME
C'est terrible. Vous savez, quand j'ai été nommé il y a un an, j'ai dit : j'aurais réussi mon passage au ministère si à l'issue de ce passage, il y aura moins de suicides. Pourquoi ? Parce que c'est absolument catastrophique. Un agriculteur se suicide tous les jours. Alors, pour diverses raisons, pas uniquement pour des raisons agricoles, évidemment on a mis une cellule de veille en place, de cellule de vigilance, en relation avec la MSA, la Mutualité Sociale Agricole, nous travaillons, nous faisons de la prévention, mais aujourd'hui ce mal-être, on parlait de dénigrement, il y a trois choses aujourd'hui vous savez…

CAROLINE ROUX
Très vite.

DIDIER GUILLAUME
Il y a le dénigrement, l'agri-bashing, et le fait que les paysans ne gagnent pas leur vie, et ça c'est absolument scandaleux, et nous y travaillons. Et puis il y a aussi le fait que les crises sanitaires, les crises climatiques, la sécheresse, tout ça fait qu'ils sont mal dans leur peau et pourtant…

CAROLINE ROUX
Et les crises industrielles.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais pourtant les agriculteurs, et je termine là-dessus si vous me le permettez, les agriculteurs ne sont pas des gens qui courbent l'échine, qui baissent la tête, tous les jours ils travaillent dans les champs, et quelqu'un qui travaille dans un champ, ne veut pas empoisonner son champ. Les gens qui travaillent dans les champs, dans la terre, ils veulent faire que la production soit la meilleure possible.

CAROLINE ROUX
Je ne peux pas terminer, je vais me faire disputer à cause de vous, mais je ne peux pas terminer cette interview avant de vous poser la question sur les indemnisations, après l'incendie de l'usine LUBRIZOL, est-ce que les indemnisations sont arrivées, quels sont les délais ?

DIDIER GUILLAUME
Non, les indemnisations ne sont pas encore arrivées, mais elles vont arriver. 100 % des agriculteurs seront indemnisés, les agriculteurs ne sont pas coupables, ils sont victimes, il faut que le principe de pollueur/ payeur, que les industriels paient ce qu'ils ont à payer. En attendant, il y aura des avances qui sont faites par les professions agricoles elles-mêmes, qui seront faites par l'Etat. 100 % seront indemnisés.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Didier GUILLAUME.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 octobre 2019

Rechercher