Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la politique de l'immigration de l'Union européenne, à Luxembourg le 8 octobre 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la politique de l'immigration de l'Union européenne, à Luxembourg le 8 octobre 2019.

Personnalité, fonction : MONTCHALIN Amélie de.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes

Circonstances : Conseil justice et affaires intérieures, à Luxembourg le 8 octobre 2019

ti : Bonjour. Nous venons d'avoir une longue séance de travail sur le sujet migratoire en Europe. Une séance qui s'est tenue dans un climat, je tiens à le dire, extrêmement cordial, un climat d'écoute. Pas d'acrimonie.

Je pense que sur le sujet de la Méditerranée centrale, il y a une prise de conscience collective du fait que c'est d'abord un sujet humanitaire. J'ai rappelé qu'en France, depuis juin 2018, nous avions accueilli 600 personnes. L'Allemagne a rappelé que c'était à peu près 300 personnes, le Luxembourg 60 personnes. On voit bien qu'on n'est pas du tout ce que certains dépeignent comme un afflux migratoire incontrôlable.

Nous sommes face à une situation qui demande de l'humanité, de la réactivité, et nous avons pu élargir le cercle des pays qui sont prêts à nous soutenir et à soutenir ces relocalisations rapides s'il y a des prochaines arrivées de bateaux. Je crois qu'il y a aujourd'hui à peu près une dizaine de pays qui sont prêts à jouer le jeu. Peut-être d'autres au vu des explications et des détails qui ont pu être fournis pour rejoindre ce mécanisme.

Nous avons aussi eu un point détaillé assez long sur la nature aujourd'hui des flux migratoires en Méditerranée orientale avec ce qui se passe en Bulgarie, à Chypre, en Grèce. Il y a la Turquie bien sûr. Et sur ce point, nous voyons tout l'intérêt de travailler activement avec la Commission, dans les meilleurs délais, à avancer sur la refonte de Schengen et pour un vrai système européen du droit d'asile et donc de nous doter d'outils qui ne soient plus dans le temporaire et le géographiquement limité, mais qui soient bien durables et pour les crises d'ampleur.


Q - Si j'ai bien compris, au prochain bateau qui arrive en Italie, il y a une dizaine de pays qui procéderont à une répartition, ou nous n'en sommes pas encore là ?

R - C'est la nature des discussions en cours. Ensuite, ce qui est important c'est qu'on n'est pas là sur un texte, on n'est pas là sur un traité, on n'est pas là forcément pour des signatures mais on veut pouvoir se dire que quand un bateau arrive, on sait qui on peut appeler et que des pays sont prêts à envoyer des équipes sur place pour faire ce que nous faisons avec l'OFPRA : identifier les personnes qui peuvent être accueillies rapidement dans de bonnes conditions dans leur pays.

Il y a une dizaine de pays aujourd'hui qui sont en accord pour prendre un nombre de personnes garanti à chaque fois, des pays qui sont prêts à le faire de temps en temps, d'autres pays qui disent qu'ils sont prêts à le faire et à envoyer des équipes sur place pour identifier les personnes qui sont plus à même de pouvoir être bien accueillies dans leur pays. Mais on est sur une petite dizaine ou une grosse dizaine. Les choses se discutent encore actuellement mais on est sur cet ordre-là. C'est en soit quelque chose de positif de voir que nous sommes capables d'avancer et de le faire dans un climat adapté à l'enjeu dont nous parlons. Nous parlons de vies, d'hommes, de femmes et d'enfants et nous voyons bien que sur le sujet de la Méditerranée centrale, c'est un sujet d'un accueil temporaire. On parle de six mois et on parle d'une capacité à pouvoir répondre à des enjeux qui sinon sont traités par des polémiques qui sont stériles et qui ne correspondent pas à l'enjeu.

Q - Ça c'est le verre à moitié plein. Vous êtes quand même isolés autour de la table. Visegrad n'est pas à bord, si j'ose dire. M. Orban doit voir le président Macron. Le Danemark n'est pas à bord non plus. Vous êtes quand même aujourd'hui relativement isolés.

R - Alors, moi je viens d'entendre la prise de parole par exemple du Groupe de Visegrad. Leur prise de parole soutient pleinement la réforme d'ensemble de la réforme de Schengen et la réforme du droit d'asile européen. Ils considèrent que ce mécanisme temporaire, pour eux, ne correspond pas à ce qu'ils attendent dans un mécanisme général mais nous pensons que, de notre côté, il ne faut pas voir les choses en termes d'isolation, il faut voir les choses en termes de dynamique. La dynamique, c'est que nous avons une dizaine de pays qui sont prêts, à l'arrivée d'un prochain bateau, à travailler ensemble pour que, tout comme l'Allemagne a accueilli 300 personnes, la France 600, le Luxembourg déjà 60, le Portugal de manière répétée, nous soyons un plus grand nombre de pays à prendre notre part. Ce que j'ai dit, c'était que nous ne pouvions pas avoir des résignés et des indifférents autour de la table. C'est un sujet humanitaire grave. Quant à ce qui se passe en Méditerranée orientale, il était essentiel que nous puissions voir là l'importance de relancer nos discussions sur Dublin, sur Schengen, sur la directive retour, sur les réadmissions et que si nous restions avec des mécanismes non coordonnés, nous serions peu efficaces et donc nous laisserions des pays devant des situations qui sont extrêmement difficiles.

Q - En fait, l'urgence s'est déplacée aussi. Aujourd'hui, elle est plutôt à Lesbos qui est au bord de la saturation sur le plan sanitaire.

R - Eh bien, la discussion d'aujourd'hui montrait justement ça. Soit nous sommes capables, avec la Commission, avec Ursula von der Leyen, avec les nouveaux Commissaires de travailler d'ici la fin de l'année à remettre sur les rails une vraie réforme systémique qui nous permette d'avoir des vrais contrôles, d'avoir de la vraie réadmission, d'avoir de la vraie relocalisation et donc de nous organiser, eh bien, si nous ne faisons pas ça, nous aurons de manière circulaire j'allais dire, le sujet qui va se déplacer. Pourquoi ? Parce que les passeurs et les trafiquants, ils sont aussi très agiles. Nous, on met en place des choses qui fonctionnent à certains endroits, eh bien ils se déplacent ailleurs. Donc, c'est un jeu du chat et de la souris. Là, on parle bien des passeurs, des trafiquants, de ceux qui gagnent de l'argent sur ces phénomènes. Je ne vous parle pas des personnes qui ont besoin, elles, de protection. Moi je pense qu'il faut que cette réforme d'ampleur, cette réforme systémique au niveau de la Commission européenne, eh bien aujourd'hui dans les différentes prises de parole, je crois qu'il y a un soutien très grand à ce que le système se réforme, y compris les pays qui disent aujourd'hui ne pas être prêts à potentiellement rentrer dans les mécanismes de relocalisation temporaire. Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 octobre 2019

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