Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux 177 commandos Kieffer, à Colleville-Montgomery le 6 juin 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux 177 commandos Kieffer, à Colleville-Montgomery le 6 juin 2019.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie de tradition de l'école des fusiliers marins et d'hommage aux 177 commandos Kieffer, à Colleville-Montgomery le 6 juin 2019

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Madame la Ministre des Armées, Madame la Secrétaire d'État auprès de la Ministre des Armées, Monsieur le Chef d'État-Major des Armées, Monsieur le Chef d'État-Major de la Marine, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil départemental, Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, Officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots, Mesdames et Messieurs.


Le 6 juin, le D-Day, le jour J, une journée où l'histoire bascule, une de ces dates où le destin de la France, de l'Europe et du monde se sont joués. Nul besoin d'en préciser l'année, inutile d'en rappeler le lieu.

Le 6 juin, c'est l'aube de la libération, le crépuscule du nazisme, la première lueur d'une aurore nouvelle. Que les plages du Calvados et de la Manche paraissent calmes en ce jour et nimbées d'une lumière innocente, et il faut bien un effort d'imagination pour se les représenter telles qu'elles étaient en ce printemps 1944.

Aujourd'hui, devant nous, l'horizon s'étire dans une quiétude limpide.

Il y a 75 ans, au petit matin, le ciel s'animait d'escadrilles et de la plus vaste flotte jamais rassemblée. Le sable de la Côte de Nacre, en cette journée, est lumineux et paisible.

Il y a 75 ans, il était rougi du sang des hommes, saturé de mines, hérissé de barbelés et de bunkers, labouré par un déluge de feu et de fer. Sur ce littoral normand, il y a 75 ans, près de 150 000 soldats venus des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, du Commonwealth et de tant d'autres nations se lançaient à l'assaut du mur de l'Atlantique.

Aujourd'hui, rassemblés et fraternels, nous leurs rendons hommage, infiniment conscients de ce que toutes les générations libres de Français doivent aux morts du débarquement et à ses vétérans, et parmi eux à ces Français qui débarquèrent avec le flot des combattants alliés pour participer à cette armada du courage et de la liberté.

Ils n'étaient qu'une poignée, certes, mais une poignée de braves. Ils étaient presque un symbole, mais un symbole ô combien puissant pour l'honneur de la France, et s'ils n'étaient pas nombreux, ces héros français du 6 juin étaient partout, sur terre, sur mer, dans les airs, des aviateurs opérant avec la Royal Air Force, des marins à bord des bâtiments des Forces navales françaises libres, des parachutistes sautant sur la Bretagne pour rallier la résistance locale et bloquer les unités ennemies qui y stationnaient.

Ces Français du 6 juin 1944, c'était les 177 fusiliers marins du commando KIEFFER, ces Français qui, bien souvent, étaient aussi des Français du 18 juin 1940, ceux qui avaient rejoint Londres pour s'engager auprès du général DE GAULLE et qui, enfin, revenaient dans leur pays pour lui redonner la liberté.

Ce 6 juin, ils débarquent à Sword Beach. Il est 7h35. La mer est à mi-marée. Deux barges secouées par la houle abordent le secteur de la brèche de Colleville. À bord, les 177 hommes balayés par l'écume glacée portent un uniforme britannique flanqué de l'écusson tricolore et du nom de la France. Immédiatement, le feu s'abat sur les navires, les obus pleuvent, les mitrailleuses et l'artillerie battent la plage. La vase, les gerbes d'eau, les premiers blessés, les premiers morts. Les soldats, avec leurs sacs de 30 kilos, affrontent le feu nourri de l'ennemi. Envers et contre tout, ils avancent. Courir, se coucher, ramper, se relever, de nouveau monter à l'assaut.Après des heures et des heures de combat dans Ouistreham, un premier silence succède au bruit et à la fureur, à la folie et à l'horreur. Le blockhaus du casino est neutralisé. Les hommes de KIEFFER poursuivent leur marche vers les ponts de l'Orne, vers Pegasus Bridge, vers Amfreville. Ils tiennent 78 jours sans être relevés. 78 jours.

Ils ont permis que cette page glorieuse de l'histoire ne s'écrive pas seulement en France, mais aussi avec et par des Français. Ils ont été l'honneur de notre pays. Mais sur les plages d'Overlord, à Sword, Juno, Gold, Omaha et Utah, tous les soldats de la liberté furent des frères d'armes et des frères d'âme.

C'est cette alliance des forces libres qui a brisé la résistance nazie. Pourtant, dans les heures et les jours qui suivirent le débarquement, rien n'était acquis. Tout était à défendre et restait à conquérir, et tout ne tenait qu'à un fil, celui du courage. Au soir du 6 juin, une étroite tête de pont est établie mais l'essentiel est là : la libération de France a commencé. Pour le joug nazi, le glas a sonné.

La France sait tout ce qu'elle doit, tout ce qu'elle doit aux soldats du débarquement. Tous les cimetières militaires nous rappellent l'ampleur de leur sacrifice. Le seul 6 juin, 3 000 soldats ont perdu la vie. Durant la bataille de Normandie, 200 000 hommes furent tués ou blessés. À ces héros auxquels nous devons de vivre libre, c'est notre indéfectible, notre impérissable reconnaissance que nous exprimons aujourd'hui,sur le lieu même de leur souffrance et de leur gloire.

Parmi nos 177 fusiliers, près de 60 furent blessés ce 6 juin, dont Philippe KIEFFER lui-même. D'autres sont tombés :Raymond DUMENOIR, Raymond FLESCH, Augustin HUBERT, Marcel LABAS, Jean LEMOIGNE, Jean LETANG, le docteur Robert LYON, Emile RENAULT, Paul ROLLIN, Jean ROUSSEAU. Morts pour la France, morts en héros. Lorsque prit fin la bataille de Normandie, 21 commandos avaient donné leur vie.

Jean MASSON était l'un de ces 177 hros. Il nous a quittés il y a quelques semaines. Jean MASSON avait 21 ans lorsqu'il a sauté de son embarcation pour fouler à nouveau le sol de France. Après quelques minutes il est fauché par un obus de mortier. Enveloppé par les flammes, il est presque donné pour mort. Ses blessures sont sérieuses mais il survit. Ce matin, à l'heure même du débarquement, ses cendres ont rejoint le large sur ces lieux témoins de sa grandeur.

Parmi les 177 du commando KIEFFER il y avait des Bretons, des Normands, des Alsaciens, des jeunes de l'hexagone et d'au-delà des mers. Certains avaient résisté dès juin 40, d'autres avaient servi dans l'armée d'Afrique, d'autres encore s'étaient rencontrés dans les camps espagnols. Ils étaient lycéens, ouvriers, inspecteurs de police, postiers, il y avait ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas. Il y avait des jeunes mariés et des adolescents devenus adultes trop vite.

Parmi eux René ROSSET, né en Tunisie, n'avait que 17 ans. Il avait menti sur son âge pour pouvoir s'engager. Il découvrit la France pour la première fois ce 6 juin 44.

Tous connaissaient le risque de leur mission, tous pourtant ont accepté de l'accomplir. La veille au soir, KIEFFER les avait réunis, il leur avait dit le risque, il leur avait dit qu'il n'en voudrait pas à ceux qui renonceraient. Le lendemain tous étaient là à l'appel. Aucun n'aurait voulu laisser sa place. Eux qui s'étaient soumis à un entraînement impitoyable et qui avaient conquis le droit de porter le mythique béret vert, eux qui suivaient un chef d'exception, le capitaine de corvette Philippe KIEFFER, marin respecté et remarquable meneur d'hommes, tous ont alors mis de côté leur vie personnelle, renoncé à leur intérêt individuel pour embrasser une cause qui les dépassait, pour servir l'honneur et la liberté.

Aujourd'hui sur cette plage qui est au coeur de leur épopée, la France s'incline devant ces 177 héros du commando KIEFFER et devant les derniers vétérans du jour J.

Ici à Colleville-Montgomery je veux tout particulièrement distinguer Monsieur Léon GAUTIER, vétéran du commando KIEFFER, et avoir une pensée particulière pour ses deux camarades de combat, Hubert FAURE et Jean MOREL, qui n'ont pu se joindre à nous aujourd'hui mais sont avec nous dans la pensée. Merci à vous trois.

Cher Léon GAUTIER, vous n'aviez pas 22 ans lorsque vous avez posé le pied sur cette plage. Ce n'était pourtant pas le premier de vos faits d'armes. Vous avez vécu les convois de l'Atlantique, les missions en sous-marin et les épreuves d'Afrique, vous avez combattu tout au long de la bataille de Normandie durant ses 78 jours sans relâche, de bout en bout. 75 ans après vous êtes là. Héros et soldat de la liberté, vous êtes aujourd'hui un inlassable combattant de la mémoire. Et de la même manière que vous avez transmis la fibre du commando à votre petit-fils assis à vos côtés, vous transmettez vos souvenirs aux jeunes générations et faites vivre la mémoire de vos camarades.

Chacun ici se souvient de votre amitié avec Johannes BÖRNER, vétéran allemand de la Normandie. Et en 2014 votre accolade sur les yeux du monde entier a ému les coeurs, les esprits. Ennemis du jour J et frères d'aujourd'hui, cette étreinte a incarné la réconciliation franco-allemande, elle est un symbole profond d'espérance dans l'humain et dans la paix européenne.

Vous, vous qui avez combattu durant cette guerre immense, nous nous tenons devant vous avec une gratitude que les mots ne peuvent exprimer.

Et je veux prendre un engagement devant vous, c'est que nous conserverons intactes les couleurs de votre jeunesse héroïque et l'enseignement de vos vertus. Et comme vous avez toujours conservé avec vous le souvenir de vos camarades tombés dans l'éclat de leur jeunesse, votre exemple sera conservé comme un espoir indestructible.

C'est en se trempant dans le souvenir de votre bravoure précisément que Cédric DE PIERREPONT et Alain BERTONCELLO ont puisé ce courage, à nouveau, de donner leur vie pour en sauver d'autres, dans le sillon de votre exemple.

Officiers mariniers, quartiers-maîtres, matelots, vous êtes les dignes héritiers de ces héros et du cortège illustre de tous ceux qui vous ont précédé.

Aujourd'hui, comme le veut la tradition, parce que vous avez réussi le stage commando, nous vous remettons vos bérets verts. Le porter doit être une fierté, un honneur car il vous inscrit précisément dans la lignée glorieuse de cette histoire que je viens de rappeler, dans la lignée des héros du commandant KIEFFER.

Ce béret vous l'avez mérité après une sélection exigeante, des entraînements éprouvants. Vous venez tous d'unités exceptionnelles, forgées par l'audace, la discipline, l'abnégation, le courage. La France peut compter sur vous et elle le sait, elle le fait. Car la flamme des commandos ne s'est jamais éteinte, elle brûle toujours tout comme la flamme de la Résistance.

Chère jeunesse de France, chers élèves d'aujourd'hui, entendez le message de vos aînés. Vous en êtes les héritiers. Car il vous reviendra bientôt de préserver cette flamme qu'ils ont fait brûler, de continuer à construire une société de liberté et de paix, de dialogue et de fraternité, d'être vigilants face aux tourments du fanatisme, de l'obscurantisme, de l'ignorance. Car ce sont toujours aujourd'hui des dangers mortels.

Cet engagement que vous êtes appelés à poursuivre sachez toujours le retremper dans cette mémoire du 6 juin et cette leçon de bravoure. C'est de là que vous venez, c'est là que vous êtes nés.

L'aube du 6 juin, nous en avons tenu les promesses depuis 75 ans, elle ne doit pas pâlir, nous ne devons pas la trahir. Alors continuons d'embrasser cet esprit de liberté et de courage porté par quelques-uns qui font notre fierté, pour que le jour le plus long jamais ne se termine et continue sans faiblir d'éclairer notre siècle.


Merci à vous.

Vive la République !
Vive la France !

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