Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur le journal "La Montagne", à Clermont-Ferrand le 4 octobre 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur le journal "La Montagne", à Clermont-Ferrand le 4 octobre 2019.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Discours lors du centenaire du journal La Montagne, à Clermont-Ferrand le 4 octobre 2019

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Merci beaucoup, chers amis. Je suis très heureux d'être là parmi vous au sein de votre journal, du groupe et au milieu de nombreux élus et de visages amis de la région et des acteurs de ce beau secteur, que je reconnais aussi dans cette salle. Très heureux d'être en Auvergne, et c'est l'engagement que j'avais pris en janvier 2018 auprès de vous et que nous honorons ce soir, très heureux d'être sur cette terre, vous venez de l'évoquer, cher Jacques, et nous en avons aperçu la silhouette dessinée tout à l'heure, cette terre dont Alexandre VIALATTE disait dans La Montagne qu'elle produisait à la fois des ministres, des fromages et des volcans. Il est vrai que, sur ces flancs de volcan, beaucoup de grands hommes, de penseurs, de présidents, de responsables politiques, de dirigeants, de philosophes, de héros sont nés, ont grandi, ont parfois officié. Je dois dire que celui qui fonda La Montagne il y a 100 ans, le 4 octobre 1919, est de cette illustre lignée d'auvergnats engagés. Alexandre VARENNE, en effet, fils de vignerons auvergnat, franc-maçon, fut de tous les combats de son temps : d'abord celui du capitaine DREYFUS dont, encore étudiant en droit, il embrassa la cause, celui de la défense de son territoire quand il fut député socialiste du Puy-de-Dôme, conseiller de canton puis maire, celui de la dignité des indigènes quand il fut gouverneur général d'Indochine, celui de la lutte contre tous les totalitarismes dans les tourments de l'entre-deux guerres, celui de la dénonciation du gouvernement de Vichy qui, prenant tous les risques, décida de dénoncer la censure le plus clairement possible de défendre (inaudible) et plusieurs autres. Il fut de tous les combats avec discernement et courage. Son épouse fut l'une des premières figures de la lutte pour l'émancipation féminine dans le même temps. C'est sans doute l'ADN de ce fondateur singulier qu'il faut également rechercher et qui nous explique la cause de la longévité de votre journal, qui n'était conçu au début par son inventeur que comme une feuille d'opinion. Pourquoi, sinon, parmi la foule de journaux qui naquirent à l'aube du XXème siècle, fût-il donné à La Montagne de vivre 100 ans, d'en racheter d'autres comme, vous l'avez évoqué, de survivre à tant de bourrasques ? Votre journal est un géant aux pieds d'airain cimenté de valeurs fortes, fondée dans ce temps originel et par la patte de VARENNE, mais qui s'est consolidé durant toutes ces décennies. Ancré à gauche, La Montagne l'a été assurément, elle qui a porté le sous-titre, selon les époques, de quotidien de la démocratie socialiste du centre, puis celui de régional des gauches, s'intitulant même dans les années 30 la Montagne du Front populaire. Mais comme l'avait rêvé VARENNE, qui, au moment de la Seconde Guerre mondiale, eut cette phrase, "le moins de politique possible et la politique ramenée à son vrai but, le bien public." Le vrai parti de La Montagne, ce fut toujours la République, y compris dans les remous de l'entre-deux guerres, même dans les égarements de la collaboration, l'attachement aux valeurs républicaines resta imprimé toujours dans les pages de votre journal, dans son esprit, d'une encre indélébile que le tragique des événements n'a jamais diluée. Si bien qu'en écrivant dans ces colonnes chacun de ses nombreux correspondants s'inscrit dans cette tradition auguste d'indépendance et de droiture. L'autre parti de La Montagne, c'est bien sûr l'Auvergne, les terres limousines où le quotidien est diffusé. Je crois très profondément en la force et la richesse de cet ancrage territorial, que beaucoup partagent ici, comme je le disais, en l'articulation de la petite patrie et de la grande qu'avait rêvé la Troisième République et qu'a cultivé votre journal. Ainsi montrez-vous depuis un siècle comment la fierté régionale peut s'articuler heureusement avec le grand tout national. Vous avez résonné de la houle du XXe siècle, de ses douleurs comme de ses liesses. Vous avez essuyé les tempêtes de vent ou de haine, qu'il s'agisse des rafales de 1999 dévastant les forêts de la Creuse comme de la montée des totalitarismes que j'évoquais tout à l'heure. Vous avez inscrit la grande Histoire dans l'actualité des terroirs et des territoires, comme ce jour de 1993 où le domaine thermal de Vichy accueillit 12 enfants de Tchernobyl pour les soigner, parce que l'attention au local ne rend pas aveugle sur le monde, bien au contraire. Elle enrichit le regard en tant qu'elle donne des racines, qu'elle multiplie les clés de lecture. Et les unes de La Montagne que je reconsultais avant de vous rejoindre, le disent tout entières, celle de mai 68 qui accorde la même attention aux manifestations étudiantes à Clermont et aux répercussions de l'assassinat de Martin Luther KING. Vous avez, durant toutes ces décennies, exalté les savoir-faire de vos entreprises, les eaux Evian, les pneumatiques Michelin. Vous avez accompagné l'essor industriel et scientifique d'une région, l'arrivée de la télévision à Clermont en 1955, la naissance du pôle de recherche technologique Casimir en 1985, celle du premier centre de recherche en nutrition humaine à Clermont-Ferrand en 1993. Vous avez soutenu les projets les plus fous et les plus beaux, une région tout entière, le développement des universités clermontoises, l'ouverture du musée des Beaux-Arts de Clermont en 1992, du centre national du costume du moulin en 2006, l'incroyable pique-nique de la méridienne verte en 2000, l'ouverture d'une aérogare à Clermont-Auvergne la même année, la construction titanesque d'un centre scientifique et pédagogique Européen nommé Vulcania en 2002. Et balayer vos une, c'est revivre l'histoire de toute une région tressée avec celle de notre pays. Et je ne l'oublie pas bien sûr toutes les épopées sportives auvergnates ? L'ascension de Marion BARTOLI, le destin brisé de Del coureur automobile dont nous n'oublions pas la mémoire, le passage de coureur du tour de France, la vie du circuit automobile de Charade, la victoire du club athlétique Brive, Corrèze, Limousin, la coupe d'Europe de Rugby en 97, les victoires Clermont, et tous les événements qui font vibrer un peuple comme une région. Dans le Puy-de-Dôme, dans l'Allier, le Cantal, la Haute-Loire, la Corrèze et la Creuse depuis 100 ans. La Montagne a en effet créé un rituel. Vous l'avez parfaitement rappelé. Et vous en avez dit votre expérience. Unissant l'agriculteur, le cadre, le professeur et le maire dans la même attente matinale pour les humbles fébriles que pour d'autres. Insuffler chez chacun le même attachement à des valeurs communes. De Clermont à Aurillac. De Tulle au Puy-en-Velay en échangeant les nouvelles, les avis, les résultats sportifs ou les bulletins culturels. Elle a dessiné les contours d'une véritable agora de papier où se noue des attaches de chair et d'âme créant ce que l'on appelle à proprement parler un sentiment d'appartenance. Oui, depuis un siècle, La Montagne n'a pas seulement accompagné et uni ces lecteurs au rythme de la petite et de la grande histoire. En marquant la pulsation du temps long, elle a au fond façonné ce que je dirais l'art d'être auvergnat qui est au coeur de ce que j'ai quelquefois appelé l'art d'être français. J'emploie le passé mais à 100 ans La Montagne n'est pourtant pas une vieille dame de la presse française. Non, c'est un de ses représentants les plus vivants. Vous en avez rappelé les défis et les ambitions. Et je pense que nous allons dans quelques instants pouvoir échanger à cet égard qui a su se renouveler, traverser les crises économiques des années 80, prendre le virage du numérique. Un journal qui avec les autres titres du groupe Centre France ne cesse de raconter les belles histoires de ces terres escarpées, de valoriser les femmes et les hommes qui agissent ici pour créer de la richesse et des emplois, pour accompagner les plus fragiles, pour protéger l'environnement. Au fond, des engagés qui forgent un territoire. Vous avez redit à l'instant quelques-uns des défis de la presse quotidienne régionale. Et nous l'évoquions hier à Rodez avec le président Balint. Nous aurons l'occasion là aussi d'y revenir. Mais je crois très profondément que le rôle de cette presse, votre rôle, n'est plus que jamais essentiel. Comme le disait Alexandre VARENNE, la presse quotidienne régionale concourt au bien public. Non seulement parce que dans le flot indistinct des informations y compris lorsqu'on peut tourner en dérision comme vous l'avez fait et qu'on parle parfois peut-être un peu trop de ceux qui ne le méritent pas. Les citoyens ont besoin de repères sur, de ces rituels, de ce temps régulier, des réflexions, de ces relais de confiance que constituent des titres comme ceux du groupe Centre France mais aussi parce que pour reprendre la thématique choisie pour ce centenaire, la presse quotidienne régionale est un tisseur de liens irremplaçables entre les territoires, entre les femmes et les hommes, entre ces territoires et ces hommes et les institutions qui fondent une nation. Et donc il peut y avoir des changements technologiques, des changements d'usage comme on dit. Il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours des femmes et des hommes qui parlent à d'autres, qui doivent tenter de leur expliquer le monde. D'essayer de dire et de démêler le vrai du faux. D'aider à se forger une opinion libre. Parfois de donner des avis et des opinions. Et que cela soit irremplaçable. Et vous l'avez dit : la confiance dans La Montagne c'est votre trésor. Et l'invention du nouveau modèle. C'est ce qui vous reste, nous reste à faire. Alors qu'elle veut pour finir vous présenter pour cet anniversaire ? J'aurais pu être aussi succinct que notre jeune lecteur. Je partage évidemment ce caractère spontané mais là aussi, en recherchant, le tout premier éditorial de La Montagne comporte au fond presque la réponse. Cette phrase d'Alexandre VARENNE qui est à elle seule un manifeste et un
viatique. Les montagnards avaient rêvé d'une humanité meilleure, affranchie de toutes les servitudes, libre, égalitaire et fraternelle. Leur rêve n'est pas mort avec eux. Permettez-moi donc de souhaiter à votre journal pour son prochain siècle d'existence de continuer à unir les rêveurs. Tous ceux qui puisent dans leur enracinement, dans une histoire, une terre, des valeurs. La passion d'être là et la passion de l'universel réconcilier. Ce sont ceux-là les vrais rêveurs. Ceux qui habitent quelque part et chérissent cette terre et aspirent à un idéal et à comprendre le monde. Alors bon anniversaire. Vive la montagne, vive la République et vive la France.

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