ENTRETIEN ACCORDE PAR MONSIEUR VALERY GISCARD D'ESTAING A JACQUES CHANCEL LE 16 JUIN 1976 A 20 HEURES 35 | vie-publique.fr | Discours publics

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ENTRETIEN ACCORDE PAR MONSIEUR VALERY GISCARD D'ESTAING A JACQUES CHANCEL LE 16 JUIN 1976 A 20 HEURES 35

Personnalité, fonction : GISCARD D'ESTAING Valéry, CHANCEL Jacques.

FRANCE. PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE; FRANCE. JOURNALISTE

ti : J. CHANCEL.- BONSOIR MADAMES, BONSOIR MADEMOISELLE, BONSOIR MONSIEUR. NOUS VOICI EN DIRECT DE L'ELYSEE. JE REMERCIE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE QUI NOUS Y ACCUEILLE. MONSIEUR LE PRESIDENT, JE VOUS VOIS POUR LA TROISIEME FOIS, ET VOUS ME PARAISSEZ DE PLUS EN PLUS SEUL. Õ LE PRESIDENT.- C'EST UNE IMPRESSION QUE VOUS AVIEZ DEJA, ME SEMBLE-T-IL, L'ANNEE DERNIERE. Õ J. CHANCEL.- QUE J'AI PLUS ENCORE AUJOURD'HUI. Õ LE PRESIDENT.- C'EST UNE IMPRESSION QUI DOIT ETRE EXACTE PARCE QUE, LORSQUE JE SUIS ALLE AUX ETATS-UNIS, J'AI REVU UN JOURNALISTE QUE JE N'AVAIS PAS VU DEPUIS MA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE, QUI M'A DIT LA MEME CHOSE QUE VOUS. JE CROIS QU'EN REALITE C'EST LA SOLITUDE DE LA FONCTION 'PRESIDENTIELLE' ET NON DE LA PERSONNE. IL SE TROUVE QUE C'EST UNE FONCTION QUI EST UNIQUE, PAR SA NATURE, ET QUI, DONC, EST UNE FONCTION, EN EFFET, SOLITAIRE. Õ J. CHANCEL.- ETES-VOUS SUR DE POUVOIR COMPTER EN CE MOMENT SUR VOS AMIS, VOS AMIS QUI VOUS ONT ACCOMPAGNE PENDANT TOUTE LA PERIODE ELECTORALE ?Õ LE PRESIDENT.VOUS VOULEZ DIRE LES AMIS POLITIQUES ?Õ J. CHANCEL.- VOUS SAVEZ, J'AI RECU BEAUCOUP DE LETTRES, ET DANS TOUTES CES LETTRES IL Y AVAIT UNE PHRASE QUI REVENAIT : CETTE PHRASE C'ETAIT : "QU'IL SE MEFIE. ". ALORS, "QU'IL SE MEFIE", ON N'INSISTAIT PAS. ON NE LA PROLONGEAIT PAS. VOUS DEVEZ SAVOIR DE QUI IL S'AGIT. Õ LE PRESIDENT.- J'IMAGINE QUE C'EST UN ETAT_D'ESPRIT QUI EST LIE A LA _NATURE DE LA DESIGNATION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE. DANS NOTRE SYSTEME, JE CROIS D'AILLEURS QUE C'EST UNE TRES BONNE CHOSE, LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EST ELU DIRECTEMENT PAR CHACUN ET PAR CHACUNES DES FRANCAISES, ET DONC IL Y A UN RAPPORT DIRECT QUI N'EST PAS RESSENTI TOUT LE TEMPS MAIS QUI EST RESSENTI DE TEMPS EN TEMPS. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EST CELUI DE CHAQUE FRANCAISE ET DE CHAQUE FRANCAIS. QUAND ON A CHOISI QUELQU'UN, QUAND ON LUI A FAIT CONFIANCE, EN EFFET, ON A TOUJOURS UN PEU PEUR POUR LUI. J'IMAGINE QUE C'EST CELA QUE CA VEUT DIRE, LORSQU'ON NOUS DIT : "QU'IL SE MEFIE". Õ J. CHANCEL.- IL EXISTE TOUT DE MEME ET TOUJOURS UN SECRET GISCARD D'ESTAING, UNE ENIGME, UN MYSTERE. Õ LE PRESIDENT.- J'ESPERE QUE CE SOIR NOUS LES DISSIPERONS UN PEU. JE NE CROIS PAS QU'IL EXISTE DES SIGNES DE MYSTERE. JE CROIS QUE DE TOUTE FACON LA CONNAISSANCE COMPLETE D'UN ETRE, QUE CE SOIT DANS UNE FONCTION COMME CELLE QUE J'EXERCE OU DANS N'IMPORTE QUELLE AUTRE FONCTION, CETTE CONNAISSANCE EST TOUJOURS DIFFICILE ET LIMITEE ; ET C'EST SEULEMENT LE TEMPS QUI PERMET DE FAIRE CONNAITRE COMPLETEMENT QUELQU'UN. IL N'Y A PAS DE MYSTERE, MAIS SEULEMENT LE BESOIN, LA NECESSITE DE MIEUX CONNAITRE
JACQUES CHANCEL.- DANS LA BRUME AUJOURD'HUI - CAR NOUS EN SOMMES CONVENU - ON N'A PAS L'IMPRESSION QUE TOUT VA TRES BIEN MAINTENANT : QUI ETES-VOUS ? M. GISCARD D'ESTAING.- VOUS ME PARLEZ DE LA POLITIQUE. JACQUES CHANCEL.- JE DIS PRESQUE. M. GISCARD D'ESTAING.- NON ! PAS DU TOUT. PEUT-ETRE EN PARLERAI-JE PLUS COMPLETEMENT. JE NE SAIS PAS. JE PENSAIS QUE VOUS VOULIEZ PARLER DE L'EXERCICE DE LA FONCTION PRESIDENTIELLE APRES DEUX ANS. JACQUES CHANCEL.- JE VOUS PARLERAI TOUT A L'HEURE DE CES EVENEMENTS POLITIQUES, MAIS DANS LA FONCTION PRESIDENTIELLE, QUELLE EST L'IDEE QUI VOUS HABITE ?. M. GISCARD D'ESTAING.- C'EST L'IDEE D'ACCOMPLIR CE POUR QUOI ON A ETE DESTINE, ET JE VOUS DIRAI QUE DEPUIS DEUX ANS AU _LIEU QUE CETTE IDEE S'OBSCURCISSE, POUR MOI ELLE SE CLARIFIE. QUAND J'AI ETE ELU, VOUS VOUS EN SOUVENEZ MES THEMES C'ETAIT LA NECESSITE DU CHANGEMENT 'REFORME' POUR LA FRANCE, ET C'ETAIT LA NECESSITE DU CHANGEMENT DANS L'ORDRE, DANS LA SECURITE. OR, C'ETAIT UN THEME QUI A DURE DE MAI 1974, AVRIL ET MAI. ET ON POURRAIT IMAGINER QUE PEUT-ETRE, UN AN PLUS TARD, DEUX ANS PLUS TARD, IL FAUDRAIT CHANGER D'IDEE. OR, JE ME SUIS APERCU, AU CONTRAIRE, QUE C'ETAIT UNE NECESSITE FONDAMENTALE, ET QUE, SI VOUS VOULEZ, LE THEME QUE J'AVAIS CHOISI C'ETAIT EFFECTIVEMENT LE THEME QUE J'ENTENDAIS POURSUIVRE. ET CE QUI EST IMPORTANT POUR MOI, APRES DEUX ANS, C'EST QUE JE CROIS QUE LES FRANCAIS ONT MIEUX COMPRIS QUE C'ETAIT MON IDEE. JE CROIS QU'AU DEBUT ILS M'ONT FAIT UNE CERTAINE CONFIANCE, MAIS SE SONT DIT : "C'EST UN THEME QU'IL A PRIS, QUI EST PEUT-ETRE UN THEME HABILE", SANS ETRE CONVAINCUS QUE JE POURSUIVRAI CET EFFORT D'ADAPTATION DE LA FRANCE DANS LE CALME ET DANS LA SECURITE. JE CROIS, QUE, MAINTENANT, ILS ONT COMPRIS QUE C'ETAIT VRAIMENT CE QUE JE VOULAIS FAIRE. JACQUES CHANCEL.- VOS ADVERSAIRES VOUS VOIENT COMME UN PERSONNAGE CYNIQUE, ET VOS AMIS VOUS REGARDENT COMME UN GENEREUX ROMANTIQUE. ALORS, OU EST LA VERITABLE IMAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ? M. GISCARD D'ESTAING.- CYNIQUE ? JE NE L'AI PAS BEAUCOUP ENTENDU. JACQUES CHANCEL.- JE L'AI LU. M. GISCARD D'ESTAING.- ON LIT TOUT. JACQUES CHANCEL.- JE LIS TOUTÕ
M. GISCARD D'ESTAING 'REPONSE'.- CA N'EST PAS DANS MON CARACTERE. JE NE PENSE PAS QUE PERSONNE QUI ME CONNAISSE, QUI M'AIT RENCONTRE, PUISSE AVOIR CETTE IDEE. ROMANTIQUE, JE NE DIRAI PAS NON PLUS, PARCE QUE JE CROIS QUE DE TOUTE FACON LA FONCTION QUE J'EXERCE EST UNE FONCTION QUI, A LA BASE, PEUT ETRE CONDUITE PAR LA RAISON, PAR LE JUGEMENT, PAR L'OBSERVATION. CE QUI EST VRAI, C'EST QUE JE CONSIDERE QUE DANS TOUTES LES AFFAIRES HUMAINES, IL Y A UN ELEMENT DE SENSIBILITE ET MEME DE PASSION, ET QUE C'EST VRAI POUR LES INDIVIDUS, C'EST VRAI POUR LES PEUPLES, NOTAMMENT LE PEUPLE FRANCAIS ; MEME S'IL FAUT LE CONDUIRE A-PARTIR DU JUGEMENT ET DE LA RAISON, IL FAUT AUSSI QU'IL Y AIT UN CERTAIN SENTIMENT, UNE CERTAINE PASSION. JACQUES CHANCEL.- QUI EST AMBITIEUX ? VALERY GISCARD D'ESTAING POUR LUI-MEME ? LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE POUR LA FRANCE ET, DANS LES DEUX CAS, SI VOTRE GRANDE AMBITION ETAIT SEULEMENT UN GRAND REVE !... M. GISCARD D'ESTAING.- NON ! JE DIRAI, PUISQUE VOUS ME POSEZ LA QUESTION, C'EST UNE AMBITION POUR LA FRANCE. POUR UNE RAISON SIMPLE : JE CROIS D'AILLEURS VOUS L'AVOIR DIT L'ANNEE DERNIERE, C'EST QUE LE MONDE MODERNE EST UN MONDE NOUVEAU, TRES DIFFERENT DU MONDE TRADITIONNEL, UN MONDE QUI NE LAISSE PAS BEAUCOUP DE PLACE A L'AMBITION PERSONNELLE. L'AMBITION PERSONNELLE, ELLE, PEUT S'EXERCER A DES NIVEAUX, JE DIRAI COURANTS DE LA VIE. MAIS JE ME SOUVIENS VOUS AVOIR DIT L'ANNEE DERNIERE QUE LE TEMPS A L'HEURE ACTUELLE FAIT DISPARAITRE TOUT DE SUITE LES HOMMES QUI ONT EXERCE DES FONCTIONS IMPORTANTES. REGARDEZ AVEC QUELLE VITESSE, JE NE VOUDRAIS PAS INSISTER, L'OUBLI SE FAIT SENTIR Y COMPRIS VIS-A-VIS DE CEUX QUI NOUS ONT DIRIGES A UNE EPOQUE RECENTE. DONC, CA NE SERVIRAIT A RIEN D'ETRE AMBITIEUX POUR SOI-MEME. PAR CONTRE, IL EST VRAI QUE J'AI UNE GRANDE AMBITION POUR LA FRANCE PARCE QUE JE CROIS QUE LA FRANCE EST UN PAYS TOUT A FAIT PARTICULIER. QUI A DES TRAITS DE CARACTERE, DES QUALITES, DES CAPACITES QUI NE RESSEMBLENT A CELLES D'AUCUN AUTRE PAYS, ET QU'ELLE PEUT, A CET EGARD, REPRESENTER DANS LE MONDE UNE CHOSE QUI EST PARTICULIERE ET QUI POURRAIT, DANS UNE CERTAINE MESURE, ETRE EXEMPLAIRE. JACQUES CHANCEL.- A QUELLE OCCASION AVEZ-VOUS RISQUE VOTRE CARRIERE ? IL Y A EU LE "OUI MAIS" FACE AU TOUT PUISSANT GENERAL 'GAULLE CHARLES DE'. IL Y A EU LE "NON" AU REFERENDUM. IL Y A MAINTENANT LE "OUI" AUX PLUS-VALUES"Õ¿
J. CHANCEL.- A QUELLE OCCASION AVEZ-VOUS RISQUE VOTRE CARRIERE ? IL Y A EU LE "OUI MAIS" FACE AU TOUT PUISSANT GENERAL. IL Y A EU LE "NON" AU REFERENDUM. IL Y A MAINTENANT LE "OUI AUX PLUS-VALUES". Õ LE PRESIDENT.- NON. C'EST DE LA POLITIQUE, CE N'EST PAS DU MEME ORDRE. LE DEBAT SUR LES PLUS-VALUES - JE NE SAIS SI VOUS SOUHAITEZ QUE NOUS APPUYIONS - C'EST UN DEBAT PARLEMENTAIRE COMME IL Y EN A EU, COMME J'EN AVAIS CONDUIT. COMME MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCES, J'AI ETE AMENE A FAIRE ADOPTER PAR LE PARLEMENT UN CERTAIN NOMBRE DE DISPOSITIONS FISCALES COMPARABLES. JE NE SAIS PAS SI VOUS VOUS SOUVENEZ D'UN IMPOT TRES IMPOPULAIRE, LA TAXE LOCALE, QUI ETAIT PERCUE SUR TOUTES LES VENTES AU DETAIL ; ET, LORSQUE J'ETAIS MINISTRE DES FINANCES, JE M'ETAIS EMPLOYE A SUPPRIMER CETTE TAXE LOCALE ET A LA REMPLACER PAR UN AUTRE IMPOT, LE VERSEMENT REPRESENTATIF DE LA TAXE SUR LES SALAIRES, QUI EST MAINTENANT VERSE AUX COLLECTIVITES LOCALES. IL M'AVAIT FALLU PLUS DE DEUX ANS POUR Y PARVENIR. CE QUI FAIT QUE LA DIFFICULTE D'UN DEBAT FISCAL N'EST PAS FAITE POUR ME SURPRENDRE. CE N'EST PAS UN RISQUE POLITIQUE COMME VOUS LE DITES. Õ J. CHANCEL.- NOUS NE PARLERONS PAS DES PLUS-VALUES. NOUS PARLERONS TOUT-A-L'HEURE DU DEBAT ET DE CE QU'IL A ENTRAINE DANS LE_MONDE POLITIQUE. ON PEUT SE DEMANDER SI TOUT NE PASSE PAS PAR VOUS. VOUS VOULEZ TOUT VOIR, TOUT CONTROLER, TOUT COMME SI VOUS NE FAISIEZ PAS CONFIANCE A CEUX QUI VOUS ENTOURENT. Õ LE PRESIDENT.- NON. CE N'EST PAS DU TOUT MA METHODE. D'AILLEURS, A CET EGARD, VOUS REMARQUEREZ QUE DE TEMPS EN TEMPS LES COMMENTAIRES DISENT QU'EN EFFET JE CHERCHE A TOUT CONTROLER, A TOUT DECIDER MOI-MEME ET PUIS, A D'AUTRES MOMENTS ON DIT AU CONTRAIRE QUE MON ACTIVITE NE COUVRIRAIT PAS UN NOMBRE SUFFISANT DE SUJETS. JE CROIS QU'IL Y A UN FAIT DANS NOTRE VIE POLITIQUE, C'EST QUE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, PAR SA FONCTION EST UNIQUE. VOUS DISIEZ TOUT-A-L'HEURE : SEUL. IL EST UNIQUE. ET CECI, DEPUIS L'ELECTION PRESIDENTIELLE, DEPUIS LA DECISION DE 1962. J'AI D'AILLEURS NOTE QUE, LORSQU'IL Y AVAIT ELECTION PRESIDENTIELLE, TOUS LES CANDIDATS SUCCESSIFS - JE N'AI PAS BESOIN DE VOUS RAPPELER QUI ILS ETAIENT AVAIENT, CHACUN, ANNONCE CE QU'ILS FERAIENT, ET ILS AVAIENT DONNE LE DETAIL D'UNE ACTION COMPLETE DANS TOUS LES DOMAINES. CE QUI FAIT QUE, POUR LES FRANCAIS, A L'HEURE ACTUELLE, IL Y A UN RESPONSABLE, POUR LE BIEN ET POUR LE PIRE. ET CE RESPONSABLE, C'EST LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE. DONC, ON NE PEUT PAS IMAGINER QU'IL PUISSE SE METTRE A L'ABRI DES EVENEMENTS. IL NE PEUT PAS CHERCHER A SE PROTEGER VIS-A-VIS DES PROBLEMES. PAR CONTRE, J'AI TOUJOURS ETE PARTISAN DEFAIRE CONFIANCE LE PLUS POSSIBLE A CEUX QUI TRAVAILLENT AVEC VOUS ET JE PEUX VOUS DIRE QUE, DANS L'ACTION GOUVERNEMENTALE, IL Y A UN GRAND NOMBRE DE SUJETS DANS LESQUELS JE N'INTERVIENS JAMAIS
JACQUES CHANCEL.- DANS DEUX JOURS CE SERA LE 18 JUIN. CONSIDEREZ-VOUS VOTRE PRISE DE PAROLE COMME UN APPEL, UN APPEL POUR VOUS ? M. GISCARD D'ESTAING.- C'EST TRES DIFFERENT. LE 18 JUIN ETAIT UN EVENEMENT HISTORIQUE FAMEUX, UN EVENEMENT HISTORIQUE EXTRAORDINAIRE DANS LE RECIT DES EVENEMENTS HISTORIQUES. IL FAUT SAVOIR QUE, LE 18 JUIN, LE GENERAL DE GAULLE EST ALLE EN TAXI ENREGISTRER A LA BBC ; IL N'AVAIT PAS DE VOITURE OFFICIELLE ET A PRIS UN TAXI DANS LA RUE, IL N'ETAIT ACCOMPAGNE QUE D'UNE SEULE PERSONNE. C'ETAIT AU MOMENT DE L'EFFONDREMENT MILITAIRE DE 1940 ET DES INCERTITUDES DRAMATIQUES DE LA GUERRE. C'ETAIT UN EVENEMENT HISTORIQUE. A L'HEURE ACTUELLE, CE DONT NOUS PARLONS EST IMPORTANT, C'EST SIGNIFICATIF, MAIS N'A PAS DU TOUT LA MEME DIMENSION. JACQUES CHANCEL.- LES DECHIREMENTS DE LA MAJORITE, CE N'EST PAS UN EVENEMENT HISTORIQUE DANS-LE-CADRE DE LA MAJORITE ? M. GISCARD D'ESTAING.- IL N'Y A PAS DE DECHIREMENT DE LA MAJORITE. JACQUES CHANCEL.- DE REVOLTE ? DE BATAILLE MEME PEUT-ETRE FEROCE CLAUDE LABBE L'A DECLARE : "L'UDR N'ENTEND PAS LAISSER LES CHOSES SE FAIRE SANS ELLE". M. GISCARD D'ESTAING.- VOULEZ-VOUS QUE NOUS EPUISIONS CE SUJET ? JACQUES CHANCEL.- C'EST IMPORTANT. TOUT LE MONDE S'INTERROGE. TOUT LE MONDE POSE DES QUESTIONS. JE LE SAIS POUR LES AVOIR ENTENDUS, CES PAROLES, CES BRUITS : QUE FAIT LE PRESIDENT ? QUE VA-T-IL FAIRE ? ON PARLE D'UN REMANIEMENT MINISTERIEL. ON NE DIT PAS LES CHOSES COMME IL FAUDRAIT LES DIRE. M. GISCARD D'ESTAING.- D'ABORD, DANS L'EXERCICE DE LA FONCTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, IL Y A TOUJOURS DEUX PLANS. IL Y A UN PLAN, LES RELATIONS, LES RAPPORTS AVEC LA COLLECTIVITE NATIONALE QUI VOUS A ELU, ET JE DIRAI QUE POUR MOI CE QUI EST TRES IMPORTANT, CE QUI EST LE PLUS IMPORTANT, C'EST D'AVOIR LE SENTIMENT QU'A UN MOMENT OU UN AUTRE CE QUE JE FAIS EST UN ACCORD AVEC LA COLLECTIVITE NATIONALE, QUE LES FRANCAIS COMPRENNENT, APPROUVENT LA DIRECTION QUI EST PRISE. C'EST UN PREMIER PLAN, ET CELUI-LA RESULTE DE LA _NATURE DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE, L'ELECTION DIRECTE. Õ VOUS AVEZ UN SECOND _PLAN QUI EST CELUI DU JEU DE NOS INSTITUTIONS. DAS NOS INSTITUTIONS, IL Y A UN PARLEMENT ET CE PARLEMENT A DES POUVOIRS. IL A NOTAMMENT LE POUVOIR DE DISCUTER DES PROJETS LEGISLATIFS QUE LUI SOUMET LE GOUVERNEMENT. LE GOUVERNEMENT A MIS AU POINT UN PROJET DE TAXATION DES PLUS-VALUES, ET JE NE VEUX PAS ENTRER DANS LE DETAIL, MAIS DIRE SIMPLEMENT AUX TELESPECTATEURS QU'IL FAUT BIEN VOIR CE QU'EST CE PROJET. CA NE CONSISTE PAS A REPRENDRE DE L'ARGENT A QUELQU'UN QUI REVEND UN BIEN QU'IL A ACHETE, MAIS CA CONSISTE, DANS L'HYPOTHESE OU IL LE VEND PLUS CHER QU'IL NE L'A ACHETE, QU'IL Y AIT UN IMPOT SUR UNE PARTIE DE LA DIFFERENCE. PERSONNE N'EST JAMAIS FRAPPE QUI, AYANT ACHETE UNE MAISON, LA REVEND, OU UNE ACTION 'BOURSIERE', LA REVEND ; C'EST DONC UNE ACTION DE JUSTICE. LE FAIT QUE LE PARLEMENT DISCUTE DE CE PROJET EST TOUT A FAIT NORMAL. J'AI ETE PARLEMENTAIRE DANS LE PASSE, J'AI PARTICIPE A DES DISCUSSIONS, J'AI ETE PRESIDENT DE LA COMMISSION DES FINANCES. JE TROUVE TOUT A FAIT NORMAL QUE LE PARLEMENT DISCUTE DE CE PROJET, ET IL NE FAUT PAS AVOIR CETTE ATTITUDE QUI EST DE DIRE : DES LORS QUE LE PARLEMENT DISCUTE DU PROJET, C'EST DU DESORDRE. PAS DU TOUT. LE FAIT QUE LE PARLEMENT DISCUTE D'UN PROJET, C'EST SA FONCTION. Õ NATURELLEMENT, ON PEUT S'ETONNER QU'ON UTILISE DES MOYENS DE PROCEDURE, C'EST-A-DIRE QU'ON EMPECHE LE DEBAT DE COMMENCER OU QU'ON PROPOSE DE LE RENVOYER A PLUS TARD. CECI N'EST PAS, A MON AVIS, UN BON EXERCICE DE LA FONCTION PARLEMENTAIRE. MAIS LA DISCUSSION DU PROJET POINT PAR POINT, C'EST-A-DIRE DE SAVOIR QUI DOIT PAYER L'IMPOT, QUELLE EST LA PROPORTION DANS LAQUELLE ON DOIT LE PAYER, C'EST TOUT A FAIT NORMALÕ
'DEBAT SUR LES PLUS-VALUES'Õ J. CHANCEL.- MAIS VOUS VOUS ATTENDIEZ A CE QUI SE PASSE ?Õ LE PRESIDENT.- JE M'ATTENDS ABSOLUMENT A CE QUI SE PASSE. Õ J. CHANCEL.- VOUS L'AVIEZ PREVU ?? LE PRESIDENT.- JE N'AI AUCUNE SURPRISE A CET EGARD. ON N'A JAMAIS FAIT VOTER EN FRANCE UN IMPOT SANS UN DEBAT DE CETTE NATURE. Õ J. CHANCEL.- VOUS AVEZ DONC VOULU LA COLETE DE L'UDA ?Õ LE PRESIDENT.- NON, C'EST DIFFERENT. JE PENSE D'AILLEURS QUE CE PROJET SERA VOTE PAR LA MAJORITE. JE VOUS LE DIS. Õ J. CHANCEL.- C'EST COMME UN ORDRE ?Õ LE PRESIDENT.- NON, CE N'EST PAS UN ORDRE. JE PREVOIS QUE C'EST AINSI QUE LES CHOSES SE PASSERONT, ET J'OBSERVE D'AILLEURS QUE, LORSQU'IL Y A EU DES SCRUTINS IMPORTANTS AU COURS DE CE DEBAT, LA MAJORITE EN EFFET, A VOTE DANS CES SCRUTINS IMPORTANTS. LORSQU'IL Y A DES POINTS TECHNIQUES SUR LESQUELS IL Y A DES DIVERGENCES, CERTAINES DIVERGENCES APPARAISSENT. ALORS, VOUS ME DITES : L'UDA ? JE NE VEUX PAS RAISONNER EN TERMES DE PARTI. JE N'AI PAS DE RAPPORTS AVEC DES PARTIS. J'AI APPARTENU, TRES PEU DE TEMPS D'AILLEURS, A LA IVEME REPUBLIQUE, PUISQUE J'AI ETE ELU AUX DERNIERES ELECTIONS DE LA IVEME REPUBLIQUE, ET J'AI FAIT PARTIE DE CEUX QUI ONT SOUHAITEM QUI ONT D'AILLEURS DIT ET VOTE CE QU'IL FALLAIT POUR QUE NOS INSTITUTIONS SOIENT REFORMEES. Õ LA REFORME DE 1958, QUI A ETE CONDUITE PAR LE GENERAL DE GAULLEM AVAIT QUEL OBJET ? C'ETAIT DE SOUSTRAIRE L'ACTION GOUVERNEMENTALE A LA POLITIQUE DES PARTIS. CE N'EST PAS MOI QUI AI CONTRIBUE ET CE N'EST PAS MOI QUI AI ACCEPTE QUE LA VIE GOUVERNEMENTALE RETOMBE SOUS L'INFLUENCE DES PARTIS. ET DONC, JE NE RAISONNE PAS EN DISANT : L'UDR OU LES REPUBLICAINS INDEPENDANTS... J'OBSERVE QUE SUR TOUS LES GRANDS PROJETS QUI ONT ETE DEPOSES PAR LE GOUVERNEMENT DEPUIS L'ORIGINE ET JUSQU'A LA DERNIERE REFORME CONSTITUTIONNELLE, QUI ETAIT LIMITEE MAIS UTILE, LA MAJORITE A VOTE CES PROJETS. ET JE VOUS RAPPELLE : JE SUIS CONVAINCU, CONCERNANT L'IMPOSITION DES PLUS-VALUES, QUE LA MAJORITE VOTERA CE PROJET. ALORS IL Y A UN CERTAIN NOMBRE DE PERSONNES, QUI A CETTE OCCASION, SE SONT MANIFESTEES ET SANS DOUTE AGITEES SUR LE PLAN POLITIQUE. JE NE DIRAI PAS TEL OU TEL PARTI. CE SONT DES PERSONNES. ET JE VOUS INDIQUE QUE NOTRE CONSTITUTION PRECISE LES RAPPORTS ENTRE LE PARLEMENT, LE GOUVERNEMENT ET LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ; QUE MON ROLE, C'EST DE VEILLER A L'APPLICATION DE LA CONSTITUTION DE 1958, ET QUE, BIEN ENTENDU, JE M'Y TIENDRAI. CE QUI VEUT DIRE QU'IL N'EST PAS QUESTION DE LAISSER SE RETABLIR PLUS OU MOINS INDIRECTEMENT UN REGIME DES PARTIS, ET QU'IL N'EST PAS DAVANTAGE QUESTION DE LAISSER SE RETABLIE UNE SITUATION DANS LAQUELLE TEL OU TEL LEADER DU PARLEMENT DIRIGERAIT OU SUGGERERAIT LES MODIFICATIONS DU GOUVERNEMENT. JE VOUS INDIQUE QU'IL N'Y AURA PAS DE REMANIEMENT GOUVERNEMENTAL EN JUILLET. IL N'Y EN AURA PAS. J. CHANCEL.- VOUS LE DITES AUJOURD'HUI ?Õ LE PRESIDENT.- JE VOUS LE DIS AUJOURD'HUI, ET LES RAPPORTS ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LE PARLEMENT RESTERONT GOUVERNES PAR L'ARTICLE 49 DE LA CONSTITUTION QUI LES FIXE DE FACON TRES CLAIRE. Õ J. CHANCEL.- IL Y AURA DONC UN REMANIEMENT A LA RENTREE ?Õ LE PRESIDENT.- JE NE DIS PAS QU'IL Y AURA REMANIEMENT A LA RENTREE. VOUS ME POSEZ LA QUESTION DE SAVOIR SI LES RUMEURS OU LES PRESSIONS CONCERNANT UN REMANIEMENT GOUVERNEMENTAL EN JUILLET ETAIENT FONDEES, JE VOUS INDIQUE, COMME PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, QU'IL N'Y AURA PAS DE REMANIEMENT GOUVERNEMENTAL EN JUILLET
JACQUES CHANCEL.- JE VOUS AI BIEN ENTENDU, MONSIEUR LE PRESIDENT, MAIS VOUS SAVEZ QUE L'UDR NE VOUS AIMERA JAMAIS TENDREMENT. OR, L'UDR A COMME CHEF JACQUES CHIRAC, ET JACQUES CHIRAC EST VOTRE AMI. M. GISCARD D'ESTAING.- VOUS VOUS TROMPEZ SUR CES DEUX POINTS. IL NE FAUT PAS DIRE : L'UDR NE VOUS AIMERA PAS... JACQUES CHANCEL.- IL Y AVAIT DES PETITS POINTS. M. GISCARD D'ESTAING.- QU'EN SAVEZ-VOUS ? J'OBSERVE QUE DEPUIS QUE JE SUIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, LES DEPUTES UDR ONT VOTE L'ENSEMBLE DES TEXTES QUI LEUR A ETE PROPOSE. J'OBSERVE EGALEMENT DANS LES ELECTIONS PARTIELLES OU LOCALES, QUE LES ELECTEURS UDR ONT VOTE COMME LES AUTRES, AVEC LES AUTRES, POUR LES CANDIDATS DE LA MAJORITE. ET JE NE VEUX PAS FAIRE DE DISCRIMINATION DE CETTE _NATURE A L'INTERIEUR DE LA MAJORITE. DEUXIEME ERREUR, SI VOUS ME LE PERMETTEZ : VOUS DITES QUE LE PREMIER MINISTRE EST CHEF DE L'UDR PAS DU TOUT. L'UDR A UN SECRETAIRE GENERAL QUI EST M. YVES GUENA A L'HEURE ACTUELLE, ET UN CERTAIN NOMBRE D'INSTANCES DE DIRECTION. LE PREMIER MINISTRE EST PREMIER MINISTRE, IL N'EST PAS LE CHEF DE L'U.D.R. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS AVEZ DIT A L'OBSERVER 'JOURNAL', TOUT A FAIT RECEMMENT : "J'AI CESSE D'APPARTENIR A UN PARTI". EST-CE TOUT A FAIT EXACT ? M. GISCARD D'ESTAING.- OUI, C'EST TOUT A FAIT EXACT. JACQUES CHANCEL.- VOUS AVEZ CESSE D'APPARTENIR AUX REPUBLICAINS INDEPENDANTS 'RI' ? M. GISCARD D'ESTAING.- A L'HEURE ACTUELLE, ET POUR LE RESTANT DE L'EXERCICE DE MA FONCTION, JE POURSUIS UNE POLITIQUE. ALORS, IL Y A CEUX QUI FACILITENT, QUI SOUTIENNENT CETTE POLITIQUE ; IL Y A CEUX QUI LA COMBATTENT, ET JE LES JUGE, JE LES OBSERVE LES UNS ET LES AUTRES, EN-FONCTION DE CETTE ATTITUDE, MAIS PAS DU TOUT EN-FONCTION DE LA QUALIFICATION DES PARTIS. JACQUES CHANCEL.- ESTIMEZ-VOUS DONC, AUJOURD'HUI, APRES DEUX ANS D'EXERCICE, QUE LE POUVOIR EST UNE CHARGE ET UNE CHARGE TERRIBLE, AVEC DES DESILLUSIONS, AVEC DES JOIES, ET SOUVENT DES DESESPERANCES ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON, JE DIRAI QUE C'EST UNE REPRESENTATION DRAMATIQUE DU POUVOIR A LAQUELLE JE NE ME PRETERAI PAS. JACQUES CHANCEL.- IL Y A, C'EST VRAI, UNE SOLITUDE DU POUVOIR... M. GISCARD D'ESTAING.- IL Y A UNE SOLITUDE... IL Y A UNE CHARGE, ET JE VEUX DIRE QUE TOUTE LA VIE EN EST TRANSFORMEE, ET ON NE PEUT PAS LE SAVOIR AVANT, ET ON NE PEUT MEME PAS LE SAVOIR QUAND ON LE DIT. CE N'EST PAS PARCE QUE JE VOUS LE DIS QUE VOUS LE SAVEZ. IL FAUT LE VIVRE. JACQUES CHANCEL.- ON NE PEUT PAS SE METTRE A VOTRE PLACEÕ¿
M. GISCARD D'ESTAING.- D'AILLEURS PERSONNE NE PEUT SE METTRE A LA PLACE DE PERSONNE. L'EXPERIENCE DIRECTE N'EST PAS COMMUNIQUABLE, ET DANS CE DOMAINE, ELLE N'EST PAS PLUS COMMUNIQUABLE QU'AILLEURS. MAIS IL NE FAUT PAS NON PLUS DONNER UNE DIMENSION DRAMATIQUE A CETTE SITUATION PARCE QU'IL FAUT VOUS SOUVENIR QUE NOTRE POUVOIR EST UN POUVOIR DEMOCRATIQUE. C'EST DONC UN POUVOIR AU-SEIN D'UNE SOCIETE QUI FONCTIONNE. J'EXERCE CE POUVOIR PARCE QUE LES FRANCAIS ME L'ONT CONFIE. JE N'AI DONC PAS DU TOUT LE SENTIMENT DE L'EXERCER PARCE QUE JE L'AI PRIS OU PARCE QUE JE L'AI CONFISQUE OU PARCE QUE J'AI LA FORCE DE LE GARDER. JE L'EXERCE PARCE QU'ILS ME L'ONT CONFIE. ET DONC, DANS UNE CERTAINE MESURE, LE FAIT QUE LE POUVOIR VIENNE DE LA CONFIANCE DEDRAMATISE UN PEU LA SITUATION QUE VOUS DITES. JACQUES CHANCEL.- VOUS AVEZ EU UNE SEULE FOIS LA TENTATION D'ABANDONNER ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON, PAS UNE FOIS. JACQUES CHANCEL.- PARDONNEZ-MOI DE REVENIR A CE QUE JE DISAIS TOUT A L'HEURE. JE VAIS PEUT-ETRE INSISTER UN PEU TROP, VOUS AVEZ DIT TRES FRANCHEMENT, VOUS L'AVEZ DIT AUX FRANCAIS QUI VOUS REGARDENT : "IL N'Y AURA PAS DE REMANIEMENT MINISTERIEL EN JUILLET". M. GISCARD D'ESTAING.- NON. JACQUES CHANCEL.- SI JACQUES CHIRAC ET SON GOUVERNEMENT VOUS PRESENTAIT SA DEMISSION, L'ACCEPTERIEZ-VOUS ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE DIRAIS MEME QUE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE NE PEUT PAS PRATIQUEMENT REFUSER UNE DEMISSION. IL PEUT PEUT-ETRE FAIRE PRESSION EN INDIQUANT QUE LES CIRCONSTANCES NE LUI PARAISSENT PAS FAVORABLES POUR UNE TELLE DECISION, MAIS LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE N'A PAS LE POUVOIR DE REFUSER UNE DEMISSION. JACQUES CHANCEL.- PARLONS DE JACQUES CHIRAC. TRES RECEMMENT, FRANCOIS MITTERRAND A DIT QU'IL A DU STYLE. OR, JAMAIS FRANCOIS MITTERRAND N'A DIT CELA EN PARLANT DE VOUS. M. GISCARD D'ESTAING.- JE NE SUIS PAS UN DES LECTEURS LES PLUS ATTENTIFS DE SES PUBLICATIONS. JACQUES CHANCEL.-... ATTENTIF SANS DOUTE A CE QU'IL DIT. M. GISCARD D'ESTAING.- MAIS CONCERNANT JACQUES CHIRAC, IL A DIT DES CHOSES DE SENS, ME SEMBLE-T-IL, CONTRADICTOIRE, CAR JE ME SOUVIENS DE CRITIQUES TRES VIVES, OU D'UN MECONTENTEMENT TRES GRAND, QU'IL AVAIT EXPRIMES AU MOMENT OU M. CHIRAC AVAIT ETE CHARGE DES FONCTIONS DE COORDINATION DE LA MAJORITE PRESIDENTIELLE. LE PREMIER MINISTRE EST UN HOMME QUI EST ACTIF, QUI EST LOYAL, CE QUI CONSTITUE A MON SENTIMENT LES DEUX QUALITES ESSENTIELLES DE CETTE FONCTIONÕ¿
JOURNALISTE.- AU NOM DU POUVOIR QUE VOUS EXERCEZ, VOUS POURRIEZ UN JOUR, MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS SEPARER DE VOS MEILLEURS AMIS ? EST-CE UNE CHARGE AUSSI DU POUVOIR ?Õ LE PRESIDENT.- OUI, JE CROIS QUE SI UNE SITUATION L'EXIGE ET QUE SI, EN EFFET, ON SE TROUVE PLACE DEVANT UN CHOIX DE CETTE NATURE, C'EST UN CHOIX QU'ON DOIT POUVOIR FAIRE. Õ JOURNALISTE.- QUELLE EST VOTRE CONCEPTION DU ROLE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ? UN ARBITRE OU UN CHEF DE L'EXECUTIF ?Õ LE PRESIDENT.- CA N'EST PAS, DANS NOS INSTITUTIONS, SEULEMENT UN ARBITRE COMME IL L'ETAIT AUTREFOIS, ET JE DIRAIS, SI VOUS ME PERMETTEZ CETTE EXPRESSION, C'ETAIT UN PEU "UN ARBITRE DE TOUCHE", CE N'ETAIT PAS UN ARBITRE QUI ACCOMPAGNAIT TOUT LE JEU. IL INTERVENAIT DANS QUELQUES CIRCONSTANCES POUR DONNER UNE PETITE INDICATION A L'ORIENTATION DE LA VIE POLITIQUE. A L'HEURE ACTUELLE, CELA NE PEUT PAS ETRE SEULEMENT UN ARBITRE, PARCE QU'IL A ETE ELU POUR FAIRE QUELQUE CHOSE. D'AILLEURS, LORSQUE VOUS VOYEZ LES CRITIQUES DE TELLE OU TELLE PERSONNE QUI ME CRITIQUE, CES PERSONNES CRITIQUENT L'INSUFFISANCE OU L'ERREUR DANS L'ACTION. ET ELLES NE CONSIDERENT PAS DU TOUT QU'IL SUFFIRAIT D'AVOIR UN COMPORTMENT D'ARBITRE. EN MEME TEMPS, LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE N'EST PAS TOUT L'EXECUTIF PARCE QU'IL Y A LE GOUVERNEMENT, ET LE GOUVERNEMENT, NOTAMMENT, ASSURE, DANS NOTRE REGIME LA COHERENCE DE L'ACTION GOUVERNEMENTALE ET DE L'ACTION PARLEMENTAIRE. C'EST DONC LUI QUI ANIME LA POLITIQUE D'ENSEMBLE, ET CETTE POLITIQUE D'ENSEMBLE EST MISE EN OEUVRE PAR LE GOUVERNEMENT. LA RESPONSABILITE POLITIQUE, IL FAUT LE CONNAITRE, LUI REVIENT. J. CHANCEL.- LE MANDAT PRESIDENTIEL DE SEPT ANS, N'EST-CE PAS TROP ? OU PEUT-ETRE PAS ASSEZ, AVOTRE AVIS ?? LE PRESIDENT.- IL N'EST CERTAINEMENT PAS QUESTION DE L'ALLONGER. LORSQUE VOUS REGARDEZ LES PAYS QUI ONT UN MANDAT BEAUCOUP PLUS COURT, ON S'APERCOIT QUE CELA REPRESENTE POUR EUX DES INCONVENIENTS QUI SONT SERIEUX : LA REPITION TRES RAPIDE DES PERIODES ELECTORALES EST UN FACTEUR D'INTERRUPTION DE L'ACTION POLITIQUE INTERIEURE ET EXTERIEURE, PUISQUE CELA VEUT DIRE QU'ON VIT EN CAMPAGNE PRE-ELECTORALE PRATIQUEMENT PENDANT UN AN SUR QUATRE OU CINQ. REGARDEZ LA SITUATION AMERICAINE, ON PEUT DIRE QUE DEPUIS LE DEBUT DE L'ANNEE 1976, LA POLITIQUE AMERICAINE EST TRES LARGEMENT SUSPENDUE AU RESULTAT DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE. DONC, UN MANDAT TRES COURT NE ME PARAIT PAS UNE BONNE CHOSE. EST-CE QUE NOTRE MANDAT EST UN PEU LONG POUR MAINTENIR CE CONTRAT ENTRE L'ELECTEUR ET LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ? C'EST UNE QUESTION QU'ON PEUT SE POSER. ELLE N'EST PAS D'ACTUALITE
JACQUES CHANCEL.- LORSQU'ON N'A PAS ETE ELU PAR TOUS LES FRANCAIS, PEUT-ON SE DIRE DE COEUR LE PRESIDENT DE TOUS LES FRANCAIS ? M. GISCARD D'ESTAING.- BIEN ENTENDU. LA AUSSI IL Y A UNE ERREUR DE VOCABULAIRE. C'EST CETTE HISTOIRE DE COUPURE DE LA FRANCE EN DEUX. JACQUES CHANCEL.- ELLE EST COUPEE EN DEUX, POLITIQUEMENT... M. GISCARD D'ESTAING.- POLITIQUEMENT, TOUT PAYS DEMOCRATIQUE EST COUPE AU MOINS EN DEUX. JACQUES CHANCEL.- ET TOUT PAYS PASSE PAR LA POLITIQUE. M. GISCARD D'ESTAING.- OUI, A_PART LES PAYS NON_DEMOCRATIQUES DONT ON NE PEUT PAS SAVOIR S'ILS SONT COUPES EN DEUX OU EN PLUSIEURS PUISQU'ILS N'ONT PAS L'OCCASION DE LE FAIRE SAVOIR. MAIS TOUT PAYS DEMOCRATIQUE QUI A DES ELECTIONS NATIONALES EST COUPE EN DEUX OU EN PLUS_DE DEUX. IL Y AURA UNE ELECTION PRESIDENTIELLE AMERICAINE, DANS TROIS MOIS, DANS QUATRE MOIS, IL Y AURA APPAREMMENT, UNE COUPURE DES ETATS-UNIS EN DEUX. IL VA Y AVOIR DES ELECTIONS EN ALLEMAGNE FEDERALE. IL Y TROIS PARTIS, IL Y AURA UNE COUPURE DE L'ALLEMAGNE FEDERALE EN TROIS. JE DIRAIS QUE C'EST UN PEU NOTRE MANQUE D'HABITUDE DU PROCESSUS DEMOCRATIQUE QUI A ACCREDITE DANS NOTRE VIE NATIONALE L'IDEE DE CETTE COUPURE DE LA FRANCE EN DEUX. CELA FAIT PARTIE DU PROCESSUS DEMOCRATIQUE. LA QUESTION EST DE SAVOIR QUELLE EST LA PROFONDEUR DE CETTE COUPURE EN DEUX. EST-CE QUE C'EST SIMPLEMENT UNE COUPURE AU MOMENT DES ELECTIONS, SUIVIE ENSUITE D'UNE VIE NORMALE, OU EST-CE QUE C'EST, HELAS, UN FOSSE. JE VOUS DIRAI QUE, POUR MA PART, JE SUIS PARTISAN QUE CE NE SOIT PAS UNE COUPURE AU MOMENT DES ELECTIONS, ET ENSUITE UN CERTAIN TRAVAIL EN COMMUN. SI VOUS PRENEZ LE CAS DES ELECTIONS MUNICIPALES, DANS TOUTES LES COMMUNES DE FRANCE, IL Y A EN-GENERAL DEUX ET PARFOIS TROIS LISTES, EN GENERAL DEUX LISTES, MAIS UNE FOIS QUE LES ELECTIONS ONT EU _LIEU, ON RETROUVE SON VOISIN DE LA PORTE A COTE, ON TRAITE LES AFFAIRES DE LA VIE COURANTE, ON SE PARLE ENTRE SOI, AINSI DE SUITE ET C'EST FINIÕ
'REPONSE' LE CARACTERE VERITABLEMENT CRITIQUABLE DE LA POLITIQUE FRANCAISE, CE N'EST PAS UNE COUPURE EN DEUX AU MOMENT DES ELECTIONS, CAR C'EST LA DEMOCRATIE, C'EST LE FAIT QUE CETTE COUPURE SOIT ENSUITE TRANSFORMEE PAR LES HOMMES POLITIQUES ET PAS PAR L'OPINION, EN FOSSE. ET JE VOUS DIRAI, PARCE QUE JE L'AI DIT AU-COURS DE MA CONFERENCE_DE_PRESSE IL Y A DEUX MOIS, QUE JE CONSIDERE QUE LE REFUS DE L'OPPOSITION D'AVOIR DES RAPPORTS DEMOCRATIQUES NORMAUX AVEC CEUX QUI SONT LES ELUS CONSTITUTIONNELS DU PEUPLE FRANCAIS, CE QUE JE SUIS, CE QUE PERSONNE NE PEUT CONTESTER, CE QUE SE TROUVENT ETRE LE PREMIER MINISTRE ET LE GOUVERNEMENT, CECI N'EST PAS CONFORME NI A L'INTERET DE LA FRANCE NI A LA BONNE IMAGE QUE NOUS POUVONS DONNER DE NOUS A L'EXTERIEUR. VOUS SAVEZ QUE LES FRANCAIS CROIENT TOUJOURS - OU CROIENT SOUVENT - QU'ILS DONNENT UNE BONNE IMAGE D'EUX A L'EXTERIEUR. BON, EH BIEN JE VAIS DANS DEUX PAYS DANS LES SEMAINES PROCHAINES, JE VAIS EN ANGLETERRE LA SEMAINE PROCHAINE, JE SERAI RECU A DEJEUNER PAR LE PREMIER MINISTRE ACTUEL BRITANNIQUE QUI EST TRAVAILLISTE, MAIS IL Y AURA A DEJEUNER LE CHEF DE L'OPPOSITION ET IL Y AURA LES ANCIENS PREMIER MINISTRES CONSERVATEURS. JE VAIS EN ALLEMAGNE FEDERALE AU DEBUT JUILLET, ET JE RECEVRAI MOI-MEME A LA MEME TABLE LE CHANCELIER ACTUEL DE L'ALLEMAGNE FEDERALE ET SON CONCURRENT AU-COURS DES PROCHAINES ELECTIONS, M. HELMUT KOHL, ET JE CONSIDERE QUE C'EST NORMAL. ET CROYEZ-VOUS QUE NOUS DONNONS UNE BONNE IMAGE EN FRANCE DANS CE REFUS DU DIALOGUE DEMOCRATIQUE ? JE PEUX VOUS DIRE QUE J'AI FAIT ET QUE JE CONTINUE A FAIRE CE QUI EST NECESSAIRE POUR QUE CE DIALOGUE DEMOCRATIQUE AIT _LIEU ET DONC S'IL N'A PAS _LIEU, CE N'EST PAS DE MON FAIT, IL FAUT LE DIRE OBJECTIVEMENT, C'EST DU FAIT DE L'OPPOSITION. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, JE NE VAIS PAS DIRE QUE VOUS SOUHAITEZ RENCONTRER TOUT DE SUITE FRANCOIS MITTERRAND, QUE VOUS AVEZ ETABLI DES CONTACTS, MAIS EST-IL VRAI QUE D'AUTRES LES ETABLISSENT POUR VOUS...- ET VOTRE PENDULE SONNE 21 HEURES -. M. GISCARD D'ESTAING.- NON, ALORS JE TROUVE QUE TOUT CE QUI SE PASSE DANS LA VIE POLITIQUE, SAUF NATURELLEMENT CERTAINS PROBLEMES EXTERIEURS QUI PEUVENT ETRE COMPLIQUES OU DANGEREUX, TOUT CE QUI SE PASSE DOIT SE PASSER AU GRAND JOUR, LE VETEMENT DE LA POLITIQUE CE N'EST PAS LE MANTEAU COULEUR DE MURAILLE. ET SI L'ON DOIT SE VOIR L'ON SE VOIT, SI L'ON DOIT SE PARLER, L'ON SE PARLE ET ON NE LE FAIT PAS, A MON AVIS, PAR DES INTERMEDIAIRESÕ¿
'REPONSE' ALORS A L'HEURE ACTUELLE, J'AI LES RAPPORTS QUE TOUT LE MONDE CONNAIT AVEC LES DIRIGEANTS DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE, JE N'EN AI PAS D'AUTRES. JACQUES CHANCEL.- VOUS SOUHAITEZ RENCONTRER FRANCOIS MITTERRAND ET GEORGES MARCHAIS DANS LES MOIS QUI VIENNENT ? VOUS POUVEZ MEME LEUR DIRE ICI ? M. GISCARD D'ESTAING.- IL NE FAUT PAS DONNER A CECI LE CARACTERE D'UNE RENCONTRE EXTRAORDINAIRE OU EXCEPTIONNELLE, CE N'EST PAS CELA, JE DIS QUE JE DEVRAIS, QU'IL SERAIT NORMAL QUE J'AI AVEC EUX DES RAPPORTS POLITIQUES NORMAUX, C'EST-A-DIRE DES RAPPORTS POLITIQUES DANS LESQUELS CHACUN CONSERVE SES CONVICTIONS ET SON DROIT A L'EXPRESSION BIEN ENTENDU, MAIS DANS LESQUELS LES HOMMES ACCEPTENT DE SE RENCONTRER DANS L'EXERCICE DE LEURS RESPONSABILITES RECIPROQUES, MOI-MEME COMME PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, EUX COMME GRANDS DIRIGEANTS DES PARTIS DE L'OPPOSITION. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, AUX ETATS-UNIS, VOUS AVEZ DIT : "J'AI ETE ELU POUR SEPT ANS, SI LA GAUCHE L'EMPORTE JE RESTERAI. C'EST UNE POSITION D'HOMME, D'HOMME AU POUVOIR, UNE POSITION DE PRESIDENT. M. GISCARD D'ESTAING.- JE N'AI PAS DIT EXACTEMENT CECI, MAIS ENFIN VOUS COMPRENEZ, JE N'AI PAS EVOQUE UNE HYPOTHESE PARTICULIERE, J'AI DIT... J'AI ETE... JACQUES CHANCEL.- VOUS PARLEZ D'HYPOTHESE ? M. GISCARD D'ESTAING.- VOUS, VOUS INTRODUISEZ UNE HYPOTHESE. J'AI ETE ELU POUR SEPT ANS, J'AI DONC UN CONTRAT, JE SUIS LE SEUL A L'AVOIR ET JE DIRAI QUE PENDANT CETTE DUREE DE SEPT ANS, PERSONNE D'AUTRE NE L'AURA PARCE QU'IL Y AURA DES ELECTIONS LEGISLATIVES DANS LESQUELLES LES DEPUTES SERONT ELUS DANS DES ARRONDISSEMENTS ET DES DEPARTEMENTS, IL N'Y AURA PAS D'ELECTION NATIONALE, IL N'Y AURA AUCUNE CIRCONSTANCE OU TOUS LES FRANCAIS ET TOUTES LES FRANCAISES AURONT A CHOISIR LEUR PRESIDENT. A-PARTIR DU MOMENT OU ON A DEMANDE A REMPLIR UN TEL MANDAT, ON A L'OBLIGATION DE L'EXERCER POUR SON TERME NORMAL. ET CELA FAIT PARTIE D'UNE AUTRE DE MES IDEES QUE JE REPETE SOUVENT, A LAQUELLE ON A PU PARFOIS ACCORDER UN ACCUEIL SCEPTIQUE, C'EST QUE JE CROIS QUE NOUS DEVONS NOUS HABITUER AU FONCTIONNEMENT BEAUCOUP PLUS REGULIER DE NOTRE VIE DEMOCRATIQUE. PAR EXEMPLE, VOUS VOUS SOUVENEZ QUE DEPUIS DEUX ANS, ON A ANNONCE PERIODIQUEMENT QUE LES ELECTIONS SERAIENT ANTICIPEES. JACQUES CHANCEL.- ON LE DIT ENCORE Õ¿
M. GISCARD D'ESTAING 'REPONSE'.- OUI ON LE DIT ENCORE. OR J'AI TOUJOURS DIT JE NE VOIS PAS POURQUOI ELLES SERAIENT ANTICIPEES, ELLES SONT PREVUES POUR 1978, SAUF SITUATION EXCEPTIONNELLE, IL N'Y A QU'A LES TENIR EN 1978. ET JE DIRAI, COMME PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, C'EST LA MEME CHOSE, J'AI ETE ELU POUR SEPT ANS, IL EST NORMAL QUE J'EXERCE MES FONCTIONS POUR SEPT ANS. CELA FAIT PARTIE DE LA MEME DEDRAMATISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE, IL FAUT S'HABITUER A AVOIR UNE SITUATION STABLE DANS NOTRE VIE POLITIQUE. JACQUES CHANCEL.- 58, 68, 78, LE CHIFFRE 8 EST-IL SOUHAITABLE AUX GOUVERNANTS ? C'EST UN BON CHIFFRE LE 8 ?Õ
M. GISCARD D'ESTAING.- OUI JE VOIS CE A QUOI VOUS FAITES ALLUSION, MAIS REGARDEZ LES CIRCONSTANCES. LES CIRCONSTANCES DE 1958, QU'EST-CE QUE C'ETAIT ? C'ETAIT DES EVENEMENTS EXCEPTIONNELS ET DONT LES CAUSES ONT DISPARU DU FAIT DE LA DECOLONISATION PUISQUE C'ETAIT LIE AUX EVENEMENTS D'ALGERIE. EN 68, C'EST UN EVENEMENT TOUT A FAIT DIFFERENT QUI EST UNE EXPLOSION QUI ETAIT A LA FOIS UNIVERSITAIRE MAIS PLUS VASTE, ET QUI ETAIT L'EXPRESSION, D'AILLEURS CONFUSE ET TUMULTUEUSE, D'UN CERTAIN DESIR DE RENOUVEAU ET D'UNE CERTAINE ACCENTUATION DE CERTAINES FORMES DE LIBERALISME DE LA SOCIETE FRANCAISE. MAIS IL NE FAUT PAS CROIRE QU'IL Y A UNE FATALITE REPETITIVE DANS L'HISTOIRE FRANCAISE. D'AILLEURS RAPPELEZ-VOUS, QUAND J'AI FAIT MA CAMPAGNE EN 74, UN CERTAIN NOMBRE DE DIRIGEANTS POLITIQUES - ET D'AILLEURS SYNDICAUX - AVAIENT ANNONCE DE GRANDS MALHEURS. ILS AVAIENT DIT : "OUI, SI ON ELIT LE PRESIDENT GISCARD D'ESTAING, IL Y AURA DES TROUBLES POLITIQUES ET SOCIAUX TRES GRAVES". IL NE S'EST RIEN PASSE. LES MEMES ONT ANNONCE POUR LE PRINTEMPS DERNIER, POUR L'AUTOMNE DERNIER, ET A NOUVEAU POUR CE PRINTEMPS, QU'IL SE PASSERAIT SUR-LE-PLAN SOCIAL DES CONVULSIONS CONSIDERABLES. IL NE S'EST RIEN PASSE. JACQUES CHANCEL.- IL NE SE PASSERA RIEN ? M. GISCARD D'ESTAING.- ON NE PEUT JAMAIS DIRE QU'IL NE SE PASSERA RIEN, MAIS JE VOUS DIRAI QUE QUAND JE REFLECHIS A CE QUI S'EST PASSE DEPUIS DEUX ANS, IL Y A UNE CHOSE QUI ME FAIT TRES CHAUD AU COEUR, IL Y A DES CHOSES IMPARFAITES, MAIS IL Y A UNE CHOSE QUI ME FAIT TRES CHAUD AU COEUR, C'EST QUE LE PLUS GRAND BIEN POUR LA FRANCE C'EST LA SITUATION DE PAIX, DE PAIX EXTERIEURE BIEN ENTENDU, MAIS SURTOUT DE PAIX INTERIEURE, C'EST QU'IL N'Y AIT JUSTEMENT PAS CETTE ESPECE DE SECOUSSE ET D'AFFRONTEMENT. EH BIEN, AU-COURS DE CES DEUX DERNIERES ANNEES, LES FRANCAIS ONT VECU EN PAIX, ILS ONT ENTENDU PARLER BEAUCOUP D'AGITATIONS, D'OPPOSITIONS, ET AINSI DE SUITE, MAIS DANS LEUR VIE QUOTIDIENNE, POUR L'ESSENTIEL, ILS ONT VECU EN PAIX. JACQUES CHANCEL.- UN PEU PLUS_DE DEUX ANS APRES VOTRE ENTREE EN EXERCICE, MONSIEUR LE PRESIDENT, ARRIVEZ-VOUS A RESSEMBLER AUX FRANCAIS ? C'EST UNE QUESTION QUE JE VOUS AVAIS DEJA POSEE L'ANNEE DERNIEREÕ
LE PRESIDENT.- EN EFFET, JE CROIS QUE VOUS ME L'AVEZ DEJA POSEE L'ANNEE DERNIERE ET JE CROIS QUE JE VOUS AVAIS DEJA REPONDU QUE VOUS VOUS TROMPIEZ PARCE QU'EN REALITE - JE CROIS QUE C'EST L'EXPRESSION QUE J'AVAIS EMPLOYEE - PHYSIQUEMENT JE SUIS COMPLETEMENT FRANCAIS. JE VEUX DIRE PAR LA QUE JE SUIS COMPLETEMENT FRANCAIS PARCE QUE TOUTE MA VIE, TOUTES MES RACINES FONT QUE JE SUIS COMPLETEMENT FRANCAIS. ET JE VOUS AVAIS DIT EGALEMENT QUE LES FRANCAIS, C'EST UN PEUPLE TRES DIVERS, PUISQU'IL Y A EU EN FRANCE DES PEUPLEMENTS SUCCESSIFS, D'ORIGINE SUCCESSIVE, QUI ONT D'AILLEURS ENRICHI NOTRE PAYS ET DONC QUE PERSONNE NE PEUT PRETENDRE RESSEMBLER A PERSONNE. CE QUI FAIT QU'IL NE FAUT PAS CROIRE QUE L'ON PEUT S'IDENTIFIER, QU'IL Y AURA UNE PERSONNE QUI S'IDENTIFIE A L'ENSEMBLE DES FRANCAIS. MAIS, ET C'EST UNE CHOSE QUI EST POUR MOI TRES IMPORTANTE, SI VOUS VOULEZ, MON CONTACT AVEC LES FRANCAIS DEPUIS DEUX ANS, TEL QUE JE LE RESSENS EVIDEMMENT, S'EST DEVELOPPE ET APPROFONDI ; JE LE SENS PLUS FACILE ET PLUS DIRECT. Õ J. CHANCEL.- ETES-VOUS VRAIMENT UN HOMME POLITIQUE?Õ LE PRESIDENT.- JE SUIS UN HOMME POLITIQUE, JE DIRAI PARTICULIER. Õ J. CHANCEL.- CA VEUT DIRE QUOI PARTICULIER?Õ LE PRESIDENT.- PARTICULIER? C'EST-A-DIRE QU'IL Y A UN JEU POLITIQUE, C'EST LA VIE QUI FAIT LES CHOSES, IL Y A UN JEU POLITIQUE AUQUEL JE N'AI JAMAIS PARTICIPE ET AUQUEL JE NE PARTICIPE PAS ET QUI D'AILLEURS PROFONDEMENT, AU SENS FORT DU TERME, NE M'INTERESSE PAS. ET PAR EXEMPLE CERTAINES AGITATIONS A L'HEURE ACTUELLE - ET VOUS LE VOYEZ BIEN - CELA NE M'INTERESSE PAS, JE LES CONSTATE. Õ J. CHANCEL.- CA VOUS TOUCHE QUAND MEME ?Õ LE PRESIDENT.- NON, CE N'EST PAS QUE CA NE ME TOUCHE PAS,CE SONT DES ELEMENTS BEAUCOUP PLUS PROFONDS QUI ME TOUCHENT. ET SOUVENT LES COMMENTAIRES DU MILIEU POLITIQUE, QUE CE SOIT LES ACTEURS DU JEU POLITIQUE, QUE CE SOIT LES COMMENTAIRES, ILS VOIENT BIEN QUE CE JEU POLITIQUE N'EST PAS TOUT A FAIT CELUI QUI M'INTERESSE ET QUI ME PREOCCUPE. A CET EGARD, IL Y A UNE CERTAINE INCOMPREHENSION. Õ J. CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS AVEZ ETE DEUX A VOULOIR REMETTRE DES COMPOSITIONS ECRITES : FRANCOIS MITTERRAND A REMIS LE PREMIER SA COPIE, C'EST UN LIVRE SUR LES LIBERTES. ON ATTEND UN LIVRE DE VOUS SUR VOTRE DOCTRINE. CE LIVRE EST-IL PRET ? QUE RENFERME-T-IL ? QU'ALLEZ VOUS OFFRIR ?Õ LE PRESIDENT.- JE PENSAIS QUE VOUS ME POSERIEZ CETTE QUESTION. Õ J. CHANCEL.- ON EN PARLE.... Õ LE PRESIDENT.- ALORS C'EST POUR CA QUE JE VOUS L'AI APPORTE¿
LE PRESIDENT.- JE VOUS L'AI APPORTE POUR VOUS MONTRER QU'HELAS IL N'EST PAS FINI PARCE QUE... BON, VOILA SON _ETAT.Õ J. CHANCEL.- IL EST DE VOTRE ECRITURE.Õ LE PRESIDENT.- IL EST DE MON ECRITURE, CE QUI EXPLIQUE D'AILLEURS QU'IL NE SOIT PAS FINI PARCE QUE S'IL S'AGISSAIT SIMPLEMENT DE METTRE SA SIGNATURE AU BAS D'UN PAPIER PREPARE PAR D'AUTRES, CELA PRENDRAIT CINQ MINUTES. IL EST ACTUELLEMENT AVANCE A PEU PRES AUX DEUX TIERS, MAIS MALHEURESEMENT CES JOURS-CI DONC, JE VAIS EN GRANDE-BRETAGNE, J'AI ENSUITE UNE CONFERENCE A PORTO-RICO, JE ME RENDS ENFIN AU "SOMMET" FRANCO-ALLEMAND, DONC JE NE VAIS PAS POUVOIR Y TRAVAILLER DANS LES JOURS PROCHAINS, CELA RETARDERA SA POSSIBILITE DE PUBLICATION ET JE VERRAI A CE MOMENT LA QUELLE LA BONNE DATE POUR LE FAIRE PARAITRE.Õ JE PENSE QU'IL ETAIT NECESSAIRE DE FAIRE UN TEL EFFORT PARCE QUE JE CROIS QU'UNE DES CARACTERISTIQUES DES FRANCAIS, C'EST QU'ILS ONT BESOIN DE SAVOIR QUEL EST LE TYPE D'UNIVERS VERS LEQUEL ILS VONT, ET QU'A L'HEURE ACTUELLE, DANS L'ANGOISSE, L'ANXIETE D'UN CERTAIN NOMBRE DE FRANCAIS, IL Y A LA CRAINTE MAIS IL Y A AUSSI LE FAIT DE NE PAS SAVOIR VERS QUOI ON VA. AUTREFOIS, LES FRANCAIS LE SAVAIENT PARCE QUE LE MONDE ETAIT TRES STABLE ET DONC ILS LE CONNAISSAIENT A L'AVANCE. CE MONDE LEUR ETAIT DECRIT, MAIS ACTUELLEMENT, ILS NE LE SAVENT PAS. ET PAR EXEMPLE, JE CROIS QUE, QUELS QUE SOIENT SES GRANDS DEFAUTS, SON INAPPLICABILITE, LE FAIT D'AVOIR PROPOSE UN PROGRAMME_COMMUN REPONDAIT A UNE CERTAINE ATTENTE, A UN CERTAIN BESOIN. ET APRES DEUX ANS D'OBSERVATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE ET DE _RECHERCHE SUR LES DIRECTIONS QUE NOUS DEVIONS SUIVRE, JE CROIS QU'IL EST IMPORTANT DE PROPOSER UN DOCUMENT D'ENSEMBLE. ALORS JE VOUS DIS UN PEU CE QU'IL Y A DEDANS...Õ J. CHANCEL.- QUE PROPOSEZ-VOUS ?Õ LE PRESIDENT.- JE NE VAIS PAS VOUS EN DONNER TOUTE LA LECTURE.Õ J. CHANCEL.- LES GRANDS TRAITS, L'ESSENTIEL.Õ LE PRESIDENT.- IL Y A DONC UNE PREMIERE PARTIE QUE J'APPELLE "LA FRANCE TELLE QU'ELLE EST", QUI EST UN EFFORT D'ANALYSE, DE L'_ETAT SOCIAL EN MEME TEMPS QUE DE L'_ETAT DES ESPRITS EN FRANCE A L'HEURE ACTUELLE POUR RECHERCHER LES CAUSES DE CETTE INCERTITUDE ET DE CE MALAISE. ET DANS CETTE PREMIERE PARTIE, J'EXPLIQUE ENSUITE POURQUOI LES DEUX GRANDES DOCTRINES FONDAMENTALES, C'EST-A-DIRE LE MARXISME ET LE LIBERALISME CLASSIQUES NE FOURNISSENT PAS DE REPONSE A LA FRANCE. ET JE LE DEMONTRE D'UNE FACON QUI EST, JE LE CROIS, CONVAINCANTE MAIS QUI DE TOUTE FACON REPOND A L'INTUITION DE NOS COMPATRIOTES ; ILS SAVENT BIEN QU'IL N'Y A PAS DE REPONSE DANS CES DEUX DOCTRINES CLASSIQUES.Õ J. CHANCEL.- VOUS L'AFFIRMEZ.
'REPONSE' M. GISCARD D'ESTAING.- JE L'AFFIRME ET JE M'EFFORCE DE LE DEMONTRER. ENSUITE, IL Y A TROIS PARTIES DE PROPOSITIONS : LA PREMIERE PARTIE DE PROPOSITIONS, JE L'APPELLE "LA SOCIETE A-PARTIR DE L'HOMME" PARCE QUE LES SYSTEMES TELS QUE LE MARXISME ET LE LIBERALISME SONT DES SYSTEMES QUI SONT CONSTRUITS A-PARTIR DE L'ECONOMIE ; ET PUIS AYANT UNE CERTAINE ANALYSE DE L'ECONOMIE, ON REVIENT VERS L'HOMME. ET JE CROIS QUE NOUS ABOUTISSONS A UNE PERIODE A-PARTIR DE LAQUELLE IL EST POSSIBLE DE FAIRE LE MOUVEMENT INVERSE, C'EST-A-DIRE DE RECHERCHER L'HOMME TEL QU'IL EST DANS LE MONDE MODERNE, ET DE VOIR COMMENT IL SOUHAITERAIT QUE LA SOCIETE SOIT ORGANISEE AUTOUR DE LUI. C'EST DONC UNE DEMARCHE TOUT A FAIT DIFFERENTE. J'ABOUTIS A DEUX PROPOSITIONS : LA PREMIERE C'EST DE RECHERCHER L'UNITE DE LA SOCIETE PAR LA JUSTICE ET DONC, AU_LIEU D'ALLER VERS UNE SOCIETE FRAGMENTEE EN GROUPES OU EN CLASSES, C'EST D'ALLER VERS UNE SOCIETE UNIE. ET LA DEUXIEME, C'EST D'ORGANISER CETTE SOCIETE DANS CE QUE J'APPELLE UNE COMMUNAUTE D'HOMMES LIBRES ET RESPONSABLES, C'EST DONC D'ACCENTUER LA LIBERTE ET D'ACCENTUER LA RESPONSABILITE. ALORS LA PARTIE SUIVANTE EST UNE PARTIE... JACQUES CHANCEL.- PARDONNEZ-MOI, VOUS PENSEZ QU'IL N'Y AURA PLUS DE CLASSES DANS L'AVENIR ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE CONSIDERE QUE LE PAYS SERA UNI, JE CONSIDERE QU'IL EST POSSIBLE D'ENVISAGER POUR LA FRANCE UNE SOCIETE UNIE. JACQUES CHANCEL.- DANS COMBIEN DE TEMPS ? M. GISCARD D'ESTAING.- DANS UNE GENERATION ENVIRON, C'EST-A-DIRE DANS 20 OU 30 ANS. JACQUES CHANCEL.- IL S'AGIT DONC PLUS D'UNE PHILOSOPHIE QUE D'UNE DOCTRINE. M. GISCARD D'ESTAING.- ENSUITE, J'ENTRE DANS L'APPLICATION, TEL EST L'OBJET DES DEUX PARTIES SUIVANTES. LA TROISIEME PARTIE, C'EST L'AFFIRMATION DE LA NECESSITE D'UNE SOCIETE PLURALISTE. SUR CE POINT, ON PEUT ENTRER DANS LE DETAIL. EN EFFET, ON PARLE SOUVENT DE PLURALISME POLITIQUE. OR, JE CONSIDERE QUE LE PLURALISME POLITIQUE N'EST PAS SUFFISANT CAR S'IL COEXISTE AVEC UN MONOLITISME ECONOMIQUE ET SOCIAL, LE SENTIMENT D'UNE SOCIETE CONSTRUITE A-PARTIR DE L'HOMME N'EXISTE PAS. IL FAUT DONC UN PLURALISME ECONOMIQUE ET SOCIAL, CE QUI ENTRAINE TOUTE SORTE DE CONSEQUENCES PRATIQUES QUE JE DECRIS DANS MON LIVRE. LA DERNIERE PARTIE PORTE SUR L'ORGANISATION DES POUVOIRS POLITIQUES, ECONOMIQUES ET SOCIAUX, ELLE EN FAIT LA DESCRIPTION. EN CONCLUSION JE DECRIS CE QUE PEUT ETRE CE PROJET PAR-RAPPORT A UNE FUTURE CIVILISATION FRANCAISEÕ
JACQUES CHANCEL.- VOUS PARLEZ DE CE QUE POURRAIT ETRE UN REGIME PRESIDENTIEL... M. GISCARD D'ESTAING.- OUI, J'EN PARLE. JACQUES CHANCEL.- CE REGIME, VOUS LE SOUHAITEZ. M. GISCARD D'ESTAING.- TELLE N'EST PAS EXACTEMENT MON ATTITUDE. QUEL EST NOTRE REGIME A L'HEURE ACTUELLE ? C'EST UN REGIME PRESIDENTIALISTE, C'EST-A-DIRE UN REGIME DANS LEQUEL LA FONCTION PRESIDENTIELLE EST TRES IMPORTANTE. CE N'EST PAS UN REGIME PRESIDENTIEL CAR LA REGLE DE L'ORGANISATION DES POUVOIRS N'EST PAS LA SEPARATION DES POUVOIRS DU REGIME PRESIDENTIEL, IL Y A UN EXECUTIF PRESIDENTIEL ET UN LEGISLATIF INDEPENDANT. REFLECHISSONS, SI NOUS ALLIONS VERS UN REGIME PLUS PRESIDENTIEL, EN REALITE, NOUS ASSISTERIONS A UNE CERTAINE ACCENTUATION DES POUVOIRS DU LEGISLATIF ALORS QUE LES MILIEUX POLITIQUES FRANCAIS CROIENT QU'IL S'AGIRAIT D'UNE ACCENTUATION DU POUVOIR DU PRESIDENT. NON. MAIS JE NE VEUX PAS PRENDRE DE POSITION DEFINITIVE A L'HEURE ACTUELLE SUR CE SUJET. JACQUES CHANCEL.- ON LE SAIT BIEN... M. GISCARD D'ESTAING.- J'AI AUJOURD'HUI UNE CONCEPTION PRESIDENTIALISTE QUI ETAIT CELLE DE MES PREDECESSEURS ET, EN-PARTICULIER, CELLE DU GENERAL DE GAULLE - IL ME L'A DIT - DE L'EXERCICE DE MA FONCTION. CEPENDANT, JE N'ENVISAGE PAS, A L'HEURE ACTUELLE, UNE MODIFICATION DES TEXTES CONSTITUTIONNELS. JE CROIS QUE NOUS POUVONS FAIRE L'EXPERIENCE DE CE REGIME PRESIDENTIALISTE ET, PLUTOT QUE DE PROCEDER COMME DANS LE PASSE, C'EST-A-DIRE PAR REVOLUTIONS CONSTITUTIONNELLES SUCCESSIVES, NOUS DEVONS PERFECTIONNER NOS INSTITUTIONS. L'EXPERIENCE DES PROCHAINES ANNEES MONTRERA S'IL Y A PLUTOT INTERET, POUR L'AVENIR, A DEFINIR LE _CADRE PRESIDENTIEL OU, AU CONTRAIRE, A MIEUX ORGANISER SON FONCTIONNEMENT PRESIDENTIALISTE. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, ON PEUT IMAGINER QUE LES CHOSES IRONT VITE ; EN 1980, A LA FIN DE VOTRE MANDAT, Y AURA-T-IL ENCORE UN PREMIER MINISTRE ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE REVIENS EN ARRIERE AVANT DE PARLER DE 1981. CETTE FONCTION PRESIDENTIALISTE EST ABSOLUMENT INCOMPATIBLE AVEC TELLE OU TELLE PROPOSITION, AVEC TELLE OU TELLE AGITATION DU TYPE DE CELLES QU'ON PEUT OBSERVER A L'HEURE ACTUELLE ET DONT L'OBJET SERAIT PAR EXEMPLE QUE LA DATE DE NOMINATION D'UN PREMIER MINISTRE OU LA COMPOSITION D'UN GOUVERNEMENT FUT DECIDEE A-PARTIR D'UNE CERTAINE AGITATION PARLEMENTAIRE OU A LA SUITE DE TELLE OU TELLE INDICATION DE PARTI. JE VOUS RAPPELLE QU'IL N'EN EST PAS QUESTION ET QUE JE MAINTIENDRAI DANS LES INSTITUTIONS DE 1958, QUI SONT LES GRANDS ACQUIS DE LA FRANCE ACTUELLE, LA RESPONSABILITE PRESIDENTIELLEÕ
'REPONSE' JE NE PEUX PAS VOUS DIRE CE QUI SE PASSERA D'ICI A 1981 PUISQU'IL Y AURA UN CERTAIN NOMBRE D'ECHEANCES IMPORTANTES. JE NE CROIS PAS QU'IL Y AIT DE MODIFICATIONS CONSTITUTIONNELLES IMPORTANTES D'ICI LA. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, ON PEUT PENSER QUE VOTRE LIVRE PARAITRA EN LIBRAIRIE LE MOIS PROCHAIN. SOUS QUELLE COUVERTURE ? S'AGIRA-T-IL D'UN NOUVEAU "PETIT LIVRE" ? IL Y A EU LE "PETIT LIVRE ROUGE" DE MAO, Y AURA-T-IL LE "PETIT LIVRE VERT" DE M. GISCARD D'ESTAING ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON, JE NE VISE PAS DU TOUT A ECRIRE LE MEME TYPE DE DOCUMENT. NOUS DEVONS AVOIR UNE APPROCHE PLUS SOBRE. IL NE FAUT PAS ESSAYER DE MULTIPLIER LES MESSAGES UNIVERSELS. EN REALITE, JE L'AI ECRIT POUR TROUVER UNE SOLUTION A UN PROBLEME, CELUI DE L'AVENIR DE LA SOCIETE FRANCAISE. JE SOUHAITE QUE CE LIVRE RECOIVE UNE LARGE DIFFUSION CAR TOUT LE MONDE, TOUS NOS COMPATRIOTES ONT BESOIN D'EXPLICATIONS SUR L'AVENIR. JACQUES CHANCEL.- VOTRE CONDUITE POLITIQUE, IL FAUT BIEN LE DIRE, EST A L'OPPOSE DE VOS ENGAGEMENTS. VOTRE ELECTORAT NE S'Y RECONNAIT PLUS. JE VOUS LE DIS AUSSI FRANCHEMENT PARCE QUE J'AI RECU UN COURRIER IMPORTANT ET NOTAMMENT DES LETTRES COMME CELLE-CI : "LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A UNE CONDUITE SUICIDAIRE, IL ENTRAINE DANS SA LENTE ET INEXORABLE CHUTE TOUT CE QU'IL TOUCHE". COMMENT REAGISSEZ-VOUS A DE TELLES PHRASES ?Õ¿
M. GISCARD D'ESTAING 'REPONSE' J'AI EU A PROPOSER UN CERTAIN NOMBRE DE REFORMES ET IL EST VRAI QU'ELLES N'ETAIENT PAS APPROUVEES PAR UNE PARTIE DE MES ELECTEURS. C'EST UN FAIT. JE FERAI UNE DISTINCTION PARMI CES REFORMES ENTRE CELLES QUI HEURTAIENT DES INTERETS ET CELLES QUI HEURTAIENT DES CONVICTIONS, NOTAMMENT DES CONVICTIONS QUI PEUVENT ETRE RESPECTABLES. JE PLACERAI DANS LA CATEGORIE DES REFORMES QUI HEURTAIENT LES CONVICTIONS NOTAMMENT LES TEXTES PORTANT SUR L'AVORTEMENT ET LE DIVORCE. J'AJOUTE QUE JE SUIS BEAUCOUP PLUS SENSIBLE A CE TYPE D'OPPOSITION QUE JE NE SUIS SENSIBLE A L'OPPOSITION FONDEE SUR LES INTERETS, DONT JE PARLERAI TOUT A L'HEURE. NEANMOINS JE LES AI PROPOSEES PARCE QUE JE CROIS QUE C'ETAIT NECESSAIRE. LA FRANCE DE 1976, HEUREUSEMENT, N'OFFRE PLUS LES SPECTACLES, HUMAINS ET SOCIAUX, PITOYABLES ET, POUR CERTAINS, IL FAUT BIEN LE DIRE, DEGRADANTS QUE L'ON OBSERVAIT AVANT QUE CES REFORMES N'AIENT ETE ACCOMPLIES. JE SAVAIS DONC QUE CES REFORMES ETAIENT CONTRAIRES AUX CONVICTIONS D'UNE PARTIE DE CEUX ET DE CELLES QUI M'AVAIENT ELU, MAIS JE CROIS QU'IL ETAIT NECESSAIRE DE LES FAIRE, JE PERSISTE A CROIRE QU'ELLES ETAIENT NECESSAIRES. EN CE QUI CONCERNE LES OPPOSITIONS FONDEES SUR LES INTERETS, C'EST TOUT A FAIT DIFFERENT. TOUTE PERSONNE DONT LES INTERETS SONT ATTEINTS A TENDANCE A SE DEFENDRE, C'EST NATUREL. CEPENDANT, JE CROIS QU'IL N'Y A PAS D'EFFORT DE JUSTICE ET DONC DE TRANSFORMATION DE LA SOCIETE FRANCAISE S'IL N'Y A PAS CERTAINES MODIFICATIONS DES INTERETS. JE N'ARRIVE PAS A IMAGINER COMMENT NOUS POURRIONS CONCILIER LE VOCABULAIRE D'UNE SOCIETE PLUS JUSTE AVEC L'IMMOBILISME TOTAL EN CE QUI CONCERNE LES INTERETSÕ
'REPONSE' JE CROIS D'AILLEURS QUE PARMI CEUX QUI M'ONT ELU, UNE TRES GRANDE MAJORITE LE COMPREND. NATURELLEMENT, QUELQUEFOIS, ON COMPREND DES CHOSES QUI NE SONT PAS TRES AGREABLES, ON LES COMPREND COMME ETANT NECESSAIRES. IL EN EST AINSI LORSQUE L'ON EST AMENE A FAIRE UN EFFORT DANS DES CIRCONSTANCES DRAMATIQUES, LORS D'UN CONFLIT, ON NE LES RESSENT PAS NECESSAIREMENT COMME AGREABLES. OR, CETTE MODIFICATION D'UN CERTAIN NOMBRE D'AVANTAGES OU DE PRIVILEGES EN FRANCE EST NECESSAIRE, JE DEVAIS LA CONDUIRE, ELLE N'A RIEN DE SUICIDAIRE, ELLE EST ANTI-SUICIDAIRE. UNE CHOSE EST CLAIRE : SI LA MAJORITE ACTUELLE, CONDUITE PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ET LE GOUVERNEMENT, N'AVAIT RIEN ENTREPRIS SUR-LE-PLAN DE LA JUSTICE SOCIALE D'ICI A 1978, IL N'Y AURAIT AUCUNE RAISON POUR QU'ELLE SOIT RESTEE LA MAJORITE. CEUX QUI CROIENT, CEUX QUI IMAGINENT, APRES AVOIR CONSTATE LES RESULTATS DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE, 50,9 % DES SUFFRAGES CONTRE 49,1 % QU'ON POUVAIT RESTER CAMPE SUR DES POSITIONS D'IMMOBILISME ET DE CONSERVATISME SOCIAL, ET QUE LA NOUVELLE GENERATION DE FRANCAIS, QUE LES NOUVELLES CATEGORIES QUI ACCEPTENT DES RESPONSABILITES SE DIRAIENT : VOILA DES GENS QUI NE TRANSFORMENT RIEN, NOUS ALLONS LEUR FAIRE CONFIANCE POUR QU'ILS CONTINUENT. CEUX QUI PENSAIENT CELA, TENAIENT UN RAISONNEMENT SUICIDAIRE. JACQUES CHANCEL.- VOUS ETES OPTIMISTE POUR 1978... M. GISCARD D'ESTAING.- OUI, JE VOUS ETONNERAI PEUT-ETRE PARCE QUE D'HABITUDE JE SUIS ASSEZ RESERVE DANS MES PRONOSTICS, MAIS JE SUIS OPTIMISTE. JE CONSIDERE QUE L'ACTION REFORMISTE DE LA MAJORITE GAGNE DU TERRAIN. AINSI JE NOTE, EN PRENANT L'EXEMPLE DE CE DEBAT SUR LES PLUS-VALUES QUE, JE LE REPETE, SI JE COMPRENDS BIEN QU'UN CERTAIN NOMBRE DE MECONTENTEMENTS ET D'INQUIETUDES SE SOIENT EXPRIMES, LE FAIT QU'IL Y AIT EU CETTE TENACITE, ET ELLE IRA JUSQU'AU BOUT, MONTRE QUE LA MAJORITE REFORMISTE GAGNE DU TERRAIN. JACQUES CHANCEL.- CEUX QUI NE VOTERONT PAS LE TEXTE SUR LES PLUS-VALUES AURONT-ILS L'INVESTITURE ? M. GISCARD D'ESTAING.- NOUS N'AVONS JAMAIS BRANDI, DANS LES DISCUSSIONS A LA TELEVISION, A LA RADIO, DE MENACES DE CETTE _NATURE. A MES YEUX, MAIS IL APPARTIENDRA AUX DIRIGEANTS POLITIQUES DE LA MAJORITE D'EN DEBATTRE, LA MAJORITE NE DEVRA PAS, AU MOMENT DES ELECTIONS, SE COMPORTER COMME UN ENSEMBLE DE PARTIS POLITIQUES, ELLE NE DEVRA PAS FAIRE DES CHOIX DICTES PAR DES PREFERENCES DE PARTISÕ
'REPONSE' IL FAUDRA, AU CONTRAIRE, QU'ELLE RECHERCHE LES MEILLEURS, LES PLUS APTES A REPRESENTER L'ACTION EN-COURS, QU'ELLE RECHERCHE NATURELLEMENT CEUX QUI SOUTIENNENT CETTE ACTION, QUELQUES DIFFICULTES QU'ILS AIENT PARFOIS A LE FAIRE, MAIS QUI ACQUIERENT AINSI LE MERITE DE LA REPRESENTER AUPRES DU PUBLIC. Õ J. CHANCEL.- IL Y A EU LES DEJEUNERS EN VILLE, IL Y A EU LE DRAPEAU - C'EST TOUT A FAIT NOUVEAU - IL Y A EU LA MARSEILLAISE AU RALENTI, IL Y A EU LE SMOKING EN VELOURS VERT... ON A TENDANCE A VOULOIR DIRE QUE VOUS "GADGETISEZ". M. GISCARD D'ESTAING.- CE SONT MES ADVERSAIRES QUI LE DISENT ! JACQUES CHANCEL.- CE SONT PARFOIS VOS AMIS, CEUX QUI ONT VOTE POUR VOUS. M. GISCARD D'ESTAING.- CE SONT DE FAUX AMIS ! JACQUES CHANCEL.- CEUX QUI NE VOUS SUIVENT PAS MAINTENANT ALORS QU'ILS ONT VOTE POUR VOUS SONT-ILS DE FAUX AMIS ? M. GISCARD D'ESTAING.- CE SUJET N'EST PAS TRES SERIEUX MAIS ON PEUT EN PARLERÕ
JACQUES CHANCEL.- CE SUJET VOUS TOUCHE TOUT DE MEME... M. GISCARD D'ESTAING.- NON, JE CROIS QU'IL FAUT DONNER A LA FONCTION PRESIDENTIELLE FRANCAISE UN CERTAIN ECLAT. JE N'ARRIVE PAS A COMPRENDRE POURQUOI A_L_ETRANGER LES HOMMES_D_ETAT OU LES HOMMES POLITIQUES AURAIENT UN CERTAIN PRESTIGE, UN CERTAIN ECLAT, ET EN FRANCE ILS SERAIENT TERNES, MEDIOCRES, IMMOBILES. PRENONS L'EXEMPLE DE LA MARSEILLAISE. JE N'AI RIEN FAIT D'AUTRE QUE DE LUI RENDRE SON RYTHME D'ORIGINE. LE RYTHME ANTERIEUR DATAIT DE LA FIN DU XIXE SIECLE, DE L'EPOQUE NAPOLEON III, DE LA PERIODE OFFENBACH. LA FRANCE A LA CHANCE D'AVOIR UN HYMNE REVOLUTIONNAIRE, IL FAUT RENDRE A CE DERNIER SON RYTHME D'HYMNE REVOLUTIONNAIRE. QUANT AU DRAPEAU, DANS CE CAS-LA SE DEROULE UNE SORTE DE MATCH ENTRE L'IGNORANCE ET LA PERFIDIE ET JE NE SAIS MEME PAS QUI GAGNE. LORSQUE J'AI ETE ELU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, ON EST VENU ME DEMANDER QUELLE ETAIT LA MARQUE PRESIDENTIELLE QUE JE SOUHAITAIS. JE NE SAVAIS PAS QU'IL Y AVAIT UNE MARQUE PRESIDENTIELLE. IL Y EN A UNE ET, LORSQUE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SE DEPLACE, ON MET SUR SA VOITURE UN DRAPEAU AVEC SA MARQUE. J'AI DEMANDE QUELLES AVAIENT ETE LES MARQUES CHOISIES PAR MES PREDECESSEURS. ON M'A REPONDU : LE GENERAL DE GAULLE AVAIT CHOISI LA CROIX DE LORRAINE ET M. POMPIDOU, SES INITIALES, QUE VOULEZ-VOUS METTRE ? JE ME SUIS DIT QUE FAIRE METTRE SES INITIALES, C'ETAIT TROP PERSONNEL ET J'AI DEMANDE QU'ON METTE L'INSIGNE DE LA REPUBLIQUE. C'EST UN TRES BEL INSIGNE, EN EFFET, C'EST LE SCEAU DESSINE POUR LA REPUBLIQUE DE 1792, LA PREMIERE REPUBLIQUE FRANCAISE. CE DRAPEAU PORTANT LA MARQUE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SERT A INDIQUER LA PRESENCE DE CELUI-CI, NOTAMMENT QUAND IL VA QUELQUE PART. CE N'EST PAS LE DRAPEAU FRANCAIS, CELUI-CI RESTE LE MEMEÕ¿
'REPONSE' LA PERFIDIE CONSISTE A FAIRE CROIRE QUE CELA NE S'ETAIT JAMAIS FAIT. MAIS VOICI OU RESIDE L'IGNORANCE. ON DIRAIT QUE CES CRITIQUES N'ONT JAMAIS VU LE DRAPEAU FRANCAIS. JE NE SAIS PAS S'ILS ONT OBSERVE LA MANIFESTATION DE VERDUN OU S'ILS OBSERVERONT LE PROCHAIN DEFILE DU 14 JUILLET, MAIS SUR TOUS LES DRAPEAUX FRANCAIS QUELQUE CHOSE EST ECRIT. VOUS OBSERVEREZ, MONSIEUR CHANCEL, QUE LES DRAPEAUX DES REGIMENTS PORTENT L'INSCRIPTION "REPUBLIQUE FRANCAISE", PUIS, EN-DESSOUS EST INSCRIT, SOIT LE NOM D'UNE BATAILLE, SOIT UNE DEVISE PROPRE AU REGIMENT. IL EN EST DE MEME POUR LES DRAPEAUX DES ECOLES, POUR LES DRAPEAUX DES ANCIENS COMBATTANTS. IL EST DONC NATUREL QUE LA MARQUE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PORTE UNE INSCRIPTION QUI EST, ELLE AUSSI, CELLE DE LA REPUBLIQUE. JE NE SAIS PAS CE QUI GAGNE, DE LA PERFIDIE OU DE L'IGNORANCE. JACQUES CHANCEL.- NOUS SOMMES DEVANT LES TELESPECTATEURS ; IL Y A EN FRANCE TROIS CHAINES DE TELEVISION ; SUR LA III, IL Y A CE SOIR UN FILM AVEC CATHERINE SPAAK ET ROBERT HOSSEIN, SUR LA I UNE DRAMATIQUE DE JEAN CHATENET. IL EST POSSIBLE QUE DANS LA PRESSE, DEMAIN MATIN, PAR EXEMPLE DANS FRANCE-SOIR, IL Y AIT CE GROS TITRE : CATHERINE SPAAK A BATTU LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE. TROUVEREZ-VOUS CELA NORMAL, CAR, A CE MOMENT-LA, L'AUDIENCE L'EMPORTERA SUR UNE AUTRE NECESSITE ? M. GISCARD D'ESTAING.- A-PARTIR DU MOMENT OU IL EXISTE DES MOYENS PLURALISTES D'INFORMATION, C'EST UN RISQUE, C'EST UNE HYPOTHESE ET JE DIRAI : C'EST AUX FRANCAIS DE CHOISIR, C'EST A EUX DE SAVOIR S'ILS ONT LE DESIR D'ETRE INFORMES OU S'ILS ONT, AU CONTRAIRE, LA PREFERENCE POUR SE DISTRAIRE COMPTE_TENU DE LEURS PREOCCUPATIONS PERSONNELLES. EN REVANCHE, JE NE SUIS PAS TRES FAVORABLE, ET JE L'AI DIT D'AILLEURS RECEMMENT, A CES SONDAGES QUOTIDIENS SUR LA TELEVISION. JE CROIS QUE CE N'EST PAS UN BON GUIDE POUR LA TELEVISION. NATURELLEMENT, IL FAUT SE PREOCCUPER DE CE QUE LES TELESPECTATEURS ONT ENVIE DE VOIR ET IL FAUT REPONDRE A CETTE ENVIE, MAIS EN MEME TEMPS IL FAUT INTRODUIRE D'AUTRES CRITERES ET C'EST POURQUOI JE SOUHAITE QUE, DANS L'AVENIR, NOUS RECHERCHIONS DES MOYENS DE FAIRE EN SORTE QUE LA PREOCCUPATION DE QUALITE L'EMPORTE UN PEU PLUS SUR LA PREOCCUPATION QUANTITATIVE. JACQUES CHANCEL.- AU COMMENCEMENT, VOUS LES AVEZ VOULUS CES SONDAGES. M. GISCARD D'ESTAING.- NON... JACQUES CHANCEL.- ON A DIT : LA QUANTITE PASSE AVANT LA QUALITE. MAINTENANT, VOUS VENEZ DE LE DIRE TRES OFFICIELLEMENT, LA QUALITE L'EMPORTERA SUR LA QUANTITEÕ
M. GISCARD D'ESTAING 'REPONSE'.- OUI. IL ETAIT NATUREL, AYANT A REPARTIR LES RESSOURCES ENTRE LES CHAINES, QUE L'ON TIENNE_COMPTE DU NOMBRE D'AUDITEURS. MAIS, DES LE DEPART, IL A ETE PREVU UNE CERTAINE PREOCCUPATION DE QUALITE. L'EXPERIENCE A MONTRE QUE LE SYSTEME QUI AVAIT ETE ADOPTE NE FAISAIT PAS UNE PLACE SUFFISANTE A LA QUALITE ET ON VA TENTER DE LE REEQUILIBRER A CET EGARD. JACQUES CHANCEL.- POMPIDOU N'ETAIT PAS L'HERITIER DE DE GAULLE. LE PRESIDENT POMPIDOU NE VOUS A PAS DESIGNE. VOUS RECONNAISSEZ-VOUS UN HERITIER ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON ET JE NE SOUHAITE PAS L'ETRE. UNE DE MES IDEES FONDAMENTALES, ET J'EN AI PLUSIEURS, C'EST QUE LA POLITIQUE QUE L'ON FAIT C'EST UNE POLITIQUE CONTEMPORAINE. CE N'EST PAS POUR DIRE QUE C'EST LA SIENNE, C'EST POUR DIRE QUE C'EST CELLE DE SON TEMPS ET LA POLITIQUE QUE JE FAIS, C'EST LA POLITIQUE QUI CORRESPOND A LA FRANCE DE MON TEMPS, NOTAMMENT PAR EXEMPLE LA POLITIQUE DE DEFENSE, LA POLITIQUE ETRANGERE, LA POLITIQUE ECONOMIQUE ; JE FAIS CELLE DE LA FRANCE DE MON TEMPS. C'EST POURQUOI, JE NE CONSIDERE PAS COMME TRES UTILE DE RECHERCHER PERPETUELLEMENT LA REFERENCE. EN REVANCHE, JE PUIS VOUS DIRE QUE JE SUIS CERTAINEMENT UN DE CEUX QUI ATTACHENT LE PLUS D'IMPORTANCE A L'EXPERIENCE DE SES PREDECESSEURS. MA LECTURE QUOTIDIENNE, C'EST LA LECTURE DES EXPERIENCES DE MES PREDECESSEURS PARCE QUE J'AIME SAVOIR COMMENT ILS ONT REAGI, COMMENT ILS ONT PRIS DES DECISIONS, ET DONC CE QU'ILS ONT FAIT ME PREOCCUPE BEAUCOUP. MAIS JE N'AI PAS A ETRE L'HERITIER DE QUELQU'UN, JE CONDUIS LA FRANCE, DANS-LE-CADRE DE MA FONCTION, TELLE QU'ELLE EST ET DANS LE MONDE ACTUEL. JACQUES CHANCEL.- QUEL HERITIER DESIGNEREZ-VOUS ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE NE DESIGNERAI AUCUN HERITIER. DE TOUTE FACON, C'EST LE SUFFRAGE UNIVERSEL QUI LE CHOISIRA. JACQUES CHANCEL.- ON PEUT PENSER A UN NOM. M. GISCARD D'ESTAING.- JE NE CROIS PAS D'AILLEURS QUE CE SOIT BON. JE CROIS QUE C'EST LE SUFFRAGE UNIVERSEL QUI CHOISIRA. MAIS, JE VOUS L'AVAIS DIT L'ANNEE DERNIERE, JE M'EN SOUVIENS, JE CROIS QU'UNE DES FONCTIONS DE CHACUN, DANS LE MONDE ACTUEL, C'EST DE FAIRE EN SORTE QU'IL Y AIT BEAUCOUP DE MONDE POUR POUVOIR VOUS SUCCEDER. ET DANS LES CHOIX, DEVANT LES GOUVERNEMENTS PRESENTS ET FUTURS, JE M'EFFORCERAI DE FAIRE EN SORTE QU'IL Y AIT EN FRANCE, UNE GENERATION D'HOMMES POLITIQUES CAPABLES ET EFFICACES, ET LES ELECTEURS CHOISIRONTÕ¿
J. CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS DEVEZ ETRE SENSIBLE A LA NOUVEAUTE D'UN HOMME COMME M. BERLINGUER EN ITALIE. PEUT-ETRE UN COMMUNISME OCCIDENTAL VA-T-IL NAITRE, UN COMMUNISME QUI NE DEPENDRA PAS DE MOSCOU. ALORS, A CE MOMENT-LA, QUELLES REPERCUSSIONS, QUELLES INCIDENCES VOYEZ-VOUS POUR LA FRANCE ?Õ LE PRESIDENT.- JE NE LE CROIS PAS. JE CROIS QU'IL Y A UNE SPECIFICITE COMMUNISTE, LE COMMUNISME CA EXISTE.Õ J. CHANCEL.- VOUS NE POUVEZ PAS LE NIER, QUOIQUE VOUS AYEZ DIT EN ANGLETERRE - ET CERTAINS ONT TROUVE MALADROIT QUE VOUS LE DISIEZ EN ANGLETERRE - QUE LE PARTI COMMUNISTE ETAIT EN REGRESSION.Õ LE PRESIDENT.- NON, JE REPONDS AUX QUESTIONS QU'ON ME POSE. JE VOUS DIS QUE LE PARTI COMMUNISTE FRANCAIS 'PCF' EST EN DECLIN HISTORIQUE, C'EST UNE DE MES CONVICTIONS FONDAMENTALES, C'EST-A-DIRE QU'A LA FOIS L'IMPORTANCE DE SES EFFECTIFS ET SON INFLUENCE ELECTORALE VONT CONTINUER A DIMINUER DANS LA PERIODE A VENIR. JE LE CONSTATE D'ABORD DANS L'EVOLUTION DE SES EFFECTIFS, SI VOUS VOULEZ, ENTRE 1950 ET LA PERIODE ACTUELLE. JE L'AI CONSTATE AU MOMENT DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE PUISQUE, ALORS QU'IL AVAIT PRESENTE UN CANDIDAT A L'ELECTION PRESIDENTIELLE PRECEDENTE, IL N'EN A PAS PRESENTE A L'ELECTION PRESIDENTIELLE DE 1974. MAIS, JE CONSIDERE, PAR CONTRE, QU'IL Y A UNE REALITE COMMUNISTE ET QUE, NOTAMMEMT, DU FAIT DE L'EXISTENCE DE PAYS A STRCTURES COMMUNISTES, DONT L'URSS, IL Y A UNE SPECIFICITE COMMUNISTE. SI LE COMMUNISME OCCIDENTAL EVOLUAIT DANS LES DIRECTIONS DECRITES PAR BERLINGUER, CE SERAIT AUTRE CHOSE, C'EST-A-DIRE QU'IL Y AURAIT UNE TRANSFORMATION DU SOCIALISME OCCIDENTAL, MAIS IL Y AURAIT, DANS CETTE HYPOTHESE, DISPARITION DU COMMUNISME, ET JE NE CROIS PAS A LA DISPARITION DU COMMUNISME OCCIDENTAL.Õ J. CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, JE CONNAIS VOTRE EMPLOI DU TEMPS, JE VOUS SAIS OCCUPE ET, EN MEME TEMPS, JE VOUS VOIS DISPONIBLE. NOUS VOUS REGARDONS VIVRE, LA FRANCE VOUS REGARDE. J'AI L'IMPRESSION, ET C'EST PEUT-ETRE LA QUESTION QU'ON POURRAIT POSER A TOUT HOMME_D_ETAT, QU'IL FAUT ETRE UN PEU FOU, PARDONNEZ-MOI, POUR MENER CETTE VIE LA. PAR QUOI EST-ON GUIDE, PAR L'AMBITION ? MAIS OU EST LA COMPENSATION, LA RECOMPENSE ? EST-ELLE DANS L'HONNEUR, EST-ELLE DANS L'HISTOIRE, POUR LA POSTERITE ?Õ LE PRESIDENT.- C'EST TRES CURIEUX, IL N'Y A PAS DE RECOMPENSE ; PLUTOT, LA SEULE RECOMPENSE VIENT DE TEMPS EN TEMPS, ET C'EST LE SENTIMEMT QU'IL EXISTE UN CONTRAT AVEC L'OPINION. DONC LA RECOMPENSE, C'EST DANS LA PERCEPTION, A UN MOMENT OU A UN AUTRE, DU SOUTIEN OU DE L'APPROBATION QUE VOUS APPORTE L'OPINION PUBLIQUE.Õ
'REPONSE' IL N'Y A AUCUNE RECOMPENSE QUOTIDIENNE. IL FAUT D'AILLEURS DEDRAMATISER AUSSI UN PEU CES CHOSES. L'EPREUVE D'UN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE N'EST PAS UNE EPREUVE INSUPPORTABLE, IL EST TRES AIDE DANS SON TRAVAIL, IL EST ENTOURE DE SES PROCHES QU'IL AIME ET QU'IL VOIT ET DONC CE N'EST PAS DU TOUT UNE EPREUVE INVIVABLE. CE QUI EST VRAI, C'EST QU'IL N'Y A PAS DE RECOMPENSES HABITUELLES DE LA VIE, ET CES RECOMPENSES, IL FAUT LES CHERCHER DANS LE SENTIMENT QUE L'ON TIENT SON CONTRAT AVEC L'OPINION PUBLIQUE. JACQUES CHANCEL.- D'AILLEURS, C'EST LE PROBLEME DE TOUT HOMME POLITIQUE. UN HOMME POLITIQUE VA A LA CONQUETE DE SON ELECTORAT, IL VA A LA QUETE DE SES VOIX, IL LES DEMANDE CES VOIX, IL S'ENDETTE, ENSUITE IL DOIT REMBOURSER ET FAIRE DES CONCESSIONS. M. GISCARD D'ESTAING.- BIEN SUR, MAIS IL Y A UNE DIFFERENCE, C'EST QUE L'HOMME POLITIQUE A TOUJOURS DEVANT LUI L'HORIZON DE L'AMBITION ET DONC IL PEUT IMAGINER QU'UN PEU PLUS TARD IL AURA DES RESPONSABILITES PLUS GRANDES ET UNE NOTORIETE PLUS GRANDE. JACQUES CHANCEL.- VOUS, VOUS ETES ARRIVE. M. GISCARD D'ESTAING.- JE DIRAI QU'A CET EGARD TOUT EST ACHEVE. JACQUES CHANCEL.- C'EST TRISTE ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON PAS DU TOUT. JE DIRAI, AU CONTRAIRE, QUE C'EST UNE TRES GRANDE LIBERATION, CAR ON S'APERCOIT QUE RECHERCHER QUELQUE CHOSE, C'EST NATURELLEMENT TRES STIMULANT, MAIS QU'EN MEME TEMPS CELA VOUS DONNE UNE VISION TRES PERSONNELLE DES PROBLEMES ET DES ATTITUDES, PUISQU'ON CHERCHE A SE SITUER PAR-RAPPORT A CEUX-CI. AU CONTRAIRE, QUAND ON A UTILISE TOUTES LES POSSIBILITES A CET EGARD, JE CROIS QU'ON A UNE VUE PLUS LIBRE ET PLUS OBJECTIVE DES CHOSES. JACQUES CHANCEL.- MONSIEUR LE PRESIDENT, QUE FAUT-IL POUR EMBELLIR LA VIE ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE CROIS A LA CHALEUR DES RELATIONS HUMAINES, JE CROIS QUE TOUT EST LA. ET CETTE CHALEUR HUMAINE, ELLE NE PEUT PAS SE SEPARER D'UN CERTAIN _ETAT DE BIEN-ETRE ET DE PAIX SOCIALE. C'EST POURQUOI ON NE PEUT PAS SE CONTENTER DE DIRE QU'IL FAUDRAIT QUE LA SOCIETE SOIT PLUS CHALEUREUSE. IL FAUT QUE LES CONDITIONS QUI PERMETTENT A LA CHALEUR DE S'EXPRIMER SOIENT REUNIES. MAIS JE CROIS QUE TOUT EST DANS LA CHALEUR DES RELATIONS HUMAINES. JACQUES CHANCEL.- LES FRANCAIS SONT A LA RECHERCHE D'UNE IDENTITE. LES REGIONS MERITENT D'ETRE MIEUX COMPRISES. PEUT-ON PENSER QUE LE BRETON, L'ALSACIEN, L'OCCITAN, LE CORSE SERONT BIENTOT, DANS-LE-CADRE DE L'ECOLE, LANGUES OBLIGATOIRES ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE N'ENTRERAI PAS DU TOUT DANS DES DETAILS DE CETTE _NATURE...Õ
JACQUES CHANCEL.- SI NOUS NOUS ETIONS VU IL Y A TROIS JOURS, JE PENSE QUE NOUS AURIONS SURTOUT PARLE DE L'HOMME. DEPUIS TROIS JOURS, CE SONT LES RUMEURS, LES BRUITS QUI SONT VENUS A MES OREILLES, CE QUE J'AI LU DANS TOUTE LA PRESSE, QUI M'ONT ENTRAINE A VOUS PARLER DE TOUT CELAÕ
M. GISCARD D'ESTAING.- JE SUIS TOUT A FAIT HOSTILE A UN EPARPILLEMENT POLITIQUE DE LA FRANCE, TOUT A FAIT, PARCE QUE JE CONSIDERE QUE LA FRANCE, PAYS QUI A 52.000.000 D'HABITANTS ET QUI N'EN A PAS 200 OU 250 MILLIONS, EPUISERAIT BEAUCOUP DE SES FORCES, DE SON AUTORITE EXTERIEURE SI ELLE SE MORCELAIT QUELQUE PEU SUR-LE-PLAN POLITIQUE. C'EST POURQUOI JE SUIS, COMME VOUS LE SAVEZ, TOUT A FAIT HOSTILE AU REGIONALISME POLITIQUE. PAR CONTRE, L'AMENAGEMENT ECONOMIQUE REGIONAL M'A PARU TOUJOURS QUELQUE CHOSE DE TRES UTILE, DE TRES RAISONNABLE ET DE TRES EFFICACE ET JE SUIS EGALEMENT, A LA DIFFERENCE DE CERTAINS AUTRES, TOUT A FAIT FAVORABLE A CE QUE LA FRANCE CONSERVE TOUTES SES CULTURES. JE SUIS ALLE AU PAYS BASQUE L'AUTRE JOUR ET JE TROUVERAIS TRES TRISTE POUR LA FRANCE QUE LA LANGUE BASQUE DISPARAISSE DE NOTRE CULTURE NATIONALE. C'EST UNE LANGUE TRES ORIGINALE, TRES REELLE, TRES AUTHENTIQUE ET IL SERAIT TRISTE QU'ELLE DISPARAISSE, COMME IL SERAIT TRISTE QUE DISPARAISSE LA CONNAISSANCE DU BRETON EN BRETAGNE OU DE TELLE OU TELLE LANGUE REGIONALE. JACQUES CHANCEL.- IL FAUT UNE LOI POUR CELA. M. GISCARD D'ESTAING.- ON A PRIS DES DISPOSITIONS EN CE QUI CONCERNE LES LANGUES REGIONALES. JACQUES CHANCEL.- CES DISPOSITIONS NE SUFFISENT PAS. M. GISCARD D'ESTAING.- ON NE PEUT PAS LES RENDRE OBLIGATOIRES, IL Y A TOUT DE MEME UNE NOTION DE LIBERTE QU'IL S'AGIT DE RESPECTER. JACQUES CHANCEL.- C'EST LE MAINTIEN D'UNE CULTURE, D'UNE RICHESSE. M. GISCARD D'ESTAING.- ON NE PEUT PAS RENDRE OBLIGATOIRE LE MAINTIEN D'UNE CULTURE, ON PEUT FAIRE EN SORTE QUE CEUX QU'ONT CETTE CULTURE LA CONSERVENT. MAIS NE PEUT PAS RENDRE OBLIGATOIRE LE MAINTIEN D'UNE CULTURE. JACQUES CHANCEL.- QU'AVEZ-VOUS A DIRE, MONSIEUR LE PRESIDENT, AUX CORSES ? M. GISCARD D'ESTAING.- COMME PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, JE NE PEUX PAS DIRE QUE JE CONSIDERE LES CORSES COMME D'AUTRES QUE LES FRANCAIS. POUR MOI, CE SONT DES FRANCAIS QUI HABITENT EN CORSE. J'AI TOUJOURS CONNU BEAUCOUP DE CORSES, J'AI TRAVAILLE AVEC DES CORSES AUTOUR DE MOI ET JE N'AI JAMAIS PENSE A EUX COMME UN GROUPE A PART DE LA SOCIETE FRANCAISE. C'EST UN GROUPE DE FRANCAIS QUI A UNE PERSONNALITE TRES FORTE, UNE CULTURE, UNE TRADITION ET QUI SE TROUVE AVOIR UN PROBLEME ECONOMIQUE ET SOCIAL PARCE QUE LA CORSE VIVAIT D'UN CERTAIN NOMBRE D'ACTIVITES EXTERIEURES, NOTAMMENT DANS CE QU'ETAIT L'EMPIRE FRANCAIS, CERTAINES DES POSSESSIONS D'OUTRE-MER, NOTAMMENT DANS NOTRE ADMINISTRATION, ET QU'UN CERTAINS NOMBRE DE DEBOUCHES SE SONT FERMES ALORS QU'EN MEME TEMPS LA CORSE A VU AUTOUR D'ELLE UN CERTAIN NOMBRE DE PAYS MIEUX VIVRE ET MIEUX S'ORGANISERÕ
IL Y A DONC UN VERITABLE PROBLEME CORSE, MAIS JE N'AI PAS COMPRIS POURQUOI ON POUVAIT S'IMAGINER QUE CE PROBLEME CORSE SERAIT MIEUX RESOLU PAR UNE CORSE UN PEU RETRANCHEE DE LA COMMUNAUTE NATIONALE. JE PENSE AU CONTRAIRE QUE LE PROBLEME POURRAIT ETRE MIEUX RESOLU PAR UNE CORSE FAISANT COMPLETEMENT PARTIE DE LA COMMUNAUTE NATIONALE. IL Y A AUSSI UNE SENSIBILITE CORSE ET LES EVENEMENTS QUI SE SONT PRODUITS EN CORSE AU-COURS DES DERNIERES ANNEES, ET A CET EGARD ILS SONT TRES CRITIQUABLES, ONT EU UN EFFET TRES DOMMAGEABLE, CAR ILS ONT CERTAINEMENT CREE UNE CERTAINE IMPASSE PSYCHOLOGIQUE. LES CORSES ONT EU LE SENTIMENT QU'ILS ETAIENT PLACES EN POSITION D'AFFRONTEMENT, DONC QU'IL N'Y AVAIT PAS D'AUTRE SOLUTION VIS-A-VIS DE LA COMMUNAUTE NATIONALE QUE DE MARQUER QUELQUES POINTS DANS CET AFFRONTEMENT, ET JE CROIS QU'IL FAUT TOUT A FAIT SORTIR DE CETTE SITUATION. MAIS LA, IL Y A DES RESPONSABILITES, NOTAMMENT LOCALES, QUI ONT ETE PRISES ET QUI ONT ORIENTE CETTE SENSIBILITE CORSE DANS UNE MAUVAISE DIRECTION. JACQUES CHANCEL.- UN JOURNALISTE A POSE CETTE QUESTION : TIENDRA-T-IL EN CAS DE COUP DUR ? IL S'AGISSAIT DE VOUS. CELA VOULAIT DIRE A PEU PRES : APPUIERA-T-IL SUR LE BOUTON S'IL FAUT Y APPUYER ? CELA DANS LE CAS EXTREME. M. GISCARD D'ESTAING.- MONSIEUR CHANCEL, JE N'AI JAMAIS, DANS MON EXISTENCE, A AUCUN MOMENT, MANQUE DE DETERMINATION. IL EST VRAI QUE J'AI HORREUR DE LA BRUTALITE EN TANT QUE TELLE. JE NE L'ADMIRE PAS ET JE NE LA PRATIQUE PAS, MAIS JE N'AI JAMAIS MANQUE DE DETERMINATION. AYANT ETE MINISTRE DES FINANCES PENDANT DOUZE ANS, LES FRANCAIS N'ONT JAMAIS OBSERVE QUE J'AVAIS MANQUE DE DETERMINATION, ON M'A MEME PARFOIS FAIT LE REPROCHE CONTRAIRE. DONC, JE VOUS DIS QUE DANS LES CIRCONSTANCES DE TOUTE _NATURE QUE TRAVERSERA NOTRE VIE NATIONALE, JE NE MANQUERAI JAMAIS DE DETERMINATIONÕ¿
JACQUES CHANCEL.- DONC, VOUS POUVEZ PLACER LE CARACTERE AU-DESSUS DE L'INTELLIGENCE ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE NE SUIS PAS POUR DES HIERARCHIES DE CETTE _NATURE. UN CARACTERE SANS INTELLIGENCE SERAIT INQUIETANT DANS LE MONDE MODERNE ET CONDUIRAIT AUX PIRES EXTRAVAGANCES. UNE INTELLIGENCE MEDITATIVE ET SANS CAPACITE D'ACTION N'ASSURERAIT PAS NON PLUS LA CONDUITE D'UN ETAT. EN REALITE, TOUT CELA DOIT ETRE COMBINE, IL FAUT ANALYSER LES PROBLEMES, LES COMPRENDRE ET PRENDRE LES DECISIONS NECESSAIRES. JACQUES CHANCEL.- VOUS ETES DU SIGNE DU VERSEAU 'ASTROLOGIE'. PERSONNELLEMENT, JE NE CONNAIS PAS TRES BIEN LES SIGNES, MAIS JE ME SUIS AMUSE A LES RECONNAITRE. ON DIT POUR LE VERSEAU - IL VOUS CONCERNE : UN VERSEAU VOIT TOUJOURS PLUS LOIN QUE L'HORIZON DONT IL A TENDANCE A VOULOIR SANS CESSE RECULER LA LIMITE. EST-CE CELA?Õ
M. GISCARD D'ESTAING.- OUI. IL EST CERTAIN - JE LE VOIS DANS LES DEBATS QUE J'AI AVEC LES DIRIGEANTS POLITIQUES - QUE CE QUE JE REGARDE NORMALEMENT, CE N'EST PAS LA SITUATION DU MOIS DE JUIN, DU MOIS DE JUILLET, PAS MEME LA SITUATION DU MOIS DE SEPTEMBRE, C'EST L'ANNEE PROCHAINE ET LES SUIVANTES. CELA A TOUJOURS ETE MA PREOCCUPATION. JE CROIS D'AILLEURS QUE DANS LES FONCTIONS QUE J'EXERCE, C'EST ASSEZ NECESSAIRE. NATURELLEMENT, IL FAUT TRAITER TOUS LES PROBLEMES TELS QU'ILS SE PRESENTENT ET IL SE PRESENTE DES PROBLEMES QUOTIDIENS TRES SERIEUX. JE SERAIS TOUT PRET A EN EVOQUER AVEC VOUS. MAIS IL FAUT AVOIR EN MEME TEMPS UNE IDEE DE VOIR PLUS LOIN. DANS LA CONDUITE AUTOMOBILE, PAR EXEMPLE - VOUS PRATIQUEZ CE SPORT - SI L'ON VEUT AVOIR UNE CONDUITE REGULIERE ET SOUPLE, IL NE FAUT PAS REGARDER LE VIRAGE DANS LEQUEL ON EST, IL FAUT REGARDER CE QUI SE PASSE APRES, SI C'EST UNE COURBE DANS LE MEME SENS, DANS L'AUTRE SENS, UNE LIGNE DROITE, ET AINSI DE SUITE. SI L'ON VEUT QUE L'EVOLUTION DE LA SOCIETE FRANCAISE SOIT REGULIERE, IL FAUT ALLER PLUS LOIN. IL Y A UN JOURNAL QUI POSE TOUS LES MOIS A SES LECTEURS LA QUESTION SUIVANTE : CROYEZ-VOUS QU'IL VA SE PRODUIRE A NOUVEAU UN MAI 68 ? QUAND ON POSE CETTE QUESTION AU MOIS D'AVRIL, JE ME DIS : COMME C'EST CURIEUX, ON DEMANDE AUX FRANCAIS : AVEZ-VOUS PEUR D'UN GRAND EVENEMENT QUI PEUT SE PRODUIRE DANS UN MOIS ? MAIS IL Y A LONGTEMPS QUE J'AI PENSE A CE QU'IL FALLAIT FAIRE POUR QUE CET EVENEMENT-LA NE SE PRODUISE PRECISEMENT PAS LE MOIS PROCHAIN. JACQUES CHANCEL.- LE VERSEAU VOIT TOUJOURS PLUS HAUT, PLUS VITE, PLUS LOIN. IL EST IMPRUDENT. M. GISCARD D'ESTAING.- IL PREND DES DECISIONS RAPIDES, JE CROIS. JACQUES CHANCEL.- TROP RAPIDES ? M. GISCARD D'ESTAING.- C'EST DIFFICILE A DIRE, CAR IL FAUT PRENDRE DES DECISIONS RAPIDES. NATURELLEMENT, CELA PEUT DE TEMPS EN TEMPS POSER UN PROBLEME. JACQUES CHANCEL.- L'HOMME QUE VOUS ETES, MONSIEUR LE PRESIDENT, EST SENSIBLE A LA MUSIQUE, A LA LITTERATURE. VOUS AIMEZ MOZART. VOUS AVEZ SOUVENT PARLE DE CHATEAUBRIAND, DE FLAUBERT, DE MAUPASSANT, DE TOLSTOI. MEME DANS VOTRE DERNIERE CONFERENCE_DE_PRESSE, JE CROIS, VOUS AVEZ CITE DES POETES COMME APPOLINAIRE, MAC ORLAN. M. GISCARD D'ESTAING.- CE N'ETAIT PAS UN POEME DE MAC ORLAN, C'ETAIT UNE NOUVELLEÕ¿
JACQUES CHANCEL.- VOUS DEVEZ CONNAITRE LES POETES, VOUS DEVEZ CONNAITRE DES POEMES. M. GISCARD D'ESTAING.- J'EN LIS SOUVENT. JACQUES CHANCEL.- VOUS POURRIEZ M'EN DIRE UN ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE SERAIS TOUT PRET A VOUS EN DIRE UN, MAIS JE NE SUIS PAS SUR QUE CELA CONVIENNE AU _CADRE DE CETTE EMISSION PUISQUE VOUS LUI AVEZ DONNE, ET JE CROIS QUE VOUS AVIEZ RAISON... JACQUES CHANCEL.- ON PEUT TERMINER D'UNE MANIERE DIFFERENTE ! M. GISCARD D'ESTAING.- ... UN TON D'UNE CERTAINE GRAVITE. JE NE CROIS PAS. JE CROIS QUE LES FRANCAIS SERAIENT SURPRIS. SINON, JE VOUS AURAIS RECITE QUELQUES-UNS DES POEMES QUE JE CONSIDERE COMME LES PLUS BEAUX DE LA LITTERATURE FRANCAISE. JACQUES CHANCEL.- ET VOUS AURIEZ CHOISI LEQUEL, PAR EXEMPLE ? M. GISCARD D'ESTAING.- J'EN AURAIS CHOISI DEUX. L'UN EST UN POEME QUI COMMENCE PAR LE VERS SUIVANT : "LE VERT PARADIS DES AMOURS ENFANTINES", QUI EST UN POEME DE BAUDELAIRE. ET PUIS, A PROPOS DE L'AUTRE QUESTION, J'AURAIS PEUT-ETRE REPONDU PAR LA JOLIE REPONSE QU'IL Y A DANS LE MISANTHROPE 'MOLIERE'. QUAND ON POSE CETTE QUESTION A ALCESTE, IL DIT QU'IL VA CITER NON PAS UN POEME, MAIS UNE VIEILLE CHANSON POPULAIRE ET QUI EST : "SI LE ROI M'AVAIT DONNE, ETC. JACQUES CHANCEL.- HAUTAIN, TIMIDE OU PRESIDENT SURTOUT ? M. GISCARD D'ESTAING.- JE DIRAI EN TOUT CAS PRESIDENT. HAUTAIN, JE NE LE CROIS PAS. NEANMOINS, LE FAIT D'EXERCER UNE TELLE FONCTION ET D'AVOIR LE SENTIMENT QUE CETTE FONCTION FAIT PARTIE D'UNE CONTINUITE HISTORIQUE EXTRAORDINAIRE, EST D'AILLEURS UNE CHOSE QUI ME PREOCCUPE. PAR-RAPPORT A LA FRANCE, JE TROUVE QUE NOUS AVONS PROBABLEMENT L'HISTOIRE LA PLUS RICHE DU MONDE. JE DIS PROBABLEMENT - IL NE FAUT PAS ETRE CATEGORIQUE A CET EGARD ET NOUS EN TIRONS PEU PARTI. NOUS EN AVONS PEU CONSCIENCE ET LORSQU'ON SE TROUVE A LA TETE DU PEUPLE FRANCAIS, ELU PAR LE PEUPLE FRANCAIS, J'AI UNE CONSCIENCE TRES AIGUE DE LA SUCCESSION EXTRAORDINAIRE DES HOMMES QUI ONT EXERCE CETTE FONCTION. CELA NE VOUS REND PAS HAUTAIN, MAIS CELA VOUS DONNE CERTAINEMENT UNE CONSCIENCE DE LA SIGNIFICATION DU CARACTERE DE CETTE FONCTIONÕ
JACQUES CHANCEL.- LES FRANCAIS ATTENDENT BEAUCOUP DE VOUS. QUE LEUR DEMANDEZ-VOUS EN ECHANGE ? UN PRESIDENT DOIT-IL LEUR DEMANDER QUELQUE CHOSE ? M. GISCARD D'ESTAING.- OUI, IL FAUT LEUR DEMANDER QUELQUE CHOSE. LE PEUPLE FRANCAIS EST UN PEUPLE TRES DIVERS. LES FRANCAIS ONT TOUTE SORTE DE COURANTS, ILS SONT CONSTAMMENT AU TRAVAIL. ILS ONT UN COURANT QUI EST TRES RAISONNABLE, TRES REALISTE, TRES MAL CONNU DE L'EXTERIEUR, JE L'AI DIT. C'EST UN PEUPLE QUI EST SOBRE, C'EST UN PEUPLE QUI EST ECONOME, C'EST UN PEUPLE QUI EST DISCRET. EN MEME TEMPS, C'EST UN PEUPLE QUI EST TRES IMPULSIF. VOUS LE VOYEZ, VOUS QUI PRATIQUEZ LES NOUVELLES. IL Y A EU, AU-COURS DES SIX DERNIERS MOIS, DES SUJETS QUI ONT ENFLAMME LA FRANCE ENTIERE EN HUIT JOURS ET QUI ONT COMPLETEMENT DISPARU DE L'ACTUALITE ALORS QUE LEUR CAUSE SUBSISTAIT. JE CROIS QUE CETTE IMPULSIVITE TRES FORTE QUI FAIT QUE TOUT-A-COUP LES FRANCAIS PRENNENT FEU ET FLAMME POUR UNE QUESTION PARTICULIERE EST ASSEZ PEU COMPATIBLE AVEC LES NECESSITES DU MONDE MODERNE. LE MONDE MODERNE EST UN MONDE DUR, C'EST AINSI. C'EST UNE ESPECE DE COURSE DE FOND ENTRE LES PEUPLES, D'UNE_PART, ET CONTRE LE TEMPS, D'AUTRE_PART, ET ELLE NE PERMET PAS DE SE LAISSER ALLER A CETTE IMPULSIVITE TRES RAPIDE ET TRES SUPERFICIELLE. JE PENSE DONC QUE C'EST L'AUTRE COTE DE LA FRANCE, C'EST-A-DIRE CE COTE TENACE, PLUS SOBRE, PLUS REFLECHI QUI DOIT PRENDRE LE DESSUS. JACQUES CHANCEL.- PUIS-JE VOUS REPOSER CETTE QUESTION - VOUS M'Y AVEZ REPONDU ET TRES CLAIREMENT : Y AURA-T-IL UN REMANIEMENT ? VOUS ME REDITES NON ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON. JACQUES CHANCEL.- PAS DE REMANIEMENT EN JUILLET. ATTENDONS LA RENTREE. ETES-VOUS OPTMISME POUR LA RENTREE ? M. GISCARD D'ESTAING.- OUI. L'ACTION GOUVERNEMENTALE, ET DONC LE GOUVERNEMENT, DOIT ETRE CONCUE EN-FONCTION DE LA POLITIQUE A SUIVRE ET NON PAS EN-FONCTION D'UNE EQUATION PARLEMENTAIRE NI EN-FONCTION, BIEN ENTENDU, D'UNE AGITATION PARLEMENTAIRE. JE CROIS QU'IL Y A UNE PREMIERE PARTIE DE L'ACTION QUI A ETE _ENTREPRISE DEPUIS 1974 ET QUI, A UN MOMENT OU A UN AUTRE, TROUVERA SON TERME. C'EST LE PREMIER ENSEMBLE DE REFORMES QUI A ETE ENGAGE ET JE CROIS QU'IL FAUDRA DEFINIR, A-PARTIR DE LA RENTREE, UN SECOND ENSEMBLE DE REFORMESÕ
JACQUES CHANCEL.- AVEZ-VOUS QUELQUE CHOSE A AJOUTER, MONSIEUR LE PRESIDENT ? M. GISCARD D'ESTAING.- NON. J'AURAIS SOUHAITE QUE LES CIRCONSTANCES NOUS PERMETTENT SEULEMENT DE PARLER DE L'EXPERIENCE QUE J'AI PU TIRER DE LA FONCTION. MAIS JE CONSIDERE QUE VOUS AVIEZ TOUT A FAIT RAISON DE ME POSER UN CERTAIN NOMBRE DE QUESTIONS D'ACTUALITE POLITIQUE PARCE QUE CE QUI EST ESSENTIEL, CE QUI EST LA NOUVEAUTE DE NOTRE TEMPS, C'EST QU'A-PARTIR DU MOMENT OU LES FRANCAIS PEUVENT VOUS CONNAITRE, IL FAUT LEUR DONNER LES MOYENS DE VOUS CONNAITRE. QUAND ILS NE LE POUVAIENT PAS, QUAND ON SE PROMENAIT DANS QUELQUE CORTEGE OFFICIEL AU MILIEU DE RUES A MOITIE DESERTES, ILS NE POUVAIENT PAS VOUS CONNAITRE. MAIS MAINTENANT QU'ILS VOUS REGARDENT, QU'ILS VOUS ECOUTENT PARLER, IL FAUT LEUR DONNER LES MOYENS DE VOUS CONNAITRE. C'EST POURQUOI IL FALLAIT PARLER DE CE QUI LES PREOCCUPE AUJOURD'HUI, NOTAMMENT DE POLITIQUE. JACQUES CHANCEL.- VOUS SOUHAITEZ QU'ILS VOUS CONNAISSENT, QU'ILS CONNAISSENT L'HOMME QUE VOUS ETES. ILS COMMENCENT PEUT-ETRE TOUT EN SE DEMANDANT QUAND MEME : QUI EST-IL ? CE SONT LES QUESTIONS QUE J'EVOQUAIS TOUT A L'HEURE. UN MYSTERE, UNE ENIGME ? M. GISCARD D'ESTAING.- VOUS CITIEZ TOUT A L'HEURE CHATEAUBRIAND. DANS LES MEMOIRES D'OUTRE-TOMBE, JE CROIS, IL DIT UNE TRES BELLE CHOSE : "JE NE DIRAI DE MOI QUE CE QUI EST COMPATIBLE AVEC MA DIGNITE D'HOMME". JE CROIS QU'IL N'Y A PAS _LIEU POUR L'HOMME POLITIQUE DE CHERCHER A SE FAIRE CONNAITRE AU-DELA DE SA FONCTION ? JE CROIS QUE CE N'EST PAS SON ROLE. MAIS IL DOIT SE FAIRE CONNAITRE D'UNE MANIERE QUI SOIT TELLE QUE LES GENS COMPRENNENT COMMENT IL EXERCE SA FONCTION. CE N'EST DONC PAS POUR FAIRE CONNAITRE UN INDIVIDU QUI EST UN INDIVIDU PARMI D'AUTRES, MAIS POUR FAIRE EN SORTE QUE, DANS L'EXERCICE DE LA FONCTION, LES GENS PUISSENT CONNAITRE L'ASPIRATION, L'ATTITUDE, LES TRAITS DE CARACTERE QUI EXPLIQUENT L'EXERCICE DE CETTE FONCTIONÕ¿
JACQUES CHANCEL.- JE VOUS REMERCIE, MONSIEUR LE PRESIDENT. JE RAPPELLE QUE NOUS ETIONS EN DIRECT DE L'ELYSEE, IL EST MAINTENANT VINGT ET UNE HEURES QUARANTE. NOUS AVIONS COMMENCE CET ENTRETIEN A VINGT HEURES TRENTE CINQ. NOUS ETIONS DANS LE SALON DES AIDES DE CAMP, MOBILIER LOUIS XVI, TRES TRES BEAU SALON. NOUS VOUS AVIONS DEMANDE CET ENTRETIEN, MONSIEUR LE PRESIDENT, QUE VOUS NOUS AVEZ ACCORDE, ET NOUS VOUS EN REMERCIONS. NOUS ETIONS SUR ANTENNE 2. NOUS ALLONS RENDRE L'ANTENNE AU STUDIO, TOUT DE SUITE APRES, IL Y A UN FEUILLETON, VOUS LE CONNAISSEZ, C'EST L'HOMME DE FER. ON NE PEUT PAS FAIRE UN ENCHAINEMENT. QUE PENSEZ-VOUS DE L'HOMME DE FER ? M. GISCARD D'ESTAING.- BONSOIR, MONSIEUR CHANCEL. JACQUES CHANCEL.- MERCI, MONSIEUR LE PRESIDENTÕ

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