Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing sur l'éducation et le développement du Massif Central, à l'occasion de l'inauguration du lycée polyvalent de Chamalières, jeudi 2 octobre 1980 | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing sur l'éducation et le développement du Massif Central, à l'occasion de l'inauguration du lycée polyvalent de Chamalières, jeudi 2 octobre 1980

Personnalité, fonction : GISCARD D'ESTAING Valéry.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du lycée polyvalent de Chamalières

ti : Mon cher maire,
- messieurs les ministres,
- monsieur le député,
- monsieur le président du conseil_général,
- monsieur le préfet,
- monsieur le recteur,
- madame le proviseur,
- mesdames et messieurs les professeurs,
- mesdemoiselles et messieurs les élèves,
- ma chère Anne-Sophie,
- Je commencerai, ma chère Anne-Sophie, par vous remercier de votre discours et pour vous dire que ce discours je le préfère à beaucoup de ceux que je suis conduit à entendre et ceci pour une raison bien simple : il est meilleur.
- Me voici donc, une nouvelle fois, à Chamalières, répondant à l'invitation de M. Claude WOLFF à qui, vous le savez, il m'est bien difficile de refuser quelque chose.
- J'avais une raison supplémentaire de venir participer à cette inauguration puisque comme mes collègues du conseil_municipal qui sont ici devant nous, j'ai participé personnellement au conseil_municipal du 21 décembre 1976 'date' - bien que je sois à l'époque Président de la République, mais la Constitution n'a rien précisé à cet égard - conseil_municipal au-cours duquel nous avons pris la décision de construire ce lycée.
- C'est donc entre décembre 1976 où la décision a été prise et octobre 1980 que tout le travail a été accompli.
La réalisation de ce grand lycée, dans ce site exceptionnel que les habitants de Chamalières connaissent bien, complète ainsi les équipements modernes dont vos deux prédécesseurs, je citerai le plus illustre, M. CHATROUSSE, ont voulu doter la seconde ville du Puy-de-Dôme. Je souhaite d'ailleurs que Chamalières continue de mériter ce rang de deuxième ville du Puy-de-Dôme.
- L'année dernière, presque à la même saison, j'étais venu dans cet établissement qui n'était pas achevé, vous m'aviez accueilli, madame le proviseur, et j'avais rassemblé dans la salle de réfectoire une cinquantaine de jeunes, au-cours d'un déjeuner où nous avons parlé des problèmes de la France du moment. Je me réjouis que tout à l'heure nous ayons l'occasion de goûter les talents déployés par les professeurs et les élèves de la section hôtelière.
- Je peux donc attester que beaucoup de travail a été fait et le résultat que nous admirons tous aujourd'hui, confirme, madame le proviseur, l'excellente impression que j'avais eue l'année dernière.
- L'inauguration du lycée de Chamalières est pour moi l'occasion de présenter quelques réflexions sur le problème de notre éducation nationale. Ces réflexions s'adressent à vous, bien entendu, mais aussi à l'oreille attentive de M. le ministre de l'Education 'Christian BEULLAC', puisque c'est lui qui est chargé de mettre en_oeuvre la grande politique de la France en-matière de formation et d'éducation. La visite de ce lycée permet de voir que c'est à beaucoup d'égards une réussite exemplaire.
J'avais eu l'occasion en m'adressant aux architectes au mois d'octobre 1977, de souligner les efforts déployés par le ministère de l'Education pour améliorer la qualité des constructions scolaires, pour veiller de manière plus particulière à leur intégration dans le site afin qu'ils enrichissent le paysage au_lieu de le défigurer et pour leur conférer cette beauté qui ne peut naître, en architecture comme dans les autres formes de création, que d'une parfaite adaptation à la fois à la fonction et à l'environnement.
- Voilà en effet un lycée qui est largement entouré par la forêt, qui jouit d'une vue exceptionnelle bien que les élèves ne soient pas invités à regarder perpétuellement par la fenêtre, sur la vallée de la Limagne et par-delà, M. DEBATISSE sur les monts du Livradois. Voilà des bâtiments qui s'insèrent harmonieusement dans l'ensemble du paysage et qui séduisent par leur équilibre et par leur harmonie. Je veux féliciter les mâitres d'oeuvre et notamment les architectes, M. CHEVELLE et MM. Louis et Denis AMEIL, pour la leçon de choses qu'ils donnent ainsi aux élèves.
J'ajoute, et c'est un point important, qu'un tel résultat n'aurait pu être atteint sans le -concours actif de la ville. Car, ce qu'il faut savoir, et sur_ce_point M. WOLFF a été discret, c'est que le financement du lycée a été l'oeuvre du budget de l'Etat - l'Etat a dépensé pour la construction de ce lycée près de 42 millions de francs au-titre de la construction et un peu plus de 4 millions de francs pour les équipements internes, soit au total 46 millions de francs - Je vous le dis parce que souvent les contribuables s'interrogent et se disent mais à quoi sert, ou à quoi passe l'argent de nos impôts, voilà donc une réalisation du budget de l'Etat. Mais si cette réalisation a une qualité exceptionnelle, c'est parce que la ville a ajouté sa propre contribution dans deux domaines : c'est la ville qui a pris en charge l'aménagement de l'environnement et notamment de la voirie, c'est également la ville qui a contribué à certaines dépenses d'aménagements supplémentaires pour améliorer la qualité des bâtiments. Il y a donc eu une bonne coopération entre l'effort de l'Etat et l'effort de la ville.
Ce lycée est un lycée polyvalent. C'est en effet à la fois un lycée d'enseignement _général préparant aux divers baccalauréats d'enseignement secondaire et appelé l'année prochaine à poursuivre son enseignement jusqu'à la terminale comprise. C'est en même temps un lycée d'enseignement technique qui conduit aussi bien par le cycle long que par le cycle court à une qualification professionnelle axée sur les métiers de la restauration et de l'hôtellerie.
- Ce caractère de lycée polyvalent appelle un triple commentaire.
- Je me réjouis d'abord de cette polyvalence. Je veux dire de cette intégration dans un même bâtiment et au-sein d'une même communauté scolaire, de deux enseignements, de deux mondes, le monde de l'enseignement _général et le monde de l'enseignement technique qu'on a trop longtemps séparés, distingués, et parfois même opposés en France. Tout s'est passé longtemps dans notre pays et tout se passe encore, quelquefois, dans l'esprit de certains comme s'il existait, à côté d'une voie largement ouverte et prétendue royale, celle de l'enseignement _général et des disciplines classiques, une voie secondaire qui serait celle de l'enseignement professionnel.
- Cette distinction artificielle est à l'origine d'une grande part des difficultés d'emplois que rencontrent les jeunes Français. C'est parce que nous n'avons pas su combiner dans le passé nos deux enseignements de formation générale et de formation professionnelle, que beaucoup de jeunes, plusieurs centaines de mille, arrivent encore au terme de leur formation, sans disposer d'une préparation à l'emploi et à la vie. Et c'est par un rapprochement de nos divers systèmes éducatifs et notamment de l'enseignement _général et de l'enseignement professionnel que nous pourrons régler ce problème.
- J'étais l'année dernière à Baume-les-Dames et j'ai dénoncé ce préjugé d'un autre âge. Ce préjugé qui fait croire qu'il existe dans les disciplines du savoir des disciplines nobles et des disciplines secondaires ou dédaignées. Il y a une possibilité d'excellence dans tous les savoirs, comme il y a d'ailleurs une possibilité de médiocrité dans tous les savoirs. Dans la société française moderne, que les jeunes gens et les jeunes filles qui sont ici, connaîtront, que vous Anne-Sophie connaîtrez, nous devons avoir l'idée de l'égalité des savoirs, une égalité des savoirs qui rétablit la dignité des différents enseignements et la dignité des différentes professions en France.
Deuxième réflexion, c'est que la modernisation de l'enseignement et de l'éducation, ne doit pas être recherchée seulement par la qualité des équipements. Naturellement, la qualité des équipements est essentielle, mais la modernisation passe aussi par la définition et la diversification des formations. L'enseignement professionnel tel que nous le concevons doit tenir _compte des besoins prévisibles du marché de l'emploi. Ces besoins ne peuvent pas être décrits à l'avance avec une précision mathématique mais néanmoins nous savons bien qu'il y a dans telle ou telle région des vocations professionnelles particulières. Il faut donc adapter l'importance de nos systèmes éducatifs, notamment professionnels, aux perspectives à moyen terme d'emploi dans les différentes régions. Je prends le cas de l'Auvergne, c'est une terre d'accueil, c'est un haut lieu du tourisme et l'Auvergne offre dans le secteur hôtelier des débouchés dont les enseignements mis en_place ici permettront à nos jeunes de profiter pleinement.
Ma troisième réflexion, réflexion que j'ai analysée hier avec certains interlocuteurs représentant des personnels de l'éducation nationale que je recevais à l'Elysée, c'est que le temps est venu pour nous de songer un peu moins à la quantité et un peu plus à la qualité. Il ne faut pas critiquer ceux qui ont eu à se préoccuper de la quantité au-cours des dernières décennies puisque nous avons connu un accroissement considérable de la population scolaire et étudiante et qu'il était nécessaire de faire face au plus pressé, mais maintenant au contraire l'évolution de la démographie scolaire tend vers une certaine stabilité, voire même malheureusement ici ou là une certaine réduction, on peut songer davantage à la qualité.
- Qu'est-ce qui permettra au système éducatif français de devenir un système d'éducation de grande qualité ? Ce sont sans doute les équipements et c'est pourquoi dans les constructions à venir, à l'image de ce qui est fait ici, il faut faire incontestablement un effort de qualité et nous savons qu'il y a un certain nombre de régions en France où les établissements d'enseignement ont besoin d'une profonde modernisation ou transformation.
- C'est ensuite le système d'éducation lui-même. Il faut viser des rythmes scolaires mieux aménagés, des programmes mieux conçus, des enseignements et des maîtres plus complètement formés, soit au-cours de leur formation initiale, soit au-cours de la formation continue.
- C'est en même temps la possibilité de détecter plus tôt les handicaps chez les élèves afin d'y porter plus efficacement remède. C'est enfin la volonté de rechercher, puis de mettre en_place, une pédagogie nouvelle, pédagogie adaptée au caractère fondamental de la jeunesse française d'aujourd'hui et de demain et qui permettra à chaque élève d'exercer toute la gamme de ses aptitudes intellectuelles et physiques, de développer toutes les ressources de sa personnalité. Une telle démarche, c'est-à-dire orienter notre système d'éducation vers la qualité, bien loin d'aboutir comme on le craint parfois au démantèlement de l'école, ne peut qu'en renforcer l'influence et le prestige.
Il faut, en effet, que notre système éducatif réponde à deux missions : la première mission c'est que l'école soit la gardienne de nos connaissances, de notre culture et de notre savoir acquis ; le savoir de l'humanité est une accumulation considérable de savoir qu'il ne faut pas essayer de reconstituer à chaque génération, mais dont il faut que chaque génération transmette la disponibilité aux générations suivantes. C'est la première mission de l'école, elle a été parfois négligée. C'est pourquoi je souhaite que dans les programmes à venir, cette transmission du savoir acquis de l'humanité soit plus clairement affirmée et notamment dans des domaines aussi essentiels que la géographie et que l'histoire.
- A côté de cette transmission du savoir, il faut adapter nos connaissances et nos méthodes au monde nouveau dans lequel la jeunesse française va devoir vivre. C'est-à-dire qu'il faut lui donner le moyen d'adapter son savoir au monde qui va venir en lui montrant en quoi ce monde sera différent du monde passé, en quoi ce monde continuera l'action du monde passé.
- Je félicite les enseignants et les élèves pour la présentation qu'ils ont faite tout à l'heure de deux expositions sur des sujets qui sont précisément des illustrations du changement du monde, d'abord les grands bouleversements de la dernière guerre et ensuite l'importance des problèmes du Tiers-Monde et de la faim dans le monde. Je souhaite que l'école soit ouverte sur la réalité vivante de notre temps tout en conservant son caractère de conservatoire et de moyen de transmission du savoir accumulé par les générations successives. Nous trouvons dans le lycée de Chamalières une excellente illustration de ces deux fonctions, la transmission du passé et en même temps l'ouverture sur le monde à venir : c'est un lycée ouvert sur le monde à venir, on aperçoit les toits et les usines de la ville et c'est en même temps un lycée installé au bord d'une ancienne voie romaine, voie romaine qui traverse depuis deux mille ans notre province et qui est le fragment d'une route qu'on suivait pour aller de Rome jusqu'à Lutèce et qui fût une des grandes artères vivantes de notre ancienne province. Notre ancienne province d'Auvergne, et c'est par là que je voudrais conclure.
La réalisation de cet important établissement scolaire ; la présence de deux ministres au côté du Président de la République, plus la présence de M. DEBATISSE qui, elle, a un caractère auvergnat plus accentué : tout ceci est une manifestation de l'application concrète des dispositions que j'avais souhaité voir adopter il y a 5 ans pour le Massif Central. J'avais, en effet, réuni au Puy-en-Velay, à l'automne de 1975, les élus régionaux pour réfléchir avec eux à ce que pourrait être un plan de développement du Massif Central. A l'époque, on s'était interrogé, comme toujours et c'est assez naturel, en disant les plans c'est très bien, mais qu'est-ce qui se passera, qu'est-ce qui sera réalisé dans notre province. Vous avez certainement observé ce qui a été fait au point de vue des équipements routiers et auto-routiers : la première autoroute d'Auvergne, la première et non pas la dernière, a été réalisée et ouverte au-cours de cette période. Cet établissement d'enseignement, comme plusieurs autres dans la région, a été directement financé hors programme à-partir des ressources de ce plan de développement du Massif Central.
- De même, de multiples dispositions ont été prises comme cela était nécessaire en_faveur de l'agriculture, en_faveur de l'élevage, notamment en montagne où il rencontre des difficultés particulières, en_faveur du logement, en_faveur des loisirs. Tout ceci a commencé à transformer et à améliorer le mode_de_vie de nos compatriotes auvergnats, et tout ceci a commencé à placer l'Auvergne dans de meilleures conditions pour affronter la compétition du monde moderne et pour maîtriser son avenir dans le domaine économique, social et culturel.
Cette oeuvre commencée en 1975 devra être poursuivie. L'Auvergne n'a pas encore atteint au-plan de son développement, sur-le-plan de son équilibre, l'ensemble des résultats que j'ambitionne pour elle. Aussi, dans cette perspective, j'ai l'intention de réunir le 28 octobre '1980 ' date' prochain à Paris, un certain nombre de responsables du Massif Central, afin d'envisager avec eux, comme je l'avais fait en 1975, ce qui doit être décidé pour prolonger sur plusieurs années l'effort de développement et de modernisation de notre région.
- L'implantation au-coeur de l'Auvergne de ce lycée dont l'une des vocations est celle des métiers de l'hôtellerie et de la restauration correspond bien à une vocation essentielle de notre région. Car sa situation géographique, ses richesses thermales, dont vous vous occupez activement monsieur le maire, la beauté de ses paysages, la qualité de son environnement, la pureté de son air, la profondeur de ses traditions, la désigne à tous égards pour devenir un haut lieu du tourisme français et un haut lieu du tourisme des Français.
- Ce lycée est l'image de l'Auvergne de demain : moderne dans sa construction et dans son fonctionnement, mais fidèle à son caractère et à son passé. je souhaite bonne chance à ce lycée, bonne chance à ses élèves, bonne chance à ses enseignants, bonne chance à son personnel.
Avant de vous quitter, je voudrais vous dire les deux choses suivantes : d'abord M. WOLFF m'a dit qu'il avait l'intention d'aménager un petit parc au-dessus du lycée, parce que pour l'instant, il y a la nature mais il n'y a pas d'animaux. S'il aménage son parc, il n'a qu'à se charger du grillage, je me chargerai des animaux, je vous enverrai pour peupler votre parc des animaux bien entendu pacifiques et français. Ensuite, je voudrais créer un précédent pour mes successeurs qui est de décider que lorsque le Président de la République rendra visite au lycée de Chamalières, chaque fois qu'il viendra, l'après-midi de sa visite sera une après-midi de congé.
- En vous souhaitant bonne chance à tous, je vous dis :
- Vive Chamalières |
- Vive l'Auvergne |
- Vive la France |

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